JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE, D'HISTOIRE NATURELLE ET DES ARTS, AVEC DES PLANCHES EN TAILLE-IXOU C E; Par J.-Cl. D EL AMÉ T HERIE. MESSIDOR AN VII. TOME X L I X. A P A R I S, Chez J.-J. F U CH S , Libraire , rue des Mathuriiis , n». 334- AN VII DEIA RÉPUBI.I(JUe( 1/99 V. St. ) :7 n Ir: J O U R N A L DE PHYSIQUE, DE CHIMIE, D'HISTOIRE NATURELLE ET DES ARTS. SIXIEME MEMOIRE Sur la matière verte qu'on trouve dans les vases remplis d'eau, lorsqu'ils sont exposés à lu lumière , de mène que sur les conf'erves et tremelles , considérées relativement à leur nature et à leur propriété de donner du gaz o xi gène au soleil } Par Jean Sej, ebier, Biljliothécaire de Genève. S. VII. Observations sur la formation de la matière verte et sur l'air qu'elle fournit. !u A matière verte , restée long-temps dans l'eau à l'obscurité , semljle se dissoudre ; on en trouve des morceaux gris , lilancs , jaunes : ils sort véritablement étiolés, ils ne donnent point d'air au soleil, quoif[u'on y remarque la plupart des animalcules dont i'ai parlé , et sur-tout les globiilaires. A 2 \ \ N 4 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE J'ai vu, clans une bouteille de verre blanc pleine d'eau, quel- ques morceaux de cette matière verte , qui étoient devenus iaunes; ils s'évanouirent au soleil. Je plaçai la même bouteille dans un lieu bien éclairé , où elle ne recevoit que Ibil^lement l'action, immédiate du soleil , et la matière verte s'y forma d'abord par- faitement bien. J'ai vu encore des bullesd'air s'élever sur la matière verte, quoique la a;elée fut assez forte. Je chci-ch vi si cet air venoit de l'eau ou delà matière verte ; j'en pris pour cela quelques fragmens qui étoient au fond du vase , pour les placer dans un autre , et je la vis encore donner sur-le-champ de l'air au soleil. Cette matière , après avoir supporté sons l'eau on dansla glace un froid de — 1 1°, a donne le lendemain matin de l'air dans la partie de l'eau qui se fondit au soleil. Je voulus voir l'effet que les différentes eaux pourroient pro- duire sur la matière verte ; j'en plaçai quekiues lambeaux dans des vases pleins d'eau bouillie ; je fermai les uns avec le mercure , et les autres avec l'eau seule; j'en plaçai de même dans des vases pleins d'eau commune , et dans d'autres dont l'eau étoit chargée d'acide carbonique : tous ces vases furent exposés le 16 prairial dans le même endroit à la lumière réfléchie , et aux rayons directs du soleil. La matière verte enfermée par le mercure dans l'eau bouillie , étoit absolument périe le 3o , sans avoir donné mie liulle d'air ; il n'y eut pas un seul brin de cette matière verte qui eût cherché à s'insinuer sous le verre ; le blanc de la soucoupe de porcelaine qui le portoit y avoit conservé , sous lui , sa pureté ; mais il étoit sali, par un dépôt verdâtre , sous l'eau qui étoit à l'air, et qui recouvroit le mercure. La matière verte , enfermée par l'eau bouillie dans cette eau, donna le 19 de l'air pour la première fois , et elle continua d'en donner ; sans doute l'acide carbonique s'y étoit introduit par le moyen de l'eau dont le mercure exté- rieur au verre étoit recouvert. Il se forma aussi de la nouvelle matière. Ces vases contenoient environ 122 grammes et 287 mil- H'^rammes ou 4 onces d'eau ;il y eut, le 19 fructidor, un volume d'air écral à un volume d'eart, du poids de 8,598 grammes ou de 162 grains , je l'essayai par le moyen du gaz nitreux mêlé avec l'air produit dans une quantité égale ; le mélange fut rédiùt à 0,93 , et celui du gaz nitreux avec l'air commun , frit réduit à 1,00. La matière verte , placée dans l'eau commune , mais fermée par le mercure, donna d'aliord de l'air avec abondance ; ensuite sa qTiantitc diminua beaucoup , mais il en parut de temps en te;np^- ET D'HISTOIRE NATURELLE, -■ 5 q'uelques bulles , il se forma de la matière verte au fond du vase ; j'obtins seulement un volume d'air égal à un volume d'eau de 2 grammes ou de 89 grainsj mais dans la même eau, fermée seu- lement par l'eau commune , que je rcnouvellal , la matière verte donna continuellement de l'air; il se forma beaucoup de matière verte sur la soucope et sous le verre , j'eus un volume d'air égal à un volume d'eau de 10,799 grammes ou de 2.60 grains. Son mé- lange avec le gaz nitrciix fut réduit à 0^79. J'ai eu de cet air pro- duit par la matière verte dont une mesure mêlée avec deux me- sures de gaz nitreux , fut réduite à o,63. Je plaçai cette matière verte, le aS messidor^ sous l'eau chargée d'acide carbonique et fermée par le mercure , elle donna beaucoup d'air jusques au 19 fructidor; j'en obtins alors un volume d'air égal à un volume cVeau de 10,774 graiiuues ou de 2o3 grains, l'air, essayé par le gaz nitreux , fut réduit à 0,80. La même ma- tière , enlërmée par l'eau chargée d'acide carbonique dans l'eau acidulée par cet acide, donna seulement un volume d'air égal k un volume d'eau de 8,449 grammes ou de i53 grains d'eau ; cet air , éprouvé par le gaz nitreux , fut réduit à o,&i , et il y eut beaucoup de matière verte produite. 11 me paroît (\ue dans ce cas beaucoup d'acide carbonique s'é- chappa au travers de l'eau, et la matière verte ne put l'élaborer ou le décomposer à la lumière , comme dans le premier cas oii il étoit enfermé par le mercure , parce que , comme je l'ai fait voir ailleurs , le carlione qui reste après la décoinposition de- vient la nourriture du végétal et la source du charbon qu'on v trouve. Une légère couche d'huile produit sur Teau le même elfét que le mercure. Pour compléter ces expériences , je voulus les faire dans de.i vases semblables , sans y placer des lambeaux de matière verte ; juais jefiis curieux de la voir se former sous ces récipients pleins d'eau , placés avec les autres dans le mêirie lieu. La matière verte s'aiinonça , le 21 praii'ial , sur les bords du vase, où l'eau seule recouvroit le mercure ; le 11 messidor, cette matière verte s'étendoit vers le centre; le 18, le fond du verie étoit vert. L'eau seule i'ermée avec le mercure, ne donna pas une bulle d'air, et par conséquent il n'y eut point de matière verte. Une surface circulaire d'un diamètre de 8 centimètres ou de 'à pouces couverte de matière verte fournit pendant deux mois et demi un volume d'air égal à un volume d'eau du poids de 18 grammes ou '64° grains. L'eau seide , à l'oljacaiité , ne i'ournit de même ni une bulle d'air, ni un atome de matière verte jusques au 19 fructidor j j'ob- 6 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE scrvai cependant celle eau avec les lentilles les plus fortes. Je découvris à la vérité les animalcules qu'on observe dans les verres, où est la matière verte, comme les animalcules «loliulaires ; mais je n'apnerçus pas un In'iu de cette matière ; ce qui déuioiitre que la lu- mière n'inllue pas sur la production des animalcides comme sur celle de la matière verte , et qu'il n'y a point d'air produit dans les vases , quand il n'y a point de matière verte exposée au soleil ; ce qui conduit à croire que les animalcules et la matière verte ont une origine différente , qu ils produisent des effets différens-, et qu'ils ne sont pas la même suljstance. , Ces expériences coiilirment tontes celles que j'ai déjà faites pour montrer que l'acide carboniijue contenu dans l'eau et sucé par les plantes, est la source du gaz oxigène qu'elles fournissent; mais elles montrent aussi que, puisque la matière verte se coni- l'intcrmède de la lumière , et en rejetant l'oxigène qui lui est uni ; on la voit ainsi périr dans les eaux privées de cet acide , paice (|vi'elles ne peuvent lui fournir la nourriture qui lui est nécessaire. Je lus curieux de voir l'effet que produiroit la viande mise avec l'eau fermée par le mercure et exposée à la lumière. Priestley avoit démontré que les corps pourrissans favorisoient son déve- loppement. Je lis donc cette expérience le i5 prairial , et je la suivis jusques au 19 fructidor. J'apperçns quelques bulles d'air, je vis l'eau qui remplissoit le verre se trouljler, mais je n'apperçus pas un atome de matière verte, tandis qu'un vase plein d'eau seule en fut couvert , et qu'un vase plein d'eau avec cette même viande à l'air en fournit. J'ai ojjservé les mêmes phénomènes en répétant ces expériences avec les vé^',ôtaux pourris , et j'ai eu roccasion de voir que la présence de l'air , dans l'expérience de Priestley, étoit la cause de la différence du résultat. Les corps pourrissans ne produisirent point de matière verte sous l'eau à l'obscurité ; j'observai néanmoins les mêmes animal- cules de toute espèce. J'ai vu constamment les animalcules glo- bulaires , et si je les al vus sur la matière verte , c'est sans doute comme une clienille siir un arbre au(|uel elle n'appartient pas. Il est vrai que des animalcules globulaires se promenoient sur des brins de matière pourrie , comme sur la matière verte ; ils paroissoieut avoir les mêmes allures , ils différoient seulement par la couleur, mais la couleur verte des arumalcules qu'on trouve sur la matière verte , est peut-être produite par la nourriture qu'ils y prennent et qui leur donne sa nuance. ET D'HISTOIRE ÎN A TU RE L LE. 7 On ne sauroit donc regarder la pourriture des matières végétales et; ajiimales comme la cause de la production de la matière verte, mais seulement comme un moyen qui favorise son développement par l'acide carbonique qu'elle fournit , de manière que tes animal- cules observés ne sont que des animalcules d'infusion , et les habitans de la matière verte. Quand Ingeidiousz ne croit pas probable que l'eau contenant de l'acide carbonique fournisse à la matière verte totit le gaz oxigène qu'elle donne , il n'a pas considéré (pie si cette eau ne contient pas , dans un moment dé- terminé , tout le 2,a7. oxigène qui sort peu-à-peu de la malière verte, c'est parce que l'ejiu reçoit jieu-à-peu de l'atmosphère ori des corps pourrissans , l'acide carbonique que la matière verte s'approyjrie et qu'elle décompose ensuite à la lumière. J'ai remarqué que la matière verte ne se développoît pas sous les vaisseaux remplis de gaz hych-ogène et fermés par l'eau, ciuoi- qu'il y eut des corps pourrissans , comm.e je l'ai observé dans plu - sieurs réclpiens , autour desquels la matière verte étoit fort abon- dante , mais sous lesquels elle n'avoit pas pénétré , quoique ces Tases fussent depuis 8 mois en expérience , et que le gaz Jiydro- gène se fût diminué de sept dixièmes de son volume : il entra , par accident, de l'air commun dans ces vases, et la matière verte y parut ; elle a besoin de gaz oxigène comme les autres végétaux pour se débarrasser du carbone suraboîulant qu'elle a poar l'or- dinaire , comme j'aurai l'occasion de le prouver. S. V I I I, î". Lu; matïèra verte réduite en pdte ; i°. soumise à l'action d(r la pompe pneumatique ; '6". de la chahur ; /^9. de la sécheresse. I. Cest. seulement par des tentatives extraordinaires qu'on parvient souvent à connoître les corps sur lesquels on les fait. .Je savois que Ingenliousz avoit trituré la matière verte, je voulus essayer cette expérience. Je mis donc cette substance dans nin mortier de verre , je la triturai, le i6 prairial, autant qu'il me lut possilîle , je l'examinai ensiiite avec le microscope : j'observai tous les animalcules que j'avois vus avec leurs allures ,. ils clias- soient pour se nourrir, et leur petitesse leur avoit fait échapper l'action du pilon. On voyoit surnager des lunlieaux assez grands t!e parenchyme, l'eau y avoit verdi connue lorstpi'on y broyé des l'euillcs ; je l'exposai dans cet étnt au soleil, elle donna le jour même abond.imment de l'air : elle a continué d'en fournir, es n'a rien perdu de sa couleur verte ; il t,'ost copcudant formé-. 8 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE une espèce de masse verte tjui avoit l'apparence chi carton sans en avoir la fernielv, et qui paroissolt la m itière détruite ou désor- n;iiiisée, puisqu'elle blanchit ensuite et disparut ; il scmbleroitque SI une partie de cette matière verte avoit souffert par cette opéra- tion, l'autre partie s'étoit conservée parfaitement saine, elle don- iioit de l'air tt favorisolt la reproduction de cette substance. II. J'exposai ensuite cette matière à l'action de la j>ompe pneu- )nali(iue ; lorsque je lis le vide , elle donna beaucoup d'air sans surnager; le lendemain , je la vis comme auparavant; j'apperçus, à la vérité , un animalcule qui nageoit , mais il avoit pu se déve- lopper dans l'intervalle du temps écoulé entre l'expérience et l'observation ; la malière verte donnoit de l'air au soleil , mais elle avoit un peu blanchi; je l'oljservai de nouveau avec le mi- croscope , et je n'apperçus alors aucun animalcule , quoique je remar(|uasse beavicoup de bulles d'air. Je vis la pellicule et les grains que j'ai décrits, elle me parut toutà-làit transparente ; le 20 elle donnoit encore de l'air , mais il étoit fort diminué. Je soumis la matière verte à l'action du vide pendant 24 heures, elle périt entièrement. III. Il étoit important de connoître l'influence delà chaleur sur cette substance, je la soumis dans l'eau à son action , afin qu'elle ne fût pas privée de son humidité. Il me parut qu'elle souffroit lorsqu'elle eprouvoit une chaleur de 28° , et qu'elle périssoit en- tièrement lorsque la chaleur s'étoit élevée à 4°''- Je la soumis à une chaleur de 65°; je n'observois , après son refroidissement , aucim animalcule , mais un grand nomlire de grains épars avec Quelques lambeaux de la pellicule Hottans sur l'eau, ils s'étoient étachés du verre. Je l'exposai alors au soleil où elle blanchit , elle se corrompit , et les corpuscules globulaires flottoient séparés dans l'eau où elle étoit. IV. Enfin je voulus voir si la sécheresse nuiroit à la matière verte , je vis que lorsque la dessication étoit prolongée au - delà d'un jour dans un lieu sec et dans un temps chaud , elle y péris- soit entièrement. L'action immédiate du soleil est en particulier très-nuisible à cette substance. Dans le Mémoire suivant je m'occuperai de l'action de différens fluides sur la matière verte et de son analyse chimique. hE ET D HISTOIRE NATURELLE. TABLEAU - DU REGNE VÉGÉTAL SELON LA MÉTHODE DE JUSSIEU, Par E. - P. V E K T E N A T , De l'institut national de France , l'un des conservateurs de la. bibliothèque du Panthéon. 4 vol. in-8". avec 24 planches en taiile-duuce. A Paris , chez Drissonier ; et se trouve chez l'auteur , à la biiniothèque du Panthéon , et chez Fucus , rue des Matlmrins. Prix 21 francs. Ije système sexuel de Linnéus se distingue si avantageusement des méthodes de botanique (\\n l'avoient pi'écédé parla commo- dité de sa nomenclature, et par la l'acllité avec laquelle il con- duit à la connoissauce du nom de chaque plante, ([u'il n'est pas étonnant qu'il soit presque généralement adopté dans l'arrange- ment des ouvrages, des herbiers et des iardins. Une chose ciui a peut-être autant contribue a sa lortune que ses avantages intrinsè- ques , c'est l'attention qu'a eue l'auteur de ranger toutes les espèces connues sous ses classes et sous ses genres , et d'ajouter à chacune de ses nombreuses éditions , toutes les plantes cjui avoient été découvertes dans l'intervalle. 11 faisoit ainsi de son ouvrage le seul répertoire complet , où il l'ut ]iossible d'acquérir la connoissance des espèces , et il forçoit par là tous les botanistes à se familia- riser avec le système sexuel, quelque opinion qu'ils pussent avoir de sa valeur; il faut avouer qu'il en est résulté de grands avan- tages pour la science des plantes. Les botanistes parlent tous au- jourd'htd la même langue, et en désignant une plante par son nom luinéen , oii peut se faire entendre par-tout où les sciences sont parvenues. La botanique , que sa difficulté, son obscurité, la barbarie de son langage sembloient auirefois réserver aux médecins et aux apo.thicaires , est aujouidhui au nombre des connoissances agréa- bles qui entrent dans une éducation soignée ; elle l'ail l'amusement des femmes ; les hommes de lettres et les philosophes y cherchent Tome FL MESSIDOR an j, B l'o JOURNAL DE PHYSIQUE-, DE CHIMIE rn délassement à leurs travaux j des jjoëtes en font l'objet de leurs chants. C'est vraiment à Linnéus que lahotaiiùjiie doit cet état florissan t ; mais n'a-t-elle pas perdu en solidilé et eu profondeur ce qu'elle sagnoit en éclat ; et pendant que la détennlnallou des ]dantes «evenoit si facile , et se réduisoit h. un simple jeu d'enfant , ne négligeoii-on point l'objet réel de la botanique., c'est - h - dire , l'histoire naturelle de ces mêmes plantes, la connoissance de leur structure , celle de leurs rapports naturels et de l'ordre que cha- cune d'elles doit occuper dans la grande série des êtres organiques? Il laut l'avouer : cela étoit ainsi. Les sectateurs de Linnéus , pres- que u.naniinement occupés à compter des étamines et des pistils, et à décrire les parties que leur maître avoit iiiit entrer dans ses déterminations , sembloient oublier tout le reste. Une fois que leur plante» étoit placée dans la pentandrie , dans la raonadel- pliie, etc. , ils l'y abandonnoient sans s'inquiéter si elle étoit voi- sine ou non des autres plantes de ces classes , ou si elle tenoit à des plantes étrangères ; une partie des gramens étoit placée avec de grands arbres ; une autre partie avec des liliacées j la pimprenelle étoit auprès du chêne ; excepté le nombre des étamines et des pistils, les plantes n'étoient guères plus mélhodicpieaient rangées dans les têtes des élèves en botanique, qu'elles ne le sont en effet dans les plaines et sur les monts où leurs semences ont été jettées au hasard par les vents. On ne s'occupoit pas même de phisieiirs organes des végétaux qui auroleut pu aider dans les détermina- tions linnésnnes ; comme de l'intérieur des semences , de leur disposition dans le péricarpe, etc. D'un autre côté la physiologie végétale étoit , pour (ainsi dire ,. abandonnée de ceux qui se nomraoient exclusivement botanistes , elle n'auroit fait aucun progrès si des physiciens d'un autre ordre , les Bonnet , les Duhamel, les Daubenton, les Senebier , les Ingénhousz ne s'en fussent occupés. Cependant il faut rendre à Lninéus la justice de dire que cette marche des choses étoit bien éloignée de ses intentions ; cet homme de génie connoissoit mieux que personne l'objet véi-itable de l'histoire naturelle; il a répété plusieurs fois que ses propres ouvrages n'étoient , ]30ur ainsi dire, qu'un moyen pour arriver k la science , et non la science elle-même ; il ne considéroit ses systèmes, et sur-tout celui des végétaux, que comme des diction- naires , et il répétolt sans cesse, que le botaniste une fois au fait de la langue, devoit laisser là le dictionnaire pour s'occuper des choses mêmes. Il exaltoit , sur-tout , la méthode naturelle , et ET D'HISTOIRE NATU RE LLE. ii rhidiquoit comme le but auriiiel dévoient tendre tous les efforts du botaniste. Mais son exemple influa plus que ses préceptes ; et comme il étoit ])lus aisé de travailler au dictionnaire qu'à la science même, on ouliiia celle-ci en prétextant que le moment de s'en occuper ii'étoit pas encore venu Plusieurs botanistes avoient prévu que tel seroit l'effet du sys- tème sexuel , et refusèrent constamment de l'adopter ; de ce nombre furent Haller et Bernard de Jussieu ; ce dernier sur-tout qui , sans avoir laissé aucun grand ouvrage, vivra cependant à jamais dans la mémoire des hommes , par le souvenir de son génie , de sa profonde science , de son étonnante modestie , et par cette réunion de vertus qui en a fait , pour ainsi dire , un objet de culte pour ceux qui ont eu le bonheur de l'approcher. Bernard de Jussieu , dis-je , préparoit, dans le silence , les moyens de rappeller les botanistes dans la voie de la nature ; pour cet effet , sachant bien que la paresse des honnnes ne leur permet- troit jamais de s'engager dans un chemin non battu , il traçoit ce chemin , il en marquoit les principaux points , il Péclairoit par-tout. Les plantes ayant été groupées en un certain nombre de fa- milles , il déterminoit les choses communes à chacune d'elles et leurs caractères particuliers ; comparant ensuite les familles en- semble , il en déduisoit des caractères d'un ordre plus élevé. Son illustre neveu ayant reçu ce travail , la portion la plus précieuse de son héritage , et l'ayant suivi avec une constance et une pers- picacité digne d'un si sublime olijet, a été conduit par cette lumi- neuse analyse, jusqu'à calculer, par le raisonnement, la valeur de chaque espèce de caractère , et dès cet instant il a pu redes- cendre du sommet de ce vaste édifice , et déterminer d'avance la place de chaque végétal ; ses principes ont acquis un tel decrré de certitude, que la nature entière a semblé s'y soumettre , ou plutôt , on voit qu'il a en effet découvert les lois aux(^uellcs elle est réellement soumise. De cette suite d'efforts est enfin résulté l'étonnant ouvrage du Gênera plantarutn. secundîim. naturales ordines disposita, tableau tracé de main de maître , aussi admirable par la pureté du style et le fini des détails, que par la grandeur de l'ordonnance. Mais ces nouveaux pas de la science n'ont été jusqu'à présent à la portée que d'un petit nombre de botanistes de profession. La concision de l'ouvrage de Jussieu, et , il faut l'avouer à la honte de l'état actuel de l'instruction , la langue dans laquelle il est écrit, empêche non-seuleaient les femmes , mais encore plu- B a ïi JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE tleurs amateurs de la botanique de se mettre au fait de la mé- thode naturelle. C'est à quoi Ventenat a voulu remédier dans l'ouvrage que noiis annonçons. Plein de respect et de reconnoissance ]iour son maître , il rend par- tout hoininas,o de ses travaux à Jussieu. Il l'a l'ait même d'unemanière très-galante , en plaçant comipe vignette sous le titre de son livre , une jolie gravure , de la plante qui porte le nom de cette famille si céièhre dans les fastes île la botanique. Cependant il faut bien se garder de croire f[ue l'ouvrage de Ventenat ne soit qu'une trailuctlon de celui de Jussieu ; il y a des difiérences très-importantes en plus et en moins , et la ma- Tiièi-e n'est pas la même. Le fond de la mé.hode a subi cjuelques changemens, et il y enade nombreux dans les détails des genres. C'est ce qu'on verra plus au long dans la suite de cet extrait. Le tableau du règne végétal , pi-oprement dit , ou l'exposition des genres , ne commence qu'avec le second volume , et s'étend jusqu'au commencement du ([uatrlème. L'auteur a cru devoir se borner aux genres qui croissent en Europe , tant à la cauqjagne que dans les jardins, et à ceux des genres exotiques qrii fournis- sent des es]ièces remarquables , soit par leur beauté , soit par leur utilité. Il a omis la plupart des genres des pays éloignés qui ne sont connus que par les heriners. Cependant son ouvrage con- tient au moins cent genres de plus que l'édition du Gênera de Linnéus de 1764. Les classes sont les mêmes que celles de Jussieu. Après l'ex- position des caractères généraux de la classe, on trouve un ta- bleau des caractères essentiels qui distinguent toutes les familles de cette classe. C'est un avantage qui manque à l'ouvrage de Jussierj, où on est forcé de parcourir toutes les familles, et de lire leurs expositions souvent très-longues , pour déterminer à Liquelle appartient une plante qu'on clierclie. Ceux des noms de familles qui n'étoient que des répétitions desnoms de certains genrespris au pluriel, comvaeErlccw,^raliae, Vues , ont été changer. , et l'auteur leur en a sul)Stitué d'autres pris des caractères les plus frappans de chaque famille , comme Bicornes , au lieu d'Ericac, ou dérivés de quelqu'un des noms de genres , mais avec vme terminaison différente , comme Melîaceae pour Meliae , etc. La méthode d'exposition et de description des classes , des ordres , ou des familles et des genres, est à-peu-près la même que celle de Jussieu ; c'est-à-dire , que Ventenat commence par faire connoître ce qui est commun à toutes les espèces comprises ET D'HISTOIRE NATURELLE. i3 sous chacune de ces divisions , et cpi'il termine par l'indication de ce ciui les dlstin-i msiiltes ae FôSe? so«" 'l ""'"Xtance q.'il c»""";;^'/» Ubvea épaisses . lequel e on tait du 1 à son fermer cleYeo|P^.^^^^,^ii^q^ lois(l^iiles\Tf'^f,retoiu-.€oimnelatrucun cimier .les a^MnocHederâgeduretox n^^'^'^"*'!-^près laquelle on 'l^];,ens de la ^"'^^^^''''.^pSrdent cette éy^oque après ^ ^^.^.^^ Sitaus arrête-^ rit^erptductions .^ge-le^^^^^ ilèche soupne pour les \ gpathe sous la . ^oître un spa- pointe à le«r sommet, „, a„,s les Indes, le sago«t>er ET D'HISTOIHE NAT U RE LLF. i5 vons déjà dit , tme substance médullaire qui est d'une arande ressource. On reconnoît que cette substance a acquis la qualité convenabre pour en faire du pain , lorsque les feuilles se couvrent d'une poudre Ijlanchâtre , qui paroît n'être qii'une transsudation de la moelle. Quelquefois aussi on fait un trou dans le tronc , et après en avoir retiré quelques parcelles de suljstance médullaire , on les broie dans la main , et l'on juge par la qtialiîé de la farine si la moelle est parvenue à son point de maturité. Rura plie expose dans le plus grand détail , les procédé» em])loyés par les Indiens ,■ pour- obtenir la lécule ( ou sagou) qui est très-ljlanche et très-fine. ' Il nous apprend que la terre sur laquelle on répand le résidu , ordinairement employé à la nourriture des animaux , se couvre bientôt de chanqiignons d'un goût exfjuis , et qu'une foule d'in- sectes y dé]5oseiit leurs œufs , dont on voit sortir , de mêm.e que du bois du palmier,lorsqti'il se pourrit, des vers blanchâtres, à tête très-brune , presc[ue noire , qui après avoir passé à l'état de nymphes , deviennent coléoptères et appartiennent au genre charanson. C'est à ces vers qu'on donne le nom de cossus. Les Asiatiques les regardent comme un mets très-ex([uis. Les Européens les dédaignent d'abord , mais ils ne tardent pas à approuver le goût des habitans parmi lesquels ils se trouvent ,. et ils recherchent les occasions de le satisfaire. » La fécule qu'on a retirée de la suljstance médullaire du sagou- tier se conserve très-fraîche pendant ([uelques mois, si on a soin de l'arroser de temps à autre. On l'ait , avec cette lécide , des pains de grandeur et de forme différentes. On en attache lIïx à douze ensemble , et on les vend ainsi dans les rues d'AmIjoine. Le sagou est quelquefois employé et préparé comme le riz, l'orge,, le vermicelle ; il est alors peu nourrissant , mais il convient mieux aux personnes qui sont en convalescence et dont l'estomac est foible. ^îLepalmier-sagou est utile dans presque toutes ses parties. 11 découle, des incisions rpie l'on fait à son tronc , imc H(jueur qui passe prompteinent à la fermentation j mais comme l'expérience a appris que la liqueur qu'il fournit est toujours aux dépens dp la quantité de farine , on se pi-ive volontiers de cette boisson. 3:> Son tronc , ses feiùUes sont d'une grande ressource dans la construction des maisons. Le tronc fournit le bois de charpente qui soutient l'édifice, et les planches qui forment les cloisons ; les feuilles sont employées à couvrir le toit du bâtiment , et elles sont disposées avec tant d'intelligence, qu'elles ne laissent passer aucune goutte d'eau entre leurs joints , quoique les orages soient fréquens dans le pays. i6 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE « Pour dcmoutrcr Vutillté du sagits farin'ifera , il suffit d'ob- server ciue les Asiati(|ucs , aussi ingénieux et aussi ardens à se nuire que les Eurojiéens , biûleut les sagoutiers du pays ennemi (lu'ils veulent ravafi,er. niudquefbis ils se contentent de faire des entailles aux pahniers , ou de leur donner quelques coups de hache , aiin ([ne le suc , par son écoulement , empêche la fermen- tation delà farine et s'oppose à ce qu'elle acquière la tjuallté qui lui ost nécessaire 33. Après ces remarques gériéralcs sur la marche que Ventenat à suivie, parcourons les diverses classes de son tableau , et indi- quons les principaux cliangemens qu'il a faits à la méthode de Jussicu. Dans la classe des plantes sans cotylédons , il a supprimé en- tièrement l'ordre des Naïades , dont une partie des genres appar- tient aux monocotylédones. Par ce moyeu , cette classe ne con- tient plus que les crypto.aauies do Linnéus ; le chara seul y reste de plus et se trouve rangé parmi les fougères à la suite de Yequ'isetum. Le genre lichen est divisé en autant de genres qiie Linnétis avoit étalAide sections. Le nom de cliatpie nouveau genre dérivé du grec , exprime le caractère des espèces qu'il doit renfermer. Cette disposition est le résultat d'un Mémoire de l'auteur qui fut couronné en i79'T> P'ii" la- Société d'histoire naturelle de Paris. Ven- tenat pense <]ue les lichens gélatineux sont des individus duïr^- rnella nostoc qui ont changé de forme. Cette idée a été confirmée par Carradori , c|ui a prouvé dans une petite brochure intitulée , sopra varie trasj'orniazioni délia tremella nostoc, Florence, 1790, que plusieurs cryptogames regardées connue des espèces ne sont que les différens états de ce shigulier végétal. La classe des monocotylédones àétamines liypogines , renferme rmè famille de plus que dans Jussieu , ce sont les Fluviales^ ou celle des Na'iades , qui sont monocotylédones ; savoir : potamo- «etan, zanichellia , etc. Ventenat y range aussi le zostera que Jussieu regardoit comme une aroïde. Dans les monocotylédones pcrygines, Ventenat fait un ordre à part , sùus le nom de Smilacees des genres de la famille des asperges , qui ont les sexes séparés ( i-uscus , sinilax , dioscorea , tamus e\i riija(/ia) ; il en fait un autre sous le nom à'^ilismoides de ceux des Joncacées qui ont l'ovaire multiple ( butomus , alis- mfi, sagitlaria , triglochin , etc). Le but de cette séparation n'a pu être que de faciliter l'étude , car dans d'aiitres circonstances LOS caractères ne lui ont pas paru suflisaus pour établir des familles ET D'HISTOIRE NATURELLE, 17 familles nouvelles. Cette augmentation du nombre des familles est compencrc par la réunion àesj4sphodèlesawx.Liliacés ,et des Ananas aux Narcisses .Yiiirx^ cette dernière famille paroît le genre furcrœa , qvie Ventenat a démembré des agaves, et qu'il a dédié au célèbre professeur de chimie. Dans la quatrième classe , ou celle des monocotylédones éj 1- gynes , on trouve dans le i"^"^. ordre la description complète du strelitzia. l,e valisneria qui diffère beaucoup de la famille de*! Hydrocharidées par le nombre des étamines et par son fruit uni- loculaire, présage, selon l'auteur , l'existence d'un nouvel ordre qui tiendra le milieu entre les Orchidées et les Hydrocharldées. Les observations que l'auteur a faites durant le cours de son ou- vrage , lui font présumer que le nelumbium doit être rapporté à l'ordre des Renonculacées . La cinquième classe ne renferme qu'un seul ordre formé d'un petit nombre de plantes dicotylédones apétales à étamines épi- gynes. L'auteur remarque, dans le préambule de la classe, que le calice supérieur et non staminifère n'indique pas toujours le nombre déterminé des étamines, puisque dans l'ordre précédent, où le calice est également supérieur et non staminifère , les éta- mines sont souvent en nombre indéterminé. Les ordres de la sixième classe ou des dicotylédones apétales perigynes , sont déterminés avec beaucoup de précision. L'auteur a ajouté au caractère de la forme du calice et de la situation des étamines sur cet organe , ceux qui résultent de l'ovaire libre ou adhérent et de la structure de la semence. Les genres de l'ordre \". sont réellement pourvus d'un périsperme qui est charnu. Lesgenres de la seconde section A&%Elaeagnoïdes ,vi\eryû.or\xiès, dans Jussieu , paroissent devoir constituer une nouvelle famille : en effet, le nombre des étamines diffère ,et les lobes sont roulés autour de l'embryon , tandis qu'ils sont droits dans les genres de la ii'e. section. Jussieu , dans la détermination des caractères des ordres de la septième classe , s'étoit borné au seul caractère fourni par la forme et la structure du perianthe intérieur , Ventenat a ajouté celm que fournit le périsperme. ^7wara«^oï^ parés , rarement nnds , plus souvent revêtus d'une enveloppe 53 simple ou double ». Cette définition nous iiaroît plus juste et plus claire que celles de divers botanistes modernes. Les articles purement relatifs à l'histoire de la botanique, se réduisent à un précis historique sur Tournefort , Linnœus et les Jussieu , et à l'exposition de leurs systèmes ; mais aux articles genre , sexe des plantes , méthode , etc. Ventenat développe plu- sieurs traits de cette même histoire avec autant d'érudition que d'intérêt. Ceux de physiologie végétale sont plus étendus ; ils contiennent le précis des observations de Halles , de Duhamel , de Bonnet , de Daubenton , de Berthollet , de Senebier , etc. Ce 1"=^. volume ou ce dictionnaire de botanique , est précédé d'un discours ])iéruninaire fort important , divisé en trois parties. Dans la première l'auteur prouve, par l'histoire, que la méthode naturelle et l'étude des rapports ont toujours fait L'objet des re- cherches et des vœux des botanistes. Dans la seconde il compare l'importance des diverses soi tes de caractères, et leur utilité dans la formation des familles naturelles. Il cherche même à expiimer cette importaiu;e en nombre , afin tl'en rendre la comparaison plus précise. Le résultat de ses calculs déniontre la solidité des ijases adoptées par Jussieu pour sa classilication. ET D'HISTOIRE NATURELLE. 23 Ventenat trouve , clans cette redierclie, à donner des solutions ingénieuses des divers problèmes proposés par Jussieu , sur cette importance des caractères , qui forme , à proprement pirler , la clef de la botanique. 11 examine ensuite dans quel ordre les plantes doivent être disposées pour former une série bien natu- relle j enfin il donne le plan de son ouvrage. Nous terminerons cet extrait en énonçant l'espoir que ce livre ne laissera aucune excuse à ceux des botanistes qui ont refusé jusqu'ici de se mettre au fait de la méthode naturelle , et qu'il contribuera puissamment à la propagation de cette méthode , sans laquelle il ne peut y avoir aucune connoissance solide des végétaux. REMARQUES Sur la partie qui concerne les volcans , dans le mémoire de KiRWAN , sur Xétat primitif du globe et la catastrophe qui lui a succédé. Par G. -A. De rue. J-'E toutes les espèces de montagnes , il n'en est point qui aient donné lieu à plus de conjectures que les volcans ; qui aient plus exercé l'imagination des naturalistes , sur leur nature , leur for- mation , et les conséquences qu'on peut en tirer pour expliquer l'état actuel de la surface du globe. Les uns ont conclu ^ de ce qu'on a vu une île et une montagne s'élever un peu de temps , et de ce qu'on en voit d'autres s'élever graduellement , par l'action des feux souterrains , que toutes les montagnes ont été élevées par la même cause. D'autres , au contraire , ont pensé que le plus grand nombre des montagnes étant visiblement l'ouvrage des eaux ^ les volcans ne faisoient point une exception à cette formation générale , mais montroient un simple accident produit par les feux souter- rains , quis'étoient ouvert un passage au' travers d'une montagne déjà formée , et composée , comme toutes les autres , de couches £t de miitières déposées parles eaux. Une troisième classe de naturalistes , qui ont observé les vol- cans , ont reconnu , avec la plus grande évidence , que c'est une^ 24 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE espèce distincte de montagnes ; qu'ils ont des caractères invaria- bles dans leur forme, dans leur composition , et dans la manière dont ils ont été élevés , qvii ne permettent pas de les assimiler à aucune autre montagne, quelle qu'elle soit. L'extrait du mémoire de Kii-wan , qui fait le sujet de ces REMARQUES , iuséré dans les numéros 70 et 72, de la Bibliothèque Britannique , nous apprend que ce savant minéralogiste paroîc avoir adopté les idées de la seconde classe de naturalistes , quoique ceux qui leur ont succédé eussent fondé leurs conclu- sions sur des oljservations réitérées , dont ils ont donné les détails. ■" _ Il croit donc , « qu'un très-petit nombre de montagnes doivent » leur existence aux volcans , et qu'en particulier , ni le Vésuve , « ni Y Etna , ne sont des produits de volcans , et qu'il en atteste » leurs bases , qui sont , dit-il , neptuniennes , ou formées par » les eaux ■>■>. Kirwan se fonde sur l'opinion du père Délia Torre , « que le » Vésuve est une simple continuation de l'Apennin , et que sa « charpente n'est point volcanique ». Citant pour nouvelle preuve le nombre de pierres neptuniennes qu'il vomit dans ses érup- tions. J'ai vu le Vésuve et plusieurs autres volcans j je l'ai vu dans une de ses plus longues éruptions ( en 1757 ) ; je l'ai observé fré- 3uemment ; je suis monté six ou sept fois à son sommet ; j'ai suivi e très-près tous ses phénomènes , la marche des laves et de leurs rameaux , depuis leur sortie immédiate du pied du cratère jusqu'à leur extrémité. L'éruption dont j'ai été le témoin , après avoir comblé le grand cratère , y avoit élevé une petite montagne qui lançoit au-dehors ses matières ardentes ; je suis monté à son bord, et j'ai hasardé de regarder dans son intérieur au moment de ses explosions j je l'ai vu et à plusieurs reprises, et j'ai fait quelques expériences sur la lave coulante qui sortoit de son pied. Je puis donc parler sciemment de ce volcan , et j'assure Kirwan , que le Vésuve n'est point une continuation de l'Apennin ; qu'il en est parfaitement isolé et séparé par une plaine a. la distance de six ou sept milles. Je puis l'assurer encore , que depuis sa base , prise dès le bord de la mer , jusqu'à son sommet , le Vésuve est tout composé de matières volcaniques. Quant a son intérieur , on a une donnée bien sûre pour déter- miner ce qu'il doit être. C'est la face escarpée du mont Somma, qui faisoit l'un des côtés de l'ancien volcan. Cette face escarpée, qui a plus de la moitié de la hauteur totale du volcan , s'élève sur un petit vallon circulaire , dit atrio del cavallo , qui la sépare du ET D'il IS"^ 01 RE NATURELLE. a5 du cône actuel. Or on volt sur cette face , qui montre la coupe intérieure de l'ancien volcan , tout le désordre qui doit exisler dans le sein d'une telle montagne. Depuis le haut jusqu'en b.is , et d'un côté à l'auti-e, on découvre une infinité de laves qui tra- versent en divers sens des couches entassées de cendres et de scories. Il se fait de fréquens éboulemens de ces matériaux sans liaisons, qui tomijant au jiied de l'escarpement , les mettent sous, les yeux de l'oLservateur 5 et il u'y voit que des produits vol- caniques. L'intérieur du volcan actuel ne peiit qu'être de même. Com- ment peut-on supjioser qu'il y existe aucune de ces couches régu- lières formées par les eaux, en voyant sortir de sou pied, de ses flancs et de son sommet , ces masses de laves , et ces gerbes de matières ardentes ? Les fragmens de pierres naturelles , en petit nombre , jetés quelquefois j)ar la bouche du volcan , dont j'ai fait une collec- tion sur les Heux, ne peuvent provenir que dn bord des galeries profondes , au travers desquelles les matières en fusion se sont ouvert un passage , ou qu'elles ont trouvé tout formé , et qu'elles écornent dans leur route. Ces fragmeus , portés à leur surface et amenés au pied de la cheminée du volcan, y sont élevés avec elles, puis jetés au dehors par l'expansion du fluide igné et des autres fluides élastiqTies. Aussi ces morceavix sont-ils tous plus ou moins altérés par le feu , et quelques-uns ont retenu , sur une partie de leur surface , une croûte de la lave qui leur a servi de véhicule. Il n'est pas surprenant que le père délia Torre , qui écrivît sa relation en 1755 , ait pensé que la charpente du Vésuve n'est point volcanique, puisqu'il a cru voir sur la lave coulante, dont il donne la description , « qu'elle étoit toute couverte ôe pierres » de diverses grandeurs , les unes naturcllrment blanches et M obscures, les autres calcinées ou cuites comme des bri(|ues qui 55 seroient restées long-temps dans le four. Il y avoit de plus , 33 ajoutet-il , une quantité de sable réuni à ces pierres , en gé- « néral de couleur châtaigne et cendrée ». J'ai vu couler beaucoup de laves , et je les ai observées très- long - temps. J'ai vu que la surface de celles qui ne sont pas abondantes , se durcit à peu de distance de leur origine , et forme une croûte sur la matière en fusion. Celle-ci , conFinuant à cou- ler , la surface durcie de la lave s'éclate , puis elle se brise en morceaux irréguliers et raboteux , qui sont entraînés avec elle ; elle les dépose sur ses bords dans son cours , et il s'en forme sans cesse de nouveaux. Les vapeurs brûlantes , salines et sulfu- Tome VI. MESSIDOR û« 7. D 'J.6 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE reusesqui s'exhalent incessamment do la lave, les pénètrent et les colorent de diverses teintes ; elles corrodent et pulvérisent même ceux qni y restent long-temps exposés. Uc-là ces pierres et ce saè/e , ([ne le père deJla Torre a cru voir, quoique tout ne lut , et ne sera jamais que des fraginens et une pulvérisation de la lave elle-même. Ces laves , vues de nuit , paroîssent une ra- vine de pierres ardentes. Les laves abondantes se rompent en grandes masses. Kirwan croit encore (|ue X Etna ne doit pas son origine à un vo/cû/i ; il le croit même sans aucun doute. Il se fonde sur ce qu'a rapporté un voyageur (le comte de Borcli ) <[ue « la pierre « fondamentale de l'Etna est un granit mêlé de jaspe , et qu'on « y t^o^^ve du cuivre et du plomb en abondance ". Il se londe encore sur ce que Dolomieu a trouvé des bancs de coquil- Iiges marins sur les lianes de cette montagne à la hauteur de 2000 pieds. J'ai vu aussi l'Etna. Mais ici il peut y avoir quelque compli- cation, et en mettant clia([vie chose à sa jjlace, tout peut s'expli- quer , exce])té cependant l'assertion du comte de Borch , que la matière fondamentale de l'Etna est un granit mêlé de jaspe , parce qu'il n'existe rien de semblable. Depuis le bord de la mer jusqu'à son sommet, l'Etna ne montre que matières volcanic|ues. M. de Borch peut avoir pris pour jaspe et granit ( s'il s'agit de l'Etna lui-même , car il peut s'être glissé quelque méprise ) des laves composées de diverses substances. Tous les corps renfermés dans une lave n'ont pas été en fusion. Le feu des volcans, quoi- que terrible par ses effets , n'est pas aussi ardent que celui qu'on peut produire dans nos fourneaux. Il arrive donc que ces corps non vitrifiés , devenant plus appai-ens sur les laves anciennes , ces laves peuvent être prises , par des yeux non exercés , pour des roches composées. J'ai trouvé dans le lit d'un torrent, suilaroute de Catane à Taormina , des morceaux de lave roulés , qui pour- roient être pris pour une sorte de porphyre. Ils présentent , sur un fond obscur , les tranches d'une multitude de lames cristal- lines blanches, peu apparentes dans la lave elle-même , mais qui le deviennent beaucoup sur ces fragmens roulés , parce que le frottement qu'elles ont subi , les a blanchi en les égrisant. Pour bien jnger l'Etna , il faut l'observer dans tout son en- semble. Le meilleur poste pour cela , est la hauteur où est située Taormina , i 3o milles au N.-E. de Catane. De - là on voit cet immense volcan depuis sa base jusqu'à sa cime couverte déneige^ sans que nul objet en intercepte aucune partie. On ne peut rien contempler dans la nature de plus grand et de plus majestueux. ET D'HISTOIRE NATURELLE. 27- De sa vaste base 1 Etna s'élève coiuine une pyraïuute , jusqu'à Fa hauteur perpendiculaire de passé 1700 toises, ])ar luie jiente ù.- peu-piès éo^ale de tous les côtés , luisant , avec l'iiorison , un angle d'envii'on i5 degrés , qui devient plus raj)iJe en s'a])])ro- cliant du cratère ; et l'on distingue sur cette pente un grand nombre de cônes volcaniques. Et déjà de cet ensemble , on concluroit avec certitiule que l'Etna est un volcan , lors même tous sur cette même face de l'Etna, et leur nombre a augmenté depuis. Il y en a plu- sieurs autres sur le côté opposé. On seroit peut-être surjiris de n'en pas voir un plus grand nombre , si l'on ne réflechissoit pas que les éruptions de la bouche principale doivent en avoir couvert beaucoup 5 et que plusieurs autres ont été nécessairement effacés (i) J'observai quel étoil le degré Je la pente de l'Etna , et je le rapporte ici , parce que toutes les vues (|u'on a données des volcans cxagèren' si furt leur pente, que si elle étoit telle , en effet , il seroit bien impossible d'y m jnlcr , et aucune scorie libre ne pourroit y rester. Le cône cUvé immédiatement par la chiite des matières lancées du cratère , est la partie la plus rapide^ et cette pente , déler- ininée parle degré d'inclinaison que prennent des corps qui tombent et roulent les uns sur les autres , ne peut jamais excéder l'angle de 4^ degrés ; et il est bien rare qu'ils se fixent à une pente aussi rapide. Celle du Vésuve, prise depuis le vallon dit j4trio del Cavallo , qui passe , avec raison , pour très-rapide , n'a que 3o degrés. Depuis le pied du cAne supérieur, élevé par le cratère , les iavet et les pluies étendent la basç du volcan , qui devient de moins en moiag rapide. D a .^2.8 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE par de nouvelles bonclies qui se sont ouvertes auprès d'eux. Je mesurai la circonférence de la base de Monte rosso , je la trouvai de 43oo pas. Ainsi ces cônes qui paroissent petits sur l'Etna qui les a enfantés , seroient grands par-tout ailleurs. Malgré tout mon désir , je ne montai pas au soamiot du volcan ; c'étoit au printemps ; il y avoit encore beaucoup trop de neij^e. Et supporter cette latigue , sans pouvoir rien oliserver sur cette région élevée du volcan, eût été yjrcndre une peine bien inutile. Le sujet nie conduit à faire une courte digression sur (jurlques produits de l'Etna. Les petits prismes de couleur noirâtre (jiu: renferment ses laves, dont on trouve ime multitude isolée parmi les menues scories du sommet de Monte rosso , sont octaèdres et non pas exnèdres. Il peut être utile , pour la cristallographie des volcans , de rectifier cette erreur. Deux côtés opposés, de ces prismes ont constamment plus de largeur que les six autres, ce qui leur donne une forme applatie, et les deux fices étroites sont taillées à trois côlés à- peu-près égaux. Les deux extrémités du prisme sont terminées par une pyramide bièdre , dont les bases reposent de part et d'autre sur les trois petits côtés. Les plus grands ont 6 lignes sur 3 de largeur et i i d'épaisseur. On en trouve de réunis en petits groiqies. Je ti ouvai au fond du cratère lui morceau de scorie qui a été fortement ]]énétré ])ar les vapeurs acides et sulfureuses. Cette scorie contient plusieurs de ces prismes , qui ayant été pénétrés 5ar les mêmes vapeurs , semlilent être convertis en petits cristaux e soufre. Ce cas est rare , car ces corps résistent à cette péné- tration , comme ils résistent à la fusion. Les couches souterraines dont ces laves tirent leur origine , doiventrenfermer une quantité innombrable de ces prismes. On trouve encore parmi les menues scories du sommet de ce cône , plusieurs de ces petites lames blanches cristallines, sembla- Uesà celles des morceaux de lave roulés dont j'ai parlé ci-dessus. Elles ne paroissent être que les fragmcns de quelque pierre trans- parente lamelleuse , que la chalerrr a lait fendiller et briser en mentis éclats. Quoique ce cône fût élevé depitis près d'un siècle, sa stirface^ son intérieur et le terrain qui l'environne àdeuxmides à la ronde^ de même que 1 immense lave qui en est soitie , ne nu)ntroient aucun signe de végétation , excepté quelques licliens épars sur la lave. Les menues scories qui cotivroient la surface extérieure du cône, avoient encore le vif de leurs aspérités tt le vernis tle leur noirceur. Le terreau qui se i'orme sur les laves ù la suite des siècles , et ET D'HISTOI RE NAT URELLE. 29 qu'on attribue à la décomposition de leur surfjce , est plus en- core , je crois , une décomposition de cendres volcani(|ues , qui a servi en même temps de liase pour retenir les dépôts des pluies et de l'air. Un particulier de Catane , à qui j'avois été recom- mandé , m'envoya la description de l'éruption de 1763. La bouclie supérieure de l'Etna vomit, dans cette éruption, une très-grandi- abondance de cendres : elles étoient lancées sous la forme d'une colonne épaisse et d'une noirceur effrayante. La bouche d'où dégorgea la lave, s'ouvrit sur les flancs du volcan. Les cendres parvinrent jusqu'à Catane , où il en tomba une couche de six lignes d'épaisseur ; elle fut de quelques pouces à une distance phis rapprochée du Volcan. Ce particulier eut la bojité de ni'en- voyer de- ces cendres ; elles sont aussi menues qu'un sable très- fin. Vues H la loupe, elles ressemblent à de petites scories , et le barreau aimanté , qu'on y promène, en retient plusieurs parti- cules, qui jetées sur le papier, sont attirées assez vivement. Voilà donc les bases d'une couche déjà bien avancée vers la décompo- sition , et toute disposée à retenir les dépôts des jiluies et de l'air ; les éjections subséquentes du volcan continueront à l'augmenter. Je reviens à la suite de mes remarques générales sur les vol- cans , et je demanderai encore : comment est-il possible de con- cevoir, qu'une montagne , d'où sortent de tous les points de sa sujface , depuis son pied jusfju'à son sommet, d'aussi frécjuentes et d'aussi énormes éruptions ; d'où dégorgent des laves , f|ui , coulant jusqu'à la mer , ont parcouru une distance de 12. à 14 milles ; qui couvrent toute cette étendue , à plusieurs milles de largeur, d'un massif de 3o à 35 pieds d'épaisseur, et plus, en- core dans c[uelques endroits; qui , atteignant la mer, continuent à s'avancer et à former des entassemens énormes d'écueils et d'escarpemens ; comment, dis-je, peut-on concevoir qu'il ex;3te dans une telle montagne , aucune couche de la nature de cello qu'on a appelées //ar les récifs qui les environnent. Je remarqu^crai à cette occasion , quiilement, je l'aurois trouvé, comme aujourd'hui, riche en >» soufreeten sels de différentes espèces îj.Ij'abbc Spallanzani s'est trompé. Je parcourus ce cratère tranquillement; j'y remarquai ces soufres et ces sels dont il parle , et j'en rapportai plusieurs espèces de scories et de belles cristallisations de soufre. Je les détachai du bord de quelques fentes d'où, sortoieiit des fumées sulfureuses , qui , en se condensant sur leurs surfaces , y for- moient ces cristallisations. Je pris même vm morceau intéressant dans un endroit fort dangereux. Au pied d'une des faces escarpées de l'enceinte du cratère , opposée à la coupure par laquelle j'entrai eu traversant une épaisse fumée sulfureuse , je remarquai une ouverture d'où sor- toitune colonne de fumée ([ue j'avois oljservée très-distinctement depuis la mer , s'élevant isolément au-dessus de toutes les autres fumées. L'esjiace à parcourir, pour y parvenir , étoit ral)Otenx, entrecoupé et difficile. J'y fus cependant. Je trouvai un entou^ ïioir ou cône renversé , d'environ 60 pas de tour et de 18 à 20 Tome VI. MESSIDOR an 7. E 34 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE pieds de profondeur, terminé par un trou de lo à 12 pieds de diamètre. De ce troii sortoit la colonne de fumée , avec un bndt semblable à celui que fait la yapeur d'une eau qui bout , lors- qu'elle s'échappe d'un vase qui n'est pas entièrement couvert. La lace escarpée de l'enceinte formoit un des côtés de cet entonnoir et se prolonaeoit dans le fond de son ouverture qui communi- quoit immédiatement avec l'abîme du volcan. Je m'en assurai en y jettant plusieurs gros morceaux de scories , (pii sembloient s'anéantir dès qu'ils l'avoient passée. Sur la pente de cet enton- noir, composée de menues cendres volcaniques un peu affermies, et au tiers de sa prolbndcur , je vis un beau morceau de soufre pur, demi transparent. 11 me tenta. J'hésitai q\ielques momens si je me hasardeiois à l'aller prendre. Je descendis et je le pris. Il est vrai qu'en descendant, ce que je fis en sondant le terrain à chaque pas , j'osois à peine respirer. De-là je m'acheminai vers un autre point de l'enceinte escar- pée , d'où sortoit un épais brouillard de fumée sulfureuse. J'en- tendis en y allant, le bruit d'un vent violent qui sortoit de quel- (lue ouverture. Il ne m'étonna point ; j'avois déjà rencontré plusieurs de ces courans d'air , qui partoient de différentes cre- vasses. Celui - ci étoit plus fort , il est vrai , mais le croyant dans un endroit caché par la fumée, je continuois à m'en approcher, lorsque tout-à-coup je vis l'ouverture à trois pas de moi. Je m'ar- rêtai, saisi du danger cpe je venois de courir. C'étoitun trou de 5 k 6 pouces de di,i mètre , qui terminoit un petit entonnoir de deux pieds et demi de profondeur. De ce trou s'échappoit un courant d'air , avec autant de violence que par le soufflet d'une forée. J'y jetai qiielques scories f|ui l'aggrandirent , et le vent sortit avec moins de force , quoiqu'il repoussoit toujours au-de- hors les petits morceaux qui se détachoient. Quant aux scories que j y jetai, dès rju'elles avoient jmssé le trou , il leur arrivoit comme au grand entonnoir , elles paroissoient s'être anéanties ; je prêtois l'.ireille inutilement, je n'entendois ni choc, ni aucun bruit quelconque. Cette découverte me faisant connoître le peu d'épaisseur de la voûte sur laquelle je raarchois , déjà indiquée par le retentissement de mes pas, me fit prendre le parti de me retirer. Je rejoignis mon guide qui étoit resté hors du cra- tère , et que je trouvai fort en peine de moi. Son inquiétude l'avoit engagé à crier quelquefois , et je lui avois ré[iondu ; mais les idées sinistres qu'il avoit de ce lieu , et non sans raison , le tenoient toujours en crainte , et il ne me crut en sûreté que lors- qu'il me vit paroître. L'île de Vulcano , sacrée chez les anciens , a été plus particu- ET D'HISTOIRE NATURELLE. -SS ïièrement l'obïjet des fictions de leurs poètes. C'est dans cette île qu'ils avoient placé la démettre d'Eolc et de Vulcaiu. Oa ïecoft^ noît bientôt rorïgine de cette fable, dans les nombreux couranS d'air qui sortent du cratère et des flancs du volcan qui Favoisi- nent , semblables à des vents et à l'air cliassé par les soufflets d'une forge. Ces courans d'air ne peuvent être produits que pat le dégagement de l'air des vapeurs aqueuses. Le Vésuve et FEtna, quoique abondans ù leur cratère en vapeurs et en fumées , n'ont point de ces courans. Ce phénomène de Vulcano peut donc s^ex* pliquer d'une manière très-claire et conforme à une bonne phy- sique ; en considérant l'intérieur du volcan comme une vaste chaudière , dont l'espace est partagé par quelques piles de ma=^ tières volcaniques , qui , s'élevant du fond , viennent s^appuyer contre la voûte du cratère et la soutiennent » sans quoi elle de- vroit s'écrouler. Le fond de cette chaudière est constamment rempli par l'eau de la mer qui s'y filtre^ C«tte eau est réduite en vapeurs par la chaleur souterraine du volcan, et l'air qui s'eA "dégage , s'échappe avec violence par les évents qu'il s'est ouvert. D'un autre côté les nombreuses fissures des piles intérieures et des flancs du volcan , sont les canaux de communication , par lesquels s'élèvent depuis les cavernes souterraines , réservoirs de ses feux , les fumées salines et sulfureuses qu'on voit sortir au- dehors , et tapisser de leur sublimation ,les parois de ces fissures. Les crevasses et les ouvertures de la voûte du cratère , par les- quelles sortent les courans d'air , sont placées immédiatement sur les intervalles vides des piles ; de-là le retentissement des pas, quand on marche sur ces endroits - là, et le silence des scories que je jetai par ces ouvertures. Elles tomboient perpendiculai- rement jusqu'au fond de la chaudière sans toucher nulle part , et quand elles l'atteignoient , c'étoit à une trop grande profon- deur pour que le choc pût être entendu. Je fiis confirmé , dans cette explication des courans d'air du volcan , par une observation que je fis , à son pied , près du lieu où nous débarquâmes. Il en sortit plusieurs petites sources brû- lantes , à quelques pouces au-dessus du niveau de la mer ; leur goût étoit celui de l'eau de mer ; c'étoit donc de la mer qu'elles tiroient leur origine. L'ébuUition que cette eau éprouvoit dans le volcan , dont j'avois eu un signe certain , par le bruit qui accom- pagrioit la grande colonne de fumée que j'avois observée, soulevoit cette eau au-dessus de son niveau extérieur , et elle s'écouloit par ces petites ouvertures , en même-temps qu'elle formoit les vapeurs ; et il est très-vraisemblable que la colorme de fumée étoit la réunion de la majeure partie de ces vapeurs aqueuses « E 3 36 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE dirigées depuis le fond de la chaudière , à l'ouverture que j'ai décrite, par un canal particulier, formé entre les piles. J'eus un autre indice de la. grande chaleiir souterraine du volcan. En nous approchant du rivage , je remarquai que la mer iumoit dans plusieurs places ; j'y portai la main , l'eau étoit brûlante. Près de-là , sur notre droite , la mer étoit teinte de soufre. Dans cet endroit , on voyoit sur le rivage , les débris d'un ancien cratère , près du petit volcan , ou vulcanello. L'une des scories que je pris dans l'intérieur du cratère , est de celles qui deviennent ^zV/re ponce ; car la pierre ponce , dans l'état où elle est un objet de commerce , est l'ouvrage du temps. C'est l'anatomie d'une espèce particulière de scorie , où il ne reste que les parties vitriiiées en forme de lames et de lilcts , qui, en s'anioUlssaiit , ont cependant résisté à la décomposition. On voit par la scorie que j'ai rapportée , que la première opé- ration se fait vraisemblablement dans le cratère du volcan , par l'action des vapeurs acides et sulfureuses qui les pénètrent. Le temps et riiimiidlté font le reste ; soit que ces scories restent sur bi surface du volcan ou sur le bord de la mer , ou qîi'clies soient ensevelies dans des couches de matières volcaniques. On ne ren- contre point cette espèce de scorie sur le Vésuve , ni sur l'Etna ; ce qui me fait croire qu'elle est jiarticulière aux îles volcaniques. Le contact immédiat de l'eau salée peut être nécessaire pour jjro- duire cette vitrification. Les feux de Vulcano sont, ou plus ardcns que ceux du Vésuve et de l'Etna , ou ses matières sont plus fusibles. Je trouvai sarla pente du volcan nombre de fragiuens d'une vitrification de cordeur obscure', qui paroissoient avoir appartenu à un même courant de matière en fusion. Leur cassure a le brillant vitreux, et ses bords sont denn-transparens. Cette vitrification est pleine de bulles , dont queli[ues-unes sont fort grandes. Celles-ci se sont allongées en coulant, et leur surface s'est retirée en filets qui res- scndoîont à des fibres ligneuses. Les vapeurs sulfureuses s'y sont introduites, et leur ont laissé une certaine teinte qui donne à la surface de ces Indles l'apparenCe d'un bois pétrifié. J'ai vu quelques personnes s'y méprendre. Ces bulles présentent une autre circonstance assez singulière. Quelques-unes renferment de petits fragmens arrondis de scories anciennes de couleur grise, qui sont isolés , n'adhérant que jiar deux côtés aux parois de la bulle. Cette covilée vitreuse les a donc saisis sur sa route et porté dans son intérieur. Les laves ne coulent pas à la manière des liquides ; leur extrémité antérieure s'avance en roulant sur elle- même , comme feroit une pâte ; on conçoit mieux dès-lors , com- ET D'HISTOIRE NATURELLE. 87 ment une scorie qui leur est étrangère , peut être portée dans leur intérieur. Mais il faut pour cela ce dei^ré do rnsion. Les laves du Vésuve et de l'Etna n'en seroient pas susceptibles ; elles sont trop compactes , et leur fusion trop imparfaite. Je terminerai ces remarques par une oLservatiAi que j'ai déjà laite, mais qvi'ilpeut être nécessaire de répéter. (Lettre 48, p. 42.7.) « Cette expression employée par quelques auteurs naturalistes : /3 qu'une ou plusieurs bouclies-à-feu ont lancées de l'intérieur de 33 la terre ; et que ces montagnes-là ne sauroient être assimilées, " ni par leur forme , ni par leur composition à aucune des autres v montagnes du globe w. Ainsi donc , toutes conséquences tirées d'une opinion con- traire, pour déterminer l'état primitif et actuel de la surface du globe , sont sans aucun fondement. Les montagnes à couches na- turelles ou neptuniennes , n'ont point été élevées par les feux souterrains; et les montagnes et les îles volcaniques ne sont point l'ouvrage du dépôt des eaux. Errata pour le Mémoire sur les lenticulaires. Page 217, lig. 6 , filets ,\\!.e2 files. — 220 — 5o , antérieur , lisez antérieure. — — 33 en élargissant , lisez en s'élargissant. — 222 — 27, en la numismate , lisez entre la numisniale. — 224 — 3 , des différences , lisez deux espèces différentes. — 225 , derii. lig. latitudes différentes , lisez latitudes si différentes. 58 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE E,X PERIENCES SUR LES SÈVES DES VÉGÉTAUX; Par le citoyen Vauqueli n, Membre de l'Institut national de France , professeur de chimie , etc. A Paris , chez Quillau , imprimeur de la société des pharmaciens de Paris , rue du Fouarre , n°. a, division du Panthéon-Français, -EXTRAIT. PREMIERE SECTION. Sèvb d'orme, Ulmus campestris (L.) , envoyée au commence- ment defioréal an 5 , par C e l s. La sève d'orme a une couleur rouge-fauve , une saveur douce et mucllagineuse ^ elle rougit très - foiblement la couleur de tournesol , quelquefois même elle ne la rougit pas. Elle donne avec l'ammoniac un précipite jaunâtre très-abon- dant , qui se dissout avec effervescence dans les acides. Les dis- solutions de chaux et de baryte produisent dans la sève d'orme les mêmes effets que l'ammoniac •■, seulement le dépôt paroît plus abondant. L'acide oxalique y produisoit sur-le-champ un précipité blanc très-abondant , ainsi que le nitrate d'argent. L'acide sulfurique étendu d'un peu d'eau excitoit dans cette sève une effervescence assez vive , et le mélange répandoit très- sensiblement une odeur d'acide acéteux. L'acide muiiatique oxigéné y formoit un précipité jaune flo- conneux , et décoloroit la liqueur. L'hydrosulfurede potasse et le sulfate de fer n'y occasionnoient aucun changement remarquable. Enfin , l'alcool y formoit un précipité floconneux , de nature muqueuse. La pesanteur spécifique de la sève d'orme est de i,oo3 ; mais ET D'HISTOIRE NATURE LLE. Sg cette pesanteur doit nécessairement varier suivant une ibule de circonstances que l'on conçoit aisément (i). PREMIERE EXPÉRIENCE. 1,089 kilogrammes de cette sève furent soumis à l'évaporation dans une capsule de porcelaine au bain de sable. Pendant le cours de l'évaporation , elle a présenté les phénomènes suivans : 1°. il s'est formé une pellicule brunâtre à la surface de la liqueur ; 2". il s'est séparé une matière sous la forme de flocons do la même couleur , formée , soit par les parties de la pellicule brisée , soit par une matière qui se sera coagulée au milieu de la Liqueur ; 3°. il s'est déposé sur les parois et sur le fond de la capsule, une matière terreuse, aride, qui faisoit entendre un bruit aigre lors- qu'on passoit un tube de verre à sa surface. Lorsque les 0,9 environ de la liqueur furent évaporés , on laissa refroidir la liqueur ; elle avoit déposé au fond de la capsule une grande quantité de terre colorée en jaune; il y avoit déplus beau- coup de flocons jaunâtres insolubles dans l'eau , qui ne s'étoient point attachés au vase. Cette terre fut dissoute avec effervescence par l'acide murla- tique ; lorsque la dissolution fut achevée , on filtra la liqueur pour séparer les parties végétales insolubles qui coloroient auparavant la terre; elles pesoient 0,687 grammes (3). La dissolution muria- tiqvie de cette terre mêlée avec le carbonate de potasse ordinaire, a fourni un dépôt blanc qui , lavé et séché , pesoit o,5 grammes; c'étoit du carbonate de chaux. On filtra ensuite le 0,1 de la liqueur restante, pour en séparer les flocons qui y nageoient, ainsi qu'il a été dit plus haut ; ceux- ci lavés et séchés, pesoient 0,743 grammes; ils avoient une cou- leur brune de tabac; ils n'avoient point de saveur etseréditisoient (1) Si la pcsanleur spécifir|ue de la sève d'orme exprimoit exactement la quan- tité de niaiière végétale cju elle contient , il s'ensuivroit qu'il passeroit dans les vaisseaux de l'orme 1626 mvriagramnies d'eau pour la formation de4,S77mY- riagrammes de bois , et qu'un arbre qui pèseroii 48)77-5 myriagranimes , auroit pompé dans la terre et exhalé ensuite dans l'atmosphère 16260 myriagrammes d'eau ; enfin , qu'un orme qui auruit augmenté de 2,439 myriagrammes , dans les six à sept mois que dure la végétation, auroit absorbé 8i3 myriagrammes d'eau f ce qui est énorme. Mais on verra par la suite que la pesanteur spécifique de la sève d'orme n'indique pas la quantité de matière végétale tenue en dis- solution dans l'eau , et ne doit pas non plus l'exprimer. (2) Ces 0,637 grammes de iii;.tière se sont en partie dissous dans l'eau, et la dissolution a fourni par le C' bonate de potasse un précipite calcaire , d'oii il suit que la sève d'orme cuuiient de l'acéùle de chaux. 4o JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE facilement en poudre. Ils se dissolvoient dans l'acide muriatif[iie avec effervescence , comme le dépôt ci-dessus : la dissolution filtrée , pour la séparer de la matière véi^étale insoluble qui les roloroit aujiaravaut , liit mêlée avec le carbonate de potasse ; elle fournit un précipité blanc, légèrement jaunâtre , qui lave et séché, pesoit o,3i8 grammes , tpii , réunis avec les 0,477 grammes, for- ment un total de 0,795 grammes. Ces o,3i8 derniers grammes de précipité étoient du carbonate de chaux, mêlé d'un peu de carbonate ^de magnésie. Ces o,4i8 grammes de carbonatç de chaux étoient donc mêlés avec 0,425 grammes de matière végétale, ])uisque la matière d'où ils furent séparés pesoit 0,740 grammes auparavant. La licpieur filtrée qui avoit déposé la matière terreuse conjoin- tement avec une matière végétale devenue insoluble par les progrès de l'évaporation, fut évaporée à une chaleur douce; elle fournit 9,553 grammes d'un extrait pulvérulent , d'un gris blan- châtre , qui avoit une saveur salée très-piquante , qui attiroit l'hu- midité de l'air avec beaucoup d'énergie. La saveur de cette matière et la manière dont elle s'est dessé- chée , présente beaucoup d'analogie avec l'acétite de potasse ou terre foliée végétale. Les expériences suivantes prouvent en effet que cette matière est bien véritablement, au moins pour la plus grande partie, de l'acétite de potasse. PREMIÈRE EXPÉRIENCE. Mis avec de l'acide sulfurique concentré , il produit une vive effervescence , et répand une fumée blanche très-piquante , dont l'odeur est parfaitement semblable à celle de l'acide acétique ou vinaiore radical, o DEUXIEME EXPÉRIENCE. Distillé avec trois parties d'acide sulfurique étendu de deux par- ties d'eau , il fournit un acide acétique très -concentré , qui ne contient pas un atome d'acide sulfurique si la distillation n'a pas été poussée trop loin. Ce qui reste dans la cornue est de véritable 6ulfa.te de potasse avec excès d'acide. Il suit évideu)ment de ces expériences , que l'extrait d'orme est en grande partie composé d'acétite de potasse, et que l'emploi de l'écorce d'orme en médecin* ne doit pas être sans quelque vertu , sans cependant lui attribuer toutes celles que le docteur Banneau prétendoit qu'elle avoit. Comme l'acétite de potasse obtenu de la sève d'orme avoit une légère ET D'HISTOIRE N AT U PvELLE. 4i légère couleur mse , j'en ai dissousr 9,553 grammes dans la, quanlité d'alcool nécessaire ; par ce moyen la partie colorante s'est séj)arée sous la forme de flocons bruns ; j'ai filtré la dissolu- tion et je l'ai fait évajiorer à une chaleur douce ; j'ai en un acétite de potasse parfaitement blanc et aussi pur que celui que l'on pré- pare en pharmacie, La matière végétale , séparée de ce sel par l'alcool , jx-soit tout au plus o,3iB grammes après la dessication. En réunissant tous les produits obtenus de 1,039 kilogrammes de sève d'orme , on aura une somme de 1 1 grammes , composés , 1°. de 0,796 gram, de carbonate de chaux; a», de 1,06 grammes de matière végétale, proprement dite ; 3o. de 9,24 grain, d'acétite de potasse. AUTRE SÈVE d'orme. Le 3 floréal an 5,1e citoyen Cels m'envoya i,834 kilogrammes * de nouvelle sève d'orme, pour examiner si elle présenteroit quel- ques diflërences avec la première. Eprouvée par les réactifs , elle a offert absolument les mêmes phénomènes ; sa pesanteur spécifique étoit de 1,006 ; elle foncoit plutôt la couleur bleue de tournesol, que de la rougir, comme le font les autres sèves. Dès qu'elle a été exposée au feu, il s'y est formé beaucoup de bulles d'air, qui se sont rassemblées à la surlace, où elles ont formé une écume abondante. Quelque temps après , la liqueur s'est recouverte d'une pellicule mince de couleur brune , qui se divisoit en flocons et qui étoit bientôt remplacée par une autre. Elle a formé , comme la première sève , un dépôt calcaire sur les parois de la capsule ; lequel dépôt dissout dans l'acide muria- tique , et la dissolution filtrée , mêlée ensuite avec le carbonate de chaux, a donné i,3 grammes de carbonate de chaux. On voit , par ce résultat , que la quantité de terre calcaire fournie par cette sève est proportionnellement un peu plus foiblo que celle de la première sève , puisque 1 ,039 kilogrammes en ayant donné 0,795 grammes, i,834 kilogrammes auroient dû en fournir 1,406 grammes , s'il y avoit égalité dansies proportions ; mais il est possible que cette petite différence de 0,106 grammes tienne à l'inexactitude des moyens chimiques , et nullement à la nature de la sève. Les 1,3 grammes de carbonate de chaux dont on vîènt de par- ler , contiennent environ o,43 grammes d'acide carbonique , qui occuperoient à-peu-près 228 centimètres cubes s'ils étoient libres; mais il a fallu presqu'autant d'acide carbonique libre pour dis- Tome FI. MESSIDOR a» 7. F 42 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE, soudre les i,3 grammes de carbonate de chaux ; d'où il suit que les 1,834 kilogrammes de sève contiennent , tant en ciiuiln- naison cju'à l'état de liberté , 456 centimètres cubes d'acide carbonique. La liqueur d'oii on avoit séparé le carbonate de clianx, ainsi que la matière végétale qui s'étoient déposés pendant rév;i|)orri- tion , a été soumise à une nouvelle évaporation ; elle a fourni 16,19 grammes de résidu parfaitement semblable à celui dt; la première sève , c'est-à-dire, d'acétite de potasse d'un blanc tirant sur le gris. Cette sève contient aussi , comme il est évident , une moins grande quantité d'acéiite de potasse que la première sève , car en proportion nous aui-ions du en trouver i6",87 grammes , et nous n'en avons eu que 16,19 , ce qui l'ait 0,68 grammes de différence. Mais en récompense , elle contenoit une plus gi-ande propor- tion de matière végétale , c'est-à-dire , de matière extiaoùve par- ticidière à l'orme ; car au lieu de 1,873 grammes qu'elle anroit dû donner en proportion avec la première , elle en a fourni 2,069 grammes. Si des observations assez nombreuses avoîent prouvé que ces rapports fussent ainsi dans les raisons inverses à mesure ([ue la végétation avanceroit, on en pourroit, ce me semble, tirer cette conclusion naturelle et intéressante , que le carbonate de chaux et l'acétite de potasse seroient décomposés par l'action vitale des végétaux , et que le carbone et l'hydrogène des acides qui coin- posentcessels scrviroient à la composition de la madère \égétale. TaOISlÈlME SÈVE. Le 36 prairial an 5, le citoyen Cels m'envoya encore une nouvelle quantité île sève d'orme 5 elle avoitles mêmes jjropriétés physiques, excepté qu'elle étoit un peu plus colorée, et avoit une saveur plus amère que les premières sèves. Elle présenta aussi avec les réac- tifs absolument les mêmes phénomènes que les deux premières. 3,918 kilogrammes de cette sève furent soumis à l'évaporation: les phénomènes furent encore ici les mêmes que ceux qui ont été décrits ci- dessus pour les antres sèves. La liqueur ayant été réduite à siccité, afin de rendre insoluble la jîlus grande ])artie de la matière végétale , on l'a délayée dans luip certaine quantité d'eau, et on a liitré la dissolution. Cette dissolution , évaporée de nouveau , a donné 32,482 gram. d'acé- i ET D'IIISTOIK]' NATUP^ELLE. -i'î) tîte de potasse un peu plus foucc en couleur que celui ào5 pre- mières sèves. On voit encore ici un décrolssement dans la quantité d'acélite de potasse, beaucoup plus grand que dans la deuxième sève ; car relativement à cette dernière, elleauroit dû en fournir 35,079 grammes, tandis qu'elle n'en a donné que 32,482, ce qui fait 3,3y7 de difïérence. La croûte terreuse demeurée sur les parois de la capsule , fut dissoute dansTacldemnriatique , et par ce moyen la ]jliis grande ainsi que de celles qui vont suivre , ressortent encore plusieurs considérations très - intéres- santes sur l'état on se trouvent la potasse et la chaux dans les matières végétales. Jusqu'à présent les chimistes avoient pensé que CCS sidistances etoient immétllatenient combinées avec les principes des véi^étaux, et qu'on ne iaisolt que les développer , les mettre à nud par la combustion des matières végétales , pro- prement dites; mais il est beaucoup ])lus vraiseniljlabie que ces sidjstances y sont combinées avec les acides acéteux et carbo- nique, et que leur développement est dû à la destriiction de l'a- cide acéteux par l'action du feu. 11 résulte au moins évidemment de cette analyse que la- sève d'orme est principalement composée d'une grande quantité d'acé- titè de potasse, d'une petite quantité d'acétite de chaux, d'une certaine quantité de matière végétale , et d'une assez grande pro- portion de carbonate de chaux. J'y ai trouvé aussi de légères traces de sidiate et de mnriate de potasse; mais comme ces deux l'actii)!! de l'air et de la clialeur , de l'état i^oniniefix à celui d'un bois dont l'ag- j^réyaiion des parties n'iivaiit pas eu le temps de se faire, est resté sous forme pLdvéruienti?. ET D'HISTOIRE NATURELLE. 45 derniers ne paroissent jouer dans les végétaux aucun rûle impor- tant , et qu'ils y sont en très-petite quantité et en quelque sorte comme accidentels , je n'en ai pas fait mention dans le cours de cette analyse. DEUXIÈME SECTION. SiiVE DE HÊTRE, n". 1, Fa^us sylvcstris (L.), {^premiers jours de jloréaL an 5 ). La sève de hêtre a une couleur rouge-fauve , une saveur ana- logue à l'infusion de tan. Soumise aux essais par les réactifs , elle a présenté les phéno- mènes suivans : 1°. Elle rougit légèrement la teinture de tournesol; 2°. L'ammoniac y forme un léger précipité blanc-jaunâtre j 3°. I^a baryte, idem; 4°. Le carbonate de potasse du commerce, idem; 5°. L'acide oxalique, un ])réci])ité blanc plus abondant; €°. L'acide muriatique oxigéné , couleur jaune et bientôt un précipité floconneux de la même couleur; y°. L'acide sulfurique concentré, couleur noire et odeur d'a- cide acéteux ; ' 8". Le nitrate d'argent, rien sur-le-champ, cpielque temps après ,une couleur rouge et précipité noirâtre par l'exposition au soleil ; 9°. Hydrosulfure d'ammoniac , o ; 10°. Sulfate de fer, couleur noire foncée sur-le-champ ; 11". La dissolution de colle Ibrte , un précipité blanc très- abondant. PREMIÈRE EXPÉRIENCE. 4,58 hectogrammes de cette sève furent soumis à l'évaporation dans nne capsiile de porcelaine , placée sur un bain de sable doux. La liipieiir se colora par les jirogrès de l'évaporation , et donna io,5oo grammes d'extrait d'une couleur rouge-ijrune , très-duc- tile à chaud et très-cassant à froid. D'a]n-ès cette rpiantité d'extrait fourni pnr les 4,58 hectogram- mes de sève de hêtre , il est évident qu'il en fait environ les 0,0229, et que ijour qu'elle dépose dans l'arbre 11,17 myria- grauimes de matière nourricièie , il est nécessaire qu'il passe Â87,8 mvriagrarames de sève dans les filières vésétales : et ciu'en supposant que les végétaux ne perdent rien de solide par la trans- 4C> 3 un MAL DE l'IîYSTQUE, DE C fl! M 1 E j)iralioii , ce qui n'est guères probable , il f'audrojc 213.83 my- liagniiuines d'eau pour porter 4)^77 myria^ramines de matière dans le végétal. DEUXIÈME EXPÉRIENCE. Examen de l'extrait de hêtre. L'odeur de cet extrait a quelqu'analogie avec celle du paiii chaud ; sa saveur participe aussi de celle du pain , mais elle a quelque chose de piquant qui ne se trouve pas dans le pain. Il attire puissamment l'humidité de l'air , il se ramollit d'abord et se liquéfie ensuite entièrement. Exposé à l'air pendant vingt-quatre heures , il a augmenté de o,i5 de sa masse. TROISIÈME EXPÉRIENCE. Mêlé avec de la chaux vive , il exhale une légère odeur d'am- moniac; mais elle devenoit très-sensible par l'approche de l'acide muriatique oxigené très-f'oible , d'où il paroît que cet extrait con- tient un sel ammoniacal. QUATRIÈME EXPÉRIENCE. Avec l'acide suli'urique môme étendu d'eau, cet extrait répand sur-le-champ une odeur vive d'acide acéteux, mêlé d'une légère odeur empyreumatique. CINQUIÈME EXPÉRIENCE, L'alcool ne dissout qu'une partie de cette substance , ce qui annonce que cet extrait est très-muqueux. L'on voit par ces premiers essais , que la sève de hêtre contient 1». un acide libre ; 2°. un sel calcaire (l'acétite de chaux) ; 3°. un sel alcalin (l'acétite de potasse); 4°- ^^ l'acide gallique ; 5". du tannin ; 6". une substance extractive et muqueuse. La présence de chacune de ces substances sera démontrée d'une manière encore plus évidente dans la sève suivante. SivE DE HÊTRE, N°. 2, {^commencement de prairial , an 5), Cette nouvelle sève avoit une couleur rouge assez foncée , une saveur de jus de tan qui a commencé à fermenter , une pesanteur spécifique de 0,016. ET D'HISTOIRE NATUREL LE. 47 Elle noîrcîssoit en trèî-peu de tcinps la dissolution âo suïïiite de fer , et précipitoit ahondamimut 1 1 dissoluùon de coile forte ; ce qui indique la présence de l'acide gnltiipie et du tatinin. En général , cette sève a présenté, avec les réactifs , les mêmes effets que la précédente , ainsi il est inulile de les répéter. L'odeur et la saveur de tan se détruisent un peu par 1 evapo- ration de la sève ; cependant la propiiété de nnircir le f< r et de précipiter la colle l'orte se conserve encore datis la musse léslulte à siccité. Cette sève dépose , pendant l'évaporatlon , une grande qu m- tité de mitière brune , tirant sur la fauve , et la couleur de la liijucur se fonce considéraijletnent. Cette matière, recueillie sur un jiapier ,pcsoit o,7çi(^ gi'ammes, et provenoit de 9,171 liectogramnn s de sève; rii.u.iiise à la. distillation , elle a fourni un produit ammoniacal , une liuile épaisse et letide , et a laissé un charbon diflicile a brûler. Ce charbon , traité avec l'acide muriatique , a donné 0,26 grammes d'alumine pure , et il ne pcsoir plus que 0,21 grammes (1). Ajuès avoir séparé la matière qiù s'est ]irécipitée pendant réva]>oration , on a mêlé la sève fdtrée et étendue d'eau , avec ■une dissolution de colle de poisson ; 11 s'est formé un déjjùt blanc- grisâtre très-abondant, dont les proprié es seront décrites jdus bas. Ce déj.ôt étant sec pesoit 3, 713 grammes ; et comme il y entroit 1,59 grammes de colle de poisson, il s'ensuit qu'il contc- iiolt 2,123 grammes de tannin; ainsi , i(7-'>'^ myriagrammes de sève , il est nécessaire qu'il passe dans ses filières au moins 488 myriagrammes de sève. DEUXIÈME EXPÉRIENCE. 1,171 myriagrammes de la même sève furent distillés au bain- inaiie jus([u'à la réduction de 3o6 grammes; le résidu avoit une couleur rouge-brune , la consistance d'un sirop liquide , et une saveur sucrée assez grande; sa pesanteur spécifique étoit de i,i!^4- D'après la pesanteur spécifique de cette liqueur, et en suppo- sant qu'elle soit due à une matière sucrée , j'ai reconnu , par une expérience de comparaison , que cette quantité de licpieur devoit en contenir 1,124 grammes ; en conséquence, désirant savoir si elle donneroit de l'alcool par la fermentation , j'ai uiêlé aux 006 gram(nes de liqueur ci-dessus, 122 grammes d'eau, et i5,5gr. de levure de bierre , molle et coulante, et j'ai exposé le mélange à une tenqjérature de 12 à i5 degrés de chaleur ; au bout de quelques jours il a présenté totis les phénomènes de la fermen- tation , c'est-à-dire, que la liqueur s'est échauflëe, s'est troublée et a laissé dégager du gaz acide carbonique. Quinze jours après , on a soumis la liqueur fermentée à la distillation , et l'on a obtenu environ 122 grammes d'une liqueur très-chargée d'alcool, et qui pouvolt avoir 10 à 16 degrés à Paréomètre de Baume. Le liquide restant dans la cornue , avoit une couleur rouge , une saveur encore sucrée et légèrement amère , une odeur de bierre , et rou- gissoit fortement les covdeurs bleues végétales. Cette liqueur dis- tillée presc[ue jusqu'à siccité , a fourni environ 1 22 grammes d'acide ûcéteux assez fort. TROISIÈME EXPÉRIENCE. 1,366 myriagrammes de la même sève ont également été soumis à la distillation au bain-marie; cette liqueur a offert, pendant la distillation, les mêmes phénomènes que ceux dont on a pirlé plus haut , c'est-à-dire, qu'elle a fourni une eau distillée d'une saveur douce comme du petit-lait, et que le résidu réduit à en- viron 367 grammes , avoit une couleur brune - rougeâtre , une saveur sucrée , et contenoit quelques flocons de matière végétale séparée pendant l'évaporation. J'ai fait en vain plusieurs essais potir retirer de cette liqueur du ET D'HISTOIRE NATURELLE; ^7 du sucre blanc et cristallisé , ce qui me porte fortement à croire que la matière sucrée qu'elle contient , n'y existe pas à l'état d'un véritable sucre , tel qu'il est , par exemple , dans la canne à sucre. QUATRIEME EXPERIENCE. Examen de l'extrait de bouleau. L'extrait de bouleau , comme nous l'avons déjà remarqué plu- sieurs fois , a une saveur très-sucrée , une couleur rouge-brune , et une légère odeur d'acide acéteux. Cet extrait se dissout complètement dans l'alcool , si on en excepte cependant une petite quantité de matière brune , piilvé- rulente et sans saveur. Il est également dissoluble dans l'eau, et sa dissolution se com- porte , comme il suit, avec différens réactifs. 1°. Si on la fait bouillir pendant long-temps, elle se colore de plus en plus , il s'y forme un précipité floconneux coloré qui augmente jusqu'à la fin de l'évaporation. La matière ainsi précipitée et séparée de la liqueur, devient pulvérulente en se desséchant , n'a point de saveur sensible , brûle facilement , et laisse une cendre blanche qui n'est qu'une matière calcaire contenant un atome d'alumine. Les acides et les alcalis décomposent cette substance colorée et calcaire ; les premiers , en dissolvant la chaux et laissant la matière végétale sous la forme de flocons bruns ; les seconds en dissol- vant , au contraire , la matière colorante , et en laissant la chaux presque blanche. L'ammoniac versé dans une dissolution de cet extrait , y forme un précipité floconneux , d'une couleur brune , et qui €St absolument de la même nature que celui dont je viens de parler. Des étoffes de laine blanche , bouillies dans une dissolution du même extrait , se colorent en brun-fauve , et l'extrait perd une grande partie de sa couleur ; si on verse dans la dissolution de l'extrait où on a fait bouillir ces étoffes , de l'ammoniac , elle n'y occasionne plus ou presque plus de précipité. Si l'on ajoute à la dissolution de cet extrait un peu de sulfate d'alumine, dont l'excès d'acide ait été en partie saturé, et qu'on y fasse bouillir ensuite des étoffes de laine , la liqueur se déco- lore presqu'entièrement , et les étoffes se colorent beaucoup plus. Ces expériences prouvent , \°. que l'extrait contenu dans la Tome VI. MESSIDOR an 7. H 58 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE sève de bouleau , ainsi que clans les autres sèves , est une véri- table matière colorante ; 2,". que cette matière colorante enlève à l'acide acéteux , par le secours de la chaleur , la terre calcaire et l'alumine qu'il tient. CINQUIÈME SECTION. Sève de marronier. I,e citoyen Cels m'envoya , dans le mois de prairial , environ i5,3 grammes de sève de marronier d'inde , elle n'avoit pas la saveur bien déterminée , si ce n'est une légère amertume. Evaporée à siccité , elle a donné un extrait brun , dans lequel il s'est formé , au boiit d'un mois , beaucoup de petites aiguilles ■de nitrate de potasse. La partie extractive n'étoit pas sensible- ment dissoluble dans l'alcool; elle se boursoulïloit f'orlement sur les charbojis allumés , et répandoit une odeur létide de matières animales. La partie dissoluble dans l'eau , évaporée spontané- ment , a donné beaucoup d'aiguilles de nitrate de potasse pres- que pur , c'est-à-dire , qu'il ne contenolt pas sensiblement de matière colorante. / La partie extractive de cette sève n'est donc pas sensiblement dissoluble dans l'alcool , d'où il suit qu'elle doit être muqueuse ; la petite quantité de cette sève n'a pas permis d'y reconnoître la présence de l'acétite de potasse. Cependant , en versant sur le sel obtenu de cette sève , de- Facide sull'urique étendu de 3 à 4 parties d'eau, on a senti très- sensiblement l'odeur de l'acide acéteiix ; ainsi il piroît que cette sève contient, comme les autres, de l'acétite de potasse, et sans doute de chaux. LT D'HISTOIRE NATURELLE. ^9 FAITS DE TAC H E S SUR L'ACIDE NITRIQUE, (1796); Par le citoyen Proust, professeur de Chimie à Madrid. o J E préparai , avec un nitre bien sec et l'acide siilfurique , un acide nitrique qui se trouva pur et à l'épreuve de la Imryte. Après l'avoir degazé, par une distillation bien ménagée , il resta jaune, et sa pesîiiiteur fut à celle de l'eau , comme 162 à 100. Distillé de nouveau , son premier produit se trouva comme \5\. Il étoit moins jaune. Son deuxième produit , que je comptois trouver plus jiesant, puisqu'il étoit encore moins coloré, ne pesa encore que loi ; mais ce qui m'étonna bien plus, c'est ique le résidu, parfaitement blanc, n'étoit que de 147- Ce résidu fut encore distillé en deux parties : son produit fut de 149 , et son reste ne passa pas i44' Voici une seconde expérience de la même année. L'acide obtenu d'un nitre bien sec ,, se trouva de i55. Il fut degazé d'abord , et ensuite distillé. Son premier produit donna à l'épreuve 162; le deuxième, moins jaune, i:i3 , et le résidu blanc n'étoit plus que de 149. On voit par-là que cet acide se comporte, dans sa concentration , d'une manière bien opposée à nos idées , et qui est l'inverse de celle de la plupart des autres acides. J'ai remarqué dans ces occasions que plus l'acide est concentré, phis la distillation en est facile : il n'a pas besoin de bouillir pour se vaporiser , et même rapidement. On peut donner , dans les leçons , une idée de la force d'at- traction qu'exerce sur lui-même un acide concentré par l'expé- rience suivante ; c'est de verser de l'acide à 148 sur de l'étain pulvérisé par la méthode connue dans les pharmacies , et il i)!en. résulte pas plus d'effet qu'avec du sable ; mais ilu'en est pourtant pas de même avec le zinc. OXIDE D'AZOTE. Pour obtenir sûrement ce gaz , c'est un acide à i5<» au pese- liqueur de Baume, qu'il faut appliquer au zinc. Un acide de 18 H a So JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE et 20 ne le donnent plus que mélangé de gaz niti-eux ; et sans doute d'azote. INDIGO. Un acide de 148 le dissout etl'oxide en jaune ; ce qui est connu. Cet indigo , ainsi oxigéné , est une résine ; l'esprit de via le dis- sout et l'abandonne à l'eau. '^ Ce qui m'a surpris , c'est d'y trouver , au moyen d'acides foi- Lies , la magnésie , et même abondamment , outre la matière extractivé qu'on cônnoît dans les indigos. Un acide dé i5i à iSz , enflamme l'indigo , comme Sage l'a publié , et comme Woulf l'avoit aussi l'ait connoître à Hilalre Rouelle qui l'enseignoit dans ses cours. DU NITRITE DE POTASSE; Par le même. 1 L est tout-à-fait déliquescent. On le sépare du nitrate fondu et rougi au moyen des cristallisations qui enlèvent tout le nitrate non-altéré. L'acide sulfurique ou nitrique foibles en séparent abondamment le gaz nitreux. Ce vinaigre distillé n'en précipite rien , quoiqu'il y occasionne povirtant une légère efl'ervescence. Croyant séparer ce nitrite du résidu des cristallisations , je lui mêlai de l'esprit de vin ; il y eut précipitation saline. Perdant ensuite de vue mon nitrite , il nie prit fantaisie de vouloir le décomposer par un acide , au milieu de l'esprit de vin , et voici le fait nouveau que produisit une idée qui d'abord ne prdmet- toitrien. De l'acide sulfurique foible , versé dans ce mélange , occasionna de l'elfervescence, et son produit, au lieu d'être du gaz nitreux, lut de l'étirer nitrique avec dégagement de chaleur. Cette expé- rience mérite certainement d'être reprise. J'enflammai la vapeur, et la couleur verdâtre de la flamme étoit bien celle de cet éther. Vraisemblablement le gaz nitreux fut décomposé, son oxigène absorbé par l'alcool, et l'azote dissipé , sans doute , avec le gaz étliéré ; mais pour transformer l'alcool enéther nitri(jue,lui faut-il avitre chose qu'une simple dissolution d'oxigèue concret ? Voici d'autres faits qui semblent le proilver. J'ai versé 4 onces d'esprit de vin bien sec dans un flacon de ET D'HISTOIRE NATURELLE. f>i pînte , rempli de gaz muriatique oxigéné ; le gaz se tlissolvit tran- quillement , et le flacon s'éclaircit dans la même proportion. Quelques minutes après , l'esprit de vin se décolora ; il y eut dégagement de chaleur sans apparence d'aucune sorte de gaz. A l'ouverture du flacon , je reconnus l'existence de l'éther nitrique. Cette expérience fut répétée avec le même esprit de vin , suc- cessivement sur 11 flacons de gaz. Les mêmes phénomènes se reproduisirent, et l'éther parut aller en augmentant , après quoi je jugeai , au décroissement de l'odeur , qu il s'acliemînoit à un autre état , qui est vraisemblablement le passage de l'alcool ù l'état d'acides végétaux, parmi lesquels se retrou voit l'acide mu- riatique avec toute son inertie. Pourquoi n'en seroit-il pas de l'alcool comme de la plupart des autres produits végétaux qui peuvent très-bien se suroxider dans leur totalité, sans qu'il y ait désunion ou combustion de quel- qu'un de leurs principes ? Telle nous voyons l'altération des huiles volatiles , grasses , des suifs , des résines colorantes , etc. atù toutes peuvent recevoir de nouvelles physionomies par l'ad- ition ou l'absorption spontanée d'une petite dose d'oxigène , tandis qu'un maximum les porte à leur entière décomposition. Tout ce que je viens de dire n'est pas applicable à l'éther sulfu- rique qui me rappelle aussi quelques faits moins connus dont je vais faire part. ■.■■■■ m i ■■■ J ii m iB H ii ■! I l ut » iw II. ii L^u_ i j i>n^ RÉSIDU D'ÉTHER SULFURIQUE; Varie même. \-i E résidu de cet éther , poussé aussi loin qu'il est possible par la distillation , ne doniie jamais de soufre , malgré qu'on en dise. Si on en fait distiller une petite portion dans une ample retorte, on obtient de l'esprit de vin, de l'huile , les gaz ordinaires , et de l'eau. Après l'intumescence passée , la matière poisseuse , qui n'est que l'huile épaissie par du charbon , prend ce dernier état par la concentration de l'acide , et commence à s'en séparer au point que le Hquide s'éclaircit visiblement. Poussant ensuite la distillation , tout ce charbon se réaggrège ; il passe du gaz sulfureux , puis de l'huile de vitriol légèrement 62 JOl-iRNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE colorée par du charbon. Tout l'acide passe à la lia dans ce degré de concentration , et ce qui reste au fond de la retorte est une plaque de charbon pur : telle enfin qu'on l'obtient d'une distilla- tion d'acide sulf'uri(]ue sur un charbon quelconque. Lorsque pour oljtenir le gaz oléfiant des chimistes hollandais , on distille trois parties d'acide contre une d'esprit de vin , la matière poisseuse se charbonne en entier , et l'on obtient ainsi d'une once d'alcool jusqu'à un gros de charbon Sec. SUR L'INFLAMMATION DES HUILES PAR L'ACIDE NITRIQUE. Avec un acide nitrique fort comme celui qui donne iSt. , il est îni])OSsil)le d'enilainnier l'huile de lin par la méthode ordinaire j mais iiour y réussir et d'une manière qui fasse spectacle , il ne i'aut que verser doucement un doigt d'huile de lin sur autant de cet acide , placer le verre à pâte sur une assiète avec un peu d'eau, et recouvrir le tout avec une cloche d'une liauteur suffi- sante : en moins d'un quart d'heure le bouillonnement commence et l'inflammation suit de près. On y réussit aussi également, bien quoiqu'un peu plus tard avec des acides de 149 et i5o. L'iuùle d'olive , traitée de la même manière , mais toujours avec le mélange de l'acide sulfurique ^ s'enflamme avec le même succès. Dans ces expériences on a la satisfaction de voir à son aise le charbon se dégager des autres principes de l'huile avant l'inflammation. Et pour bien saisir les changeraens (|ue l'acide éprouve de son côté , de la part de l'huile d'olive , par exemple , on verse deux doigts de cette dernière sur autant d'un acide à 149, ou environ, placé au fond d'un cylindre à pied, d'un pouce de largeur : on marque, à l'encre, la ligne où se touchent les deux licpiides, et Von observe. La hauteur de l'acide baisse rapidement , le gaz nitreux s'é- chappe au travers de l'huilejCt les phénomènes s'achèvent c|uand le restant de l'acide , devenu trop aqueux , cesse d'agir sur l'huile, qui en est quitte de son côté pour un épaississement peu consi- dérable. Si au lieu d'huile on employé , avec les mêmes précautions de l'esprit de vin sur un acide de 35 degrés , on fait naître , d'une manière très-agréable, toute la suite des phénomènes qui appar- tiennent à la formation de l'éther nitrique. Ce procédé revient un peu à celui de Blak , qui consiste à faire entrer adroite- ment trois couches de liqueurs diiï'érontes dans un matras placé ET D'HISTOIRE NATURELLE. 63 dans de l'eaii à la glace, et qui sont de l'acide fumant, de l'eau et de l'esprit de vin. On réussit facilement à arranger ces trois cou- ches sans les confondre, à l'aide d'un siphon à boule, avec lequel on laisse découler les liqueurs surun des côtés de l'embouchure du vaisseati, qui pour cela ne doit pas avoir plus de deux pouces de collet. Je n'ai vu ce procédé dans aucun ouvrage français , si je ne me trompe , et il est pourtant décrit dans l'un des premiers journaux de Crell. SUR L'A M M O N I A C; Par le même. (_/ N sait que la flamme d'une bougie , placée à l'embouchure d'un cylindre plein de gaz ainmojiiac s'agrandit. D'après ce fait j'ai coutume , dans mes leçons , de le mêler avec une partie de gaz oxigène, et alors il y a inflammation et détonation. Le temps m'a manqué pour arranger un eudiomètre de fer ou de verre avec un conducteur en 1er, et pour opérer au l^ain de mer- cure. Mêlant ensuite ces deux gaz , on les fera détoner , et l'on séparera très-exactement la quantité d'azote , principe de l'alcali volatil. SUR LES EAUX PUTRÉFIÉES A LA MER ; Far le même. i-i. y a un couple d'années que le prince de Parme eut la Ijonté de me faire passer quelques bouteilles, fort bien bouchées, d'eau pourrie, prise dans un vaisseau de retour à Carlhagène. A l'ouverture je n'eus pas de peine à reconnoître l'odeur du gaz hépatique. De l'eau teinte avec une dissolution de cuivre en lut précipitée en brun. Ce dépôt, rassemblé et examiné au chalu- meau , se trouva être du sulfure bleu de cuivre. Après que l'eau eut perdu son odeur à l'air , je l'examinai et la trouvai excessivement chargée de plâtre ; ce qui me fit juger qu'on n'avoit sûrement pas rempli le tonneau d'eau de rivière. ^4 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Une aussi grande quantité de suli'ate de chaux dans cette eau ne ]30uvoit pas moins que de produire de l'Iiydrogèiie sulfuré dans sa pourriture ; aussi ne fiis-je point étonné de sa qualité : mais dans les eaux de rivière qui ne contiennent point de plâtre , quelle est donc la nature de leur putréfaction ? Comme je n'ai jamais vu d'eau gâtée de cette seconde espèce, je sens qu'il fau- droit être dans un port de mer pour observer, analyser et conce- voir l'espérance de pouvoir les dépourrir facilement. En attendant, voici, jiar rapport aux eaux qui se sont hépa- tisées dans les voyages , quelques faits qui pourront aider à la solution de cet important problême. Avec environ demi-once de manganèse en poudre , battue dans de l'eau jiourrie, je lis disparoître , en moins de quatre minutes ^ toute sa mauvaise odeur. Pour savoir encore mieux de quelle efficacité pourroit être la manganèse, il falloit l'appliquer à une eau puante au plus haut degré. Povir cela, je battis fortement une once de manganèse en poudre , dans une pinte d'eau hépatique artificielle , la plus in- fectée qu'il me fût possible de le faire , et dans peu d'instans je parvins très-bien à la désinfecter , mais elle conserva opiniâtré- jnent une odeur d'oignon que je ne pus faire disparoître ; néan- moins dans cet état et dans un cas urgent je l'aurois bue sans répugnance. MODELE i \ » ET D'HISTOIRE NATU RELLE. ^5 MODELE D'UN FOUR A CHAUX PERPÉTUEL^ Par Benjamin, comte de Rumford (i). Les objets principaux qu'on avoit en vue en construisamt ce four à chaiix qui est dans la cour de l'hôtel de la Société de Dublin étoient , 1°. De faire que le combustible pût consumer la fumée; et, pour cela , on a forcé celle-ci de descendre et de traverser le combustible incandescent , pour produire autant de chaleur qu'il seroit possible, (f^oyez la planche ci-jointe. ) 2.°. De faire que la flamme et la vapeuréchauffée qui s'élèvent du feu , fussent en contact avec la pierre calcaire dans une grand» surface , dans le but d'économiser la chaleur et de l'empêcher de s'échapper dans l'atmosphère : ce qu'on a obtenu en donnant au four la forme d'un cône tronqué concave , et une grande élévation relativement à son diamètre , en le remplissant en en- tier de pierres à chaux , et en introduisant le feu par la base du cône, 3». De rendre le procédé perpétuel, pour prévenir la déperdi* tion de chaleur qui accompagne nécessairement le refroidisse- ment du fourneau lorsqu'on le vide et qu'on le rempUt : opéra* lions qui forcent à éteindre le feu. 4"- D'arranger l'appareil de manière que dès que la pierre est calcinée , et qu'elle a , par conséquent , un degré de chaleur très- considérable , elle puisse , en se refroidissant , commvxnîquer cette chaleur, et aider à échavifïer \a nouvelle charge dont on remplit le four dès qu'on a sorti une certaine quantité de chaux. Pour remplir cet objet, le combustible n'est point mêlé avec la pierre calcaire , mais il se consume dans un foyer fermé , prati- qué dans ie côté du four , un peu au-dessus de son fond . Lorsque les fours à chaux , construits d'après ces principes , seront très-grands , il pourra y avoir plusieurs foyers pratiqués dans le même cône, et situés de différens côtés. Ces foyers pour- (i) Extrait de ses ouvrages. La raretù toujours croissante du combustible lend cette méthode de plus en plus précieuse. i Tome VI. MESSIDOR an 7. I 66 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE rontêtre disposés de la même manière que ceux qui sont en usage pour cuire la porcelaine. Il y a , au fond du four , une porte qui ne s'ouvre que pour sortir la chaux. Quand , après avoir sorti une certaine partie de cliaux , la pierre qui est contenue dans le iour s'aff'aise , le vide qui se forme dans le dessus du fourneau est immédiatement rempli par de nouvelles pierres à chaux. Dès qu'on a enlevé une certaine quantité de chaux , on doit sur-le-champ refermer la porte et en garnir les joints avec de la terre glaise humectée , pour prévenir le passage de l'air fi'oid à travers la chaux; on doit ccjiendant y laisser une petite ouver- ture pour des raisons que je vais détailler. Comme le feu entre dans le foiir à quelque distance de son fond , et que la ilannno s'élève dès qu'elle entre dans celle cavité , la jsartie ini'érieure du four ( au-dessous du niveau du loyer ) est occupée par de la pierre déjà calcinée. Cette pierre a une chaleur extrême j et comme lorsqu'on enlève de la chaux par le bas , elle descend pour la remplacer, l'air auquel elle comHiuni(|ue sa cha- leur parle contact, doit s'élever dans l'intérieur et traverser la partie supérieure du four- Ainsi la pierre calcinée , en se refroi- dissant , contribue à échauffer la nouvelle charge ([u'on verse dans le fourneau. Pour faciliter cette couamunication de chaleur de la pierre calcinée à celle qui est dans les parties supérieures du four, il faut qu'il y ait un petit tirant-d'air de Ijas en haut, qu'on établit en laissant une ouverture à la porte, qui procure l'accès de l'air ex- térieur dans le four. Cette ouverture (qui doit être munie d'une espèce de registre) doit être très-petite; autrement elle établiroitun trop grand tirage : ce qui feroit plus de mal que de bien ; probable- ment même il soroit à propos delafermer quand la chaux arrivée aii-bas du four, sera dépouillée d'une partie de sa chaleur. La perfection des fours à chaux étant un objet d'une grande importance , depuis que l'usage de la chaux, comme engrais, est devenu presque général , je compte destiner mes premiers mo- mens de loisir à des recherches plus étendues sur cet objet, et je n'ai donné qu'un apperçu de mes idées à cet égard, pour que des {)ersonnes quiauroient les mêmes projets pussent les examiner et es rectifier. Je sais ([ue le modèle du four que j'ai fait construire à Dublin , est bien loin d'être parfait; il a été construit très à la hâte en un jour, l'avant-veille de mon départ d'Irlande. Pour donner aux personnes qui vovidroient s'occuper du même objet , une idée plus complète de mon plan , j'ai joint l'esquisse ET D'HISTOIUE NATURELLE. Cj wiivante du four à chaux que je fais construire actuellement à l'usage de la ferme du jardin anglais à Munich. ( Vo^ez la plauLhe.) J'ai cru devoir leur donner cet apperçu pour que nous puis- sions entrer en lice : et j'assure tous mes concurrens que je serai enchanté qu'ils me devancent dans la carrière que nous parcourons de concert. Je ne crois pas me tromper en disant que le résultat du travail de mes semblal)lcs me procure autant de plaisir que. j'en retire de mes propres recherches, et lorscpie je puis me flatter d'avoir, en queli|ue manière , contribué à provoquer des méditations utiles , j'en éprouve une satisfaction difficile à exprimer. Explication de la figure. Elle est Li section d'un petit four à chaux construit à Munich, à dessein d'y faire différentes expériences. La hauteur du four est de quinze pieds ; son diamètre intérieur de deux pieds dans le bas , et le supérieur de neuf pouces , pour contenir plus efficacement la chaleur. Ses murs , qui sont de brique et très- peu épais , sont doubles , et l'espace intermédiaire est rempli de cendre de bois bien sèches. Pour donner plus de solidité à l'ensemble , ces deux murs sont liés dans plusieurs endroits par des traverses horisontales faites en briques et bien cimentées. A , est l'ouverture par où on introduit le combustible. C'est ]iar cette ouverture que l'air qui alimente le feu descend dans le foyer. Ce foyer est représenté comme étant presque rempli de charbon , et la flamme passant latéralement dans la cavité du four par une ouvertiure pratiquée à cet effet dans le fond du foyer. L'ouverture supérieure, par où l'on introduit le combustible, est couvert par une plaque de fer tournant sur des gonds. En le- vant plus ou moins cette plaque, qui est suspendue à une chaîne, elle sert de registre pour modérer le feu. On voit , dans la figure-, une section de cette plaque et de la chaîne qui la soutient. B , est une o'uverture dans le mur de face du foyer , qui sert accidentellement pour nettoyer le foyer , et l'ouverture Sar où la flamme entre dans le fovir. Cette ouverture qui ne oit jamais être entièrement fermée , sert aussi à admetti-e une petite quantité d'air qui arrive horisontalement au foyer. Cette portion d'air , introduite de cette manière , a paru utile et même nécessaire dans les foyers où l'on force la flamme de descendre la 68 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE pour consumer la famée. On peut donc faire , à cet effet , plu- sieurs trous munis d'obturateurs de forme conique dans le mur de face du foyer. Le fond du foyer est une grille faite en lyriques placées de champ, et sous cette grille il y a un cemlrier jmais comme l'accès de l'air au foyer , par cette grille , doit être absolument interdit, la porte du cendrier Cest constamment fermée 5 on ne l'ouvre qu'accidentellement pour enlever les cendres. D , est l'ouverliire par où l'on sort la chaux du four. Cette ouverture doit être exactement fermée pour prévenir tout cou- rant d'air froid à travers la pierre à calciner. Comme il ne faut enlever cliatfue fois que la partie de la chaux qui est au-dessous du niveau du foyer ; pour déterminer préci- sément qu'on n'en a enlevé que la quantité convenable, la chaux sortant du fourneau peut être jetée dans une fosse pratiquée à fleur de l'ouvertine par où on l'extrait, cette fosse ayant les dimensions convenables pour pouvoir servir de mesure fixe. Lorsqu'on sort la chaux par le fond du four, il faut Ja rempla- cer en haut par de la pierre calcaire ; et pendant cette opération on peut arrêter l'effet du feu , en fermant l'ouverture du foyer avec la plaque de fer qui lui est adaptée. Si l'on trouvoit nécessaire de régler le feu ou de distribuer différemment la chaleur en faisant la chaux , on pourroit fermer plus ou moins l'ouverture supérieure du four avec une pierre de grès ou une plaque de fer coulé. Les doubles murs du four , l'espace qui est entr'etix , et les traverses qui les unissent sont désignés dans la figure. Le four est représenté rempli de pierres rondes , telles que celles dont on se sert à Munich. Ces pierres se tirent dans les montagnes sur la frontière de la Bavière. Elles arrivent dans la capitale par riser. La violence du courant de cette rivière , et le frot- tement qui en résulte sur ces pierres leur donnent cette forme arrondie. ET D'HISTOIRE NATURELLE. 69 LETTRE D'A. -M. VASSALLI-EANDI, A J. -C. DELAMÉTHERIE} SUR LES PHÉNOMÈNES DE LA TORPILLE, Paris, ce 14 messidor an 7. Après ma lettre du 21 yentôse dernier sur le galvanisme, j'ai parcouru l'ouvrage de Humboldt ( Expériences sur le galva- nisme ^ traduit de l'allemand par Jadelot , médecin. Paris , chez Fuchs , an 7) , qui vient de paroître , et qui est le plus complet sur cet objet. J'y ai vu , avec satisfaction , qu'il jiense comme moi, qu'il n'y a encore rien de certain sur le fluide galvanique , et qu'il étend ses doutes sur les phénomènes des autres poissons électriques (page 4^1 ) dont il espère aussi de pouvoir s'occuper ( page 452. ) Je ne doute pas que son génie n'enrichisse cette partie de la physique par les découvertes les plus intéressantes , et qu'il ne recule les bornes des autres parties, dans lesquelles il s est déjàdistingiié,en prenant la meilleiire route pour trouver la vérité. En attendant je vous indiquerai mon opinion, soit sur ce qui sur la li reste à l'aii'e pour en découvrir la véritable cause , soit a théorie des phénomènes de la torpille. D'abord je m'occu- perai à vérifier les faits annoncés par Réaumur , Valsh , Hunter et par plusieurs autres. Je crois que je trouverai quelques vérités parmi les fables qu'Aristote , Pline , Théophraste et leurs com- mentateurs ont délntées sur la torpille. Je tâcherai de réduire à leur juste valeur les relations singulières que Schilling etKempfer nous ont laissées sur cet objet. Mais les observations de Spallan- zani fixeront particulièrement mon attention ; elles seules m'inté- ressent plus que toutes celles des auteurs qui l'ont précédé dans cette carrière, soit par l'amiiié qui nous lioit , soit parce qu'elles tiennent de près à la théorie des poissons secouans , que j'ai pro- posée à notre ami Sénéijier en 1790. Vous me permettrez donc que je vous indique ces observations avant que de vous annoncer la théorie des phénomènes de la torpille, que je vais soumettre à vo& lumières. Dès l'an 1790, me 7-0 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE trouvant à Pavie, Spallanzani,à qui j'avois auparavant communi- qué mon opinion stir les poissons secouans , me fit voir ses grandes tables sur i'anatomie des organes électriques de la torpille , et me dit ([u'ayant essayé de couper les trois grands troncs ner- veux qui, en se divisant , viennent embrasser les prismes rem- plis de matière molle fpn composent la plus grande partie du corps de la torpille ; il observa que l'ajuimal peixloit la propriété de donner des secousses ; ce qui m'a l'ait dire dans la lettre que je vous ai adressée le ai vèntose , insérée dans ce Journal, que dans la torpille les nerfs exprimoiit l'électricité contenue dans les nuiscles , et qu'au contraire lorsqu'on n'avoit point touché aux nerl's, on obtenoit encore de petites secousses de cet animal même quelque temps après sa mort. I/autre observation de Spallanzani est que les fœtus de la tor- pille dans le ventre de la mère sont unis à l'oeuf par le cordon ombilical , et qu'en les retirant ils donnent de légères secousses. Il me fît voir , dans le Muséum , ces petites torpilles attachées aux œufs , et dont il éprouva les secousses. I/histoire de ce qui a été ol)servé sur d'autres poissons secouans, par Muschembroek, Bajon ,Vanderlot , Fermin,etc. , me serviroit pour augmenter le nomljre des expériences , de même que I'anatomie de la torpille et du gimnote , par Redi, Lorenzini , Borelli , Stenone , Réaumur, Hunter, Bajon , etc. , donneroit lieu aux observations nécessaires pour déterminer la véritable structure de ces animaux. C'est sur les faits qu'on trouve dans ces auteurs, que j'ai fondé ma théorie , à laquelle je donnerai une plus grande extension , si vous lui trouvez une base établie sur des principes certains j la voici en peu de mots. Je soupçonne que les poissons secouans ont la faculté de con- denser le fluide électrique dans une partie de leurs corps , et que dans la position ordinaire de leurs organes intérieurs , ce fluide est retenu par un voile cohibent , qui devient ensuite déférent )ar la raréfaction , ou par l'addition des humeurs, et laisse passer 'électricité condensée chaque fois (pie le poisson veut donner la secousse. Dans cette théorie l'air et la nourriture fourniroient l'électricité , comme aux autres animaux. ( Journal de Physique , (Terminal an 7 , pag. 339 ) et les organes électriques seroient la partie du corps dans laquelle se condenseroit le fluide électri- que : le milieu , dans lequel vit la torpille , ne sauroit présenter aucun obstacle à cette théorie , soit à cause de la structure de l'ani- ijial , que par la nature de l'eau relativement à l'électricité. Je ne chercherai jjas h. prouver la première de ces propositions, ayant en elle-même le plus grand degré de probabilité , comme 1 ET D'HISTOIRE NATURELLE, 71 . je l'ai dit dans la lettre susmentionnée j elle démontre aussi que les dilïëreutes parties de l'animal ont dans le même temps des élec- tricités contraires ; et la dénomination d'organes électriques , qui a été donnée par les auteurs aux muscles décrits parRedi et Fermin, me paroît confirmer la seconde; car ils ne donnèrent ce nom aux muscles des poissons secouans, qu'après avoir été persuadés que :1a secousse étoit électrique , et qu'elle venoit de ces organes. Je pourrois encore appuyer -mon assertion par la nature même des organes de la torpille , qui sont composés d'un très - grand nombre de tuyaux hexagones et pentagones, (Hunter en compta 11 82 dans un seul muscle d'une torpille longue de près d'un mètre) lesquels se partagent, selon Réaumur , en plusieurs autres tuyaux ou cellules remplies d'une matière blanche et glutineuse, qui pa- roît j)ropre à retenir l'électricité. Si on examine ensuite la structure du gimnote, composé en grande partie de mucilage , qui se fond entre les doigts, et la surlace de son corps couvert de petits points jaimâtres , lesquels sont autant d'orifices de petits tuyaux, dont le plus grand nombre se trouve sur la tête et sur les autres parties qui donnent les plus fortes secousses ; on conviendra qu'elle s'accorde parfaitement: avec mon opinion sur la cause de ce phénomène. L'effort que fait la torpille avant de donner la secousse , la contraction de son corps , qui , de convexe qu'il étoit , devient concave, et la dépression de ses yeux, qui a lieu en même temps, peuvent expliquer la modification du voile cohibent et la sortie du fluide électrique. Personne n'ignore combien nos organes inté- rieurs sont modifiés par les passions et par la volonté : on sait , en otUre , que les corps perdent de leur capacité pour contenir l'électricité , à proportion que leur volume diminue : de- là il doit donc s'en suivre, dans la torpille, la plus grande condensation de l'électricité par la diminution de son volume , et la modification du voile cohibent , produite par la volonté ou par la passion dans un même temps. En conséquence la secousse ne sera qu'un effet des lois connues du fluide électrique et de la physique ani- male : le décroissement des secousses successives , leur défaut fréquent et enfin totalsuivenl: aussi les mêmes lois. L'observation d'Abilgaard , qui a galvanisé , à Naples , la torpille , et n'y a observé aucune irritation particulière ( Humbolclt , pag. 284 ) ^ peut encore appuyer l'action de la volonté dans les phénomènes de ce poisson. Les idées que je viens de vous présenter ici ne sont que des apperçus , que je suis bien éloigné de prendre pour des raisons concluantes , mais il me paroît qu'elles peuvent avoir quelque 72 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE de^rë de probabilité , et je serois très-flatté qu'elles pussent con- tribuer à l'explication des phénomènes de la torpille , en four- nissant aux physiciens des nouveaux sujets qui donneront lieu à nombre d'expériences et d'observations intéressantes. Si expéri- menta expectationi non respondent , tameri animum informant , dit Bacon ; par conséquent les recherches sur un phénomène qui reste encore à expliquer , ne pourront qu'être bien précieuses aux sciences. MÉMOIRE Sur la fabrication des crayons de pâte de sanguine , employés pour le dessin ; Par A.-F. L o M K T. O N éprouve , dans la plupart des écoles de dessin , et principa- lement dans les lieux éloignés de la capitale , beaucoup de dif- licultés pour se procurer des crayons de bonne qualité. La pierre sanguine sciée , dont on fait communément usage , est presque toujours dure , graveleuse et d'une consistance inégale; en sorte que les touches des dessins où on l'employa , ne peuvent avoir , ni le moëleux, ni la pureté nécessaire pour produire l'effet que l'on désire. Les seuls bons crayons que l'on puisse se procurer , ont été fabriquas jusqu'à présent à Paris exclusivement : ils s'y vendent fort cher ; les meilleurs sont connus depuis long-temps sous le nom de crayons de pâte du citoyen Desmarets , qui apparem- ment en fut 1 inventeur. Aucun des auteurs qui ont écrit sur la composition de ces crayons n'ayant indiqué les doses des matières qu'il falloit em- ployer, j'ai fait des épreuves graduées sur toutes les combinai- sons qu'il étoit possible de former avec les substances propres à cette tabrication ; j'ai rejette les produits qui n'ont pas rempli l'objet de mes recherches : et je présente ici les procédés qui m'ont donné des résultats satisfaisans. Ces crayons se composent avec de la pierre sanguine tendre j c'est un oxide de fer limoneux , contenant un mélange de terre de la nature des argilles , auquel on a donné le nom à'hé/natite : on ET D'HISTOIRE NATURE LLE. jl) on l'incorpore avec iine substance aglutinatlve quelconque , telle . fpie la gomme , la colle , la résine ; on y ajoute quelquefois du Savon ponr adoucir l'âpreté de cette composition. On peut , au lieu de sanguine , employer les autres oxides rouges de l'er , connus sous le nom de brun - rouge , de terre douce de vitriol , etc. ; en ce cas , on doit les choisir doux au toucher , et d'une couleur vive , parce que ceux du commerce sont souvent mélangés d'argille, ce qui leur donne un ton jaunâtre et terne qu'il faut éviter. J'ai essayé d'incorporer ces suljstances avec des blancs d'œufs et l'albumine du sang ; mais les crayons composés de cette ma- nière n'étoicnt pas de bonne qualité. Il faut prendre la sanguine en roche la plus tendre , et la broyer à l'eau pure sur le marbre , comme cela se pratique pour les cou- leurs que l'on employé dans la peinture , en observant de l'hu- mecter autant qu'il est nécessaire pour faire glisser la molette et de n'employer que le moins d'eau qu'il est possible. Lorsque l'on veut exécuter cette opération en grand, le broye- ment devient difficile et trop dispendieux ; alors on s'y prend d'une autre manière pour diviser les substances ; on les pile , on les passe au tamis . de soie , puis on les délaye à grand lavage dans des baquets où, après les avoir fortement agitées, on laisse reposer pendant quelques minutes , et seulement le temps qu'il faut pour ([ue les parties les plus grossières se précipitent vers le fond. On retire de suite l'eau fortement chargée des particules les plus tenues; on la laisse déposer pendant vingt-quatre heures, après lesquelles on décante l'eau claire qui surnage, et l'on obtient un dépôt très-fin. On pile , on lave de nouveau, on traite de la même manière le marc du premier dépôt , et ainsi de suite , jus- qu'à ce que toutes les matières soient réduites à un état d'extrême division. Il faut faire dissoudre à part la gomme , la colle ou le savon destinés à donner aux crayons le degré de solidité nécessaire } on mêle exactement les dissolutions avec la sanguine broyée , puis on évapore le mélange en l'exposant au soleil ou à la chaleur d'un feu très-doux , en ayant soin de le remuer souvent et jusqu'à ce que la pâte ait acquis une consistance un peu plus ferme que celle du beurre : l'on procède ensuite au moulage des crayons. Ce moulage peut s'exécuter de deux manières , la première est d'étendre la pâte sur une plancli :^ où l'on a pratiqué des can- nelures un peu évasées par le haut et arrondies par le Ibnd , d'une longueur indéterminée, mais d'une largeur et profondeur proportionnée à la grosseur des crayons que Ton veut former. 2bwe r/. MESSIDOR ^«7. K. yi JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE La seconde manière , qui est la meilleure , consiste ;\ forcer la ])âle de passer parle canon d'une seringue d'un orifice égal à la grosseur de ces crayons. On laisse sécher les baguettes ainsi mou- lées ; cette dessication doit être faite lentement , à l'ombre et en un lieu frais , pour éviter les gerçures qui résulteroient d'un re- irait trop précipité. Lorsque les l)aguettes sont desséchées , on les divise par mor- ceaux de deux ponces ( 5 centimètres ^ ) de longueur , on abat les arrêtes ; on leur donne une première taille pour les appointer en grosj on les racle jiour lever une pellicule qui se durcit à leur surface pendant la dessication et qui les empcclàeroit de marquer. Il faut passer une légère couche d'huile sur les cannelures du moule de l)ois , pour que la pâte ne contracte pas d'adhérencf»- avec leurs parois. On doit employer , de prélérence , la gomme arabique et la colle de poisson ; il suffit de faire dissoudre la gomme et le savon dans l'eau froide, mais la colle doit d'aljord être liachée en pe- tits morceaux , puis délayée dans l'eau chaude et dissoute au l)ain-marie. Ces dissolutions doivent être suffisamment étendues d'eau , pour qu'elles pussent être passées au travers d'un tamis de crin , afin d'en séparer les corps étrangers. La pâte s'incorpore difficilement avec la dissolution de colle : il f'aitt faire chauffer l'un et l'autre , et composer le mélange sur le feu , à la chaleur de l'eau bouillante. On doit avoir soin de liien brasser la pâte avant de la porter dans les moules, pour qu'elle soit uniformément incorporée avec la dissolution , qti'il ne s'y trouve aucun durillon. Le mieux seroit de la pétrir avec la molette , en la rebroyant pendant quelques instans sur le marbre , avant de la déposer dans les moules. On ne doit admettre le savon que pour les crayons où il entre de la gomme : aucun des essais où l'on a employé à-la-Ibis la colle et le savon n'a réussi , et cela doit être ainsi , parce (pie l'excès de l'alcali du savon , en se portant sur la gélatine , détiaiic sa faculté aglutinative. Les crayons dans la composiiron desquels il entre du savon ,. donnent ime teinte plus rembrunie. Il semble que cette combi- naison enlève l'oxigène à une portion de l'oxide rouge de fer et le brunit, en le rapprochant de l'état d'éthiops martial. J'ai re- marqué que toutes les pâtes préparées avec l'oxide de fer , ne fût-ce même qu'avec de l'eau ]nire , se brunissent à leur surface extérieure pendant leur dessèchement j cet effet a lieu d'une i ET D'H ISTOIRE NATURELLE. 7^ manière plas sensible , lorsciu'on les expose à l'action du soleil , ue qui paroît venir de ce nue la lumière enlève une portion de l'oxij^ènc à l'oxide de l'er. Je reviendrai quelque jour sur la pro- ])riété chimique de ces sortes de préparations ; mais pour le pré- sent , je n'ai cherché qu'à indiquer les procédés de iklirication (jui m'ont constamment réussi , et de manière qu'on piit les ré- péter par-tout avec succès. Les crayons composés d'après ces procédés ont toutes les bonnes qualités requises : ils ne reviennent pas à un quart de leur prix ac- tuel ; mais il faut être prévenu que leur composition exige une grande exactitude dans les doses qui vont être prescrites : parce que le moindre cliangement occasionne des différences considé- rables dajis la qualité de la pâte. On doit sur-tout être en garde contre les erreurs qui pourroient Jirovenir des déchets inévitables pendant le cours de la manipu- ation. Le meilleur moyen de s'en préserver , seroit de constater par des épreuves la quantité d'eau et de matière que contiennent respectivement la sanguine broyée et les dissolutions , avant que d'en faire le mélange. Au moyen des quantités indiquées dans letableau suivant pour chacune des espèces de crayons que l'on voudra composer , il sera facile de connoître ce qu'il faudra employer proportionnel- lement de gomme, de colle et de savon pour un poids déterminé de jjierre de sanguine ou d'oxide rouge de fer. Indicatiojis des substances à employer , doses et résultats. Îr Ces crayonssont très-tendres , ils peuvent Sanguine secte ou oxide rougeVcependant servir pour les grands dessins, ce I de fer, lO grammes ( i once ) jsont ceux oii il entre le moins de gomme , iGomme arabique sèche , o,3i iSet au-dessous de ce terme , ils n'ont pas suf- grammes ( i8 grains. ) Ifisammentde consistance pour pouvoir être Vd'aucun usage. (Sanguin e , etc. i o gr. (i once. ) ( Crayons moelleux, un peu tendres ; excel- ^ ^Gomme , 0,363 gr. (21 grains.) liens pour les grands deséins. f Sanguine, 10 gram.r i once) f Crayons doux et solides; ce sontles meil- IGomrae, o,4i5 gr. (24 S'-a'"S-)^|eurs que l'on puisse employer pour l'usage J ou mieuxencore 0,441 grani. ^I^^j^.^^^,^ C (i5 grains 4). _ . , y. t Crayons un peu fermes , sans dureté . .Sanguine, 10 gram. 1 once. ) \ ^j,^/ les dessins qui exigent d'^tro '^ \Gomme, 0,467 gr.( 27 grain. )|^^jj^j H, |.^^,^^^j_ K2 76 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE' CHIiMIE ( t Crayons très-fermes , propres pour les ç .>Snngui„e , 10 graoï. ( i oncol ^Jpetiis dessins dont on veut rechercher fine- (Gommc, 0,5.9 gr. (30 grains. )(,„ent tous les détails. C Crayons durs dont on peut, à la rigueur, , \fairc usage ; c'est le niaximiim de gomme ^ (Sanguine , 10 gram. (_i once. ) ^j,^ ,,q„ p^.jjg (,,„j,K,ycr dans leur composi- \Gomnie, o,j7i gr. (.u g' -"ns. ) /_^,^ . ^y j^là de ce terme, ils ne peuvent Vpliis servir. iCcs crayons ont une teinte plus rembrunie que les précédens, ilssont de irijs-bonnecoii- sistaiice et doux i tailler; mais tous les crayons dans la composition desquels il entre du javon , ont le défaut de donner des traits quidfvienrent luisans lorsqu'on repasse un peu fort sur les touches; aucune des autres épreuves , avec le savon, n'a réussi. Ces crayons imitent parfailcnient ceux de la composition du citoyen Desniarcst. vl Crayons d'un Ion brillant, excellens pour çSa.iguine, lograra. {i O"". ;^p^,s3„;. Si on y met moins de colle ils se ^Colle de poisson sèche , 0,622 jj^^.^^_^^ ficile.nent ; et si on y en met un L grammes (36 grains. } f |^ ^i^ deviennent trop durs. ^= p, NOTICE Sur l'absorption de dijférens gaz par le charbon: Candolles m'a commtiniqtié des expériences faites par des chimistes hollandais , sur l'absorplion de diffcrens gaz par le charbon. Un charbon ronol et refroidi dans le vide, introdiùtdans dn gaz hydrogène , l'absorbe. Si on le fait ensuite passer dans du gaz oxigone , il en absorbe aussi l)eaucoup. 11 y a élévation de tem- pérature, et la cloche est couverte d'eau intérieurement. La même chose a lieu si on fait passer d'aliord le charbon dans du gaz oxigène ; il l'absorbe. Introduit ensuite dans du gaz liydrogène , ii y a nouvelle absorption ,, élévation de températuro et production d'eau. ' . _ Il paroît donc que le g;iz oxigène et l'hydrogène se combinent par l'intermède du charljon , et produisent de l'eau. Nous ferons connoître plus en détail ces belles expériences.. ET D'» propre à fixer l'attention de la jeunesse , c'est',"sans contredit,.' celle qu'offre le tableau des mœurs 'çft de l'itidustrié des aTiimaux,^ des ruses, des stratagèmes qu'ils employent , soit pour se pro- curer l'a nourriture , soit pour la conservation de leur progéni- ture , soit pour se défendre de leurs ennemis : ce tableau devient' de plus en yiius pieut rendre la naviga-- tion.inlérievire d'un Etat beaucoup plus avantageuse que n'ont fait les méthodes employées jusqu'ici. Nous en ferons connoître" plus en détail les procédés. Ahrégé de la grammaire française , par Noël de Wailh^de ^Institut national. Dixième édition, revue , corrigée et aug-- 8o ' JOURNAT, D£ PHYSIQUE, DE CHIMIE mentée. A Paris, chez H. Barbou, imprimeur - libi-aire , rue des Malliurins , i vol. in- 12, La'réputation de cet ouvrage esffaite; les nombreuses éditions (ju'll a eues , prouvent l'accueil qii'il a reçu du public. .Essais politiques, économiques et philosophiques , par Benjamin, comte de Rumibrd , chevalier des ordres de l'aigle blanc et de St-Stanislas; chandjellan , conseiller d'état-privé et lieutenant- général au service de S. A. S. électorale bavaro- palatine, co- lonel de son régiment d'artillerie et commandant en chef de l'état-major de son armée; membre des sociétés royales de Londres et de Duidin ; de l'académie royale des sciences de Berlin , de celles électorales de Manheim et Munich , membre de celle de Saint-Uomingue ; de la société des arts de Genève, et du comité d'agriculture de Londres , traduit de l'anglais , par L. M. D. C. . . . A Genève , chez G.-J. Manget imprimeur - libraire , an 7 ( 1799 v. st. ) 2. vol. in-8. L'auteur réunit les talens de grand physicien aux vues bienfai- santes du philantrope. Il a presque toujours dirigé ses travaux iiitéressans vers l'utilité publique. Ces premiers essais contiennent les moyens qu'il a employés pour l'aire cesser la mendicité en Bavière ; ils se divisent en deux branches principales : 1°. Fouiuiir de l'ouvrage aux mendlans et les forcer au travail; 2". Prendre- les moyens lés plus économiques jjour pourvoira leur subsistance et à leur entretien. L'auteur a résolu en deux ]iroblêmes , de la manière la plus utile , les moyens d'économie pour préparer les alimens d'un grand nombre de jiersonnes , et lui ont fait porter ses vues sur l'éco- nomie des combustibles. 11 est parvenu à faire des cheminées qui donnent une grande chaleur en consumaîit très-peu de bois ou autres combustibles Ces expériences l'ont conduit h. plusieurs découvertes intéres- santes sur la manière dont le calorique sepro])age. Nous en avons déjà fait connoître quelques-unes à nos lecteurs , nous leur ferons connoître les autres. Icônes plantarum. , etc. , authore Cavanilles , etc. tom. V. Cavanilles nous écrit que le cinquième volume de son Icônes plantarum paroîtra incessamment. Nous le ferons connoître plus jiarticulièrement. Bulletin ET D'HISTOIRE NATUREL LE. 8i Bulletin des sciences pour la Société philomatique. Ce journal contient l'extrait des travaux delà Société philomatique. Oncon- noît tout le zèle de cette Société pour le progrès des sciences. Son bulletin transmet promptement les découvertes les plxia récentes. On souscrit chez Alex. Brogniard, rue. S-Marc , n". 14, Bibliothèque germanique me dico -chirurgicale , par Brewer , rue du làuxbourg Poissonnière, n". 28, chez qui on souscrit, ainsi que chez CrouUebois, libraire , rue des Mathurins , n". 898, et Huzard , rue de l'Eperon , n». 11. Ce journal intéressant fait connoître les travaux des Allemands sur la médecine et la chirurgie. On sait avec quel succès ils culti- vent ces deux sciences. Nouveau Système de l' Univers , ou Abrégé philosophique de la Physique et de la Chimie , avec de nouvelles découvertes de l'auteur , un coup -d' œil sur les rapports de ces deux sciences avec les autres , et leurs applications aux arts en grand ; par Charles-Léopold Mathieu , de Nancy , professeur de physique et de chimie à l'école centrale du département de la Corrèze, membre de la société d'Agriculture et des Arts du département de la Meurthe , correspondant du conseil des mines de la Ré- . publique, de la société Philomaùque , du Lycée des Arts de Faris^ et de la société Minéralogique d'Iena. Ici l'art à son grë , rival de la nature , Forme les élémens et les êtres divers , Dirige leurs effets , leur forme , leur structure % Imite les produits de ce vaste univers. C.-L. Math. A Paris , chez Janet , libraire , rue Jacques , n». 3l , et Croullebois, libraire, rue des Mathurins ; 1 vol. in-8. L'auteur étant professeur de physique et de chimie aux écoles centrales , a voulu réunir les élémens de ces deux sciences dans cet ouvrage intéressant. « Les élémens de la matière , dit-il , sont le calorique , l'oxigène , y> l'azote , l'hydrogène , le carbone j ils forment tous les corps par » les diverses combinaisons qu'occasionnent entr'eux leurs affi- » nités réciproques. Les concrétions cristallisées de ces mixtes *> ont formé la terre , les astres , et toutes leurs productions », ToOT* ri. MESSIDOR a« 7. L OBSEPvVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES, FAITES, PAR Bouvard, astronome.] THERMOMETRE. BAROMETRE. M 1 5 4 5 6 7 S 9 lo 1 1 II M '4 'î 16 '7 18 '9 lo II 11 ^3 -4 -y is '■7 i! 19 midi, l'^.'s, ." 3h. s.. i".t s. midi., midi. . ii..fs;. raiAïàv4"-î'îi.-.-fr,7,3 à 4.i>îm.+ .8,j à ■4'!. m.-f" 'sJo a ■à à à à à à à à ^K m., ■^.,■6^1 a....,.,.,.,,,,..... a 4''.niv-|p, «„J à 4\ 4;J î,7 y,« 1,0 9'i' 6,0 î>7 y,o 4,.f i,y 4,7 + 4"'. ni, 4- ^>9 4h.m..+ 6,9 4l>.m..+ 7,3 4''.m..+ 7,8 4">.+ i,i,8 4h.m..+ i3;i -H 1:7, Sl>.is..+ ii,',o a 5 à midi. 17- 17 • iS. 28. 18. 18. ,'°,' ",3 -fili6,'6 â gli.i's! + i '.fV7, •4,5 li.i + '4,J 5''-,î'9- 3i>. m.. tri?-- iiiidi,. . 3,'i 4,7 3,5 18. 0,4 i7'.ii;8 17.11,8 iS, .0,1 i7/.'Oj7 17.10,0 0,0 0,6 0,5 18 18 28 .^i.fh-.rrr^?- ■°il Kl l N I M U M. a 6h. m. . . a 4 .jm., 5". m. . . ih. s,. . , yh.im.. 8^s.... 8". 5. .. 4''.im... 3h.s..., Jh.is... 3i>.îS... (h m. . . 17. «,8 17. II, y i7.li,« 18, 1,0 0,9 3,' 1,5 1,4 1,1 .hi h... ;S..". s... .' m. . . m.. . 1 m.. a 5" à «''; a 4'V à ;'■ ., à a 8>i:is. à ;h. si . i'yh^. nu à ih.i s. à Si-.ls. a X'^-î II à Jh.i ir a 41^. m . à i''. s.. à 4' 13. 18. 18. 18. 18. 17-11,3 17- 9,9 17. Il,« 17-1.', 5 17- 9, y 17- 8,3 17. ^,7 17. 10,0 18. 1,1 18. 4,4 . .17.11,8 , '17.11,4 L'iy.ll,! 17.11,3 17. 9,1 17- 17. 18. »..tjy,, ^, 9,4 11,1 0.1 0,1 0,0 -/;[ '"■■' ''^ ''^'^«"' -R^^^'i'f l'^V'^A^'T'l O Tj;^ xrr£ eimiib oh îa ém»! .rifq il) •aMî'r.,)loT[ 'tm^f» t ; r ni... '-3'. l\i:...:- J.. I • I A Midi Plus graindei^Ievatibn du,inaccure.' Moindre élévation du mercure. 18.4,70, 17 •«,70, , 7,8 .«',9 1,1 1,0 ï,5 3,3 1,1 i,î ',7 ",7 10,0 0,3 >I,9 lo,l 8,6 «.7 11,1 3,3 4,7 1,6 0,3 11,8 '1,5 10,0 9,9 11,9 0,6 0,1 0,1 • 'pilOÏKO OEIévà!i!iopitid)iiiînijé>.\ÂiJWU. ;f. ^]:UI.>J*. ■;■'■' 'Ptn^^ gr.wd 'dcpié «é tMiuV! .;.V '.|.'.", .'■; l .V \ • ' Mûindteicdegri. iia'(ihpiliJui:(i.4l;u'.!.>l'.iT.'. . ij .i;jï..-...; 'i.i...i.) J:flij'" i.),'i,i"i f"*J. .;-!afj;)(i 1.1 Nombre de jours beaux i J de couverts. 17 de pluie.... ..'..... 6 de veut 17 fJjOiq .j '22/vii',70 '\-'iit.,c, ie 4- 5,0, le '+• 13,0 A L'OBSERVATOIRE NATIONAL DE PARIS frairial an m. Kyg. c a w midi. I 9«.J 1 78,0 î 77, f 4 8î,o J 77.J i 7c, 7 cs,.- 8 71.0 9 61,3 10 66, J II 76,0 li 76,0 M 69,0 H ■î 70,J 16 8y,o '7 «7.f I8 7',o '9 7!,o lo 66,0 11 71,0 21 88,; M 85,0 H «1,; ij 60, f lè «^^o 17 J8,5 18 j8,o 19 él,0 50 61,0 Vents. Outsc. O. O. O-S O. O. Cjlmc. N-t). N-O. N'-E. Calme. O. .N-O. O. O. S'O. fort. S-O. fort. O. O. ' N. N-E. Calme. S-O. N-E. fort. N. ■ N-N-O. N. N. N-N-E. fo. N-N-E. N. POINTS LUNAIRES. Derii. 0"^fï' Eotiin. ^sccnd. Nouv. Lune. Prem. Quart. Et^ujn.dcscenci. ■ Périgée. Pleine Lune. VARIATIONS Dï t ATMOSPHERE. Pluie abondante avant midi ; couvert par intervalles le soir. Ciel coiiveit aux trois quarts. Même temps. Idem. Couvert parintcivalles ; beau ciel le soir. ■ Ciel vaporeux ; quelques nuages ; brouillard le matin. Ideni, Cic! trouble et nuageux. NK-nic temps. Ciel cliargc de vjpeurs ; couvert le soir. Cip! couvert par intervalles. Idim. Que!c]ues nuagcç-; ciel chargé de vapeurs. Pluie fir,e par intervalles. Ciel couvert ; pluie et tonnerre à $ heures du soir. Ciel couvert par intervalles; averse l'après-midi ; brouillard. Couvert par intervalles ; pluie. Ciel trouble ; gros nuages vers iniji. Idtm. Quelques nuages ; vapeurs. Idem, Ciel en- partie couverr; pluie douce le- matin vers lo heures. Quelques cclaircis dans le, jour.; brouillard, le matin. Ciel en partie couvert. Idtm. Ciel couvert ; brouillard le matin. Quelques nuages; cieV vaporeux. C ici en partie couvert avant midi et le soir. Quelques petits nuages. Idem. RÉCAPITULATION. de grêle o de tonnerrr '. . I de brouillard 5 de neige o Le vent a foufBé du N 6 N-E 5 E o S-E o S I S-O 1 10 N-O 5 fois 84 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE, et«. * ■ I ■ j I I^M^— ^— ^^— «^ M ■ ■ " I . I .. I I ■ - — . I I.IIIM II ■■ M l I ■!■ I I- 11 M TABLE B£8 ARTICLES CONTENUS DANS CE C A H I E K. Sixième Mémoire sur la matière verte qu'on trouve dans les vases remplis d'eau , lorsqu'ils sont exposés à la lumière, par Jean Senebier. P^gs 3 Tableau du règne végétal , selon la méthode de Jussieu ,par E.-P. Vbntenat. 9 Remarques sur la partie qui concerne les Tolcans , dans le Mémoire de Kirwan , sur /'état primitif du globe , et la catas- trophe qui lui a succédé , par G. -A. Deluc. 23 Expériences sur les sèves des végétaux , parN KVÇjvv-iAVi, 38 Faits détachés sur l'acide nitrique ( 1796) , par Proust. 59 Du nitrite de potasse , par le même. 60 Bésidu d'éther sulfurique , par le même. 61 Sur l' ammoniac , par Le même. 63 Sur les eaux putréfiées à la mer , par le même. Idem. Modèle d'unjburà chaux perpétuel , par B&NJAMijf , comte de RUMFORD. 65 Lettre d'A.-M.. Vassalli-Eandi, ^ J.-C. Delamétherib , sur les phénomènes de la torpille. 69 Mémoire sur la fabrication des crayons de pâte de sanguine , employés pour le dessin, par A. -F. Lomet. 72. Notice sur l'absorption de dijférens gaz par le charbon. •/$ Nouvelles littéraires. _ '/J Observations météorologiques , faites à l'Observatoire national, par Bouvard. 8a,83 » ^it^j-j-u/ûr an 7 . Sv/àer J-c. fcJ^gd&gjt Afe ^ -r-?> - " ^.:-â JOUP. X.\T, DE PHYSIQUE, DE C if 1 M 1 E ET D'HISTOIRE NATURELLE, TIIERM I DOR an 7. CONSIDERATIONS SUE LE b A ?- O \\ s. i .,. f. .- Par LéopOLD BrcH, pruêsien. O X doit fastement it'étotmer qne d'après tant d'ohtemiiont multipliées sur le baiomètce , àepms qaeTorna^ eut Vhetuetfte idée ae renretser an tnbe rempli de ourcnre ; qu'après b» re- cfaercbes ia^âûenneA et fténUAes d'André Delnc ; ^u'aprè» tar^t de faits ra&»eiiiti>lés , concernant cet instrumeiiit , par Cotte et l'académie paîatine , on ignore pourtant abcolnment encore les causes de ses relations arec l'état de notre atmospitére ; qu'on ne sache goéres rendre raism de ses lumssemens et ahaiwemem en di£Eerens temps , et que nos pins luAAes mathétnaticîens (caft: qnel astronome , en Europe , n'obserreroît pas le barométie ?) n'ont pas encore pn tzouTer un fil, une rê^ pour nous guider dans ce labpîntbe. Je pense qu'il Bmdra. donc es^rjer nn antre chemin qne la voie ormnaire pour atteindre le bnt , et da tan'.T.i il me part^ y Toir une laear qui , un jonr peut-être, jioar: ;'.: se changer en dartépar&ite H Y^xtâtassez. epiéraiementsuf^^ une les rariations du baromètre doivent nécessairement se oni - ▼er de l'état du ciel ; que pluie, neige , sr^, doivent ar&IrlMen d'antre inflnaice sur b- eeitmne de liquide so^pendne , qu'on cûl serein,qn'nne atmosfdbére dénuée de nnages et tont-à'&ii transpa- rente. Il pan^ qu'on a fait une règ^ fondamentale de ce :&it sup- posé , on po iîiioit mienx dire iniagné,et on s'efforce d'j réduire tons les j^béaomênes , souvent si dé^voraUes â cette opinion. Ne seroôt-ilpasposssiblequ'onsesQÎt trompé snrlacaiise etl'efl^; Tome ri. THERMIDOR an^ 7, M 8(> JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ((u'oii ait changé et pris pour efï'et ce qui étoit la cause ; et vîcê lersd ?■ Je m'imagine de pins que ce ne seroit ni la première ni la tlcniièrefois que l'esprit humain se tromperf-it ainsi en uic-téo- rologie. En effet, peut-on s'imaginer qu'un sel quelconque, qni vase dissondre dans un li(Hiide, pèsera plus , étant dissous jus- qu'à la transparence de la solution, qu'avant, lorsqu'il s'y trouve tîrcore en état moitié solide , en état de défendre aux rayons de lumière de percer ce même Li([uidef Peut-on croire qu'une atmos- phère remplie de -vapeurs atpieuses , pèsera moins que quand ces vapeurs se sont tellement dissoutes , qu'elles ne forment qu'une matière de densité égale avec le gaz atmosphéricpie, (pii , par conséijuent, ne peuvent plus empêcher cet astre luuiineux , au([uel nous cherchons sans cesse de nous approcher sans pou voir l'atteindre, de ré(mndrescs bienfaits sur la terre ? Le Vésuve, en 1794 > scjnLloit vouloir engloutir toute la nature. La terre trein- bloit, des mugissemens horribles paroissoient annoncer la ruine du pays ;une nuit épaisse couvroit la terre ; des cendres tomboîenl: en hauteur prodigieuse ; des flammes et fumées s'élevoîent sept fois plus haut que le volcan même , c'est-à-dire , jusqii'à la dûiiiâème partie de ratmosjihère terrestre ; des éclairs vifs sor- toient par-tout , et l'atmosphère niarquoit une abondance d'élec- tricité négative, jamais observée pendant k cours tranquille d& l'année; des torrens de pluie fondoient des cieux et ravageoienl; les fruits de l'industrie humaine. Chaque instrument météorolo- gique se trouvoitdans la plus forte agitation ; le seul baromètre,, comme un sage parmi les mondains, ne prenoitjioint de part au fra- cas qui l'en touroit j il paroissoit d'au tant plus lixe, que ses confrères se montroient inquiets , agités et errans. Il n'y avoit qu'un œil exercé qui fût en état d'y remarquer quelque changement pendant les dix jours dn plus grand trouble dans la nature; changement qui excédait à peine une demi - ligne. Qu'en penser ? (hie le- oaromitre et ses variations ne tiennent pas à l'état de la, sinface de notre glube , et qu'il faut en rechercher les causes- au-delà. En un mot, je pense que les ]ihénomènes barométriques sont Dïs EFFETS cossiiQUES , commc été, hiver, printemps et automne , comme nuit et jour, comme le retour de la lune , et comme Li. longueur du séjour de la lune eî du scvleîl sur notre- horizon. Il est donc possible qu'un changement barométrii[ue in- dique des modiilcations de l'atmosphère ; mais il est tiès-peu croyable tpie ces derniers sout eu état de mouvoir sensiblement fa colonne de mercure. Il est une règle dans les phéaomoneabaroinétrlcjiies qui parcîi ET D'HISTOIRE NATURELLE. 87 const.mtepour toute notre hémisphère boréale , la seule dont jus- qu'ici nous ayons des observations qui puissent servir. C'est que le]>oiils de l'atmosphère est excessivement variable dans les temps d'hiver; qu'il atteint même son plus haut degré et presque le plus bas au milieu de cette saison , c'est - à - dire , au mois de janvier;la colonne de mercure a donc sa ])lus grande variition. dans ce mois ; elle s'élève au plus haut point , ((u'elle n'atteint plus dans le cours de l'année. Elle s'abaisse jusqu'au plus bas degré , ou à très-près ( car ordinairement on la voit s'abaisser encore plus vers l'équinoxe du printemjis ). De plus , l'atmos- phère diminue progressivement ces variations de poids, jusqu'au milieu de l'été ,ûù ce poids ne paroît point changé sensiblement, du moins ce changement n'est pas comparable à celui d'hiver. On peut compter que les variations d'hiver, entre les 70 et 5a<'. degrés de latitude, excèdent toujours du double les variations del'éle. Ce jjhéiiomène marque bien clairemeutrindépendance dubaromètre des phénomènes météorologiques , qui se passent uu fond de l'océan aérien. J'ai vu tomber le baromètre , en mars 1798 , con- jointement avec Alexandre Hnmboldt, (jui a publié les résidtats intéressans de ses observations exactes et pénibles (Journal de Fhysique , ventôse an 7 ) au fond des Alpes , de 10 lignes en un jour et demi, et le ciel resta serein , comme il l'avoit été ; point de vent, point de pluie , point de nuages. Deux jours après le ba- romètre continuant de tomber, mais avec moins de Vitesse qu'au- paravant , nous eûmes de la neige, et le ciel se couvrit pour des semaines; chose qui arrivoit chaque mois , chaque semaine de la mauvaise saison, sans que le baromètre eût indiqué ce phéno- mène si commun, par une descente si extraordinaire et rapide. Je remarquerois de plus que ni thermomètre , ni eudiomètre , hygromètre ou électromètre ont fait observer quelque chose dô frappant, quelque marche irrégulière ou quelque saut extraordi- naire. Peut-on comparer les neiges, les pluies, les brouillards, les tempêtes de l'hiver avec ces spectacles à-la-fois grands, imposans et terribles , ce phénomène si réitéré , si rapproché de nos instrumoiis €t de nous-mêmes , et pourtant si peu connu , avec les orages , avec les éclairs, les foudres ébranlant la terre, les pluies l'inondant, les grêles dévastatrices Pet chaque observateur conviendra de n'avoli' vu , que très-rarement, le baromètre changer plus de deux lignes pendant ce temps de crainte et de frayeur ; même il se ressou- viendra , peut-être , de beaucoup de cas, où pendant ce temps, la colonne mercuriale ne bougeoit de place. — L'orage est phénomène local , les variations barométriques sont phénomènes généraux. Une autre règle, non moins constante que la précédente, non M a î>8 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE moins rem;irqiiable et extraordinaire , résulte de la comparaison de séries d'observations faites en degrés de latitude très-diiférens entr'eux Ces variations barométriques diminuent en raison çu'on s'éloigne du pôle et qu'on approche vers Véquateur Tnnt physicien sait que ce ne sont qne les ouragans les plus forts qui peuvent faire changer de quelques lignes le baromètre dans les climats tro]n(iiies 5 que dans le cours commun de l'année cette variation n'est tont au plus que de quatre lignes. (Je rappelle les intéressantes observations de Cassan à St -Domingue; les obser- \ationsdcBovTguer etI.aCondamine ; celles du Mexique, dans le recueil de Cotte ). Pétersbourg, aii contraire, voit changer la colonne de mercure de 3d lignes , oii 3o lignes au moins. Elle j'e varie à Prague , à Vienne , à Paris, que de 20 à 24 lignes , ternie cju'elle n'atteint jamais en Italie. Ces deux lois , dans la marche du baromètre, ont été connues il y a long-temps , mais il semble qu'on n'y a jamais porté cette attention qu'elles méritent. On n'auroit assvirément plus pensé de chercher , dans les modifications de l'atmosphère , la cause de ces niouvemens. Aussi sommes-nous bien loin encore de pouvoir dire quelqu'autre chose d'eux , que d'annoncer vaguement leur existence d'après quelque peu d'observations, non suffisantes pour pouvoir les translérer du territoire de la physique à celui des calculs. Et c'est donc pour cela qu'on ne sanroit assez rappeler aux physiciens , non pas de multiplier les observations , car on en fait assez ; mais de cesser de comparer les variations journa- lières dii baromètre , avec les phénomènes de pluie , de vents , d'humidité, de brouillards, de sérénité. En vain ya-t-on perdu un tempsetune sagacité précieuse. Qii'on commence donc àcomparer le baromètre avec soi-même ; qu'on ne s'efforce donc pkis à cher- cher des lois dans les phénomènes pendant le petit espace d'une compenseroient,avec usure, la petite peine, et nousmontreroient bientôt un sentier parmi les ténèbres. Qu'on me permette de donner quelques exemples des faits ci- devant énoncés , et l'on ven-a qu'il n'y a presqa'aucune sorte d'observation qui puisse nous donner une idée plus juste et plus sûre de la nature du climat, du lieu de l'observation ,'qiie ces variations mêmes. C'est ce que l'on peut conclure des observations faites à Pétersbourg, par Meyer et Kraflt pendant l'espace de 18 ans. II& eut trou\é ces yarialiojis suivant le tableau ci-après : ET D'HISTOIRE En janvier de Eli février. . . En mars. . . , Eu avril. . . En mai. . . . En juui. . . . En juillet. . . En août. . . . En septembre. En octobre. . En novembre. En décembre. i5.6 lignes 14.88. . . 13.416. . i2.od3. . 9.9. . 8.64. 7.536. 9. . . 12.36. 13.954. 15.96. 16.68. NATURELLE. Dilïérence. 89 •/ 2. 1.464. 1.4x3. 2.io3. 1.62. 1.104. -1.464. — 3.36. -1.594. — 2.006. — 0-72. Le baromètre n'est donc jamais fixe dans les lieux septentrio- naux ; sa moindre variation , en juillet , est encore de j{ lignes, tandis qu'elle n'est à Rome , dans ce mois, que de 3.3 liants, et qu'elle est nulle sous les tropicpes , et même déjà à Basra et au Caire. Ces variations' augmentent de beaucoup en août , Ijien plus en septembre, et vomt atteindre leur extrême vers le solstice d'hiver, entre décembre et janvier, avec moins de rapidité. Leur décroissement se fait de mêirre très-lentement vers le printemps. Les dilïérences des- variations- n'atteignent souvent pas même une ligne ; mais ce décroissement excède une lois 2 lignes en passant d'avril en mai ; il est encore d'une ligne et —; entre mai et juin ; enfin il parvient moins vîte au plus bas terme de y. 5 lignes en juillet. Qu'on fasse attention que cette marche des •vai'iations barométri(|ues est exactement celle de la tempéra' ture , mais en raison inverse. Les saisons sont peu marquées dans cotte latitude, elles se succèdent avec rapidité, et ce n'est que l'hiver, qui -y séjourne plusieurs mois avec une rigueur non altérée. C'est en Jiiver (pie la température moyenne des mois est presque la même , et les variations barométriques ne diifèrent 9^ JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE que peu eiitr'elles. L'hiver de Pétersbourg cesse entre avril et maij c'est alors que les glaces dé lu Neva commencent à se rom- ])re ; c'est alors que les neiges se fondent , (lue la température se hausse subitement, et Les variations ljaronietri([ues diminuent avec la même vitesse. La température augmente jusqu'en juillet; les variations du baromèlre diminuent jusqu'à ce mois. Il n'y a point d'automne, l'hiver sviccède sans interruption à l'été; c'est- à-dire , la température diminue excessivement , dès (|u'elle a atteint son extrême ; et la grande différence des variations ba- rométriques entre août et septembre nous le mar(pie. Ces seules variations auroient donc déjà pu nous marquer qu'il n'y avoit , au lieu de l'observation , que deux mois d'été, neuf mois d'hi- ver; fpie le changement d'hiver en été se fait entre avril et mai, et celvù d'été en hiver , entre août et septembre. Tant il est vrai que les variations du baromètre sont en raison inverse de la température moyenne, pour le même lieu d'observation. Et voilà la troisième loi générale des phénomènes barométriques. Elle devient d'autant plus frappante en plaçant ces températures vis- à-vis des variations. Les températures de Pétersbourg me man- quant dans ce moment, je me servirai des observations niétéb- rologiques que l'habile astronome Strnadt fait depuis trente ans à Prague , avec l'exactitude d'un mathématicien pratique L'hiver de plus n'y a pas une prépondérance si marquée sur l'été qu'à Pétersliourg. Les variations moyennes du baromètre y sont : la température moyenne. En janvier, . . i3.35 1.2. En février. . . 13.00 0.2. En mars. . . . 10. 3 2.3. En avril. . . . 9-7° 6.7. En mai 18.7 12. i. En juin. .... 6.5 i5. En juillet. . . . 6.';r 17. En août. . . . 6-3 17.2. En septembre . 9.06 12.8. En octobre. . . 10 7.9. En novembre., ii 3.6. En décembre.. 11.98 . o.5. Le» variations sont les plus petites en août , dans ce mois qui est constamment le plus chaud de ces climats. Juin , juillet et août ne diffèrent jias beaucoup dans la grandeur de la variation , et leur chaleur moyenne est presque la même. La variation aug- aiÊUte aensiblement: en passant d'août en septembre , et la clialeuc ET D'HISTOIRE NATURELLE, çï tombe subitement de 17 à 12 , et marque par-là une transition subite d'été en automne. Les grandes variations en novemljre , décembre, janvier et février, peu diiiérentes entre el'es-mètncs, annoncent quatre mois d'hiver pour Prague ; et la chaleur moyenne, par son petit nombre, marque que le thermomètre doit se trouver i'récjucmmt nt sous le point de la congcllation pen- dant ces mois. Enfin , les variations de mars, avril et mai an- noncent une transition lente d'hiver en été par le printemps. Je le répète , les variations du baromètre sont presque en état de nous éclairer avec plus de sûreté sur le climat d'une contrée quelconque , que le thermomètre même. Il est aisé de saisù' le moment où le baromètre atteint ces extrêmes journaliers ; mais pour avoir exactement la température moyenne d'un jour , d'un mois, on seroit presque obligé de ne jamais quitter l'instriunent , qui jamais ne se trouve même dans un repos apparent. Comme il y a très-peu de physiciens qui ont le temps et la patience de suivre les observations d'une telle manière , on n'aura donc ja- mais que des nombres relatifs, qui même ne sont pas comparables entre eux , si les observations n'ont pas été faites exactement ^ la même heiire. De-là tant d'anomalies entre la température moyenne indiquée par dlfiérens physiciens pour un même lieu ; de-ii les contradictions , les singularités en_les comparant avec le climat d'autres endroits. Le célèbre physicien, le père Giov. Bat- tista di San Martin a , trouve la température moyenne de Vicenze de 9 degrés. L'abbé Trecca m'a fait voir, au contraire, par la suite de ses observations sur le lieu même, qu'elle montoit presqu'à 12 degrés. Les deuxphysiciensobservoientàdîfFérentes heures. Onn''a pasàcraindre cet inconvénient pour les variations baromé- triques; mais il ne faut jamais oublier, qu'une seule ou quelques années ne pourrolent noris donner cette progression de varia- tion sans êtretrès-modifiée. Il y a trop de causes qui influent sur l'atmosphère ^ pour qu'on puisse espérer de retrouver annuelle- ment les mêmes lois sans altérations ;. leur fond s'y remarque tou- joius. Un milieu d'une dizaine ou quinzaine d'années découvre cette progression dans toute sa pureté , et bien plus encore quand on est assez heureux tle pouvoir tirer des milieux de siècles d'ob- servations , comme à Paris ou à Florence. Je reinarquerois encore que les petites différences qui se trou- •?ent entre la marche de la chaleur et celle des variations baromé- triques , semblent annoncer que l'un de ces pliénomènes ne penC pas être la cause de l'autre ,. comme peut être on seroit tenté de le croire au ])remier coiip-d'œll , mais qiie vraisend)lablement k:S. deux. phénouièiiessoDi, produits par une cause commune ► 9* JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE RECHERCHES Sur l'inllucnce du gaz oxigène sur la germination des graines. Lues à la société de Physique et d' Histoire naturelle de Genève, le 2. messidor an 7 , par de Sa.vssuv.^J11s. T , A plupart des naturalistes qui se sont occupés de l'influence de l'air atmospliérique sur la germination , ont reconnu (|ue lors- qu'on met des graines en contact avec de l'eau et du gaz azote pur, ces graines ne germent pas et qu'il y a production de gaz acide carbonique , qui , se mêlant au gaz azote , augmente le volume de l'atmosphère de la plante. Ils ont vu rpie quand on substitue dans l'expérience précédente le gaz oxigène au gaa azote ^ il y a également production de gaz acide carbonique , mais que l'atmosphère de la plante diminue et que le gaz oxigène est absorbé. M. Rollo a observé , dans des expériences faites sur la ger- mination de l'orge , que la formation du sucre dans la graine pendant la germination , étoit un résultat constant de l'action du gaz oxigène sur la graine , et que dans tous les cas où l'on supprimoit cette action, la formation du sucre n'avoit plus lieu. Il conclut de cette observation et de la production du gaz acide carbonique dans le 'gaz azote et dans le gaz oxigène , et de la diminution que subit ce dernier par la germination , qu'il est en partie absorbé par l'orge , et en partie employé à former du gaz acide carbonique avec le carbone de la graine ; le sucre qui se trouve dans cette dernière immédiatement après la germination, est , suivant lui , un des résultats de la combinaison du gaz oxi- gène avec le gaz muqueux végétal. Si la quantité du gaz acide carbonique formé dans cette expé- rience est moins grande que la quantité du gaz oxigène disparu , l'on peut en conclure qu'une partie de ce gaz oxigène a été ab- sorbée par la graine , et que l'autre partie peut avoir été employée à former du gaz acide carbonique avec le carbone de la graine. Si la quantité de gaz acide carbonique foiTné est plus grande que celle du gaz oxigène disparu , oa ne peut tirer aucune conclusion ET D'HISTOIRE NATURELLE. 9') conclusion de cette observation pour l'oljjet qui nous occupe , sinon que la graine produit de sa propre substance ( et indë- pendauiinent de la coml)inaison qu'elle peut former de son car- bone avec le gaz oxigène atnios]>hérique ) une certaine quantité de gaz acide carbonique. Mais si la quantité de gnz oxigènc dis- jiaru est précisément égale à celle qui entre dans la composition du gaz acide carbonique formé pendant la germination , on peut en conclure que le gaz oxigène n'a point été absorbé par la graine, mais qu'il a été imicjueraent employé à former du gaz acide carbonique avec le carbone de la graine. Comme on n'a point examiné lequel de ces trois cas avoit lievi, et qu'on a admis que le gaz oxigène étoit absorbé par les graines pendant la ger- mination sans l'avoir démontré , jai fait les expériences suir vantes (1). PREMIÈRE EXPÉE.IENCE. J'ai semé , sur une éponge mouillée , 21 graines de pois pesant ensemble 3 grammes 29 centigrammes (63 grains). Cette éponge , soutenue par un support, a été placée sous un récipient conte- nant 267 centimètres c. 526 millimètres c. ( i3 ^ pouces cubes) d'air atmos] hérique lavé par l'eau de chaux. L'ouverture du réci[)ient étoit fermée par de l'eau qui remontoit dans l'intérieur du récipient à une hauteur suflisante pour que les variations de l'atmosphère n'en fissent pas sortir l'air. Huit jours après l'éta- blissement de l'expérience , les graines ayant germé au poinl: d'avoir des radicules entre trois et quatre lignes de longueur , l'air contenu dans le récipient avoit subi , a])rès les corrections relatives aux changemens de température et de pression , une diminution équivalente à un treizième de son vohtme primitif. Cet air n'occupoit plus que 248 centimètres c. 701 millimètres c. ( 12,55 pouces c. ) l'eau de chaux y dénonçoit alors ,-^ de gaz acide carbonique. L'eudiomètre à phosphore y indiquoit -^ de gaz oxigène ou ,v„ de moins que dans l'air atmosphérique. 100 jKir- ties de gaz nitreux mêlé en quantité égale avec l'air du récipient laissoieut un résidu de 188 parties. Le même mélange, fait avec l'air atmosphérique, laissoit un résidu de io5 jiarties. Si on suppose , avec Lavoisler , que l'air atmosphérique contienne 7'^^ (1) Ces, expériences ont élé faiies en vendémiaire et en brumaire an 7 , à une température entre -j- 6 degrés el -(- 12 degrés du ihermomètre de Rt'aumur , et à l'abri des rajons directs du soleil. ro;7 184 rn. gram. ( 60 grains) d'orge avee 7 centimètres c. (| de pouce cube ) d'eau dans un récipient repo- sant sur du mercure, et contenant 3.56 centimètres c. 708 milli- mètres c. ( i8 pouces cubes) d'air atmosphérique lavé par l'eau de chaux. La ]ilus grande partie des grains d'orge est restée adhérente aux parois humectées du récipient. Le reste flottoit ^ ET D'HISTOIRE NATURELLE. ')J a moitié plongé dans l'eau , à la surface tlu mercure. Après la germination des graines , leur atmosplière s'est trouvée augmentée avec les corrections relatives aux cliangemens de température et de pression d'une (juautito qui auroit été inappréciable à l'œil. L'eau de tJiaux y dénonçoit alors -~-o ^^ g^^ acide carlioniciue. L'eudiomètre à phosphore , après la soustraction de ce dernier , y inditjuoit T^^^de gazoxigène, ou -^ degaz oxigènede moins que dans l'air atmùsp]iéri<|ue. loo parties de gaz nitreux mûlé en quantité égale avec cet air , laissoient un résidu de i38 parties; le mélange , avec l'air atinospliéricpie, donnant un résidu de io5 parties. 11 résulte de ces ohscrvatiojis , par le calcul détaillé plus haut , qu'il y a eu 42 centimètres c. 806 millimètres c. (2,16 pouces cubes) de gaz oxigène qui ont disparu pendant la germi- nation , et qui ont été employés à servir de base acidilîable à 4i centimètres c. 21 nùUimètres c. ( 2,07 pouces cubes) de gaz acide carbonic|ue trouvé dans l'atmosphère des graines ; résultat à très-peu-près conforme à celui que doit donner la con)position de ce giiz. Pour obtenir les résultats que je viens d'annoncer, il faut que toutes les graines germent et qu'elles soient en contact innnédiat avec l'air atmosphérique ; car lorsqu'elles ne germent pas , soifi jiarce qu'elles sont trop entassées , soit parce qu'elles sont trop recouvertes d'eau, soit , enfin , parce qu'elles sont de mauvaise qualité , la quantité de gaz acide carbonique produit se trouve plus grande que celle qui devroit être le résultat de la combi- naison du gaz oxigène enlevé à l'atmosphère avec le carbone dé la graine. 11 i'ant , de plus , mettre fin à l'exjiéiience , avajit que tout le gf.z oxigène contenu dans l'atmosphère des graines ait été converti en gaz- acide carbonique ; car , sans cette précaution , les plantes souffriroient, se décomposeroient et l'on retrouveroit dans raimosjihère des graines une plus grande quantité de gaz acide carbonique que celle qu'on doit obtenir dans le cas contraire. La formation du sucre , dans la «iraine , par l'action du naz oxigene étranger a sa projjre substalnce, est un plienomene tres- iiappant que je ne me hasarderai pas d'expliquer. Je me con- tenterai d'observer qu'il résulte des expériences énoncées ci- dessus. 1°. Que le gaz oxigène atmosphérique n'est point absorhé par la graine , dans l'acte de la germination , comme on a paru l'ad- mettre jusqu'à présent , mais qu'il est employé uniquement à formel- A\\ gaz acide carbonique a^ec le carbone de la graine. S.O. . Que la graine en germination , par le contact de l'air atmos- 98 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE phcrique , ne forme point de gaz acide carbonique de sa propre substance , mais qu'elle ne fait que fournir une des parties cons- tituantes de ce gaz , savoir : le carbone, tandis qu'elle fournit l'oxigène et le carbone de sa propre substance dans le gnz acide carbonique qu'elle produit , lorsqu'elle n'est en contact qu'avec de l'eau et du gaz azote pur. RAPPORT Fait à l'Institut national des sciences et arts , le 29 prairial an 7 , au nom de la classe des sciences mathématiques et physiques , Sur la mesure de la méridienne de France , et les résultats qui en ont été déduits pour déterminer les bases du nou veau système métrique (i) Citoyens, Employer pour unité fondamentale de toutes les mesures un type pris dans la nature même , un type aussi inaltérable que le globe que nous habitons ; proposer un système métrique dont toutes les parties sont intimement liées entre elles , toutes dépen- dantes de ce type primitif, et dont les multiples et les subdi- visions suivent une progression naturelle , simple , facile à saisir, et toujours uniforme : c'est assurément une idée belle , grande , sublime , digne du siècle éclairé dans lequel nous vivons. Aussi l'académie des sciences, qui se rappeloit que, dès sa naissance, la théorie et les expériences de Huighens sur le pendule simple avoient fixé les yeux du monde savant sur l'invariabilité et l'uni- versalité des mesures ; qui en sentoit toute l'importance ; qui connoissoit les vœux des mathématiciens sur ce sujet; qui avoit (1) Il avoit été lu à la classe des sciences physiques et malliématiques , au nom de la commission des poids et mesures , deux rapports particuliers , l'un le 6 prairial, par le citoyen Vau Swinden , sur l.i mesure de la méridienne et la détermination du mètre ; l'autre le 11 du même mois , par le citoyen Tralles , sur l'unité des poids. La classe a décidé que ces deux rapports seroient réunis et refondus en un seul , pour être lut à une séance générale de l'institut ; et elle a chargé la commission de nommer un de ses membres pour en faire la rédaction. Cette rédaction a été faite par le citoyen Van Swinden. ET DH ISTOIRE NATURELLE. 99 VU l'iin de ses membres , le célèbre La Condamino , s'employer, avec un grand zèle, pour en faire goûter l'idée , et pour détruire les objections que l'ignorance et la cupidité ne cessoient alors , Comme elles ne cessent encore aujourd'hui, d'y opposer (1), ne inanqua-t-elle pas de saisir le moment même auquel le peuple français commençoit à s'occuper de sa régénération polltirpie eC sociale , pour re]uendre cotte matière inléressantc , dont l'exé- cution n'attendoit, peut-être , que l'instant ou l'impulsion donnée aux esprits l'eroit saisir avidement tout ce qui peut tendre au bien public , et où les circonstances permettroient de s'en occu- per sans entraves, et avec siiccès. Consultée bientôt par l'asseiii- blée constituante , dont l'attention vcnoit d'être fixée sur cer objet par la proposition qu'en fit le citoyen Talieyrand (2) , et chargée par elle de déterminer l'unité des mesures et celle des poids , elle employa , par des raisons gages qu'elle a développées dans le temps (3), pour base de tout le système métrique , le quart du méridien terrestre compris entre l'équateur et le pôle boréal ; elle adopta la dix-millionnièine partie de cet arc pour l'unité des mesures, et nomma mètre cette unité, qu'elle appliqua également aux mesures de surface et de contenance, en prenant: pour l'unité des premières le quarré du décuple , et pour celle de contenance le cube de la dixième partie du mètre ; elleclioisit Ycmx unité de poids la quantité d'eau distillée que contient ce- même cube , lorsqu'elle est réduite à un état constant que la na- ture elle-même présente ; enfin elle décida qiie les multiples et les sous-multij)le3 de chaque sorte de mesiire , soit de poids , soit de contenance, soit de surface , soit do longueur, seroient tou- jours pris en ])rogression décimale , comme la pins simple , la ]>lus naturelle et la plus facile pour le calcul dans le systèine de mnnération' que l'Europe entière emploie depuis des siècles. Tels sont léS points fondamentaux et essentiels du nouveau ' système métrique que l'académie a proposé , qui a été adopté iar l'assemblée constituante ; et qui , sous des noms différens à a vérité de ceux dont l'académie avoit fait choix , ont été con- sacrés par la loi du 18 germinal de l'an 3 de la République. Mais , puisque la base du nouveau système métrif[ne dépend du quart du méridien terrestre , il faut connoître la grandeur de cet arc, sinon avec une précision extrême, au- moins avec uiïe (il Mémoires fi/^ V Aoadéinie pour ■i'j\^ (?) Décret du tl mal i7<,0. ' ^'i) Alemoi/es de l'^-icudemie pour 1789. 1 loo JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE précisiou suffisante pour la pratique. On avoit déjà fait en Fiance , depuis la lin du dernier siècle , difïërentes opérations pour déterminer la grandeur de plusieurs arcs de la méridienne qui traverse ce vaste empire ; et quoiqu'il restât des doutes sur l'entière exactitude de ces opérations , mal<^ré les vérifications ciu'on en avoit laites à différentes reprises, on éloit autorisé à croire, d'après les reclxerclies du célèbre La Caille, (jue le degré moyen ne s'écarleroit pas beaucoup de 07,027 toises ; conséquem- ment (pie le cpiart du méridien en contiendroit 5, 1 32, 400, , et que la dix-millioiiniètne partie de cet arc répondroit ;\ 443 lignes -±±L — . Dans la juste impatience où l'on étoit de jouir du grand bienfait de mesures exactes , uniformes, universelles, on attribua provisoirement au mètre la longueur de 443 lignes —^ , persuadé, comme on croyoit pouvoir l'être , que les déterminations plus pré- cises (pi'onattendoit, n'apporteroient à cette grandeur que de lé- gers clianocmens Cependant l'académie , qui considéroit cette matière sous son vrai point de vue , dans son ensemble , et sous tous ses rapports ; sous le rapport de l'utilité publi(|ue , sous celui de sa liaison in- time avec les points les plus importans de la physique céleste , sous le rapport même de la gloire nationale , à laquelle il im- porte que les bases d'un nouveau système métrique qu'on pro- pose à une grande nation , qu'on voudroit voir adopter par toutes, soient détei-minées avec la plus grande précision , conçut le beau projet de faire faire une nouvelle mesure de la méri- dienne qui traverse la France, de l'étendre au-delà des frontières, d'aller jusqu'à Barcelone, et de faire servir ce grand arc à déter- miner le quart du méridien de la terre. L'assendilée constituante adopta ce vaste projet , elle en confia l'exécution à l'académie : celle-ci nomma , sans délai, plusieurs de ses membres pour s'oc- cuper des différentes parties qui font l'ensemble du système mé- trique ; et définitivement elle chargea de la mesure du méridien les citoyens Méchain et Delambre, si dimes à tous égards de la mission glorieuse, mais pénible, dont on les a honorés. L'institut nomma,' par la suite, le citoyen Lefévre - Gineau pour faire les expériences relatives à la détermination de l'unité des poids 5 il a prouvé , par la beauté et l'exactitude de son travail, combien il étoit digne d'être associé à ses illustres confrères. Cette grande et importante opération, projettéepar l'académie des sciences pourl'établissement d'un nouveau système métrique, commencée par ses ordres , et heureusement terminée sous les auspices de l'Institut, après sept années de peine et de travaux, est remarquable à plusieurs égards. Elle l'est d'abord par l'étendue ET D'HISTOIRE NATURELLE. lof de l'arc terrestre qu'on a employé , et qui , étant de plus de neuf deorés et deux tiers , surpasse tous ceux qui avoient été mesurés jusqu'ici : elle l'est ensuite , par l'extrême exactitude avec la- quelle toutes les parties eu ont été exécutées; mesure ^codésique de l'arc terrestre , observations astronomiques , travail pour la fixation de l'unité de poids , expériences sur la longueur du pen- dule , tout a marché de pair ; chaque genre a été traité avec la même précision : elle est eniin remarqual^le , et peut-être uni- <|ue , par le degré d'authenticité dont elle est revêtue. En effet l'Institut a désiré , non-seulement que des commissaires choisis dans sou sein examinassent tout ce qui avoit été fait , mais en- core que dessavans étrangers pussent se Joindre à eux pour faire un travail commun. Le gouvernement a accueilli ce vœu ; il a invité les puissances alliées ou neutres d'envoyer des députés , pour cet ohjot. Plusieurs se sont rendues à cette invitation, et ces députés réunis aux conuuissaires français , composent la coinurission des poids et mesures (i) qui s'est assemblée, depuis quelques mois dans ce palais , et sous tos auspices , pour lixer déhnitivemenc la grandeur des liases du nouveau système métrique. Cette com- mission a pris une connoissance intime de tous les détails de chaque observation , de cha([ue expérience ; elle en a pesé les circonstances, conjointement avec les observateurs eux-mêmes, elle a déduit des observations les résultats qui dévoient servir au calcul , et a arrêté les unités de mesures et de poids , résultats délinitifs de tout le travail. Jamais pareille opération n'avoit été soumise à pareille épreuve ; et la commission se fait un devoir et un plaisir de i'aire connoître à l'Institut , que les citoyens Méchain , Delambre et Lefévrc-Gineau se sont empressés à làire passer sous ses yeux jusqu'aux moindres détails de leurs registres originaux ; qu'ils lui ont donné sur chaque oljjet tous les eclair- cissemens possibles ; qu'ils lui ont expliqué avec précision tous les instrumens dont ils se sont servis; qu'ils ont rendu compte des méthodes qu'ils ont employées ; qu'ils ont prévenu les désirs (i) Voici , par ordre alpliabélique , les noms des membres de la roiumissiuii des poids et mesures. y4E/iere, députe de la république Batave ; Balbn , déjutc du roi de Sirdaigne, remplacé ensuite par le citoyen T'^ass illi ; Borda mort en ventôse dernier ; Brisson , Bi/gge , députés du roi de Daneni.irck ; Ciscar député du roi d'Espagne; Coulomb , Darcet , Delambre , Fabhroni , à,é\in\éi res de la commission qui ont été s|)éciale- luent chaigés de cet examen , que l'est la commission entière , qu'il n'y a cUms aucune des latitudts observées par les citoyens Méchain et Delambre une seconde d'incertitude, et que celle qiii ]iourroit y rester encore ne monte pas , ni à beaucoup près , à une demi-seconde. Ces observations ont été faites à Dunkerque et à Evaux, parle citoyen Delambre , à Carcassonne et à Montjouy, par le citoyen Méchain , et à Paris par le citoyen Méchain, à l'observatoii'e natio- nal, et par le citoyen Delamijre, dans son observatoire particu- lier , rue de Paradis, au Marais : mais aucun de ces deux observa- toires n'entre dans la chaîne des triangles ; c'est le- Panthéon fiançais', dont la distance à chacun des observatoires dont nous venons de parler est suffisamment connue pour déterminer sa latitude. Or on trouve pour le Panthéon, à ime quantité insen- sible près, la même latitiide,soit qu'on la déduise des observations du citoyen Méchain , soit qu'on emploie celles du citoyen De- lamijre , preuve de l'extrême exactitude des iines et des autres. l'elles sont les difiérentes parties de l'ojiération que les citoyens Méchain et Delambre ont si heureusement terminée ; opération qui surpasse par son étendue , et égale par sa précision , ce qui a été fait de plus accompli en ce genre : elle fournit toutes les données nécessaires pour parvenir à des résultats ])ropres y non- seulement à fixer les bases du nouveau système métrique , mais encore à i'aire naître , sur la question si importante de la figure de la terre , des recherches fort intéressantes et dignes des ma- thématiciens les plus célèbres , qui , sans doute , vont reprendre cette question avec une nouvelle ardeur. Il ne s'agit pins que de vous indiquer quel a été le travail de la commission pour déduire des résultats de cette opération ,, l'unité des mesures de longueur, ou le~Tnètre. Quatre commissaires se sont spécialement chargés du calcul des triangles , ils ont fait leurs calculs séparément et par des méthodes difiérentes, afin de ne rien laisser à désirer sur la certi- tude des résultats. Ils ont aussi calculé, et toujours par différentes méthodes , les (juatre parties de la méridienne qui se trouvent comprises entre les endroits dont la latitude a été observée, c'est- ET D'HISTOIRE NATURELLE. ,ii3 à-dire , les arcs terrestres compris entre Dunkerque et le Pan- théon, le Panthéon etEvaux, EvauxetCarcassonne ,Carcassonne et Montjouy (i). Les détails de pareils calculs , et des principes sur lesquels ils sont fondés ,ne sauroient se trouver dans un rap- port tel que celui-ci; ils ont été exposés à la commission dans un mémoire qui est déposé dans les archives de l'Institut. Nous di- rons seulement que la méridienne entre Dunkerque et Montjouy, qvii soustem.! un arc céleste de 9° i^—, , et dont le milieu passe à 46" 11' 5" de latitude , est de 270,792 modules et 3(îccnlièœes. S'il s'agissoit de vous présenter les difiërentes idées que les ré- sultats du calcul des parties de la méridienne ont fait naître, nous iixerions principalement vos regards sur ces deux conclusions : lapremière , que les degrés moyens, qu'on conclutpour les quatre intervalles dont nous venons de faire mention, décroissent tous à mesure <[u'on s'approche de l'équateur , et qu'ainsi cette opé- ration pourroit elle seule prouver l'aplatissement de la terre , s'il étoit encore besoin de preuve sur cet article : la seconde , qu'on étoit bien loin de soupçonner, et qui présente un phéno- mène très-remarqual}le , digne des recherches des plus profonds mathématiciens , c'est que ces mêmes degrés ne suivent pas dans leur diminution une marche graduelle , mais qu'ils décroissent d'abord très-peu et très-lentement entre Paris et Evaux , seule- ment de deux modules pour un degré de latitude ; ensuite , très- rapidement et très-fortement , de seize modules par degré de latitude , entre Evaux et Carcassonne ; et que cette diminution rapide se rallentit entre cette ville et Montjouy j n'étant plus que de sept modules (2). Nous ajouterions à cet exposé succlnt , que ce fait si.remar- (i) 1°. Li distance entre les parallèles de Dunkerque et du Panthéon, qui soustend un arc de 2", i8gio, et dont le milieu passe par la n-.odulcs. latitude de 49° 56' 5o", est de 62472., 5q 2,'\ La distance entre les paralicles du Panthéon etd'Evaux, qui soustend un arc de 2°, 66868 , et dont le milieu passe par la latitude de 47° 5o' 46", est de 7614^, 74 3". La distance entre les parallèles d'Evaux et de Carcassonne ^ qui soustend un arc de 2°, g6536 , et dont le milieu passe par h latitude de 44" 4' ' 48", est de 84424, 55 4°. Enfin la distance entre les parallèles de Carcassonne et de Moiitjouy , oui soustend un arc de 1°. 8526Ô , et dont le milieu pssse par la latitude de 42° 17' 20", est de 52749, 43 (2) Si l'on déduit des quatre intervalles énoncés ci-dessus le degré moyen qu'on en peut conclure , en employant simplement l'hypothèse sphérique, qui sulfit pour un premier apperçu , ou trouvera en nombres rouds pour le Ut-gié mcytn. ii4 JOURNAl- DE PHYSIQUE, DE CHIMIE fniiil)lo est întlmenieiU lié à un autre , à celui que présentent , tant les différences t[u'il y a entre les azimittlis calculés pour Eourges , pour Carcassonue , pour Monijouy , d'après celui de Dunkeniue ])rLs ])our base, et les aziuiullis observés dans ces trois stations, que la marcliede ces iiiêmcs diUéreiices ; de sorte que CCS deux faits se servent mutuellement de coiilirn:atlon et d'apijui , et que, réunis, ils indiijuent , soit une irréoujarittî dans les méridiens terrestres , soit une ellipticité dans réf|uateur et ses parallèles, soit une irrégularité dans l'intérieur de la terre , soit un eifet de l'attraction des moiitngnes, soit une aciion puis- sante de ces dlfiérentt'S causes réunies , ou de (|neli|ues-unes d"entr'elles : action qui n'avoit pas été démontrée tfune m;uiièro aussi frappante qu'elle l'est par les résultats que nous venons d'indiquer. Ce sera aux mathématiciens les plus célèbres à fixer leur attention sur ces faits , pour tâcher d'en démêler les élé- mens , et de parvenir sur la figure de la terre à une théorie plus parfaite que celle t[ue nous possédons jus(|vi'ici. Nous ne pouvons vous indiquer ces objets qu'en passant : ils ne sont pas du ressort de la comnnssion des poids et mesures ; mais ils l'avoient trop frappée , et ils sont irgp importans pour qu'elle pût les passer sous silence. Bornée , couime elle l'a été , à ce qui concerne la détermination du cjuart du méridien , puis- (lue c'est de celle-ci que dépend l'unité des mesures , elle a tourné toute son attention vers cet objet ; elle l'a considéré sous toutes ses faces , et s'est déterminée à s'en tenir uni([uement aiix faits , sans y mêler aucune idée théorique sur tel ou tel point susceptible de discussion : elle a donc employé dans ses calculs l'arc total cofnpris entre Dunkerque et Montjouy, et qui est, comme nous l'avons dit , de 275,792 modules et 36 centièmes. Cet arc est le plus grand de tous ceux qui ont été déterminés jus- qu'ici , et par là il rend plus petite l'inlluence, soit des irrégula- rités qui peuvent se trouver dans la figure et dans l'intérieur de la terre , soit de celles que de légères erreurs , toujours insépa- rables des observations les mieux faites , pourroient produire. Entre Dunkerque et le Panthéon , à la latitude n"»''"!"- différence. ic%,i deiam. moyt'Jlne de 49° 56' 3o" .-. . . -^ 28538 Entre le Panthéon et Evaux , à la latitude moyenne de 47° 3o'46" 28533 Entre Evaux et Carcassonne , à la latitude moyenne de 44° 4i' et q" 28489 Entre Carcassonne et Montjouy , à la latitude moyenne de 43° 17 ' 20' 28472 5 2 44 16 12 7 ET D'HISTOIRE NATURT^LLE. Il5 En prônant cetarc pour liase^ on en a déduit: le'quart dit méridien par un calcul rigoureux dans l'hypothèse elliptiqun. 11 falloit , pour faire ce calcul , connoître l'aplatissement de la terre : c'est encore l'expérience que la commission a consultée pour cette détermination. Pour cet elfet, elle a employé , d'une part , le grand arc que les citoyens Méchain et Dclamhre viennent de mesurer en France ; et cïe l'autre , «elui que el'excellens observa- teurs ont mesuré au Pérou , il y a soixante ans , à-peu-pr^s sous l'écpiateur même : c'est un de ceux qui ont été déterminés avec le plus de soins , et discutés avec le plus d'attention et d'exactitude. Il est el'ailleurs le plus grand de tous ceux qui ont été mesurés hors de France , soit ]iar les ordres de eliflérens gou- vernemcns, soit , comme celui-ci , par les ordres du gcuvenie- ment français. Enfin , sa distance raênre de l'arc auquel on le compare, tliminuera l'influence des erreurs qui pourroient s'être glissées élans sa ilétermination , puisqu'elles se trouveront elistrl- buées sur un plus granel intervalle. La comparaison de ces eleux arcs faite avec soin , et par diffé- rentes formules , a donné un trois cent trente-quatrième pour l'aplatissement de la terre ; et il est très - remarquable epie cet aplatissement , calculé d'après les elonnées que nous venons d'indic[uer , est le même epie celui qui résulte de la combinaison d'un grand nombre d'ex])érieuces faites élans elifférens enelroits sur la longueur élu pendule simple , et epi'il est encore conforme à celui (|ue la théorie ele la nutation et ele la précession exigent. L'accorelde ces trois résultats , tirés ele trois genres d'observa- tions très-diff'erens , mérite la plus grande attention , et il est Lien propre à inspirer beaucoup de confiance sur chacun d'eux. D'ailleurs , une légère erreur sur ce point auroit el'autant moins d'infleience sur le résultat définitif, que le milieu de l'arc entier, terminé par Dunkere|ue et Montjouy , passe près du (quarante - cinquième degré ele latitude , ou du degré moyen. Cet élément élu calcul une fois arrêté , le calcul même du ejuart élu méridien ne pouvoit plus offrir ele difficulté ; et Ton a trouvé- par elifféreiitcs méthodes , en employant l'arc intercep.é entre Dunkerque et Montjouy et un '654'. pour l'aplatissemerit ele la terre , epie le ejuart du méridien tei restre est de 2,563,37 omoelules :. d'où il suit , et c'est là le résultat eléfinitif de tovjt le travail , que sa dix-millionième partie ou le mètre , unité de mesure , est •^6 ■ lltlll., pitiiies du module. Pour réduire cette longueur aux ancieimes mesures , nous- dirons d'aljord , du!e et la toise du Pérou étoieiic eupposés l'uji et l'autre à Li température ej^u'avoit celle-ci lors- / 1 11^ JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE qu'elle a été employée par les académiciens , qui se rapporte au trci/.ièine degré au thermomètre à mercure , divisé en quatre-vinr't larties , ou au seizième et un quart du thermomètre centigrade , c mètre seroit égal à 443 lignes -rls^de cette toise : ensuite qu'en réduisant , comme il le faut, le module à la température à laquelle il a été réduit dans l'expression de la longueur des hases, laquelle a servi à calculer les yiangles et la méridienne , le mètre vrai et définitif est de 44^ lignes i~ de la toise du Pérou , celle-ci toujours supposée à la température de 16°^, puisque c'est àcette seule température que cette toise peut être considérée comme étant celle dont les académiciens se sont servis. Les va- riations de longueur que les métaux éprouvent par diiïérenteS températures exigent ces attentions. ( La suite au cahier prochain ). LETTRE DE DECANDOLLE, A J. -C. DELAMÉTHERIE, sua L'ABSORPTION DE DIFFERENS GAZ PAR LE CHARBON, V ous desirez que je vous donne quelques détails sur les expé- riences intéressantes des docteurs Rouppe et Van-Noorden , dont j'ai déjà eu l'avantage de parler avec vous ; vous avez déjà vous même étudié l'absorption d.+ 8,3 4H m.. 4- 8,0 4h. in.-|- 6,j 4l> 5m.-i-lo,8 4h. m 4t>.m..-|- y, s 4'^.m..4- 7,5 4'.m..4- S, s J!i.im.-i-ii,j 4h.im.-|-io, j 4''-jiii.4-io,i 4*". m 4''. m 4''.ïm.+i4,5 ;h. m.-f-ii.j 4h.im.4- 9.3 4*^ i'ii.-t- 9.7 , 4'', m. .-+-11,8 4^m. .4-15,7! + 4''.m..-)-i i,f 4''. m. .-f- 11,0 4h. m 4h.im.-f 11,0 4''-im jhi,n.-f-ii,J 4h.-J-m.-f-io,i 4h.lm.-i- 8,8 4h im.+ 8,J RECAPITULATION. Plus grande élévation du mercure 18.1,41, le lo Moiiidrctlévation du mercure 17.5,11, le 30 Elévation moyenne 17. 9,7(5 rius grand dceré de ciialcur -f-13,8, le 15 Moindre degré de chaleur -|- * J, le iji Clialcur moyenne -f- ij,i Nombre de joars beaux jj de couverts 17 de pluie 9 de vent 15 A L'OBSERVATOIRE NATIONAL DE PARIS, 3Tessldor an m. o Hyg. c a 33 miJi. vt I 7c, 1 70,0 5 é8,o 4 70,0 y 6 7«,o 7 6j,o 8 «I,J 9 7;. y 10 7Î.0 1 1 71,0 I z 71,0 15 70>o 14 8y,o lî 8j,o I<î 79, y 17 80,0 18 7f,o I? 77. f io 7y,o 11 71,0 11 71,0 2-î 71,0 i4 79,° 2-J 70,0 1« «7,y ^7 70,0 18 67,0 19 «7,0 30 7Î.O Vents. Nord. N. N. N. Câ!me. N. Calme. Calme. Calme. N-O. N-O. N. S-O. s-o. o. o. o. N. Calme. N-O. N-O. N. SO. S-O. o. fort. O. o. fort. O. N-O. O, POINTS LUNAIRES. E*iu.n. asccnd. Dsrii. Quirt. Apogée. Nouv. Lune. Equin. descend. Prera. Quart. Périgée. Pleine Lune. A^ A R I A T r"0 N S DE L ATMOSPHERE. Ciel couvert le matin ; quelques nuages depuis lo heures. Même temps. Quelques tclaircis dans la journée. Ciel nuageux ; beaucoup de vapeurs. Le matin ciel nuageux ; pluie et tonnerre à j heures du soir. Pluie une partie de la matinée ; quelques éclaiicis le soir. Quelques nuages. Ciel à demi-couvert ; quelques gouttes d'eau à J heures soir. Ciel couvert ; pluie abondante par intervalles. Beau avec nuages le matin ; couverr l'après-midi. Quelques éclaircis le matin ; plusieurs petites averses l'après-midi. Ciel à demi-couvert; vaporeur. Ijem. Pluie abondante une partie de la matinée; quelques éclaircis le soir Idem. Ciel couvert le matin ; beaucoup d'éclaircis le soir. Gros nuages le matin ) vapeurs ; quelques éclaircis le scir. Quelques nuages. Beau le matin ; gros nuages l'après-midi. Ciel vapoceuï ; quelques nuages. Ciel rrouble et nuages blancs. Quelques éclaircis. Idem. Pluie par intervalles; forte averse à 6 heures; tonBCrre, Quelques éclaircis. Couvert une partie du jour; superbe toute la soirée. Couvert par intervalles. Quelques éclaircis. Ciel couvert aux trois quarts. Pluie fine par intervalles dans la journée. RECAPITULATION. de grêle o de tonnerre 1 de brouillard o de neige o Le Tcnt a foufRc du N 8 N-E o E o SE o S o S-O 4 8 N-O s fois IBS= 120 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHÎMIE MEMOIRE Sur les questions élémentaires ou fondamentales d'une Tliéorie de la Terre. Par Bertrand , a.\i\:cuv des Nomeauar Principes de Géologie. La physiqiie et la chimie ont fait , depuis peu , plusieurs grandes' et belles découvertes, parmi lesquelles on a cru pouvoir trouver, enfin , la vraie clef d'une théorie générale de la terre. Néan- moins , et malgré les nombreuses observations ou dissertations géologiques que nous recevons de tous les savans et de tous les pays , j'ose dire qiie cette science , loin de faire des progrès , s'embrouille de plus en plus. Pourquoi cela ? C'est parce qu'on ne veut pas employer ici d'autre méthode que celle reconnue pour indispens.able dans les sciences positives , exactes ou géoraétrifjues , et qu'on voudroit toujoiirs n'y marclier ou argumenter que du petit au grand y. du connu à l'inconnu. , du moderne à l'antique ; conclure , par exemple , d'un cristal gemme ou d'un petit résultat de notre chimie , aux phis grandes masses de granit , de gneiss , de schiste etc. a-ux plus grands et aux plus anciens gestes de la nature. C'est sur-tout , parce que les plus habiles observateurs et géo- logues , quoique forcés d'admettre , dans l'histoire du globe , de grandes et terrii^les catastrophes qui ont , nécessairement, défi- curé son état antécédent, troublé et interrompu l'ordre régulier , n'en parlent que d'une manière vague ou épisoditjue , sans s'ap- pliquer à décoirvrir ou à spécifier le genre de ces phénomènes , ni les traces , les effets et produits qui en restent j sans les faire entrer pour rien dans leurs tableaux géologiques , et ne voulant expliquer les faits lés plus désordonnés , que par un ordre inva- riable qu'ils supposent dans la marche et dans le travail de la nature ou de la mer universelle i croyant , enfin , avoir suifisam- ment défini les formes et les suljstances les plus disparates par ces noms insignifians Ae primitives , secondaires et tertiaires. Ayant toute ma vie observé et médité sur ce grand sujet , je sentois depuis long^temps les vices de cette méthode , lorsqu'en î 779 j'osai opposer la mienne à celle que Buffon venoit de pu blier i ET D'HISTOIRE NATURELLE. 121 si magnifiquement , et même à celle que le célèbre Saussure ne faisoit ([u'esquisser ou annoncer alors. Une des grandes objec- tions qu'on me fit, et qu'on ne cesse de me faire , c'est que nos connoissances ou nos observations sont encore trop bornées , pour qu'on puisse on qu'on doive y asseoir un système ; (ju'il faut donc s'en tenir à grossir la masse des faits particuliers , comme )natériaux devant servir un Jour à élever l'édifice ; mais e vois qu'ils ne serviront jamais qu'à encomijrer la place sur ii(|uelle ils pouriissent. Voilà donc encore une des grandes causes de l'obscurité qui règne et qui s'épaissit de plus en plus sur cette science. Car , malgré cette opinion presque générale , il est avéré qu'une oljservation géologique , f|uelconque , ne jiourroit être vraiment utile qu'à celui-là seul qui l'al'aite; que si vives qu'ayent pu être ses sensations à la vue de tels détails ou de tel ensemble de faits , il ne pourra jamais nous les- transmettre, ni même nous faire une description fidèle des objets tes plus palpaliles. Mais ce n'est pas seulement ce travail journalier de l'observateur plus Ou moins clairvoyant qui reste inutile pour nous et pour la science, ce sont même les observations les plus décisives et les jdus frap- pantes aux yeux de tout le monde. Je citerai seulement en ])reuve quelques-unes des vérités que je donne pour inattaqualjles , et qui avoient été , non pas reconnues , mais publiées avant moi par Ray , Bourguet , Desmarals , Lamanon , etc. ; lescjuelles , après avoir fait grand bruit , sont aujourd'hui comme non ave- nues, sont môme contestées et traitées d'illusions. Grand et triste exemple des peines et du temps que nous perdons , pour ne laisser à nos neveux que des collections immenses de minéraux , des- criptions , méthodes , dictionnaires ! . . . Cela montre encore combien il est fâcheux que les auteurs cités en soient restés là , qu'ils n'ayent tiré aucun parti de dé- couvertes aussi heureuses , aussi riches en consé'quences ^ enfin , qu'ils n'ayent pu , ou qu'ils n'ayent osé systématiser à ce sujet : car, autrement , leur travail et leur gloire ne seroient ])as tombés dans l'oubli. Mais ce qui justifie bien leurs assertions , et ce qui est fort remarquable , c'est que ces quatre grands faits , dont je fus frappé avant eux,dv moins sans leur secours , ne sont réel- lement qu'un seul et même fait , une seule et môme vérité diffé' -remment démontrée par plusieurs géologues (jui, tout en côtoyant le même clie:nin , se croyoient fort loin les uns des autres. Toutes les o!)servations géologiques , comme celles dont je viens de parler , seroient donc aljsolument nulles ou non rece- vables, si elles se montroient toutes nues , et sans (juekju'appa- 12-2 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIQUE rencc systématique , soit en elles-mêmes, soit dans la manière de les tlécrlre ; tout observateur est donc tenu de l'aire actuellement quelque hypothèse. Si maljirécela ses observations restent encore inutiles, c'est f[ue le petit système qu'il y présente est isolé et tro|) circonscrit pour éclairer ses lecteurs ;. donc, et quoi qu'on puisse dire , il faut qu'il systématise , non-seulement lui-même , mais en qrand ; d'autant que ceux qui ne veulent que des faits, en trouveront nécessairement beaucoup dans un grand système qui , fût- il faux dans son ensemble , leur sera encore précieux à cet étrard seul. Enfin , dans un seul fait naturel , l'oljservateur en voit ou en dessine plusieurs , comme étrangers l'un à l'autre, ou dans plusieurs faits très-différens il ne voit que le même fait} parce qu'il prend la face pour le corps, l'accessoire poiir le prin- cipal , une nuance ou une variété pour un genre ; parce qu'il ne s'est procuré aucun moyen propre à diriger , à rectifier et fixer ni sa vue, ni son jugement. Il faut donc nécessairement encore, fiue toute observation soit excitée ou précédée par quelques idées hypothétiques, et les plus étendues qij'il serapossilile. Celte dernière conséquence est le principal motif de ce mé- moire. J'y suppose un physicien ordinaire , au moment où il va se livrer à l'étude de la géologie , sans être préoccupé d'aucune théorie nouvelle ou ancienne , ne voulant arriver au but que par sa propre conviction , et cependant prévenu qu'il a besoin » oomme je viens de le prouver, de se faire un guide , un ordre , un plan quelconque des premières ou principales questions qui doivent exercer ses sens et sa pensée. C'est ce plan général que je lui propose ici , comme le meilleur que j'aye pu concevoir , dans un ordre qvii, quoique tout oppose à celui des méthodistes , lui offrira la plus parfaite liaison entre tous et chacun des grands ou principaux faits naturels : et pour lui épargner encore bien d'autres doutes et tâtonnemeiis , qui pourroient le rebuter , j'y pose ces questions toutes résolues , j'en réduis même le nombre à dix , que je donne comme élémentaires ou fondamentales , et que je tire de mes Nouveaux: Principes dont , par conséquent, elles feront le précis le plus succinct , et néanmoins aussi vaste qu'il me semble possible et nécessaire ici. I. Notre planète étant sortie , comme fautes les autres , d'une masse inerte et placée , et ayant reçu avec le mouvement , la, lumière , la liquidité , la chaleur et la vie , l'eau vierge et fé~ condée engendra la terre calcaire vierge par une vitalité minérale , source de toutes les vies organisées. II. Jprès la grande réduction qui s'ensuivit dans le volume ET D'HISTOIRE NATURELLE. iz'ô des eaux, l'émersion des premiers cont'inens se fit ou s'acheva par une catastrophe qui , change ant tout à-coup l'axe , l'équa- teur et le niveau du sphéroïde , partagea l'Océan universel , et découvrit une terre-ferme en la ravinant. III. Sur les dépouilles marines s' entassèrenttoutes celles d'une prodigieuse population terrestre , dont la fermentation et la dé- composition sulfureuses , jointes , sans doute , à d'autres causes météoriques et locales , excita en nombre d'endroits de grands incendies et tremblemens de terre, IV. hes tremblemens soulevèrent , bouleversèrent et entrou- vrirent de très grandes masses ; ce qui les rendit toutes bossues , inclinées ec délitées , par conséquent toutes schisteuses ou prêtes à le devenir. V. Le feu ayant pénétré dans ces schistes , et Jusque dans /'humus inférieur , qui étoit , tout à-la fois , la matrice et le terreau des êtres organisés , n'a laissé , au moment de son extinction , que des 'abîmes , des cendres , des bitumes , des te n'es ochreuses et torréfiées.... VI. La stalactite ou la lessive de la cendre , encore chaude , fut princip lement le quartz qui , en se recombinant avec elle seule, a fait les vrais granits ; mais qui, en s'extravasant dans les schistes inférieurs ou environnons, a rendu tous ces calcaires plus ou moins vitreux et méconnaissables. VII. Les huiles bitumineuses , et toutes chaudes aussi , cou- lant d'un autre côté , et infiltrant d'autres , ou quelquffois les mêmes schistes , ont changé en houille les couches qui leur of- fraient ou l'entrée ou la qualité la plus favorable. VIII. De ces deux genres de flux pyriques , diversement mêlés et combinés , tant cntr' eux et leurs élémens qu'avec le' flux et l'élément calcaire , sont résultées , avec le temps , et par di s circonstances nouvelles , toutes les autres minéralisa- tions dites magnésiennes , alumineuses , argilleuses , sauf lasiUcei'Se ou le silex , qui demande une exception et une explication toute particulière. IX. Deux autres catastrophes , par une cause pareifli' ou différente , ont encore déplacé la mer par deux déb..cles qui , la faisant descendre jusqu'à son niveau ucLuel, ont également découvert et raviné , l un a.rès l'autre , deux nouveaux étages de cuntinens, sur lesquels se sont renouvelées des scènes à- peu- 124 JOURNAL DE PHYSIQUE , DE CHIMIE près semblables , mais proportionnées aux forces vitales et toujours décroissantes de notre globe. X. CoNCi-usioN i". IjCs tremblemens f les incendies et les débâcles sont donc les causes médiates ou immédiates , non- seulement des montagnes , des vallées , des lacs , des mers , et en général de toutes les grandes formes , mais encore de toutes les espèces de matières qui font l'enveloppe du globe ; excepté la forme et la matière des grandes couches horisontales de calcaire vierge , lesquelles , soit visibles , soit encombrées , sont les seules qui ajyent conservé la nature , la place , le gisse- rnent de leur formation originelle et marine. 2,'. Excepté donc ce calcaire vierge que j' appelle natif, et celui que les bouleversemens ont rendu schisteux , toutes les autres grandes masses , quel qu'en soit la nature ou le mélange , sont nécessairement ou arrenacées , je veux dire délayées , bri- sées , charriées , puis stratifiées en couches par les débâcles et les torrens ; ou jetisses, c'est-à-dire , jetées et amoncelées , sans ordre , par les vents, les feux , les éruptions, et tout autre véhicule que l'eau courante ; aussi n'ont-elles jamais ni cou- ches , ni délits continus ou parallèles. Tels sont les problêmes , questions et solutions que je mets avant tout, et qui, selon moi, doivent fonder et embrasser toute la science géologique. Je sens bien cependant , qu'une théorie aussi extraordinaire peut ne paroître qu'un rêve , si l'on n'a pas la patience de lire et de peser tous les faits naturels , tous les argumens justificatifs , sur lesquels j'ai établi les neuf principes qui ont amené cet étrange résultat ; mais ne pouvant pas rentrer ici dans u.n aussi long détail , je me borne à quelques mots sur chacun de ces articles. Sur le premier article , je dirai seulement que je me sens irré- sistiblement forcé d'admettre , dans le globe , une vie minérale qui eut , d'abord, une puissance ou une fécondité incompréhen- sible pour nous ; qui après avoir conçu et enfanté le globe ter- reux , fut encore la mère de toutes les autres espèces de vies , aui aujourd'hui la remplacent ; mais dont la première génération , ans une eau ou une matrice vierge , fut la terre calcaire pure , et ne pouvoit pas être autre chose. C'est dans ce dernier point, sur-tout , que je contredis les plus grands physiciens qui veulent , quelques-uns , que l'eau ne se soit convertie en terre que par la voie de la cristallisation ; et qui tous soutiennent que cette voie , telle qu'elle fût , n'a produit d'abord ET D'HISTOI RE NATURELLE. 125 d'abord qwe les terres j)urement quartzeuses et sans couches , qu'ils iioiiiment donc prunitives ; puis Ycs secondaires , qui se trouventfort mélangées et avec des couches , mais toutes inclinées ; puis les cnlcaires, qui sont les plus pures de toutes , et en cou- ches parfaitement horisontalcs ; pius.... mais je n'ai jamais pu cioire à un Océan qui auroir tenu en dissolution , toutes à la-fois , tant de terres préexistantes et aussi disparates , et (pii les auroit précipitées , distinctement , à des époques très-éloignées , et; de manière à les faire contraster par leurs formes encore plus que par leurs substances. Je dis même , qu'une cristallisation aussi vitreuse , aussi ignescente que le granit , est infiniment moins vraisemblable dans le système d'une fluidité aqueuse, qu'elle ne l'étoit dans celui d'une fusion ardente qu'on a cependant rejeté avec grande raison. Néanmoins , et pour dégager une aussi importante contro-. verse de tout débat qui pourroit paroître frivole , j'accorderai , àDelamétherie, etc., que le globe entier, avec tous ses habitans, est un jiroduit de la cristallisation ; que ce mot exprime toutes les fonctions vitales ; qu'il est équivalent ou préférable à ceux de génération , pétrification , végétation , etc. C'est donc , par exemple , à cette loi des affinités que l'oignon doit son germe , sa substance et sa forme. Eh bien ! telle fiit aussi la formation de mon globe terreux , au moins de son enveloppe, par suscep- tion de couches semblables et homogènes , universelles et con- centriques. Or , de toutes les terres connues, le vrai calcaire est la seule qui réunisse .ces caractères à tous ceux par lesquels je l'ai déjà signalée, comme é:ant exclusivement la production ori- ginelle et marine , comme faisant non-seulement le chapeau des Alpes , sous le nom ou l'apparence de marbre , mais aussi la base des continens et le fond des mers, sous le nom de cr,3ie. Je demande donc , à mon tour , qu'on m'r.ccorde , i°. que lors- que ces couches furent accumulées jusqu'à la hauteur qui fait ou qtd faisoit le sommet des Alpes , le globe terreux étoit formé ; 2". que toute autre cristallisation marine devenoit, si non impos- sible , au moins inutile à ce grand objet ; 3". que le calcaire fut donc non-seulement la première , mais encore la dernière , c'est- à-dire , la setde et unique cristallisation qu'on puisse appeler générale et originelle ; i,°. et que toute autre masse dont les caractères sont tant soit peu différens , fût-elle à des hauteurs ou profondeurs beaucoup plus grandes , n'a pu sortir de la cristal- lisation primitive ou générale ; qu'il faut donc absolument cher- cher son origine dans quelque cause ou cristallisation particulière, différente et même postérieure , comme je l'ai fait. Tome VI. THERMIDOR an 7. R la(S JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Le deiixièiue principe n'est , je l'avone , qu'une hypothèse j mais je pense qu'on ne peut ni s'y reiuseï- ni Li remplacer , car , 1°. l'émersion de toutes les terres par un baisseinent graduel de la mer qui , jusqu'à ce jour , l'auroit fait descendre insensible- ment , et tout au moins de 6 mille mètres , est une opinion qui m'a paru et que j'ai montrée comme insoutenable ; 2". sur le globe , tout naissant , on ne peiit pas siipposer des îles ou émi- nences ; 3°. ces îles elles - mômes eussent été très-long-temps découvertes avant d'être habitées , ou hors d'atteinte des vagues et des marées , mêmes les plus ordinaires ; 4"- elles seroient même restées à jamais inhabitables , puisque la fureur de ces flots jour- naliers n'y aurolt pu laisser que le sable et le gravier, toujours, et de proche en proche , le rivage le plus aride ; à plus forte raison, s'il n'ciit été par lui-même qu'une roche primitive , comme on le prétend ; 5°. au contraire , le berceau de la nat^ire vivante fut, nécessairement, un large et riant théâtre, un grand continent f|ui ne put éclore que par une retraite prompte et lointaine des eavix. En effet, pareilles fuites ou débâcles ultérieures de la mer, sont incontestablement démontrées par tons les détails que j'ai donnés de leurs effets et de leurs ravages. Si la cause en restoit inconnue , inconcevable , le fait n'en seroit pas moins réel ; mais si en rapprochant plusieurs autres phénomènes , je ne les trouve explicables que par la même cause que je donne à celui-ci , dès-lors elle sera pour moi , non-seulement vraisemblable , mais presque évidente. Or , il n'est pas douteux, par exemple , que le rhinocéros n'ait vécu là où est la Sibérie , le crocodille là où estMaëstricht, le palmier là où est Cologne, etc. Il est donc aussi très-bien avéré que ni la zone torride , ni l'axe , ni le renflement du sphéroïde , ne sont plus là où ils étoient ; que lorsqu'ils ont été déplacés, ce fut très-brvisquement , et non par une nutation dont le progrès est presque insensible depuis 5ooo ans , puisque le rhinocéros fut tué et saisi par un froid qui le tient encore au- jourd'hui à l'état de glace ; enfin , que si tout le globe eût encore été sous les eaux dans ce moment , elles en aurolent découvert ime grande partie par un affaissement subit et relatif qui , comme l'on sait , eût pu être , dans quelques climats, non-seulement de 6 mille mais même de 19 mille mètres. Le troisième principe étant une opinion admise , très-vngue- inent à la vérité , par les plus anciens philosophes, les nioderues n'ont aucune raison de la rejeter , puisqu'ils n'ont pu acquérir •aucune preuve contre ce fait dont , cependant, les témoins ma- tériels disparoisscnt de plus en plus. Mais cette hypothèse do ET D'HISTOIRE NATURELLE. 1^7 l'incenclie tics premières terres n'eût -elle jamais existé, j'en aurois certainement été l'auteur ; car les preuves sans nombre que j'en ai données par des objets sensibles , sont encore moins convaincantes pour moi , (|ue les sensations internes qui m'en restent et que je ne puis exprimer. Je pourrois abandonner à la dispute les c .uses et 1 s asens (lui ont pu livrer à la déflagration la surlace , et même la masse de ces terres ; mais ] insiste sur le fait , et cejjendant je n'y admets rien de commun avec les feux modernes , sonterreins ou volcaniques , si ce n'est que , comme eux, il a été nécessairement annoncé , accompagné et suivi de tremblemens de terre , qui étoient proportionnés , c^est-à-dire , terribles , et qui se démontrent encore par eux-mêmes ; quoique leurs effets ayent été aussi fort différens de ce qu'ils sont dans les tremblemens modernes qui , trouvant une croûte déjà rabo- teuse et déformée, des bancs de roches et de terres arides , par- tout des résistances inflexil)les ou inégales , ne peuvent que briser , fracasser , lancer inégalement et dans le plus grand dé- sordre : au lieu que les premières terres qui avoient toutes leurs couches parallèles , homogènes , et encore ductiles , cédant ensemble et également aux efforts de l'explosion , ont été soule- vées en bosses immenses et uniformes , sous des courbures con- tinues, régulières, et qui seroient encore aujourd'hui rigoureu- sement géométriques, si , comme je l'ai prouvé , elles n eussent pas été complicjuees , corrompues ou tout-à-fait détruites par les nouveaux arrachemens, éboulis et tassemens qu'y ont causé les ravines et les autres ravages de la débâcle. Enfin , C3 jjhénomèiie des antiques incendies et tremblemens , qui semble révolter tous les géologues , est le premier mot de la grande énigme sur la- quelle ils pâlissent ; il est aussi la clef des principes suivans ; Du quatrième , sur-tout , qu'on a trouvé d'autant plus extraor- ■dinaire qu'il est tout neuf, et qu'il doit renverser les notions jgéologiques qu'on croyoit les plus certaines. J'ai annoncé depuis long-temps que le problême sur la nature et la cause générale qu'elle n'y voit pas autre chose qtie dvi grès. Mais voici la grande objection qu'on me fait : «D'où auroît pu ■>■> sortir l'immense quantité de cendre que vous nous montrez ? » Quelle autre et encore plus immense quantité de végétaux et « d'animaux il faudroit supposer avoir été livrés aux flammes ! ■>■> car , la terre simple n'est point combustible ; le feu ne pouvoit « donc pas non plus y creuser des abîmes » ? J'ai répondu , d'iibord , qu'on ne peut argumenter ni du temps, ni des quan- tités contre les puissances créatrices de la nature , et qu'en effet, il nous est impossible d'évaluer ni de concevoir qixel put être l'entassement des dépouilles marines et continentales , dans les premiers siècles d'une germination spontanée , d'une première éruption de toutes les forces vitales. Ensuite , et en avouant l'incoinbustibillté de notre terre simple , jedis qu'on n'en peut rien conclure pour la terre qui venoit d'éclore et qui, comme on vient de le voir , étoit la matrice , l'aliment, ou le premier ter- reau de tous les êtres organisés ; dont , par conséquent , toutes les particules étoient elles-mêmes ou vivantes ou du moins orga- niques , jusqu'à une profondeur inconnue. D'ailleurs , la masse de terre qui portoit le brasier étoit déjà bouleversée et schisteuse ( comme je la vois effectivement sous presque tous les granits ) ; ses couches supérieures et encore organiques se trouvoient donc , dès-lors , inclinées et engagées jusques dans le fond : elles y auront donc porté l'ignition d'autant f)lus fortement , que les corps enflammés chassant en l'air toute a matière volatdisable , précipitoient sourdement toutes les graisses et huiles bouillantes dans les autres couches qui , étant toutes schisteuses , quoique n'étant peut-être plus organiques , pouvoient ainsi , et de proche en proche , devenir également combustibles. Enfin , si la terre simple , que je n'admets pas ailleurs que dans le calcaire vierge , est incombustible aujourd'hui, je suis très-persuadé qu'elle ne l'étoit pas , ni lors de sa forma- tion , ni lorsqu'elle enfantoit d'elle-même tous les êtres vivans : et puisqu'elle est une conversion de l'eau , qu'on assure êtr« ET D'H ISTO IR E NAT n RELLE. ï>I l'aliii-ent nécessaire à l'ignition , comment ne l'atirûit-cllo jias été elle-même ? Les septième et huitième principes me semblent être assez éclaircis et justifiés par les délails jirécédens. Le neuvième principe , par lecpiel j'établis deux antres catas- trophes , qui ont encore changé brusquement le bassin et le niveau des mers , me sera peut-être accordé j)ar quelques ojjser- vateiirs qui, déjà, ont reconnu la nécessité d'admettre, ici et là, des événémens à-peu-près semblables ; comme des irruptions de grands lacs supérieurs. . . . torrens furieux à la cime des plus hautes montagnes. . , . inondations et soiilèvemens prodigieux ,• puis une chiite précipitée de la mer. . , . etc. Les grands faits naturels qui les frappent , et qu'ils ne trouvent explicables que par un torrent quelconque , sont précisément ceux qiii m'ont frappé, et que j'ai aussi explitjués par un torrent. Mais certaine- ment ils avoueront que ce torrent simple et général , déiini et circonstancié par l'origine comme par la fin de sa course , esc bien plus naturel et plus admissible que tous ceux qu'ils ont imaginés ad libitum; et certainement encore, ils auroient abouti à celui-là et s'y seroient fixés, si arilieu de concentrer toute leur attention sur des objets locaux les plus apparens ou les plus singuliers , ils l'eussent soutenue en continuant d'observer jus- qu'aux formes du globe les plus simples ou les plus communes ,. lesquelles , quoi qu'on en dise , m'ont paru être aussi les plus instructives. Ils aiu'oient donc reconnu, comme moi , dans les pays sur-tout ((ui nous environnent , deux anciennes stations de- rOcéan , l'une à près de 300, l'autre à près de 1000 mètres au- dessus de son niveau actuel. Cependant , presque tous les autres géologues me diront que ce que je crois avoir vu le premier , tout le monde le savoit d'avance sans y aller voir ; que la mer ayant employé un nond)re de siècles q4ie l'on n'ose pas évaluer , pour descendre par un baissement graduel et insensible de la hauteur de 6ooo mètres, il faut bien qu'elle ait séjourné à iodo , puis à 200, pendant nombre d'années ; mais on doit bien sentir que je m'attendois à cet argument, et que j'étois Inen en garde contre cette illusion. C'est tionc jiar des signes non équivoques que j'ai jugé ces deux stations fixes et permanentes de la mer ; c'est parle gallet marin qui est toujours littoral , et dont les bancs ne sont jamais que de quelques njètres au-dessus et au-dfssous de sa plus haute laisse: parles dunes qui se forment et se sont toujours formées au-dessus de son niveau y par les falaises marines et a-pic , lesquelles, en^ prouvant f|ue la mer a très lo:ig-teinps battu et sappé uniquement i32 JOURNAL DE PIIYSIQUn, DE CHIMIE leur base , prouvent encore , sans réplique , qu'elle n'étoit pas des- cendue jusques là par unbaissement lent et progressif"; enfin, c'est par l'état et la forme des deux amphithéâtres ou continens , tant inférieur que supérieur , qui , loin d'offrir aucun de ces vestiges littoraux , offrent tous ceux d'un torrent général qui les a ravagés du haut en bas. Ce sont ces ravages subits du torrent ou de la débâcle , ce sont encore leurs suites prochaines ou éloignées qui donnent le plus d'iinjiortance à ce neuvième principe ; puis(ju'il devient par-là le tableau général , ou au moins la clef nécessaire à l'explication des principales et dernières formes que présente la surface du globe , même des accidens qui ont plus ou moins agravé , défiguré ou effacé celles qui étoient déjà imprimées par les tremlilemens et les incendies , même encore d'une infinité de masses et de composés qui n'existoient point auparavant ; enfin , de presque tout ce que nos plus lialnles géologues ne peuvent expliquer autrement que par les mystères d'une cristallisation qui auroit produit les plus simples , comme les plus bisarres , de ces formes et de ces composés , spontanément, dans le sein et dans le fond du vague Océan. Mais ne pouvant réunir ici tous les faits justificatifs qui sont parsemés dans mon ouvrage , je vais les peindre en quatre traits. La débâcle fut un torrent général j elle arrachoit tout ; elle charrioit presqu'autant de terre que d'eau ; sans elle il n'y auroit ni montagnes ni vallées , proprement dites; encore les eût-elle toutes effacées et réduites à de grandes plaines ou pentes uniformes , si, tombant de plus haut, elle n'eût pas cessé aussi promptement de les surmonter et de les ravager : car ses ravages n'ont été nulle part plus grands que là où ils sont le moins sensibles aux yeux du vulgaire , et nulle part moindres que là où ils semblent le plus horribles. Le dixième et dernier article est le résultat des précédens , ou une analyse encore plus resserrée de mes Nouveaux Principes , sous deux cadi-es géo-minéralogiques , formant deux méthodes différentes , mais relatives et inséparables. L'une comprend la nature propre ou essentielle de chaque espèce de terres , avec les causes soit originelles , soit accidentelles et successives de leur formation. L'autre embrasse également toutes et les mêmes es- pèces , mais dans l'état actuel où elles se trouvent , soit séparées, soit confondues , et se réduisant à quatre genres de masses qu'il faut absolument distinguer , non-seulement par leur constitution ou organisation , par leur placement ou gissement , mais sur-tout par les quatre agens ou véhicules qui en furent la cause , qui sont fort diiférens l'un de l'autre , et qu'on ne peut pas confondre saos ET D'HISTOIRE NATURELLE. ï33 sans tomljer dans de grandes erreurs : on y verra entr'aiitres , que tontes les niasses de vrai granit sont du genre nommé Jelissa. Voilà donc les bases nouvelles et fondamentales que je donne à la géologie , et que je propose à celui qui voudra ne l'étudier d'abord qne dans seS grand,s oljjets matériels ou les plus sensi- bles , en n'y procédant que par les notions communes et dans le langage vulgaire, sans le- secours des autres sciences , pas même de la chimie , que je n'y voudrois appeler que lorsqu'on sera d'accord sur tous, au moins sur les principaux faits naturels. Car , c'est alors seulement, qu'elle pourra projetter , diriger ses manipulations sur les minéraux actuels , dans la vue et avec quelqu'espoir d'y découvrir, enfin, comment la cliimle naturelle a pu les travailler intestincment , ou sur la place, pour les rendre tels qu'ils sont, après lui avoir tous été livrés , tels que je le dis, par des causes désordonnées , mécaniques ou convulsives ; excepté un seul qu'elle aura pris on retrouvé tel qu'il étoit sorti , origi- nairement , de ses mains créatrices : aussi l'ai-je nommé le fils unique de l'Océan , et le père commun de toutes les autres terres. Comment , en effet , le chimiste qui rte sauroit pas que toutes ces autres terres étant on schisteuses on arrenacées on jetisses , n'ont pu passer à l'un de ces trois cas sans avoir déjà perdu leur nature ou leur position et organisation primitive , même celle qu'elles avoient quelques heures auparavant ; que dans et depuis ce passage , elles ont encore reçu toutes les espèces possibles de mélanges rpii , ensuite , ont encore produit une infinité de com- binaisons chimiques , tontes inouies et impossii^les jusqu'alors ? Comment, dis-je , pourroit-il tirer quelque grande ou importante conclusion géologique de l'analyse qui lui montre , dans ces pierres , jusqu'à 8 et lo matières composantes ? et de cette fa- meuse silice , entr'autres , qui se tpouve par-tout, et qu'il met toujours en tête comme la prééminente ? s'il ne sait pas que , souvent , elle n'y est que l'un des derniers ingrediens apportés par les eaux qui , en déchirant et dispersant les monceaux de cendres , et même de granits encore imparfaits , oiit aussi délayé leur flux quartztux qui étoit encore ou liquide ou liquéfiable , et l'ont, ainsi que la cendre , répandu et insinué par-tout ; si ce n'est dans le seul calcaire natif i\\n. , parce que seul il avoit échappé ou résisté à toutes les catastrophes , se trouvoit seul inaccessible ou imperméalde à ce nouvel ingrédient , comme à tous les autres , sans quoi il n'eût pas conservé jusqu'aujourd'hui son homogénéité presque natale on originelle. Au surplus , ce que je donne avec confiance comme principes Tome VI. THERMIDOR an 7. S i34 JOURNAf, DE PHYSIQUE, DE CHIMIE long-temps médités , et tellement liés entr'eux qu'ils doivent être ou tous vrais , ou tous faux , j'invite le nouvel adepte à les prendre au moins comme suppositions; mais à les méditer aussi sur le grand théâtre, en prenant la patience d'y vérilier tous les faits et argumens qui , après m'avoir conduit h. ce résultat , en soïit devenus pour mol les preuves complètes. Ce n'est (pi'alnsj qu'il pourra juger si j'ai vu et conclu bien ou mal. Et d'ailleurs , piiisqne l'histoire physique et minéralogique du globe est encore a. faire ; puisqu'elle ne pourra résulter que de grauiles et nou- velles observations ; )iuisqiie toute observation en ce genre sera vaine , fausse ou Inutile , tant que l'esprit et les sens n'y seront pas portés , guidés et fixés par quelque hypothèse préalable ; et puisque cette hypothèse suppose elle-même beaucoup de tenta- tives et de coml)inalsoris déjà faites et rejelées ; il trouvera une f;rande avance dans la mienne , qui embrasse non-seulement tous es grands problèmes c[ue l'on tenoit pour insolubles, mais encore ceux qu'on ne songeoit pas même à mettre en question. Enfin , s'il ne la juge pas admissible en tout point , il y prendra du moins plusieurs des matériaux inconnus ou négligés jusqu'à présent , sans lesquels 11 lui serolt Impossible d'en ëdllier une meilleure ; sans lesquels aussi , nos plus habiles géologues reste- ront dans l'étonnement et l'emban-as où les jettent plusieurs ob- servations importantes qu'ils viennent défaire récemment sur les Vosges, les Alpes, les Pyrénées , que depuis long-temps j'avols déjà faites et même rangées parmi mes preuves écrites ," et qui , de leur aveu , contredisent ou renversent absolument leurs pro- pres Idées , ainsi que les systèmes qu'on regardolt généralement comme dogmes ou axiomes : les voilà donc aujourd'hui bien plus errans que jamais , puisqu'ils ont même perdu la boussole qu'Us croyoient posséder ; mais j'ose croire qu'Us trouveront moins iaulive celle que je leur présente ici. ET D'H ISTOIRE NATURELLE. l35 SEPTIEME MÉMOIRE Sur la matière verte qu'on trouve dans les vases remplis d'eau , lorsqu'ils sont exposés à la lumière , de même que sur les confervcs et tremelles , considérées relativement à leur nature et à leur propriété de donner du gaz oxigène au soleil ; Par Jean Senebieh, Bibliothécaire de Génère. S- I X. IjO matière verte combinée avec V esprit-de-vin. V^UANDon verse de l'esprlt-de-vin sur la matière verte contenue dans l'eau , tous les animalcules et les corpuscides globulaires mêlés avec elle éprouvent une grande agitation j la couleur verte disparoît en grande partie , mais les masses restent les mêmes. Cette agitation , après avoir duré une ou deux minutes , finit ; le calme revient , et les animalcules morts , avec les corpuscules lobulaires , gagnent le fond de la goutte , comme on le voit avec e microscope. Ces petits corps ne forment plus alors la matière verte ; elle est une membrane transparente, ayant une teinte verdâtre , que l'esprit-de-vin n'a pu enlever , comme il l'a ôtée au reste de cette matière. Le mouvement dont je viens de parler me parut extraordinaire ; les animalcules ne pouvoient l'acquérir d'eux-mêmes , à ce degré de violence. Aussi je ne tardai pas avoir qu'il étoit l'effet de l'ac- tion de l'esprit-de-vin sur l'eau pendant le mélange ; j'observois au moins le même mouvement, soit que le mélange se fît dans l'eau pure , soit qu'on l'opérât dans celle qui contenoit la matière verte , ou dans celle qui avoit tué les animalcules par l'esprit- de-vin qui y étoit mêlé. Quand on met une goutte d'esprit-de-vln sur une goutte d'eau , il se forme au milieu un espace circulaire quiest plus transparent; c'est l'esprit-de-vin qui surnage ; le mouvement commence alors vers les bords lorsque le mélange se fait, et on l'observe par-tott en mêlant la goutte avec un pinceaii ; on est moins étonné de la vivacité de ce mouvement , quand on sait que le mélange de S a I ï36 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE l'esprit-de-vin et Je l'eau occupe un espace plus petit que celui qui seroit f'oiiué en ajoutant le volume de chacun d'eux ; parce que l'on coraprendi'a quelle doit être la force de leurs aillnités récipro([ues. Je mis une goutte d'eau chargée de matière verte sur une "Outte d'csprit-de-vin : il y eutun mouvement de llux et de reflux entre toutes les parties de la goutte ; plusieurs parties de la ma- tière verte se détachèrent en se dissolvant; elles étoient entraînées par des torrens cpxi se formoient pendant le mélange ; au bout de quelques inomens tout se calma , le mélange devint laiteux par la séparation de la gomme. L'esprit-de-vin qui dissout la partie résineuse détache une r^rande qviantité de petits corps globulaires , cju'on trouve au i'ond. Le mouvement excité dans l'eau par l'esprit-de-vin , est d'au- tant plus petit que sa quantité est plus grande relativement à celle de l'eau ; mais si la qviantité de l'esprit-de-vin est la plus petite relativement à celle de l'eau , on renouvelle le spectacle en y versant une nouvelle quantité d'esprit-de-vin , jusqu'à ce que l'eau, soit saturée ; on produit le même effet dans le cas précédent, en y versant de l'eau jusqu'à ce que l'esprit-de-via soit entièrement combiné avec elle. S. X. La matière verte soumise à l'action de la garance , de l'iaine ', et de l'eau de chaux. I. Je mis la martère verte dans une Infusion de sarance ; fe sayoïs que divers animaux en avoient mange sans être trop in- coinmoLlés , et que les végétaux qu'on avoit arrosés avec elle n'en avoient point souffert ; j'espérois donc apprendre quehpie chose par la teinture que cette infusion pourroit communiquer aux animalcules et à cette matière. L'espèce de mucilage qui couvre la matière verte , sa pellicule , me parurent clairement rouges , ou du moins le vert me sembloit passer avi ronge ; mais cette matière continua de donner de l'air , et ses globules ne changèrent pas de couleur ; les petits aniiualcides restèrent avec leurs nuances , les gros animalcules à tourbillons se teignirent en rose. On voit qu'il y a dans quelques-uns , des vaisseaux dont les calibres sont trop lins pour likrer la matière rouge. n. J'essayai l'effet de Vurine sur les animalcules , parce que ET D'HISTOIRE NATURELLE. -^''J Spallanzanl avolt observé que ce fluide tuoit les animalcules qu'il avoit vus. Je crus trouver ici un moyen trancliant pour décider si la matière verte étoit un végétal ou une ruche d'animaux , parce que je supposai que l'urine tueroit les animalcules sans nuire à la matière verte. Je versai donc de l'urine dans un vase où il y avolt beaucoup de matière verte , le 7 messidor ; je trouvai (|u'elle continua de donner de l'air au soleil ; le 8 j'apperçus quelques animalcules globulaires en mouvement , la verdure se conserva toujours belle , et le gaz oxigène fut toujours produit. Le 29 cette matière verte étoit fort belle , sa couleur étoit plus foncée ,. je n'y dé- couvris qu'un petit nombre de corps ellipsoïdaux et d'animal- cules transparens ; mais j'apperçus plusieurs animalcules d'un vert foncé , dont la grosseur s'approchoit de celle des plus gros ; s'ils avoient fait une partie intégrante de la matière verte , on les auroit facilement vus dans cette matière, et ils n'auroient pas échappé quand on l'auroit rompue. J'ai vu sur un vieux verre où la matière verte avoit crû dans un mélange d'urine et d'eau , la pellicule sur laquelle ces animalcules verts nouveaux nageoient et paroissoient paître. On voit ces animalcules se multiplier par division, et l'on peut suivre facilement cette partie do lenriiistoire." L'urine favorise le développement de ta matière verte , et comme les animalcules verts qu'on y voit sont assez gros , on pourroit aussi facilement y découvrir des bidles que des points , ou des animalcules qui s'en séparent , puisqu'on voit aisément ces bulles s'échapper de la matière verte. J'ai cherché s'il se fbrme'Toit de la matière verte dans l'urine. Je préparai, le 17 germinal, l'expérience : je remplis les deux vases avec l'urine fraîche , et je remplaçai la partie évaporée de l'un avec l'urine nouvelle , et celle de l'autre avec l'eau commune. Dans le vase où étoit l'urine pure j'observai , le 18 , \\n léger mucilage ou quelques points transparens ; le 21 je vis un muci- lage grenu où l'on distinguoit quelqixes filets plus foncés. Le 1". prairial j'apperçus la pellicule sur les morceaux de verre mis au fond du vase , je continuai à suivre cette expérience , et le 14 fructidor je découvris la matière verte dans le vase rempli avec l'eau cominune , il conservoit néanmoins une forte odeur urineuse. J'y remarquai des cristaux semblables à ceux quePiomé Delisle représente dans la planche V, lig. 20 et 3 de la première édition de sa Cristallographie. III. Je versai de Veau de chaux dans des vases qui cantenoient la matière verte , sa couleur disparut ; mais je remarquai toujours i38 JOTIRNAf. DR PHYSIQUE, DE CHIMIE sa pellionle ; j'observai quelques animalcules, comme \e gonîiuri , et quelqties globulaires. Ij'eau de cliaux , eu enlevant l'acide carbonique de l'eau, qui est l'aliment des plantes , feroit périr la matière verte , quand elle ne la tucroit pas par sa causticité. S. X I. Action des acides sur la matière verte. Je voidns essayer l'influence des acides sur la matière verte 5 je commençois ces expériences par le vinaigre ; je remarquai d'abord qu'il n'y avoit point de mouvement dans l'instant du mélange comme avec l'esprit-de-vin. Le i3 prairial je versai quelques gouttes d'un vinaigre assez fort dans un vase de verre , où cette matière étoit assez abon- dante : elle ne donna point d'air jusfpi'au 27, qu'elle reconmiença de le distiller ; mais le 21 elle avoit paru se blanchir et lessiver, ensuite elle reprit sa couleur et sa santé ; j'observai aussi les animalcules globulaires. Le 7 messidor je versai dans le verre environ le quart de son volume de vinaigre ; il y eut encore de l'air produit , mais je n'y apperçus aucun animalcule ; le 8 une grande partie de cette matière prit la couleur de la rouille ; le reste étoit très- vert ; le 9 il n'y eut point d'air produit ; le 29 il n'y avoit plus de verdure. Il étoit curieux de voir les^-anguilles du vinaigre mettre en mouvement de grandes parties de cette matière sans les rompre. Si la pellicule ou la matière verte avoit été un aggrégat d'ani- malcules , celaauroit-il été possible, sur-tout quand les animal- cules fïirent tués par l'action du vinaigre ? Enfin , il falloit voir si cette matière se trouveroit dans le vi- niigre pur. J'en mis , le 17 germinal, dans un vase de verre, et je remplaçai toujours celui qui s'évaporoit : j'apperçus , le 18 , sur les morceaux de verre placés au fond des vases , quelques E oints transparens ; le 28 il se forma un mucilage fort épais, e 4 floréal j'apperçus plusieurs cristaux rhomboïdaux ; depuis le 16 prairial ce vase fut rempli avec de l'eau , et au milieu du mois suivant la matière verte y parut ; je vis plusieurs animal- cules globulaires absolument indépendans de cette matière , qui se développoit. Je répétai la même expérience avec un mélange d'eau et de vinaigre dans des quantités égales j j'observai les mêmes pliéno- ET D'ilISTOIRE NATURE LLE. i39 mènes que dans l'expérience précédente , mais je ne vis ni ani- nialcwles globulaires, ni animalcules verts. Enfin , j'ai vu la matière verte se former dans un flacon rempli d'une dissolution saturée et fdtrée de tartrite de jiotasse. San» doute que les acides végétaux , décomposés par l'action de la lumière , fourniient à la matièi'e verte le carbone nécessaire à son développement. Les acides minéraux , comme l'acide nitreux , tuent tous les animalcules qui disparoisseiit d'abord , ils détachent aussi cette m^atière verte, ou sa pellicule , du fond et des parois des vases où elle est , comme je l'ai déjà remarqué ; ils déchirent même cette pellicule , lorsqu'elle ne se détache pas également par-tout des corps auxquels elle adhère ; mais on apperçoit les corpvisculos globulaires et ellipsoïdaux qui n'ont pohit été altérés par l'action de .ces acides, et qui jiaroissent , à cet égard, d'une nature dif- férente de celle des animalcules , dont on ne sauroit appercevoir les cadavres. S. XII. Sur quelques cristallisations. Tous ceux qui ont fait des observations microscopiques ont observé des cristallisations , qu'ils ont cru des sels différens. Ingenhousz, qui l'a remarqué de même , a négligé de le démon- trer. Il parle , dans ses vermischten schrijien de corps transpa- rens et anguleux qui lui paraissent des sels ou des cristallisa- tions piepreuses , ils sont plus grands que les insectes , et 'Se trouvent Sans un nombre plus ou moins considérable , suivant la nature des eaux employées. J'ai étudié ces cristallisations avec plus de soin , et j'ai trouvé dans les eaux où étoit la matière verte , qu'elles étoient des spaths calcaires , que l'eau chargée de terre calcaire laissoit tomber , lorsqu'elle ne pouvoit plus la dissoudre avec l'acide carbonique que la matière verte lui enlevoit pour*on aliment. Je mis une goutte d'acide nitreux sur un morceau de verre couvert de ces cristaux , ils furent tous dissous à l'instant avec efïérvescence. Si ces spaths sont le produit de l'évaporation et de la disparu- tion de l'acide carbonique , en hâtant l'évaporation par la clialeur, on doit hâter la formation de ces spaths ; c'est ce que je remar- quai en écliauffant légèrement l'eau. Mais si l'on n'employé l'eau très-pure , oiî soigneusement dis- 34o JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE tillée, il n'y aura point de cristaux, fjiioiqii'elles'cîvapore comme l'eau commune ; cependant cette eau distillée fera paroître des- cristaux , quand on l'échaulîera après l'avoir mêlée avec l'eau «ominune , ou après y avoir dissous de la terre calcaire avec l'acide carbonique. Ces cristaux seront d'autant plus nombreux dans des vases é^aux remplis avec la même eau , que la matière verte sera plus abondante dans l'un d'eux , parce qu'elle s'empare d'une quan- tité plus grande d'eau et d'acide carbonique ; mais l'eau distillée , char£^ée d'acide carboni(|ue , ne laisse appercevoir aucun de ces cristaux. L'eau qui a fourni ces cristaux , comme celle qui a bouilli , contient moins de terre calcaire ; la première la dépose en cris- taux , et la seconde précipite la terre avec plus d'abondance et uioins de régularité. Ces cristaux oiit une forme rhomboiMale , et l'on reproduit avec les acides f[ui les dissolvent les sels neutres que ces acides for- ment avec la chaux. Je ne pouvois avoir aucun doute sur ce sujet, parce que je m'étois assuré de l'existence de la terre calcaire dans l'eau que j'employois pour mes expériences, comme de celle de l'acide carbonique qui la tenoit dissoute ; mais on prouve , sans réplique , la vérité de ces observations , si l'on a de l'eau distillée forte- ment, chargée d'acide carbonique , et si on lui lait dissoudre toute la terre calcaire qu'elle peut contenir : alors, en exposant des feuilles au soleil , sous des récipiens pleins de cette eau , on voit se produire du gaz oxigène , et la terre dissoute jÈans l'eau se déposer sur le fond du vase , ou sur ses parois ; mais comme ce gaz oxigène est un produit de la décomposition de l'acide carbonique , on voit que la terre cristallisée qui tombe est celle que l'acide carbonique avoit dissoute dans l'eau exposée au soleil avec la feuille De Saussure a fait une observation sur ce sujet qui lui a été disputée ; il raconte , dans ses Voyages dans les Alpes , tom. i , pag. 211 , qu'il avoit mis sept livres d'eau liltrée dans une bou- teille de verre fermée avec un bouchon usé à l'émeril ; au bout d'une année il y trouva une espèce de conferve ou de mousse aquatique qui restoit opiniâtrement attachée au verre : l'agitation de l'eau fournit des lames blanches , brillantes , longues , étroites : les plus longues avoient six lignes de longueur sur demi ligne de largeur, et l'épaisseur d'une feuille de papier j elles étoient for- mées par la réunion d'un nombre de cristaux transparens , dont les ET D'HISTOIRE NATURELLE, ï^» les sommités saillantes avoîent la forme d'une pyramide triangu- laire , ressemblant au spath à dents de cochon. Ces cristaux se tlissolvoient en entier , avec effervescence , dans l'acide nitreux, et formoient une selenite avec l'acide vitriolique. Cette expé- rience me paroît expliquée par toutes celles que j'ai faites ; mais De Saussure , à qui on la contesta , me pria de la refaire. Je pris un flacon de verre blanc contenant environ cinq livres d'eau, je le remplis d'eau commune, de manière que la dilatation de l'eau par la chaleur ne pût le faire sauter ; je le bouchai avec un très-grand soin , et je l'exposai à la lumière du jour dans un. lieu où il ne pouvoit recevoir les rayons immédiats du soleil ; je l'ai conservé de cette manière pendant quatre ans, et je vis bientôt la matière verte se former , les spaths calcaires se déposer au fond et sur les parois du flacon : je puis donc conclure ici , comme je l'ai fait , que le gaz acide carbonique absorbé et dé- composé par la matière verte , a favorisé ce dépôt calcaire , puisqu'il a augmenté à mesure que la matière verte est devenue 1)lus considérable. Aussi, dans un flacon pareil, rempli d'eau listillée , bouché de la même manière , et exposé à la lumière dans le même lieu , il n'y eut aucune production de matière , et aucun dépôt de terre calcaire, ou de spath, pendant le même- temps. Dans le mémoire ■ suivant je m''occuperai de l'influence des odevirs sur la matière verte , et de son analyse chimique. MEMOIRE SUR UNE ESPECE NOUVELLE DE CORNE D'AMMON; Par le citoyen DENTS-MoNTrORT, aide-géologîste au muséum, national d'histoire naturelle de Faris. L'espèce nouvelle d'ammonite, ou corne d'amraon , que je vais décrire, n'est point roulée en disque, comme les cornes ■d'ammon ordinaires ; elle n'est point droite non plus , comme celles dont Lamarck a fait dans son prodrome(i), un genre sou» ( 1 ) Voyez Mémoires de la Société d'Histoire naturelle de Paris , |)age 80. ToCTtf r/. THERMIDOR c« 7. X. 14- JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE le nom de baculiie , ce qui veut dire bdton pierre ; mais elle est contournée en vis et la spire esttrès-prolongée etturLiiiée. Lang , Bayer et Scheuzer l'ont eu entre les mains, ils en ont figuré des fragmen? , mais ils ne l'ont point connue , et quelques-uns des litliologistes , qui écrivirent depuis ces auteurs, se sont contentés do les copier; les uns comme les antres ont publié ces fragmcns sous les noms de cornets et toupies de mer , de turbinites , de buccinhes , et même de néritites. Depuis près de deux ans j'avois dans ma collectioa de fossiles une espèce de coquille rapprochée des vis , par sa l'orme papl- rrtcce , elle est remplie de matière calcaire d'une couleur blan- châtre , jaunissante et cendrée , et elle oii're un massif solide 5 sa spire tuberculeuse et très-allongée présente , dans son contour, quel<|ues traces de sutures persillées : à la première attaepie du marteau j'obtins une articulation découpée comme celles des am- monites j mais cet individu étoit seul : il étoit tronqué , son allongement pouvoit n'être qiVune dépression accidentelle d'une corne d'ammon ordinaire, et malgré ce que je voyois il me f'al- loit d'autres coquilles fossiles du même genre pour constater son mode d'être. J'attendois donc que quelque nouveau fait vînt m'éclairer sur l'existence de cotte organisation particidière. Depuis ce temps, le citoyen Laiinoi, marchand naturaliste , fit im voyage au Ha"vre ; il passa par Rouen , et ramassa quelques pétrifica.tions sur la montagne de Sainte- Catherine , qui est près de cette dernière ville , montagne digne des regards de tout naturaliste , entièrement calcaire , et (jui renferme encore d'au- tres corps pétrifiés qui pourront faire l'objet de ([uehjues autres mémoires. De retour à Paris , le citoyen Launoi remit au citoyen Faujas- Saint-Fond un amas de diverses coquilles fossiles provenant de cette montagne ; cet amas €st lié et joint par un ciment calcaire ; au milieu de ces coquilles je retroiivai les mêmes cornes d'ammon, turbinées et articijlees. A cette vue , j'éprouvai le plaisir le plus vif; mais il fut bien augmenté lorsque ce savant célèbre me fit le don de ce bel échantillon. Je remarquerai ici que je dois et l'étendue de ma recontidissance. Une fois possesseur d'individus qu'il m'étoit permis de com- f)arer , je commençai alors seulement à faire quelques recherches : e hasard me servant à souhait , je me procurai quehpies avitres échantillons. J'en ai , depuis , retrouvé deux dans le riche et ET D'HISTOIRE NATURELLE. l43 magnifique cabinet du citoyen Sage , un clans celui des mines , deux ou trois, dont un agatisé, dans le cabinet du citoyen Drée ; et consultant les auteurs divers qui ont figuré des pétrifications , j'en ai rencontré quelques autres ; niais , comme les anciens, leurs modernes possesseurs les ont méconnu. Cette espèce , qui au premier abord me parut unique , s'est pour ainsi dire étendue sous ma main : on ])eut en i'ormer un genre. Je me contenterai d'en décrire , pour le moment , trois espèces que j'ai été à même de comparer , et j'en indiquerai cinq autres , toutes plus ou moins prononcées. J'en ai dessiné deux dans la planche qui est à la suite de ce mémoire, elles dii- fêrent al)Solument l'une de l'autre. Je les ai tirées de la collection, du citoyen Faujas et de la mienne. Je vais passer à leur des- cription. Genre. Corne d'ammon turblnée. Caractère. Coquille univalve concamérée , en spire régulière prolongée et articulée ^ s'élargis- sant graduellement vers sa base. Bouche. A. gauche , ronde , point de plis à la columelle. Siphon. Central. Genus. Cornu anunonîs turhlnatunt. Testa i Univalvis concamerata ; spiralis , articulata ; basim. eradatirn gibbosa. Apertura , sinistra , rotunda. ColumeUa , explanata. Diaphragmatis média perforati. ESPÈCES. \°. Corne d'ammon turhinée. Tours de spire chargés perpeii- cliculairement , et vers le haut , d'un rang de forts sillons , deux autres rangs de tubercules vers le bas. Base unie. ( Voy. la pi. Habite la montagne de Sainte-Catherine , près Rouen. — Saru- Linick sur le Dnieper. De ma collection (i). 2-^. Corne d' ammon turbinée. Tours de spire chargés vers le haut d'un rang de tubercules , suivis de forts sillons et de deux autres rangs de tubercules vers le bas. Base sillonnée. Habite le Havre. De ma collection.. 3°- Corne d'ammon turbinée. Tours de sjiire charités de quatre rangs de tubercules disposés en quinconce. Base sillonnée. (i) foyez les cabinets de la Monnaie , celui des mines , et celui du ci(oycn Drée. Ta ^44 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Habite la moiitaqne de Sainte-Catherine, pi-ès Rouen. CoUec- tion du citoyen Faiijas. ( Voy. la pi. lîg. a, ) Charles-Nicolas Lanî; qui , \\i\ des premiers , an commence- ment de ce siècle , publia les corps fossiles de la Suisse et de ses environs, décrit dans cet ouvrai^e , qu'il accompagna de bonnes ligures , trente-deux espèces de turbin'tes } il confondit , Sous cette dénomination , des coquilles fossiles d'espèces diliérentec , et il y plaça notamment deux ammonites ou cornes d'ammoit tiirbinées. Il paroît qu'il n'en possédoit que des frjginens qui , dit-il , sont de coulem- jaunâtre et cendrée , et viennent des montagnes près Bœstein et Luggeren , au comté de Baden. Il les désigna comme turbinites , sous les phrases caractéristiques suivantes : 1". Turbinites stiiatus striis transversis dcnsîoribiis , et ex parte supcriore intubercula abeuntibus a dextra , ad sinistram convolutus major pullus duarum spiramm. Tab. 02 , fig. 6. 2.0. Turbinites striatus striis transversis et in rnedio in dupli- cem papillarum seriem divisis a dextra ad sinistram convolutus major pullus unicae spirae. Tab, Sa , lig. 7. (1) Éourguet , dans ses Mémoires pour servir à l'histoire natu- relle des pétrifications , se contenta , plus de trente ans après , de copier servilement Lang. Il donne , dans sa planche 34 » lig. 23o et aSi , les deux mêmes figiires ; et comme son graveur ne grava même pas au miroir , elles sont mal représentées , et ce qui est à gauche dans l'original , se retrouve à droite chez le copiste 5 à la vérité , il cite l'auteur allemand , mais il les nomme à son tour, et dit que ce sont àesjragmena de cornet» de mer à raies et à tubercules (2). Lang nous- offre donc deux espèces de cornes d'ammon turbi- nées. Sa figure 7 se rapporte à la ligure i''«. de la planche qui est jointe à ce mémoire , et sa figure 6 en présente une autre espèce, dont les tours de spire sont chargés d'un rang de forts sillons vers le haut , et d'un seul rang de tubercules vers le bas^ La base est sillonnée (3). J. -J. Bayer , qui écrivit peu de temps après Lang, et qiii lui dût peut-être la première pensée de son ouvrage sur l'orictogra^ phie du territoire de Nuremberg, a denné, clans sa planche 6^ (1) Vide CiiroU-Nicolai Langy, Ifistnria lapidam figuritonnn Helvetiœ- ejusqac Vlcuiice , pages i 1 1 el ija, édirioii de Venisp, \n-l°. {■2.) y oysT. Mémoires pour servir à l'histoire naturelle des pétrifica' eians , etc. La Hâve , Juan Neaulnc , 1742. in- 4°. (3; ^^o/fiLa" -■ - ■ ET D'HISTOIRE NATURELLE. M^ deux figures de fossiles qu'on peut rapporter à ma corne d'ammon. turbinee.Uwac , ligure 12, qu'il nomme huccinite , a la spire revêtue de protubérances isolées et de forme ovale ; son aspect et le tour de sa volute paroissent appartenir de plus près au fenre nouveau dont il est question, qu'à toute autre. La figure 27 e la même planche 6 est , dit l'auteur , f|ue nous citons , une espèce de nérite. Lorsqu'on l'étudié et qu'on l'examine de près , on voit que c'est un fragment , un tour unique de spire d'une espèce de corne d'aiiunon turbinée ; elle oftre trois rangs de tubercules disposés en quinconce , et donne , comme la première, une espèce distincte et s,é\^a,iée à! ammonite turbinéa. Lafi'gure 13, planche 6, sera donc une cor/ze d'ammon turbinée à spires char- gées d'un rang de protubérances isolées et ovales. Et la figure 27 , même planche , une corne d'ammon turbinée à spires chargées de trois rangs de tubercules. Toutes deux viennent de Winckelcheid , dans les environs de Nuremberg (1). J.-J. Scheuzer écrivit après ces deux auteurs ; allemand comme eux , et compilateur infatigable , il nous donne , à son tour , danâ- sa Physique Sacrée , deux espèces de cO({uiHes fossiles <[iii se rapportent naturellement à {'ammonite ou corne d'ammon tur- binée. Nous consulterons ici la traduction française de cet ou- vrage, qui lut imprimé avec un luxe et une soiuptuosité sans exemple , et la planche 55 , figure 5.f du premier volume , nous présentera un s trombe canelé avec de petites élévations. Il ne diffère en aucune manière de la figure i". de la ])lanche de ce uiéuioire. Sa spire offre un rang de sillons et deux rangs der tubercules. Sa base est seulement ra^'onnée. Mais dans la planche 58 du même volume, figure io3, on voit un fragment d'une espèce bien distincte , bien caraclérisée de la corne d'ammon turbinée. Il est impossible ici de la méconnoître; aussi cet auteur est celui qui s'est rapproché le plus de la vérité y. il ne lui restoit qu'un pas à faire , et si , comme moi ^ il eût eu l'individu entier , il n'eût pas hésité de le placer parmi les am- monites ; l'objet de comparaison lui manquant , il dit formelle- ment que c'est «« /7j JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE turhinée à tours de spire chargées uniquement de sillons per- pendiculaires. Qu'il est donc beau et vaste le cliamp qui se présente à l'œil de l'observateur , lorsqu'il étudie ces corps fossiles qui , autre- fois organisés , sont aujourd'hui disséminés avec tant de profusion dans les couches pressées de la terre ! Tous appartiennent à un autre ordre de choses ; ils sont étrangers au sol (lui les recouvre , et les lits où ils reposent sont recouverts par de nombreuses familles d'êtres organisés qui doivent kur existence à de nou- veaux climats ! Qu'elle est immense cette carrière ! C'est ici que se trouvent ensevelis et confondus , pêle-mêle , et entassés les uns sur les autres , des individus qui furent doués de l'existence. Ils pèsent sur ceux qui les précédèrent ; tous ont rempli le but de l'inépui- sable et féconde nature qui , eu les créant , exigea de chacun d'eux une quantité plus ou moins grande de matière calcaire ; leur vie entière fut consacrée à remplir ce but invariable. C'est ici seulement que nous retrouverons les médailles probantes de l'anticiuité du globe et des révolutions qui déchirèrent ses en- trailles et sillonnèrent sa surface , et toiit nous y prouvera que chaquepoint de sa circonférence subitj tour-à-tour , les influences de tous les climats. En effet , ne A'Oyons-nous pas les restes des animaux , des co- quilles , des bois de la zone torride , hérisser les terres glaciales et les zones tempérées, et l'analogie n'est-elle pas venue éclairer de son flambeau ces débris de la succession de générations sans nombre qui habitèrent cette antique terre , maintenant devenue le partage de l'homme et son domaine? Enfin , tout ne concourt-il pas à prouver, d'une manière irrévocable, ce qu'il fut donné de jjressenlir à ces hommes célèbres , à ces génies immortels qui , devançant le temps où nous vivons , sondèrent la sombre nuit du passé , et firent jaillir quelques rayons de lumière au milieu des ténèljres épaisses de l'entassement des sièc'es? Mais indépendamment des rapprochemens les plus grands , cette étude , vraiment sublime , nous offre , au miU&u d'une foule d'iinalogues que nous connoissons , d'autres corps fossiles qui nous sont encore étrangers , et d'autres , enfin , c[ui, au premier apperçu , se présentent à nos sens sovis des formes fantastiques , et à l'existence desquels l'esprit se refuse souvent de croire. Leur découverte nous offre presqvie toujours les passages qui nous manquent , et en se plaçant naturellement , ils viennent remplir les lacunes qui existent encore dans la série des corps organisés , que nous a t'ait cosinoître l'étude approfondie de l'histoire natu.- ET D'il ISTOI RE NATURELLE. l4y relie. Quelquefois , à la vdrité , ils viennent renverser tantôt une hy|)othèse , tantôt un système ; mais c'est ainsi que, pas -à-pas, cette belle science a fait tant de progrès , et qu'elle est arrivée au point où nous la voyons de nos jours. EXPLICATION DE LA PLANCHE. Figure i""^. Corne d'ammon turbinée dont la spire est chargée vers le haut d'un rang de forts sillons et de deux rangs de tuber- cules ; base unie. On. remarque dans le fust de la spire le perslllage des articu- lations. Figure 2. Corne d'ammon turbinée dont la spire est chargée de quatre rangs de tubercules. Elle présente de même ses sutures. Figure 3. Révolution entière d*un tour de spire vu par dessous ,' et présenté de manière à laisser voir les feuillures persillées de l'intérieur > on y voit le siphon central. Figure 4- Le même tour de spire dessiné perpendiculairement. Comme la figure précédente , c'est un tronçon de la coquille fossile , fig. 1". et en offrant la découpure de l'articulation , ainsi que le siphon , il laisse voir de plus , à découvert , la columelle. Figure 5. Articulation isolée , vue perpendiculairement. Le siphon et les sinuosités de ses jointures y sont indiquées. El î offre la figure d'un coin. Toutes ces figures sont de demi grandeur. l48 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE SUR LE FER NATIF DU PÉROU; Par Proust , professeur de chimie à Madrid (i). Xj'h iSToiRE de sa découverte , faite par Rubin de Célis, est consignée dans les Annales de Chimie , tome 5. l,e hasard m'en ayant procuré quelques petits morceaux qui pouvoieiit peser demi-once en tout , je fus curieux de voir si l'analyse in'aideroit à résoudre le problême du fer natif. Avant de le livrer au pouvoir des dissolvans , je m'arrêterai à considérer ses caractères extérieurs. Le plus remarquable , est de n^ pas se rouiller aussi facilement que le fer forgé. Mes morceaux le sont bien , dans les parties qui appartenolent , selon toute apparence, à la superficie de la jiranue masse ; mais par-tout où le ciseau qui servoit à les détacher ilu bloc a passé , ils conservent une blancheur , une propreté qui étonne , sur-tout si l'on fait attention qu'ils ont traversé les mers , et qu'ils ont été gardés plusieurs années dans du papier , l'enve- loppe la plus faite que l'on connoisse pour faire rouiller le fer. Ces morceaux sont très -ductiles , se forgent à merveille , sont fort doux à la lime , et sont incapables de durcir par la trempe. Placés à côté d'un morceau de fer limé et adouci au même degré, ils sont plus blancs et ressemblent à l'acier recuit et limé. J'en ai fait dissoudre cent grains dans l'acide sulfurique aqueux, et ils ne m'ont produit que 170 pouces d'hydrogène, tandis qu'à même température , et sous même pression atmosphérique , le fer doux me donne assez constamment deux cens pouces. La dissolution s'en fait très-bien. Des parties noires s'en sépa- rent , mais disparoissent sur la fin de la dissolution , en sorte que je n'ai pu en couclure qu'elles fussent de la plombagine. Pour examiner cette dissolution , je commençai par l'essayer à l'eau hépatique ; dans le dessein de voir s'il s'en sépareroit quel- qu'un des métaux qui cèdent l'oxigène à l'hydrogène sulfuré i mais elle n'en fut pas troublée. ( I ) Ces fraemens , extraits du portefeuille du professeur Proust, ont été confiés depuis long-temps à un ami , et ne peuvent donner qu'une foible idée des travaux immenses de ce savant chimiste. Nous ne saurions trop l'engager à publier ses décoBvertes, II ET D'H ISTO IR E NATURELLE. ^49 Il ne me restoit plus qu'à reconnoître si elle ne contiendroit pas quelqu'un des quatre métaux qui ne se laissent point préci- piter par l'eau hépatique , et commençant par la manganèse , je préparai ma dissolution à l'effet d'en vérifier la présence. Je la fis chauffer avec un peu d'acide nitrique , afin d'élever l'ûxide de fer au maximiun de son oxidation. Ensuite je la précipitai neu-à-peu avec le carbonate de potasse , jusqu'au point de voir la lessive sans couleur jaune ; elle fut filtrée et ensuite achevée de précipiter. Alors il se fit un dépôt vert clair , que je ne tardai pas à reconnoître'pour le carbonate de nikel. Il étoit pai-faite- ment pur ; il teignit le borax en couleur d'hyacinthe. Ce préci])ité redissous dans l'acide sulfurique , donne facilement des cubes rhomboïdaux assez volumineux : j'en ai obtenu ainsi environ 5o grains , ce qui indique une quantité assez considérable de nikel dans le fer du Pérou. Si l'on chauffe le carbonate de nikel de cet alliage , ou de telle mine que ce soit, et qu'il soit parfaitement pur , comme j'ai réussi à l'obtenir , il perd l'acide carbonique , noircit , perd en- suite l'oxigène , et reste enfin sur le charbon bien pourvu d« l'état métallique. Il y est infusible , au moins selon mes moyens ; il ressemble assez bien, par la couleur et par le ton spongieux , à de la platine retirée au chalumeau , du muriate ammoniacal de platine. Le nikel est parfaitement attirable à l'aimant , et très-indépen- dant du fer, comme je l'ai constaté par des recherches sur le nikel d'Aragon , que je ferai connoître dans la suite. On peut conclure , je crois , que le nikel allié au fer , dans une certaine proportion , lui communique de la blancheur , diminue sa disposition à la rouille , et n'altère en rien sa ductilité , si même elle n'y ajoute , ce qui mériteroit bien d'être constaté par des expériences directes ; et enfin , qu'il seroit prématuré de juger si ce précieux alliage est l'ouvrage de l'art ou de la nature. Une notice sur ce fer se trouve dans le tome 5 des annales de Chimie. Tome ri. THERMIDOR an 7. »-ïas que d'otïrir ici des passages qui démontrent , ce me seiid^le , que le mercure du sel malin étolt connu. Boyle trouva un peu de mercure coulant dans un mélange de lomb et de sel commun , abandonné depuis du temps dans son aboratoire. Cela me surprit d'autant moins , dit-il , que l'ingré- dient principal étoitle sel marin. De P roduct- prbicîpiorum , p . 55. Ce passage ne démontre-t-il pas que l'existence du mercure dans le sel marin n'étoit pas un fait nouveau pour Boyle? Athanase Kùker dit , page 016 d'un de ses traités , dont j'oubliai le titre quand je fis cette note , qu'on retiroit du itiercure du sel marin. De son temps la mercurisation et le système du meicure , principe des métaux , étoient fort en règne. Beccher , Fi/'. Subst. page 3o5 , retira du mercure d'un mélange de sel marin et d'argille. Il dit , page 456 , qu'il étoit assuré que le mercure pouvoit augmenter par le sel marin , et il demande , à ce sujet , combien y a-t-il de sel marin dans une livre de mer- cure ? La question inverse eût été mieux fondée. Senac , dans sa Ch'uiiie , parle aussi du mercure trouvé dans le sel marin. Enfin , ou trouve d'autres traces, de ce mercure du sel marin , dans Tackenius , Clavens , Béguin , dans le Traité de tribus principiis de Glauber , etc. Si quelque voyageur , après avoir lu ceci , prenoît la peine d'ûbservei'sile doublage d'un vaisseau nouvellement mis en mer s'argentolt dans quelques parties , sur-tout lorsqu'il commence à sillonner pour la première fois les mers ; s'il prenoit la peine de suspendi'e dans leurs eaux une plaque d'or, pour en observer les changemens , il pourroit se flatter , peut-être , de fournir à soi^ l ET D'HISTOIRE NATUREL LF. lO-> retour un article de plus à l'histoù-e naturelle du sel marin ? Qui sait si la destruction des doublages, quekjnefois si rapide, et encore si inconnue dans sa cause, ne dépendroit point de l'exis- tence du mercure , plus abondant dans certaines mers que dans d'autres ? SUR LA COMPOSITION .DES HUILES; Par le même. i_iBS expériences de Lavoisier ne nous laissent plus de doute sur la composition des corps gras tirés du règne animal et végétal ; riiydrogèrje concret obéissant à son aiiinité , pour le carbone, s'y unit dans diverses proportions , et adonne naissance aux huiles , en général. Cette combinaison de l'hydrogène et du carbone, que la nature opère sous nos yeux dans les milieux organisés , l'art ne nous oflre pas la moindre espérance de pouvoir l'imiter. On voit dan» les annales de la science les vains efforts de quelques chimistes , pour faire croire qu'ils étoient parvenus à créer de l'huile dans le procédé qui est en usage aujourd'hui pour se procurer l'acide marin oxigéné ; mais en y regardant de plus près , l'illusion a disparu , et l'on a Uni par ne trouver que l'huile des luts gras. La production d'huile que je présente ici n'est point acciden- telle on dépendante de quelque manipulation variable qui échappe à celui-ci en réussissant à l'autre ; elle a constamment lien durant la dissolution des fontes dans l'acide muriatique ou sulfnrique. Toutes les fois qu'on procède à ces dissolutions , il s'en élève un gaz hydrogène huileux , pesant et très-odorant. Son odeur est décidément bitumineuse ou succinée : celui qu'on dégage des fers forgés ne lui ressemble jamais ; Priestley en a bien connu la différence. Il le traite d'a/'r inflammable extrêmement fétide i il remarque que le résidu insoluble des clous de fonte qu'il mit en dissolution avoit la même fétidité que l'air qui en était provenu , de même que la poudre noire qu'il en avoit séparé par une dis- solution plus complète. EnlLn, il répète ailleurs ( tome 4)7 qne l'air inflammable des fontes a une puanteur particulière. Ayant souvent examiné des fontes qu'on employé en Espagne pour les canons de fer, les bombes , les boulets , etc. , j'ai tou- jours reinajFqué q^ue les matras et les ictortes où se faisoit la dis- i56 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE solution , restoient engi-aissés, et que l'eau ne suffisoit point pour les nettoyer ; il faut y employer de l'esprit-de-vin. Ce dissolvant prend alors la même odeur , et blanchit à l'eau comme une disso- lution d'huile essentielle. Les plombagines lavées et sèchécs recèlent également une partie de cette huile, dont on les dépouille en les cliauiïhnt dans une retorte à une chaleur légère. Si on les chanfté à découvert, il leur arrive de s'embraser et de continuer à brider jusqu'à ce que toute cette huile soit détruite. L'esprit-de-vin le leur enlève éga- lement. J'ai fait des dissolutions de 18 onces de fonte noire avec des acides mélangés d'esprit-de-vin , pour voir si par la distillation j'obtiendrois d'assez grandes quantités d'huile ; mais je n'en ai jamais obtenu que des gouttes , parce que l'hydrogène m'a tou- jours paru en emporter la plus grande quantité. Tel est l'hydro- gène qu'on retire de la distillation des huiles ; il est si chargé d'huile , et même devenu si pesant , qu'il se laisse transvaser comme l'acide carbonique. Quoi qu'il en soit , enfin , cette production d'huile accompagne tontes les dissolutions de fonte , et le charbon séparé du fer re- passe , par son uaiion avec l'hydrogène , à l'état de charbon végétal. EXTRAIT D'UNE LETTRE DU PROFESSEUR PICTET DE GENEVE , A J. -C. DELAMÉTHERÏE, Sur la terre siliceuse trouvée dans l' épiderpie de certaines plantes de la famille des joncs. « vous trouverez dans le numéro de notre Bibliothèque Bri' ■» tannique , qui s'imprime , une découverte curieuse faite en » Angleterre. Quelques plantes de la famille des joncs contiennent » dans leur épiderme une assez grande quantité de terre siliceuse , 33 pour que j lorsqu'on les frotte , elles donnent une lumière vive. 3J On savoit déjà que cette terre, sous le nom de tabasheer ^ ?5 existoit dans le bambou ; mais elle est plus abondante dans » ces joncs ». Nous ferons coimoître cette découverte plus en détail. HISTOIRE ET D'HISTOIRE NATURELLE. i.5j HISTOIRE NATURELLE DE LA MONTAGNE DE SAINT-PIERRE DE IMAESTRECHT^ Par B. Fa ujAS Saint - Fond. Troisième livraison. EXTRAIT. ^ETTE livraison contient la description de tortues fossiles trou- vées dans la montagne de Saint-Pierre. LVuzteur rajiporte ce ^ju'ont dit des tortues fossiles les naturalistes. Paul Lamanon avoit décrit celles qui se trouvent à Aix en Provence , dans un mémoire imprimé dans ce journal , tome X\ I , ]iage 468 , sous le titre de JMénioire sur la nature et la position des osseniens trouvés à Aix en Fro vence dans le cœur d'un, rocher. Il pense que ces tortues fossiles sont du nombre de ces animaux dont les analogues vivans n'existent plus. On peut donc les nommer , dit Lamanon , Chelonites aquensis anomites maxime arcuatus. Burtin , %vYv.K-sivi. 120 Septième Mémoii-e sur la matière verte qu'on trouve dans les vases remplis d'eau , lorsqu' ils sont exposés à la lumière, nar Jean Seneeier. i35 Mémoire sur une espèce nouvelle de corne d'ammon , par Denys-Montfort. 141 Sur le fer natif du Pérou, par Proust. 148 Sur la pyrite du Pérou , connue sous le nom de Miroir des Incas , par le même. l5o Sur les oxidations de l'arsenic , par le même. \Si Sur le mercure contenu dans le sel marin , par le même. i53 Sur la composition des huiles , par le même. i5S Lettre de Pictet sur la terre siliceuse, existante dans les joncs. i5(> Histoire naturelle de la montagne de S. Pierre de 3Iaestrecht, par B. Faujas. 157 ^ote de B.-G. Sage , directeur de lapremière école des mines y sur l'argent antimonié du citoyen Haiiy, j5.§ r/ii'r/niifc'r ctn >\y/ii,- ,i:-/Mv, 4^ JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ET D'HISTOIRE NATUPlELLE. FRU CT I D OR an 7. TT'-'^«Œ>VSVrr- SUITE DU RAPPOR T Fait à l'Institut national des sciences et arts , le 29 prairial an 7 , aa nom de la classe des sciences itiathématiques et physiques. Sur la mesure de la méridienne de France , et les résultats qui en ont été déduits pour déterminer les bases du nouveau système métrique. Nous vous avons entretenus assez en détail du travail de la commission pour fixer la vraie longueur du mtttre , hase de tout le système métrique , unité des mesures de longueur. Les mesures de surface et de capacité s'en déduisent trop facilement pour qu'il soit nécessaire de s'y arrêter. Il n'en est pas de même de l'unité de poids : sa détermination dépend d'une foule d'expériences, de considérations , de réductions , plus délicates les unes que les autres ; et ce n'est qu'à force de patience , de soins , d'attention , de dextérité , que le citoyen Lefévre-Gineau , auquel l'Institut a confié ce travail , est parvenu à un degré de précision rare. Sa- chant comliîen les opérations qu'il avoit à faire sont difficiles , il a désiré ( car le vrai mérite , lors même qu'il est universelle- ment reconnu , est toujours modeste , et se défie de ses propres forces ) que la commission lui adjoignît un de ses membres pour vérifier les expériences qu'il avoit déjà faites , et pour assister à celles qu'il se proposoit de faire encore. Il suffira de dire que le citoyen Fabbroni de Florence a été nommé , pour que tout le monde soit convaincu que ces expériences ne pouvoient tomber en de meilleures mains, ni être faites et vérifiées avec plus d'exac-r Tome ri. FRUCTIDOR an 7. Y : 1^2 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE titutle , ou revêtues d'une plus grande autlienticité , ni inspirer plus de confiance. Enfin une cornmissioa spéciale s'est occupée de l'examen de tous les registres d'observations et d'expériences, des réductions et des calculs. Nous pourrions nous étendre sur toutes les particularités de ce beau travail , si la nature d'un rap- port tel que celui-ci pouvoit nous permettre de vous présenter un grand nombre de résultats purement numéri([ues ; mais, obligés comme nous le soiames, d'une part, de nous restreindre , et de l'autre , de vous présenter néanmoins des données qui puissent vous faire connoitre ce qui a été fait , ce qui devoit se faire , et vous mettre en état de juger du degré de confiance que méritent les résultats définitifs ; permettez-nous de vous proposer simplement quelques considérations sur l'esprit général de ces expériences , sur les différens points qu'il s'agit de déterminer , et sur la méthode (|u'il a fallu employer pour fixer avec exacti- tude la véritable unité de poids. Le poids d'un corps exprime la quantité de matière qu'il con- tient ; mais comme tous les corps ne sont pas également df uses , que les uns contiennent , sous le même volume , beaucoup plus de matière que d'autres , on n'auroit qu'une expression vagneet indéterminée , si , à l'idée de quantité de matière , on ne joignoit celle du volume sous lequel elle est contenue ; conséquemment déterminer l'unité de poids, c'est déterminer la quantité de ma- tière qu'un certain corps , qu'on emploie de préférence, contient sous un volume dont on est préalablement convenu , afin de rappeler à cette quantité , et de mesurer par elle , celle que con- tiennent tous les corps quelconques. Or , comme la détermina- tion de ce volume dépend des mesures linéaires , il en résulte que cette question , quelle est l'unité de poids ? tient intimement à celle de la fixation des mesures linéaires , c'est-à-dire, du /ra«?/re/ et ensuite que , pour la résoudre entièrement , il faut , 1°. fixer le volume qu'on emploiera pour terme de comparaison ; i°. f'aiie choix d'un corps propre à le remplir ; 3°. enfin déterminer le poids ou la quantité de matière que ce corps contient sous ce volume. Il peut y avoir de l'arbitraire dans le volume qu'on emploie ; mais les usages de la société demandent qu'on ne prenne pas d'unité trop grande ou trop petite ; et la nature du système mé- trique décimal exige qu'elle soit exprimée par un nombre cubique dont la racine est un sous-multiple décimal du mètre. L'académie des sciences a sagement adopté a millième partie du cube du mètre , ou, ce qui revient au même , le cube du décimètre. Le corps dont on fait choix pour remplir ce volume n'est ET D'HISTOI RE NATURELLE; i63 nullement înclifFérent : personne ne doute qu'il ne doive être fluide ; qu'il ne doive être en état de conserver sa fluidité à une température qu'il soit l'acile d'obtenir par-tout ; qu'il ne faut pas qu'il ait un degré de densité qui rendroit les expériences trop difficiles , ou leurs résultats peu exacts : enfin , et sur-tout , il doit être de nature à pouvoir être retrouvé par-tout dans le même degré de pureté , à se dépouiller facilement de toutes les matière» hétérogènes qid pourroient se combiner chimiquement avec lui , ou s'y mêler mécaniquement , et propre à rendre la comparaison immédiate avec tous les autres corps très-facile. L'eau paroît pos- séder ces qualités dans un degré éminent , ou du moins plus qu'aucun autre corps que nous connoissions ; et distillée elle est toujours également pure. Aussi l'académie des sciences a-t-elle choisi cette eau pour le corps dont la quantité de matière , con- tenue -SOUS le cul)c du décimètre , seroit l'unité de poids. Il n'est point de physicien qui ne sache qu'il faut renoncer à l'idée qui se présente la première et le plus naturellement à l'es- prit, celle de remplir d'eau distillée un cube, dont le côté seroit un décimètre , et de la peser. Le peu d'exactitude d'un pareil procédé est trop évident pour qu'il soit nécessaire de le dévelop- per ; tout le monde sent qu'il faut en revenir à ce principe d'hydrostatique si connu , que le poids d'un fluide contenu sous un certain volume est égal au poids qvie ce volume , pesé d'abord dans l'air , vient a perdre si on le pèse ensuite dans ce fluide. Mais l'expérience par laquelle on confirme ce principe , et qui paroît si simple, si facile, quand on la voitfairedans des cours de physique , devient singulièrement délicate et difficile quand il s'agit de déterminer des quantités absolues. En effet , il faut d'abord connoître , avec une précision rigoureuse, le volume du corps qu'on emploie ; opération très-compliquée : il faut ensuite peser ce corps dans l'air et dans l'eau ; deux opérations qui exi- gent des attentions que la plupart des personnes , même ins- truites , sont bien loin de connoître , et qu'il est rare de savoir apprécier : il faut enfin faire aux résultats de ces expériences les réductions que différentes considérations, comme par exemple celles du poids et de la température de l'air , exigent ; considé- rations qui demandent des expériences , des soins et des calculs. Le résumé général de ce qui a été fait sur chacun de ce* articles donnera des notions exactes et précises de toiite l'opération. Il s'agit d'abord de construire un corps qui soit propre à être f)esé et dans l'air et dans l'eau avec exactitude, et d'en connoître e volume avec la plus grande précision. Comme ce dernier point est d'une extrême importance , la figure du corps , qui seroit par Y % 'itf4 JOURNAi^ pE PHYSIQUE, DE CHIMIE elle-même assez indiftérente , au moins iuscju'à nn certain point, ne l'est ])lus : elle doit être celle du corps auf[iiel il sera le plus facile de donner exactement une lignre régulière ; et on a , comme de raison, choisi le cylisulrc. Le citoyen Fortin , qui a donné dans l'exécution des michines dont nous vous parlerons successivement , de nouvelles preuves de ses talens , a construit en laiton un cylindre c/"É'K.x'(n'oul)lions pas cette circonstance ; car ici , rien de ce (\u\ est même minutieux ne doit élre omis ) dont 'le diamètre égale à-peu-près la hauteur , dont le volume est de plus de onze décimètres cubes (ou d'environ cinq cent soixante pouces ) ; c'est-à-dire qu'il vaut onze l'ois celui qu'il s'agit de déterminer ; circonstance qui mérite d'être remarquée, parce que les conclusions qu'on tire d'expériences laites en graml méritent , dans leur application , plus de confiance que celles qui se trou» veroientdans un cas contraire. Les parois du cyiindie sont sou- tenues intérieurement par une carcasse (]td cnifiêche que ce corps ne change de volume parla pression de l'eau , lorsfju'il s'y trouve plongé ; et il a été fait des expériences pour constater qu'il n'en change ])as. Mais ce cylindre , avec quelque soin qu'il ait été construit , xious dirons même quel que soit le degré de perfection au<|uel le citoyen Fortin l'a amené , n'est point un cylindre parfait, et il ne sauroit l'être dans la rigueur mathématique ; car tel est le sort de l'homme , que sa main ne peut jamais exécuter ce que son génie crée , avec cette ])récision rigoureuse que son imagina- tion attribue à l'objet idéal : mais aussi telles sont ses ressources, que la sagacité de son esprit lui fait saisir des moyens propres à connoître combien ce qu'il a exécuté diffère de la perfection idéale ; et conséf)nemment de ramener à celle-ci ce qui ne peut, physiquement parlant , qu'en différer. Ce sont ces moyens que le citoyen LeiévieGlneau a su mettre habilement en usage , à l'aide d une machine très-ingénieuse du citoyen Fortin , par la- quelle il a pu mesurer de légères diflérences de longueur avec la précision d'un quatre millième de ligne des anciennes mesures , ou d'un dix-sept-centième de milllinètre. En effet , si le corps uisque ce cylindre est creux, il s'ensuit qu'il contient de l'air : on a sagement laissé , au moyen d'un tiibe de laiton qu'on y applique , une communication libre entre l'air intérieur et celui de l'atmosphère , lors même que le cylindre est jilongé dans l'eau. Vous sentirez , dans un moment , qu'elle a été la principale raison de ce procédé. Il faut enfin dés précautions dans les pesées mêrhes , pour être sûr de l'équilibre vrai. Il faut avoir soin que le centre de gravité des masses qui font équilibre , corresponde avec les centres des bassins ; et comme il se pourroit qu'il y eût quelfjue inégalité dans les deux bras de la balance, il faut se servir du même bras , et pour le corps qu'on veut peser , et pour le contre-poids qu'on employé. On cherche donc d'abord l'équilibre entre le corps à peser et une masse quelconque ; on ôte le corps à peser du bassin qui le contenoit , et on lui substitue le contre-poids , qu'on rend égal à la masse équilibrante ; l'égalité de ce contre- poids et du corps à peser est conséquemment déterminée d'une manière sûre , et absolument indépendante de la parfaite égalité des bras de la balance , qu'il est si rare de pouvoir obtenir. Les pesées dans l'air forment la partie la moins difficile de l'opération. Le milieu de cinquante-trois expériences , dont les extrêmes ne diffèrent pas de quarante-cinq millionièmes parties , a donné pour ce poids onze unités , et 7^ (i). Quoique ce cylin- dre ait été pesé dans l'air, ce poids est exactement celui qu'il aurolt étant pesé dans le vide , parce que , d'une part, le contre- poids employé est de la même matière que le cylindre , et par conséquent est , à poids égal , de même volume que la partie solide de ce corps ; et qUe de l'autre l'action de l'air qui soutien- droit le reste du volume apparent de ce cylindre creux , est dé- truite par la communication qu'on a laissée entre l'air intérieur du cylindre et l'atmosphère ; de sorte que , si l'on transportoit dans le vide tout l'appareil d'une balance à laquelle seroient (I) Exactement 1 1 ,4^^0055. iC>^ JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE suspendus , d'un côté le cylindre , de l'autre le contre-poids , ré(juilil)ro f|ui auroit lieu dans l'air n'y seroit pas détruit. 11 est bien plus dillicile (et tous les physiciens en conviendront aisément ) de pesi^r le cylindre dans l'eau que dans l'air ; et ce- j)endant les extrêaics ,de trente-six pesées n'ont varié que de quarante-chiq millièmes parties , tant on a employé de soins et de dexlérilé ; et leur terme moyen a donné , pour Je poids appa- rent du cylindre dans l'eau, à-peu-près deux, cent neuf millièmes parties de l'unité (i). Je dis le poids apparent ; car le poids vr.ii difïère , ])ar plusieurs raisons , de celui que nous venons d'énon- cer : en voici les preuves. Premièrement , l'air soutient le contre-poids , et ne soutient pas le corps plongé dans l'eau : si donc on iransportoit l'appareil dans le vide , ce contre -poids , jierdant son support, se trouveroit trop fort de toute la quantité dont il a été soutenu , c'est-à-dire du poids de l'air sous un volume égal : première réduction. Secondement, ce poids apparent n'exprime pas seulement le poids que le cylindre a dans l'eau ; mais en outre, le poids de. l'air contenu dans le creux du cylindre. Il faut donc retrancher celui-ci pour obtenir le poids du cylindre seul : seconde ré-. duction. Troisièmement , ce poids n'est encore que relatif, tant qu'on ne fait pas attention à l'état dans lequel l'eau se trouve , et qu'où lie détermine pas pour celle-ci un état constant. L'eau , comme tous les corps, se dilate par la chaleur, se condense par le froid } et un même volume d'eau se trouve par-là avoir diflérens poids à difiérentes températures. C'est pourquoi l'académie des sciences a choisi une température constante , celle de la glace fondante : c'est aussi à-peu-près à cette température qu'ont été faites les expériences dont nous Tenons de rendre compte. Mais , quelques soins que se soient donnés les citoyens Lefévris-Gineau et Fabbroni , en entourant le vase qui contenoit l'eau, d'une, crrande quantité de glace pilée , et renouvelant fréquemmentL celle-ci , ils n'ont jamais pu parvenir à faire descendre le ther- momètre centigrade au-dessous de deux dixièmes de degré ; et la température moyenne de l'eau , pendant le cours de leurs expé- riences , a été de 7^. Mais cette règle générale , que les corps se condensent à me- sure que leur temjiérature s'abaisse , n'est vraie qu'autant que ces corps ne changent pas dénature : au moment où ils en chan- (i) Exactement 0,2094190. ET D'HISTOIRE NATURELLE. 169 gent, toute loi de continuité cesse ; et l'on sait que l'eau est bien près d'en changer lorsque le thermomètre est à la j^lace tondante , ou un peu au-dessous de ce point , puiseju'il siiifit d'une légère augmentation de froid pour la l'aire passer de l'état de corps fluide à celui de solide. Mais elle se dilate au moment de sa con- gélation ; et si rien ne se fait par saut , cette dilatation ne com- mence-t-elle pas ayant la con «Relation même? Les expériences d& Deluc paroissoient annoncer qu'elle a lieu dès le cinquième degré, c'est-à-dire que là seroit la limite de la condensation , le point qui sépare la condensation de la dilatation , celui où l'eau est à son maximum de densité. Cet objet étoit trop important pour qu'on ne fît pas les recherches nécessaires pour le déterminer ; et c'est sur-tout sur ce point que l'on doit beaucoup au zèle et aux lumières du citoyen Trafics , qui a profondément discuté tout ce qui y a rapport. En effet , les expériences du citoyen Lefévre-Gineau ont fourni les moyens de parvenir à un résultat précis. Ce physicien, désirant lui-même de connoître ce qui pouvoit avoir lieu sur cette matière , avoit eu l'attention de faire des pesées très-exactes , non-seulement aux environs du point de la glace fondante , mais encore à des températures plus éle- vées : on les a examinées , combinées entr 'elles ; on en a calculé les résultats , et il a été prouvé que le corps plongé dans l'eau est d'autant plus soutenu par ce fluide que celui-ci se refroidit davantage , et cela jusques vers le quatrième degré ; mais que , passé ce terme , il l'est graduellement moins à mesure que la température approche du terme de la glace : d'où il suit que l'eau se condense jusqu'à un certain degré , et se dilate ensuite passé ce terme ; point de physique important qui ne peut plus être sujet au doute ; et c'est ainsi que des expériences bien faites présentent toujours des résultats intéressans , souvent même nou- veaux : mais ce n'est que l'homme de génie qui les entrevoit , que le mathématicien qui peut les saisir avec précision , et ea calculer la valeur. Il y a plus, cette vérité directement constatée par les pesées , c'est-à-dire par les poids successivement plus grands jusqu'à un certain terme , et puis graduellement plus petits , que perd le corps plongé dans l'eau , méritoit d'être con- firmée par l'évaluation immédiate des condensations ou des dila- tations mêmes. Le citoyen Lefévre-Gineau a encore fait , sur ce sujet , des expériences qui seront publiées en détail. Elles sont infiniment précieuses pour notre objet , puisqu'elles nous prou- vent que la nature nous présente un état de l'eau non-seulement constant , mais même unique , celui où elle a un maximum de densité ; d'où il suit que cet état unique seul doit servir d9 Tome ri. FRUCTIDOR an 7. Z IJO JOURNAL DE PHYSIQUE , DE CHIMIE mesure aux autres , qui sont variables. Aussi la commission n'a-t-elle pas hésité à l'employer , et à retrancher encore da poids apparent primitivetnent fixé , , J^^\ ^ parties de l'unité , que le corps perd de plus lorscjue l'eau est à son maximum de den- sité , que lorsqu'elle est à ^z au-dessus de la glace ; et c'est-là une troisième réduction ; réduction nouvelle , importante , et absolument indépendante de la connoissance de la température. Toutes ces réductions donnent pour le vrai poids du cylindre dans l'eau distillée , prise au maximum de sa densité , -y^^ parties de l'unité (i). Tel est le résultat des pesées ; il ne s'agit plus que d'en déduire les conclusions. Si l'on retranche le poids du cylindre pesé dans l'eau , du poids qu'il a étant pesé dans l'air , et qui , comme nous l'avons dit , est le même que celui qu'il auroit eu pesé dans le vide , ou trouvera que ce poids est de onze unités et -^ (2), et c'est-là le poids de l'eau distillée , prise à son maximum de densité , et contenue sous un volume égal à celui du cylindre. Mais quel est ce volume ? Nous vous avons dit ci-dessus qu'il étoit de onze déci- mètres cubes , et ^ (3) ; mais , dans la pesée , le volume a changé , il n'est plus celui que nous venons d'énoncer. En effet, le cylindre avoit ce volume à la température de 17° 5 ; mais il étoit à la température de -^ quand il a été pesé dans l'eau : il a donc éprouvé une contraction , une diminution de volume , à laquelle il faut faire attention , et qiie le résultat de l'expérience sur la dilatation du laiton nous met en état de calculer. D'un autre côté , le volume a acquis une jjetite augmentation , parce qu'une partie du tube auquel on le suspendoit , plongeoit dans 1 eau ; augmentation à laquelle on a eu égard : et ces deux con- sidérations 0)1,1 réduit le volume primitif à onze décimètres cubes et ^h (4) > ^'^ c'est là le volume d'eau qui pèse onze unités et ^ ; d'où il est aisé de conclure qu'un seul décimètre cube d'eau , réduite à son maximum de densité , pèse 999 millièmes parties de l'unité (5) ; poids qui constitue ce qu'on nomme , dans le nouveau système métrique , le kilogramme ; kilogramme vrai , et qui se trouve déterminé par une suite d'expériences , de cal- (1) Exactement o. ig53a68. Ï2) Exactement 11.2706787. 3) Exactement ii.2gooo55. (4) EKacteraent 11.2796203. (5) ExacVeiueut 0;9992072. ET D'HISTO IRE NATURELLE. 171 culs et de réductions , auxquels on ne se seroit peut-être pas attendu au premier aljord. Mais quel est le rapport de ce poids arbitraire , que nous avons nommé unité , aux anciens poids ? C'est une dernière ques- tion qu'il s'agit de résoudre. On s'est se -vi Ir c^; corps précieux, et resnectable même par son antiquité , (ju'i)u iiomaiG {a. pile de Charlemagne , et dont le poids est de cinquante marcs. Le citoyen Lefevre - Gineau a pesé itérativement , et avec le plus grand soin , ces cinquante marcs , c'est-à-dire cette pile entière, et il a trouvé qu^eile est égale à douze unités et r^ii^(i); d'où, il résulte que chaque unité est ég de au poids de 18^42 (2) grains poids de marc ; et que le vrai kilogramme , le poids d'un déci- mètre cube d'eau distillée, prise à son maximum de densité , et pesée dans le vide , ou l'unité de poids , est de 18827 grains, ou de 2 livres 5 gros 35 grains (3). Si U pile dite de Charlemagne avoit été faite avec une préci- sion rigoureuse, le marc unique creux et le marc plein, qui ea font parties, seroient égaux entr'eux, et chacun d'eux seroit égal à la cinquantième partie de la pile entière. Mais quoique cette pile ait été faite avec soin, et avec une exactitude à laquelle on ne s'attendroit peut-être pas dans un monument de ce genre du quatorzième siècle , où l'on prétend que ce poids a été fait , ou renouvelé , le marc creux et le marc plein diffèrent, et entr'eux, et de la cinquantième partie du total , d'une quantité , petite à la vérité , inais néanmoins réelle et sensible (4) Le marc que le célèbre Tillet a employé en 1767 , dans le grand travail qu'il fit alors , pour 1 1 comparaison des poids employés dans plusieurs parties de la France et dans d'autres pays , ( marc que la commis- (1) Exactement 12.2279475. (2) Exaciemtnt 1^842.088. (3) Exactement 18827, i5 gr. Comme les physiciens se sont beaacoup oc- cupés de fixer le pnids d'an pied cube d'eau distillée, nous ajouterons que , d'^iprès ces expériences , le pied cube d'eau distillée , prise à son maximum de dens té , est de 70 liv. 2i3 grains; qu'il pèse 70 liv. i4i grains, si on prend T'eau à la température de ^i ^^ degré , et qu'il seroit de 70 liv. i3o grains , si on prenoit l'eau à la glace fondante- (4) Le marc , supposé la cinquantième partie de la pile entière, a été trouvé de 0.2445589 unité. Le marc creux 0244^127 plein 0.2444^7^ Ainsi les différences sont , entre le marc pris de la pile entière et le marc Weux , de 0.87 grains: entre le même et le marc plein, de 1.72 grains ; entre la marc creux et le marc plein ) de o.85 grains. z % 17^^ JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE sion a eu occasion de vérifier , puistpe l'un de ses membres , le citoyen Brisson , en possède un qui lui a été fourni par Tillet même) , esL encore différent de ceux dont nous venons de parler. Les marcs employés dans le commerce se trouveront donc dif- férer entr'eux , selon les étalons d'après lesquels ils auront été faits ; différences qui en prouvant, d'un côté, que jusqu'à ce jour on n'a pas eu de poids uniformes , et qu'il eàt temps de re- médier à un inconvénient aussi grave , fait voir de l'autre, que dans l'évaluation qu'elle fait du kilogramme en poids anciens , la coiumission doit s'en tenir au marc moyen de la pile de Charlemagne. C'est aussi à ce marc moyen qu'on a comparé le kiloo'-amme provisoire , qui avoit été fixé , d'après les expériences des citoyers Lavoisier et Haiiy , à 18841 gra'iis. Tel est le précis des expériences qui ont été faites pour les déterminations de l'unité de poids , seconde base essentielle du système métriqtie. Dignes émules des citoyens Méchain et Uelami)re , les citoyens Lefévre-Gineau et Fabbroni ont contri- bué avec epx , comme à l'envi , clinciin dans la partie qui lui a été coiiliée , à la perfection d'un système métrique , attendu de- Î)uis long-tenîps avec impatience par tous ceux qui attachent de 'importance au bien-être de la société , à la facilité des opéra- tions de commerce , à leur intéf^rlté , et à tout ce qui peut con- tribuer à en bannir les fraudes, les voies obli(|ues , et ces ma- noeuvres si fréquentes , mais non moins condamnables , fondées unitpiement sur les différences réelles qu'il y a entre des mesures qui portent le même nom , et que néanmoins on fait tacitement passer pour égales ; différences sur lesquelles la plupart des hommes ne sont , ni ne peuvent être instruits. Il nous reste à vous présenter les étalons que la commission des poids a fait faire , et à vous proposer quelques réflexions intéressantes sur ce sujet. Commençons par l'étalon dvi mètre. Nous avons dit ({ue le mètre , la dix -millionième partie du quart du méridien , est de 44^ !• r^ t'e la toise du Pérou. Une ligne mathématique qui auroit cette longueur , seroit donc le mètre , uti mètre mathématique , idéal , et à l'abri de toute va- riation. Mais il s'agit d'un étalon, c'est-à-dire d'un mètre , si je ptils m'exprimer ainsi, matériel , physique , ipii représente le mètre idéal dont nous venons de ]jaj'ler L.a loi du 10 eerminal an 3 fixe la matière dont ce mètre étalon doit êtie fait. « Ce jy sera , dit l'article II , une règle de platine sur laquelle sera « tracé le mètre : ret étalon sera exécuté avec la plus grande » précision , d'après les expériences et les observations des com- ET D'HISTOIRE NATURELLE. 17«' » missaîres cliareés de sa détermination , et il sera déposa près T> du corps législatif , ainsi que le procès-verbal des opérations >> qui auront servi à le déterminer ». Et l'article III nomme cet étalon , l'étalon prototype. La commission a donc emj^loyé la platine , conformément à la loi ; mais ce métal , comme tous les autres corps , éprouve des variations de longueur , par celles de température; ainsi un mètre fait de platine ne sauroit avoir dans tous les temps la longueur du mètre idéal , comme aussi des mètres faits de différens métaux ne sauroient être égaux entr'eux à toutes les températures : il n'en est qu'une à laquelle ils le sont, et peuvent l'être. Ces différences tiennent à la nature même des choses, et sont hors de la puissance de l'homme ; ce qui lui reste, c'est la facidté de tout réduire à un terme constant et invariable. Ce terme dépend ici du degré de température qu'on choisira , pour donner exactement au mètre de platine la longiieiir de la dix-millionième du quart du méridien terrestre déterminée ci- dcssus, et au degré de température auquel tous les mètres , de quelque matière qu'ils soient faits , seront exactement égaux entr'eux et à celui-ci. La commission, en suivant l'esprit du sys- tème métrique proposé par l'académie et adopté par la loi , a choisi la température de la glace fondante , ou ce que nous nom- mons le zéro de nos thermomètres ; température constante. C'est donc à cette température que l'étalon de platine a été rendu égal ^ 443 1. v^ ^'^ 1^ toise du Pérou , cette toise étant supposée à 16" ^ , comme il a été dit ci-dessus Nous présentons à l'institut , au nom de la classe des sciences mathématiques et physiques , le mètre en plitlne destiné à être offert au corps législatif , et à y rester en dépôt. 11 a été fait, comme tous les autres, par l'excellent artiste Lenoir, sous la direction des membres de la commission qui ont été nommés pour suivre cet objet ; et il a été vérifié avec le plus grand soin et avec des précautions qui seront constatées par un procès-verbal. Cet étalon sera , sans doute , conservé avec le même soin , je dirois volontiers , avec ce même respect religieux , avec lequel on a conservé Xz. pile de Charlemagne pendant cincj siècles, au bout desquels ce précieux monument se trouve n'avoir pas subi de changement IVLiis , par sa nature même , cet étalon de platine ne doit servir que dans les cas, extrêmement rares, où il s'agi- roit de l'aire des vérifications très importantes; il ne sauroit sei-vir aux étalonages ordinaires , et ne doit absolument pas êtie em- , ployé. Aussi la commission a-t-elle fait faire , avec le même soin et avec les mêmes précautions , des mètres de fer exacte- xuent égaux ewtr'eux , et , à la température de la glace fondante , 174 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE à Cihxi de platine dont nous venons de parler. Nous en présentons quel(pies-uns h l'înslitut : ils devront servir à et^loner les mèrres deslinés avis iisages de la société , et ils portent aux deux extré- mités des saillies en laiton i)Our les préserver de toute usure. Mais puisiiii'avicun métal ne conserve constamment la niâîue lonaueur , et (lue diflërens métaux éprouvent des changemens difiéiens ])ar les mêmes variations de température, il convien- droit de faire ces étalonages au dixième ou au quinzième degré du tlieruiomètre centigrade , puisqu'alors une variation da dix degrés dans la température , variation qui prodviit , ou le froid a-peu-près glacial , ou un assez grand degré de chaleur , ne feroit différer en tr'eux des mètres , faits de diitérens métaux, que de 7^ de niillimètre , s'ils sont , l'un de fer , et l'autre de platine ; et de -~ de millimètre , s'ils sont de laiton et de fer : à «luoi nous croyons devoir ajouter que le mètre provisoire , qui a été fait en laiton , a été déterminé pour la température de 10 du thermomètre centigrade. Nous présentons aussi les étalons des poifls : d'abord , un ki- logramme de platine destiné pour le corps législatif, et pour y être conservé avec les attentions les plusscrupuleiises, sans qu'on en fasse jamais d'usage que pour les cas rares d'une grande im- portance ; ensuite jilusleurs kilogrammes de laiton faits avec la même exactitude , égaux entr'eux , et qui sont destinés aux «saees civils et aux étalonaçes ordinaires. Tous ces kilogrammes ont ete faits par le citoyen f-ortin. Quoique ces deux kilogrammes , celui de platine et celui de laiton , soient l'un et l'autre des kilogrammes vrais , ils n'ont {)as le même poids étant pesés à l'air , et ne doivent pas l'avoir : e kilogramme de laiton est le seul qu'il faille employer pour les pesées dans l'air. C'est un paradoxe que nous devons nécessai- rement vous expliquer : il tient uniquement à la différence des métaux , et l'explication sera aussi courte que simple. Qu'est-ce qu'une masse de métal qu'on nomme kilogramme ? C'est le représentatif d'une masse d'eau , prise à son maximum de condensation , contenue dans le cube du décimètre , et pesé dans le vide. Nos deux kilogrammes de platine et de laiton , Ces deux représentatifs d'une même masse d'eau , doivent donc avoir le poids dans le vide : mais par là même ils ne peuvent être égaux en poids que là , et doivent être inégaux dans l'air. Figurons-nous , en effet , qu'ils soient suspendus dans un réci- pient , mais dans l'air, à la balance la plus exacte et la plus mobile , et qu'ils soient dans un équilibre parfait : nous aurons, 4'»n côté , vàL "volume , cekii de laiton , d'un peu plus de I ET D'HISTOIRE NATURELLE. 175 6Îx pouces cubiques ; et de l'autre , un volume , celui de platine, de deux pouces -^ seulement : c'est l'image d'une exiiérience de physique que tout le monde connoît. Supposons qu'on lasse le vide dans ce récipient , c'est-à-dire , qu'on en fasse sortir l'air qui soutenoit les corps à raison de leur volume ; qu'arrivera-t-il ? le kilogramme de laiton , perdant deux lois et demie plus de support que celui de platine , prévaudra ; il se trouvera avoir plus de poids 5 et cet excès sera le poids de trois pouces et -^ d'air qui formoient l'excès du support pour le laiton au-dessus de de celui pour le ]ilatine ; et conséquemment il sera de 1 gr. -, Au contraire , si le kilogramme de platine avoit été à l'air plus pesant de 1 gr. f , ou de 88 milligrammes et -^ , le kilogramme de laiton devenant dans le vide plus pesant de cette quantité , l'équilibre auroit été rétabli ; et les deux masses auroient dans le vide le même poids , celui de la masse d'eau dont ils sont les représentatifs , et qui , connue nous l'avons dit ci-dess\is , est exprimé dans le vide , comme dans l'air, par le contrepoids de laiton qu'on a employé dans le cotirs des expériences. Nous avons cru devoir faire cette observation , simple , à la vérité , mais d'un genre assez délicat pour expliquer par quelles raisons deux corps de différente densité , représentatiis l'un et l'autre d'une même masse d'eau , ou du kilogramme vrai , doivent né- cessairement être inégaux en poids quand on les pèse à l'air , et pourquoi, j^uisque c'est dans ce fluide que nous faisons toutes nos pesées , la masse de laiton est la sevde f|u'on doit emjiloyer pour les étalonages et pour représenter le kilogramme primitif. Tels sont donc les étalons vrais des deux unités dans le nou- veau système métrique , celui de l'unité de longueur, et celui de l'unité de poids ; ils seront sans doute consei'vés avec le plus grand soin. Mais tel est encore l'avantage du nouveau système métrique , avantage non accidentel , mais qui lui est vraiment essentiel , parce que son essence est d'employer des types de mesures pris dans la nature : c'est que , quand même tous les étalons viendroient à être détruits , anéantis , de sorte qu'd ne restât de tout le système d'autre trace que le seul souvenir , que» l'une des deux unités est la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre , et l'autre , la masse d'eau prise à son maximum de densité , et contenue dans le cube de la dixième partie de la première unité , on pourroit encore retrouver parfaitement leur valeur primitive. Il est aisé de sentir que , pour recouvrer celle des poids , il n'y auroit qu'à répéter les expériences du citoyen Lefévre-Gineau , et qu'à y mettre les mêmes soins et la même dextérité qu'il a employés ; expériences pénibles , il est vrai, mais 176 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMiÉ qu'on peut faire dans tous les temps et par-tout sans se déplacer.' Il ne s'agirolt donc que de rétablir le mètre ; et il ne seroit pas nécessaire pour cela de répéter une opération aussi difficile, aussi délicate , que celle que les citoyens Méchain et DcLualjre viennent de terminer. Il sviIHroit d'exprimer dès-à-présent en parties du mètre la longueur du pendule simple , qui bat les se» condes dans un lieu déterminé , et de donner aux ex|)érienGes qui serviroient à fixer cette longueur un degré d'exactitude qui ne laissât rien à désirer. La longueur du pendule deviendroit par là une unité secondaire inliniment précieuse à tous égards; unité encore puisée dans la nature , et dont aucune cause des- tructive quelconque ne sauroit altérer la longueur. Aussi l'aca- démie des sciences avoit-elle ])arfaitement saisi cette idée ; et un de ses premiers soins , en méditant sur le système métrique , a été de nommer des commissaires pour f'aii'e des expériences sur la longueur du pendule : elles ont été faites à l'observatoire na- tional par les citoyens Borda , Méchain ot Cassini avec un appa- reil digne du génie de ceux qui l'ont imaginé , et à l'exactitude duquel il seroit difficile, pour ne pas dire impossible , de rien ajouter. C'est encore le citoyen Lenoir qui l'a exécuté. Borda a décrit ces expériences dans un mémoire dont il a présenté une copie à la commission , et qui sera imprimé. Nous nous conten- terons de dire que par un milieu de vingt expériences , toutes faites avec une précision singulière , puisque ce milieu ne s'écarte pas d'uncent'-millième des extrêmes, et discutées avec cette saga- cité rare qui caractérisoit d'une manière si distinguée le citoyen Borda , dont nous pleurons encore amèrement la perte , cette longueur du pendule simple qui bat les secondes a Paris a été trouvée de .VoWo'o'o du module , supposé à la glace fondante : d'où il est aisé de conclure que cette longueur est de— ^ ''^'^ du i .Il 10000000 ^^'^ jnetre. Il sera donc toujours facde de retrouver le mètre en dé- terminant à Paris la longueur du pendule siniple ; il seroit même très-avantageux, pour le perfectionnement des sciences physi- ques , que la longueur fût déterminée avec la plus grande exac- titude pour plusieurs endroits , et principalement au bord de la mer , sous la latitude du quarante-cinquième degré. Jj'acadé^nie des sciences, qui sentoit toute l'importance dont cette expérience pouvoit être , l'avoit proposée comme devant couronner cette grande opération , et lui servir de complément : espérons qu'elle pourra être exécutée sous peu, comme elle mérite de l'être. Tel est , citoyens, le résumé général de ce qui a été fait pour la détermination des bases du système métrique , et des conclusions les plus générales déduites d'une opération qui fera époque dans l'histoir© ET D'HISTOIRE NATURELLE. i-77 l'histoire des sciences. La commission des poids et mesures a fait tous ses efforts pour remplir la tâche qui lui avoit été pres- crite, d'une manière qui pût mériter votre approbation , comme elle a obtenu celle de la classe des sciences physiques et mathé- matiques. Il ne nous l'este qu'à former des vœux j)our que c© beau système métrique s'établisse dans la République française entière avec toute ta célérité que son bien-être , la nature de» choses et la prudence pourront permettre ; qu'il soit adopté par tous les peuples de la terre; et qu'il serve à faciliter leurs liaisons commerciales , à en assurer l'intégrité , et à resserrer cntr'eux les nœuds fraternels qui devroient les unir. Puisse une paix , aussi glorieuse qu'elle est ardemment désirée , hâter le moment de cette union , et assurer à l'Europe entière un état heureux, et tranquille ! MEMOIRE Sur la matière de la chaleur , considérée , d'après des expériences chimiques , comme la cause de l'elFet lumineux. Lu à l'Institut national , il y a à-peu-près un an , et dans plusieurs sociétés savantes , par Di zi. On connoît, depuis long-temps, en physique et en chimie, la. propriété qu'ont certaines substances de produire de la chaleur et de la lumière , mais , le plus souvent , de la chaleur sans lumière. Les phénomènes singuliers de la phosphorescence de la chaux, quelques momens après sa cuisson , It-s phosphores animaux , végétaux et minéraux avoient déjà enrichi la masse de nos con-> noissances , lorsqu'en 1782 Pelletier confirma, d'après Mayer , que la chaux mise en certaine quantité avec l'eau , donnoit une violente chaleur, accompagnée de lumière, dans les ténèbres. Les opinions sur la cause de cet effet lumineux , dans l'extinc- tion de la chaux, sont encore partagées. Les uns pensent, avec Mayer , fîouelle , Darcet , Lamétherie , que l'acide carbo- nique est remplacé, dans la calcination du carbonate calcaire, par la matière de la chaleur qui s'y combine en certaine quantité, Tome ri. FRUCTIDOPv an 7. A a ï?^ JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE iCt forme avec cette terre un nouvel être doué des jiropriétés par» ticnlières qu'on lui connoît. D'autres , au contraire , assurent que la chaux est une matière simple , isolée de toute couiljinaison , et qu'elle ne doit sa caus- ticité , sa solubilité dans l'eau , qu'à cet état de simplicité , d'iso- lement , qui la rend avide de combinaison avec les corps soumis aux lois de son attraction. Mon but , dans ce mémoire , n'est pas de discuter ce point de théorie : je me borne sinvplcmeiit à rap]3cler l'état de la question (\\n divise les chimistes et les ])hysiclcns célèbres sur les qualités Je cette substance ; sous d'autres rapports , j'ose me llatter d'en tirer des résultats nouveaux , dignes d'occuper l'attention de l'institut national. Il y a queiqiies années , j'étois occupé h perfectionner le pro- cédé de la décomposition du sulfate de soude, dont j'ai coopéré il élever une manixfactnre près Paris. Les expériences que mes idées me suggérèrent dans ce travail , me donnèrent des résultats nouveaux sur les propriétés du calorique et de ses effets. A cette époque les divers sentimens des philosophes, des phy- siciens anciens et modernes , sur la nature de la chaleiir , du feu et de la lumière , ne présentoient à mon esprit qu'un résumé incertain , sans cesse contrebalancé par les systèmes plus on moins prépondérans des savans qui les avoient fait connoître. Je résolus de fixer mes idées sur ce sujet , et de les fonder sur mes ' propres expériences. Mais afin de mettre de l'ordre dans mes recherches , et de les classer , je me posai les questions suivantes : 1°. Le calori(|ue combiné ou isolé , diffère-t-il de la matière tlu feu et de la lumière f Dans le cas où il en difîéreroit , avant de statuer sur cette question , il est nécessaire de dire qne l'opinion des physiciens et des chimistes est si divisée sur la nature de eus êtres qui jouent un si grand rôle dans la physique et la chimie , que chacun les explique comme il les conçoit. Dans le cas où le caloi'ique ne différeroit pas de la matière du feu et de la lumière , comment déterminer leur identité, tandis qu'ils se présentent sans cesse sous trois états différens et avec des variations midtipliées. Mes recherches tendant à expliquer l'homogénéité de ces trois matières , que leur manière d'être nous a lait considérer sous trois rajjpcrts différens , je dois , avant d'entrer dans le détail ♦le mes expériences et des conclusions que j'en ai tirées , rappeler ET D'HISTOIRE NATUREL LE; 1/9 ici les principales opinions des physiciens anciens et modernes , pour pouvoir les comparer avec les résultats de mes essais. Exposé succinct des dlfferens systèmes sur la nature de la chaleur , du Jeu et de la lumière. Les hommes savansont, dans leurs diltërens idiomes , exprimé par le mot chaleur cette sensation que nous éprouvons sur l'or- gane de la peau , à l'approche ou par le contact d'un corps quelconque, doué d'une température supérieure à celle qui nous péiiètre dans ce moment : par le mot feu , ce degré de chaleur élevé qui , dans ses différens états de force , produit quelquefois de la lumière , et dont l'incandescence irrite , altère et détruit les corps organisés. Par le mot lumière , cet effet produit parle feu ou par toute autre cause qui peint dans la rétine tous les objets fi-appés par ses rayons lumineux , soit directement , soit par réflexion. Dans l'antiquité , chaque école avoit son système sur la nature de la chaleur , du feu et de la lumière. Les recherches sur la nature du feu et de la lumière paroissent Sur-tout avoir fixé l'attention des physiciens de ce temps. Dans la Grèce , l'école d'Epicure soutenoit que la lumière ëtoit une émanation continuelle des corps lumineux qui lancent au loin une partie de leur sulsstance. Descartes , dans les Principes de sa Philosophie , J^^. partie , art. 29 , paroît croire que le feu n'est que le résultat du mouve- ment et de l'arrangement : que toute matière réduite en matière subtile par le frottement , peut devenir ce corps_/ê« , et que cette matière subtile , qu'il appelle le premier élément , est le feu même. Descartes , dans sa Dioptrique , dans ses Lettres , assure que la lumière , qu'il appelle son second élément , est un com- posé de petites boules qui ont une tendance au tournoiement. Postérieurement , Newton a embrassé l'opinion de l'école d'Epicure. Euler , et beaucoup d'autres , ont pensé que le fluide lumineux est répandu dans tout l'espace , que les corps lumineux ébranlent ce fluide comme les corps sonores ébranlent l'air. Bacon , et ensuite Boerhaave , furent les premiers qui doutè- rent que le feu fût un fluide particulier , qui estimèrent que sa propriété ne pouvoit pas être prise pour le corps , et que le féa n'étoit autre chose que la lumière. Macquer croyait que la chaleur n'étoit qu'une modification du Aa, % ïSo JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE corps , due au mouvement et à la collision de leurs molécules /■ et que le feu n'ëtoit autre chose que la lumière. Des chimistes modernes ont pensé que le fluide lumineux étoit élémentaire ; quelques-uns l'ont confondu avec le feu , d'avitres l'ont cru composé du principe inllammahle et de la chaleur com- binée ou latente. Malgré la sagacité et la beauté des diverses opinions c|ue je Tiens de citer, ne seroit-il pas jienuis d'avoir quelques doutes sur leur solidité, lorsque des nouveaux phénomènes, présentés par l'expérience, semblent les indiquer? Les idées sublimes que ces grands hommes ont transmises aux générations cpii leur ont suc- cédé , étoient souvent plutôt le fruit d'un génie exalté et soutoiui par l'esprit de secte , que le résultat des expériences conduites avec cet ordre et avec cette précision faits pour parler à l'esprit , pour le diriger et pour en arrêter les écarts. Les progrès rapides de nos connoissances physiques actuelles sont au contraire le résultat de 'la science de l'analyse devant ]a(|uelle les théories brillantes disparoîtront toujours. Les faits de l'expérience résistent aux siècles ; ils parlent dans tous les temps à noj sens ; et si la fougue de quelque génie transcendant en- traîne pendant quelque temps les esprits , l'analyse exacte les ramène à cette buse première, qui peut seule les conduire à la Térité. C'est en suivant cette marche simple , transmise au monde .savant par les chimistes français, que Lavoisier et ses contem- • porains sont parvenus à consacrer quelques vérités fondamen- tales sur la nature de la chaleur , du feu et de la lumière. Ainsi, avijourd'hui, on s'accorde aies considérer, par rapport aux moyens analytiques que nous possédons , comme des êtres simples , comme des corps fluides , lorsqu'ils sont libres. La cha- leur , proprement dite , est regardée sous deiix états , libre et '■combinée : lorsqu'elle est combinée ou latente , on la nomme calorique ; lorsqu'elle est libre, on se borne à l'appeler chaleur. Les expériences qu'on a faites pour prouver cette distinction , sont nombreuses et sans replitpre : nos connoissances sur la na- ture du feu et de la lumière ne sont pas aussi avancées ; les opi- nions , quoifjue tendant à se rapprocher , ne nous présentent pas des résultats décisifs. Le feu et la lumière sont encore considérés , par des savans , comme élémens absolument distincts. D'autres levir font subir des modifications aussi multipliées que leur manière de voir : enfin Lavoisier pense que le feu et la lumière ne son q ue la chaleur inodi£ée : mais des expérieuces déusires u'aynt pas encore KT D'HISTOIRE NATURELLE. i8i iécarté tout doute à cet égard , je suis parti de ce point pour di- riger les essais que je vais décrire, ainsi que les conclusions que j'ai cru pouvoir en tirer. FAITS. PREMIÈRE EXPÉRIENCE. J'ai pris un myriagramme de chaux nouvellement préparée , après l'avoir tenue pendant un qiiart d'heure à une chaleur ca- pable de la faire rougir , pour lui enlever le peu d'acide carbo- nique qu'elle auroit pu absorber pendant le transport ; Je la fis éteindre en la mouillant peu-à-peu avec de l'eau. Le vase qui la contenoit étant placé dans l'obscurité, j'étois en état de pouvoir observer le phénomène de l'apparition de la lumière. Dès l'ins- tant que le calorique se dégagea , à-la-fois , dans toute la masse , je vis des points lumineux et phosphorescens. Cette expérience, que j'ai repétée pour m'en confirmer le résultat, ne m'en a pas donné de constant. Je dois prévenir ceux qui seroient dans le cas de la répéter , que sa réussite dépend de la qualité de la chaux , de son degré de cuisson , et de la précaution de ménager son extinction, de manière à augmenter graduellement ,*et avec rapidité, le dégagement du calorique , jusqu'au point où la lu- mière paroît ; car , si l'abondance d'eau absorboit le calorique à mesure qu'il devient libre , la lumière ne seroit pas produite : l'usage , d'ailleurs , apprend facilement à la faire paroître. Il m'est arrivé bien des fois de répéter cette expérience avec des qualités de chaux , dont l'émission du calorique étoit si vio- lente , que les matières combustibles répandues à dessein à la surface, se sont charbonnées et ont quelquefois. pris feu. DEUXIÈME EXPÉRIENCE. Convaincu par mes propres essais des faits énoncés , je voulus m'assurer si la chaux , en passant dans une combinaison qui changeroit son état , donneroit du calorique accompagné de lumière. Je m'assurai , i". de la qualité de la chaux , après l'avoir fait rougir , comme je l'ai dit plus haut ; elle fut soumise aux combi- naisons suivantes : On mit dix parties de cliaux en poudre dans quatre vases de verre de forme conique : ils furent placés par ordre dans un lieu obscur. Je versai peu-à-peu , dans le premier vase , six parties tl'acide suliurique a 3o degrés de densité. La combinaisoa se fit l82 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE avec vivacité et avec un dégagement de calorique tel que le vase fut brisé ; mais je ne vis pas de lumière. Les acides nitrique , muriatique , acéteux , alfoiblis , versés chacun sur la chaux de trois autres vases , n'euVent pas un meilleur succès pour l'effet lumineux. Ayant examiné au jour l'état de la matière dans les vases , je trouvai leur surface couverte de chaux qui avoit été soulevée et lancée parla violence du caloritjue. Je soupçonnai qu'au moment de cette combinaison la chaux , étant élevée avec force , avoit produit un nuage assez épais pour me dérober les points lunii- neux qui auroieiit pu paroître. D'un autre côté , que la quantité d'eau qui affoiblissoit mes acides , avoit dû aljsorber le calorique , lui servir de conducteur en se combinant avec elle. La reprise de mes expériences , de la manière suivante , con- firma mes soupçons. Des vases nouveaux ayant été disposés comme les précédens , Je répartis dans chacun d'eux la même quantité de cliaux, non en poudre , mais seulement divisée par parties du poids à-peu- près de 3 grammes. * TROISIÈME EXPÉRIENCE. Je versai dans le premier de l'acide sulfurique pur et concentré à 63 degrés , en observant les mêmes précautions que dans l'autre expérience. Les phénomènes furent cette fois bien dlfférens ; il n'y eut pas de chaux volatilisée , le calorique considérable qui se manifesta , brisa le vase , et la lumiève fut très-visible. Pendant cette combinaison, le caloriqvie qui se dégagea, s'em- para d'une portion d'acide sulfurique et le réduisit en vapeurs blanches , très-denses , dont le volume remplit bientôt mon la- boratoire, et m'obligea de le quitter sur-le-champ. Les acides nitrique et muriatique dégagèrent aussi de la hi- mière , mais moins considérable ; l'acide acéteux concentré à la glace donna une lumière très-foible et proportionnée à sa concen- tration (i). §. I I I. Frappé du résultat que je venois d'obtenir , je voulus m'assurer (i) La lumidre n'est pas toujours dégagée avec l'acide acéteux : mais avec les acides minéraux concentrés ^ elle réuisit constamment , lorsque la chaux est de bonne qualité. ET D'HISTOIRE NATURELLE. l83 si les acides que j'avois employés se décomposoient dans cet essaî , et si la lumière obtenue étoitun produit de leur décomposition. QUATRIÈME EXP É. R I E N C E. J'introduisis ensuite dix parties de chaux dans une cornue de verre , tubulée et adaptée à une allonge recourbée qui étoit reçue dans un flacon à deux goulots, et ce dernier communiquoit à un appareil pneumato-cliimique ; le tout étant bien disposé et luté , la même dose d'acj.do suU'urique concentré y fut ajoutée en plu- sieurs parties , et aussi prestement qu'il fut possible. La combi- naison terminée , on n'eiit pour produit que l'air des vaisseaux , et pas un vestige de gaz acide sulfureux. Le flacon intermédiaire contcnoit de l'acide sulfnrique évaporé , par l'action du calorique dégagé ; les acides nitrique, muriatique et acéteux , se compor- tèrent de même. On peut conclure de ces faits, que la lumière qui se dégage dans la combinaison de ces acides avec la chaux, ne peut être l'effet de leur décomposition , puisqu'il n'a pas été produit de gaz sulfureux et nitreux , et que leurs parties constituantes sont restées en équi- libre. On ne peut nécessairement l'attribuer qu'à l'effet du calo- rique ou chaleur latente de ces corps , rendue libre lorsqu'une attraction plus puissante rompt celle qui la combinoit avec eux. §. I V. La chaux n'est pas la seule matière dont on puisse retirer du calorique et de la lumière par la simple combinaison. Tout le monde connoit la manière de préparer la potasse caus- tique avec la chaux : on sait qu'aussitôt que le point de contact a lieu entre ces deux substances, il se fait un déplacement de l'acide carboniqiie de la potasse en faveur de la chaux, qui re- devient carbonate calcaire ou craie ; selon l'ancienne doctrine ^ la potasse absorbe le calorique que perd la chaux et lui donne le caractère caustiqiie qu'on lui connoît ; tandis qu'au contraire , sixivant la nouvelle théorie , la potasse est ramenée à son état de simplicité. CINQUIÈME EXPÉRIENCE. Je pris dix décagrammcs de potasse caustique préparée avec soin , elle fut grossièrement concassée et renfermée dans un bocal de verre , enveloppé jusqu'à l'extrémité de poudre de charbon l84 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE fine et très-sèche (i). Du centre de la potasse caustique s'^levoit," au travers du bouchon , un iheriuomètre à mercure. On versa peu îi-pcu , dans l'intérieur du bocal , cuiq décagramuies d'eau à 5 degrés de température : le calorique (jui se dégagea dans l'union de l'eau avec la potasse, dilata le mercure jusqvi'a 85degr. déduction faite des 5 degrés que l'eau avoit , reste pour 80 degrés de calorique produit. Il se dégagea pendant le mélange une forte odeur de chaux ou de mortier. SIXIÈME EXPÉRIENCE. On mit dans le fond d'un vase de verre sphérlque dix déca- erammes de la même potasse caustique , il fut ensuite placé sur un support dans un lieu très-obscur ; j'y mêlai avec ménagement huit décaarammes d'acide sulfurique concentré. Il se lit un mou- vement de combinaison et un dégagement de calorique si brusque, que l'acide ctoit lancé tout autour du vase où se passoit l'action , et la lumière parut avec étincelles. Le mélange acqint un degré de chaleur si fort , qu'il devint rouge comme un charlson ardent, et conserva cette incandescence quelques secondes. Le sulfate de potasse , formé dans cette combinaison , entra en fusion , et coula sur le support. J'observai dans cette expérience , 1". qu'il n'y avoit pas eu d'acide sulfurique de décomposé 5 que tout le calorique émis', ainsi que la lumière , venoient de deux corps dont l'afiinité ré^ ciproque avoit rompu celle qui les unissoit au calori([ue , qu'dt avoient fourni. 2°. Que la lumière émise avoit beaucoup plus d'éclat que celle que la chaux avoit répandue. SEPTIÈME EXPÉRIENCE. Vinit décagrammcs de potasse préparée avec le tartrite acidulé de potasse , ayant été introduites dans un creuset de jilatine , on les exposa pendant quatre heures à une chaleur capable de la rougir simplement , poiu" faciliter le dégagement de l'acide car- bonique. Le feu fut poussé au point de fondre la potasse ; on la tint dans cet état de fusion pendant six heures , après lesquelles elle fiit (1) Je prends ceUe précaution afin que le verre, qui est un bon conducteur de la chaleur , en perde le moins possible par la présence de la poudre de charbon , qui est un très-mauvais conducteur de la chaleur, ainsi que la sciure de bois. coulée ET D'HISTOIRE NATURE LLE. ï85 Conlée sur une plaque de cuivre et introduite de suite dans uu bocal. Cette potasse attiroit puissamment l'iiumidité de l'air atmos- pliérique ; sa cassure n'étoit pas vitrilbrine comme celle de la potasse caustique , elle présentoit , au contraire , une contexture poreuse. J'exposai 12 déca^ammes de cette potasse dans un vase de verre placé dans l'obscurité; je lui combinai peu-à-pcu lo déca- grammes d'acide sulfurique concentré. Il y eut dégagement de gaz acide carbonique et de chaleur, assez fort pour casser le vase ; mais il n'y eut pas d'acide sulfurique évaporé , ni d'acide Sulfureux de produit , et la lumière ne fut pas visible. Cette expérience démontre bien que le caloriijue seul n'enlève pas facilement à la potasse la dernière portion de l'acide carbo- nique ; que lorsfju'on combine l'acide sidt'urique avec cette po- tasse , la présence de la partie d'acide carbonique qui y est encore fixée s'oppose à l'apparition de la lumière , en absorbant le ca- lorique f)ui se dégage dans la combinaison , et qui lui donne par ce moyen la forme gazeuse. Je crus qu'il étoit essentiel de m'assurer si la chaux et la po- tasse causticpie , ainsi que l'acide sulfurique , privés du calorique qu'ils absorbent comme tous les autres corps exposés à une tem- .pérature élevée au-dessus de zéro , donneroient également de la. chaleur et de la lumière. HUITIÈME EXPÉRIENCE. En conséquence , ye tins dans des flacons séparés une dose donnée de bonne chaux, de potasse caustique et d'acide sulfvi- rique concentré , exposés à la glace jusqu'à ce que le thermomètre marquât zéro, en le plongeantdans les différens vases quiconte- Boient Ces matières. J'avois dis])osé ces objets dans un lieu obscur , de manière à porter dans chaque expérience la plus grande célérité , pour éviter que le calorique de l'atmosphère ne se combinât avec les substances dont la température étoit descendue à zéro , afin de poiivoir mettre les deux corps en contact , chacun à ce même degré. L'expérience confirma mon opinion. Les deux combinaisons produisirent une violente chaleur et de la lumière. NEUVIEME EXPÉRIENCE. Je cherchai à déterminer , aussi exactement qu'il me fut pos- Tome FI. T RU CIID OR an 7. Bb jr8« JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE eible , le de^ré de calorique qui se dégageoit dans la combinaisort de la potasse caustique avec l'acide sulfurique ; mais n'ayant tas à ma disposition un calorimètre tel que celui imaginé par avoisier et le citoyen La Place, j'en construisis un de la manière^ euivaiite : Je fis choix de quatre entonnoirs de fer blanc , dont la capacité et la hauteur étoient graduées ; j'en fixai et lutai un par son extrémité dans l'intérieur de la tige de l'auti-e , de manière à laisser un intervalle d'un pouce entre les deux entonnoirs. Cet espace fut gTiiide glace pilee. On plaça dans le centre dusecond entonnoir une bouteille de verre mince,, doublée de toile collée avec une dissolution d'amidon, afin de lui donner plus de çolidité contre l'action brusque du calorique qui devoit la frapper. Les choses étant ainsi disposées , j'introduisis dans la bouteille 3,0572 grammes de potasse caustique concassée , et dont la tem- pérature étoit à zéro ; on l'entoura de glace pilée. Un troisième entonnoir renveisé lui servit de couvercle , et fut également cou- vert de glace. Enfin , pour empêcher Tair extérieur d'avoir aucun accès sur l'appareil , je renversai sur le tout un quatrième enton- noir, dont le diamètre étoit plus fort que celui qui en fuisoit la base. Au moyen d'un tube qui partoît du centre de la bouteille , oiv ëtoit la ]iotasse caustique , et qui traversoit l«s tiges des deux entonnoirs supérieurs , j'y versai peu-à-peu 3,0572 grammes d'acide sulfiirique concentré, et refroidi à zéro. Le thermomètre niarquoit deux degrés de chaud au moment où j'opérois. La chaleur qui se manifesta dans le moment de l'action fît fondre la glace qui entouroit la bouteille , et l'eau étoit reçue d>ans un vase de verre sur lequel reposoit mon appartil. Le lendem^ain , c'est-à-dire douze heures après , la glace avoit cessé de fondre; la quantité d'eau qui s'étoit écoulée pesoit 45,8674 décagrammes. Cette quantité de glace , rendue liquide d'après celle que fond 4,89*5 hectogrammes d'eau à 80 degrés , lie représentoit pas tout-à-fait 60 degrés de chaleur émise. Cette expérience, répétée plusieius fois, m'a donné à -peu-près les mêmes résultits. Persuadé que le dégagement du calorique devoit être plus con» sidéralile , je cherchai à le déterminer d'une autre manière. Je glissai dans un tube de verre, fermé pamn- extrémité, une pièce a thermomètre de Weedgwood , non cuile j elle étoit juste à. aero de son éclieile de graduation. L'autre extrémité du tubeiUt ■RT D'HÏSTO IRE NATURELLE. \ty nllong^e en tuyau capillaire pour laisser une issue à la dilatatioû Midi ' Soir. 0,1} O.IJ Ojltf 0,16 0,1 6 0,0} 0,0; 0,05 1 ■ Matin î Midi C Soir o,i, o,iy 0,14 0,16 0,19 18 0,0 J 0,04 0)04 3 r Matin ^ Midi C Soir 0,14 0,1 j 0,14 0,17 0,17 °,'7 Oj'ii 0,1? 0,19 o,oj 0,04 1 0.04 1 1 Les degrés de ch.-ileur , émise datis le centre , ont été, à peu de chose pi Es les meules que les î iouij piéeé- > dcns. 4 Ç Matin < Midi i Soir 0,14 0,14 0,14 0,0; 1 0,07 0,07 5 Ç Matin < Midi f- Soie 0,17 .0,17 0,17 0,14 0,14 0,14 0,07 0,07 0,07 Idem. 6 C Matin < Midi (• Soir 0,17 0.17 0,17 0,2-5 0,1? 0,06 6j06 0,06 Idem. 7 e Matin ■ 1 Midi 1 . Soir 0,17 0,17 0,17 0,15 0,1} o,M 0,06 o,otf OjO'; Idem. 8 ç Matin ) Midi i Soir Ojl« 0,16 0.16 0,19 0,1 y 0,19 0,03 0,0} 0,03 ^ Matin 0.14 0,14 0, 14 o,'7 0,17 0,17 0,05 0,0,5 0,0) Idem. 9 ; Soir • lo ^ Matin 3 Midi «l Soir 0,14 0,14 0,14 o.'7 Oj'7 CI.17 o,bi 0,03 o,oî Idem. 11 r Matin ■] Midi C. Soir 0,18 0,18 0,18 o,ii 0,11 o,ii 0,03 0,03 0,03 Idem. 1 1 Ç Malin ■) Midi ^ Soir 0,18 0,18 0,18 C,1I o,ii o,xi 0,05 0,05 0,03 Idem. ET D'HISTOIRE NATURELLE. Suite du Ta b l ea u. 195 >- H É 1' Q u E s du J u P. THERMOMÈTRE de COMPARAISON. THERMOMÈTRE Dontlabouk-iîtoit à mpi:ic plontîde dans le pliospl'io- rc encoiubustmn Icnre et lumi- neuse. CHALEUR Réelle ^mise par le phosphore en combusiionlenle et lumineuse. OBSERVATIONI. ''^ . Marin 1 Midi ' Soir o,'7 0,1} o,.8 0,10 o,i« 0,11 0,05 0,0} 0,0 J ç Matin '4 > Midi t Soir 0,18 0,1? o,I8 0,il 0,16 o,zi 0,0} 0,0; OjOJ 16 . Matin 1 Midi . Soir 0,1 8 0,19 0,18 0,11 O.ÎI 0,11 o,C4 OjOl 0,05 • Matin \ Midi i Soir o,iS 0,11 0,18 o,ii o,ii 0,0} 0,04 0,05 »7 '. 18 '. I? ■ 10 ■ 11 > Il ■ 15 ■ . Matin 1 Midi ; Soir 0,19 0,10 O,î0 0,15 o,iî 0,0+ 0,0} 0,0; - Matin Midi . Soir - Matin Midi , Soir 0,15» 0,19 0,17 0,11 0,11 0,11 o,oj 0,05 0,04 0,17 °.'7 0,17 OjlO 0,19 0,19 0,0} 0,01 0,01 ■ Matin 1 Midi - Soir 0,16 0,16 OjlO 0,19 0,19 0,04 0,0} 0,05 Z Matin 1 Midi ^ Soir 0,17 0,17 0,17 0,19 0,19 0,19 0,01 0,01 0,01 r Matin ; Midi t' Soir 0,17 0.17 0,17 0,19 0,19 0,19 0,01 o,ot 0,01 ■ Matin [ Midi . Soir 0,17 0,19 0,18 0,18 0,10 0,19 0,01 0,01 O^OI r Matin [ Midi - Soir 0,17 0,18 o,.8 0,10 0,10 0,01 0,01 0,01 à-peii-prcs. r Matin < Midi '• Soir 0,18 0,19 o,'9 0,10 0,ÎO 0,19 0,01 OjOt 0,00 C c a 39<î JOURNAL DE'PHYSIQUË, DE CHIMIE On voit , par le résultat de la combnsllon. lente du phospliore , que pendant les aS jours de sa durée il y a eu constunimoiit dé- gagement de calorique et une pliosphorescance cjui s'est sou- tenue , jnsqia'à ce qiie la molécule de pliosphore ait été assez petite pour ne pas produire , en brûlant, une chaleur ca])able de dilater la masse du mercure contenue dans la boule du thermo- mètre. On voit encore que le plus haut degré de chaleur produite , a été de 0,07 an-dessus de la température qui ehvironnoit l'apiia- leil , et son terme moyen le plus constant de o,o3. Cette variélé dans les degrés du calorique dégagé dans l'acte decettecomhustiou, doit s'attribuer à l'influence que la variation de l'état de l'atmos- jjjhère y exerce , et d'où dépend ordinairement la rapidité ou la lenteur de la combustion insensible dix phosphore. Il est facile de s'en convaincre. En examinant avec soin les phénomènes fpie présente cette substance smgulière , mise en contact avec l'air ïitmos])hérif|ue , laquelle, de toutes les matières combustibles, est celle qui semble être la phis rigoureusement soumise aux lois de la combustion , dans un degré de température le moins élevé ; je vais tâcher de démontrer succinctement la cause de ces varia- tions , comme j'ai cru l'appercevoir pendant le cours de mon expérience. Chaque fois qu'on expose un bâton de ])hosphore dans une atmosphère dont la température est au-dessus de zéro , snr-le- cliamp toute sa surface est lumineuse dans l'obscuiité , répand l'odeur d'ail et se décompose; mais si l'on le jilace, au coTitraire, dans une temjiérature de 0,20 de degrés , la vapeur et la lumière qu'il émet sont plus considérables , et aussitôt que tonte la sur- face est en pleine décomposition insensible, en l'examinaiït avec soin , on la voit entrer en liquéfaction , et la légère ondulation superficielle qu'on apperçoit , et qui semble lancer cette lueur phosphorique , n'est autre chose qu'une cvaporatiou ménagée 'ès. {f^oyezhi planche i"'"'. ) J'ai choisi un tube de verre d'un diamètre convenable ; l'une de ses extrémités a été terminée par une boule A, prolongée et ouverte comme B. Ce tube a été ensuite recourbé dans les deux sens c c, de ma- nière que les deux extrémités étant en ligne droite, lormolent deux tiges m n , exce])té que la tige m étoit plus longue que l'autre. Je iîraduai ensuite la tisie M par centièmes et millièmes dans " 1 ^- -1' I- toute sa longueur , connue je vais 1 ex|)liquer. J'ai introduit de l'eau distillée dans le lui)e , jusqu'à ce qu'elle montai à moitié de la tige IN , ensuite le tube lut exposé à une température dans la([uelle le thermomètre à mercure marquoit 10 degrés nu-dessus de zéro : par ce moyen l'air atmosphérique qui rtMuplissoit l'intérieur de la boule a été condensé à 10 degrés au-dessus de celui de glace , aussitôt après j'ai fermé l'extrémité allongée de la boule avec vni bouchi>n de liège o, traversé de deux lig s de métal / h , terminées par une boule de même ma- tière , et isolées chacune par un tube de verre v y . On voit (ju'elles sont disposées de manière à commmiiquer et à recevoir rétincelle électrique; j'assujettis le bouchon et lutal très-exacte- ment les jointures avec du lut gras , afin qu'il piit o]iposer une résistance convenable à l'issue de l'air renrermé dans la boule , lorsque la température le dilateroit au-dessus de 10 degrés. L'appareil ainsi disposé, l'air qu'il contient, reçoit avec une grande sensibilité l'impression du changement de température , et cette sensii)ilité est telle , que l'apjiroche de la flamme d'une bougie, ])lacée aune bonne distance, échauffe assez l'atmostihère qui environne la boule pour dilater l'air qu'elle renferme et faire monter l'eau dans le tube M de quelques millièmes. Ajirès avoir disposé ce thermomètre à côté d'une machine électrique , je communiquai l'étincelle à la tige k avec un exci- tateur , et la tige ila reçut au moyen d'une chaîne de métal com- inuni(|uant à la terre. Assuré du passage du fluide électrique , je notai la température qui exlstoit dans l'apjiartement 011 j'opérois, l'air renfermé dans la boule de verre pressoit l'eau du tube et l'élevoit jusqu'au 0,20 degrés , aussitôt on fit passer une suite rapide d'étincelles. L'air de la boule ayant été dilaté par la présence du calorique du fluide électrique , comprima l'eau et l'éleva dans le tube M jus- qu'au o,a4 degrés ; elle redescendit très -lentement. ET D'HISTOIRE NATURE LLE. J99 On répéta l'expérience plusieurs fois avec le même résultat. Ensuite une bouteille de Leyde fut cliargée à-peu-près avec le même nombre d'étincelles qu'o?i avoit fait passer auparavantdaiis l'appareil , et sa décharge subite dans l'air de la boule lit monter l'eau brusquement à 0,26 ; la deuxième fois il y eut une ascension de 0,27, sans doute parce quelaboiiteille de Leyde contenoit une plus forte niasse d'électricité : mais on remarqua aussi dans cette dernière expérience que le retrait de l'eau étoiî aussi brusque qu'avoit pu l'être son ascension. Tous les faits que je viens de rapporter, résul^ant d'un certain nombre d'expériences faites avec toute l'cxartitude que j'ai pu y porter , m'amènent à conclure , 1°. que la chaleur précède tou- jours l'effet lumineux , comme on le voit dans l'expérience du mélange de l'eau avec la chaux , la combinaison de l'acide sulf'urique avec la potasse caustique , l'exposition ù l'air du phos- phore et sa combustion lente ; enfin, par celle de l'étincelle élec- trique qui dilate l'air et fond les métaux les plus infusibles. 2,0. Que la lumière ne peut être nn corps siii generis , comme on l'a cru jusqu'à présent , parce que l'effet lumineux n'a lieu que là où le calori([ue est en liberté , et dans une accumulation suf- fisante , de laquelle dépend la force de l'acte lumineux qui est produit : en un mot, l'effet lumineux ou la lumière, quant à sa propre existence, n'est aux molécules de la chaleiir libre, que ce (pie peut être le son aux molécules de l'air qui sont vibrécs par nn choc quelconque. 5". D'où il résulte que l'effet lumineux appelé lumière ne peut être qu'une propriété lumineuse dont jouit ciiaque molécule du calorique libre, relativement à sa petitesse lorsqu'elle est isolée, laquelle n'émet d'effet lumineux sensible à nos yeux que par une accumulatioit invariablement proportionnée de ces mêmes molé- cules , soit qu'elles se dég:igent de l'air qui se décompose , soit qu'elles s'échappent d'un corps quelconc[ue pour rentrer au même instant dans des nouvelles combinaisons. Le calori(|ue étant nn corps dont le vohnne est limité, ainsi que tous ceux qui remplissent l'espace , s'élance vers le soleil qui est son point d'attraction le plus fort , d'où résulte cette harmonie sublime de l'attraction et répulsion , seule cause de l'équilibre de l'univers. Les molécules du calorique ainsi attirées par cet astre, ayant formé dans son centre une aggr;'gation ou un foyer immense , dont l'acte lumineiix proportionné à sa grandeur, se répand sur toutes les planètes qui l'environnent, jouissent de leur faculté répulsive intrinsèque lorsque leur aggrégaiion dans ce foyer est 20O JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE assez considéraljle pour remporter sur l'effet de l'attraction qui les y avoit concentrées. C'est par ce mécanisme, toujours actif d'attraction et de répul- sion du calorique libre , excédant la saturation des autres pla- nètes et des îlnidcs qui composent l'univers , que le soleil est la soixrce féconde de l'acte lumineux. Les molécules de ce calorique ticcuinulées dans son foyer immense , dont le diamètre n'est qu'hypothétique, baifinent sans cesse d'u.n éclat tonjonrs renais- sant les wlobes flottant dans l'immensité de l'espace ; elles y for- ment le changement de température ; elles y vivifient les corps organisés qui lui renvoient eux-mêmes cette substance vivifiante dans 1^ moment de leur annihilation. Cela posé, on conçoit facilement, i". que le calorique est un fluide dont le flux et reflux est toujours en action ; a», qu'aussitôt qu'il est, libre, ces molécules lumineuses tendent à s'éloigner, et se dirigent vers le point le ])liis fort qui les attire ; 3". que ce point est le soleil ; 4°- fjue lorsque ces molécules sont en assez grande niasse pour vaincre la force qui les attire , elles éprouvent un mouvement de ré])ulsion qui les éloigne et les disperse dans les autres corps en raison de leur propre masse ; 5". que l'effet de répulsion , que ces molécules s'impriment alors, les isole de nouveau dans l'espace ; que leur propriété lumineuse et répul- sive étant affoiblie , les rend aussitôt dépendantes de la loi d'at- traction supérieure que le soleil exerce sur elles , en fait par ce moyen le foyer éternel de l'effet lumineux. L'acte lumineux que nous produisons par nos moyens mécani- ques , soit en ébranlant le calorique dans ses combinaisons par le choc de deux corps durs , soit par le frottement ou par la simple loi de l'affinité chimique , est le même que celui que le foyer naturel nous transmet directement ou réfléchi par les pla- nètes qui ren\ironnent. Comme celui du soleil , l'effet lumineux artificiel du calorif[ue concentré , échauffe et éclaire ; ses rayons sont également réflé- chis et concentrés par les miroirs planes et concaves (i), ceux qtie répandent un foyer embrasé ou un flambeau qui brûle émettent aussi de la chaleur , transmettent dans la rétine le simulacre des objets qui les réfléchissent. A la vérité cette lumière réfléchie est sans chaleur , ainsi que les rayons lumineux de la lune concentrés et réfléchis par le mi- roir concave (a) j mais lorsque les rayons du soleil nous éclairent (i) Scbèele, Traité de V Air et du Fen% {^) Expérience de Florence. indirectement ET D'HISTOIRE NATU RELLB. 201 îndlrectemenc et ne nous parviennent qne par des réflexions ré- pétées , ils sont plus ou moins chauds, et ce en raison du point de distance. Or , la lune étant pour la terre le miroir de réllexion. de la lumière du soleil , qui dans ce moment s'éloigne et dispa- roit pour nous , les molécules du calorique qui nous parviennent sont trop écartées cntr'elles ponr produire une sensation de cha- leur; aussi la lumière que la lune nous transmet est- elle Ibible , mourante et prête à disparoître. Le même phénomène sera pro- duit par la lumière réfléchie d'un foyer ardent , dont les effets seront proportionnés relativement à sa grandeur avec celle de celui du soleil. En terminant, je citerai les faits sUivans qui concluent en fa* veur de ce que j'avance à ce sujet. Chaque laisceau lumineux du soleil , étant un composé de sept espèces de rayons lumineux teints de couleurs diverses , la. loi de la refrangibilité nous faic distinguer chacun d'eux , et fait que tel corps ne réfléchit que tel rayon , et est perméable ou re- tient tel autre. Voilà la cause qui nous fait distinguer les cou- leurs diverses. Il résulte de cette loi générale que les rayons lumineux pro- duits par un corps embrasé , qui peindront dans la rétine aussi fidèlement que ceux du soleil , les objets qu'ils frapperont , doi- vent être nécessairement de même nature. Il est constant que le rayon lumineux d'un brasier et d'un flambeau brûlant dans les ténèbres produisent les mêmes effets , puisqu'on y distingue les mêmes couleurs ; et si leur éclat n'est pas aussi brillant que lorsqu'elles réfléchissent les rayons du soleil , c'est que nos foyers artificiels et ceux de nos lumières ne produisent pas une masse divergente de rayons lumineux assez considérables pour égaler le plus petit rayon qui nous vient du soleil , et alors l'éclat de la refrangibilité de la couleur est rela- tive à la grandeur du rayon lumineux. J'en trouve un exemple frappant dans les effets mêmes des rayons solaires. Si on expose des verres colorés aux foibles rayons du crépuscule du jour, la vivacité de chaque couleur s'accroîtra à raison de la force des rayons solaires qui seront lancés sur notre horison , de sorte qu'il seroit facile à l'œil de saisir et de comparer l'eflét lumineux qu'au- roit produit tel foyer ardent ou telle lumière dans les ténèbres , sur tel verre coloré , et peut-être seroit-il possible à la géométrie n'y a rien de constant dans les montagnes , que leur variété ». Le granit est iine roche constante , qui n'est composé que de quartz , de feld - spath et de mica, et ces substances ne sont point combinées par un ciment quelconque. Ce sont des cristaux réunis eux-mêmes par cette force merveilleuse , tout-à- fait inconnue dans ses lois. Qu'on observe un granit à petit grain et à feld-spath blanc , tel qu'il se trouve dans les plaines , on y distinguera facilement les formes des substances dilîërentes qui le composent ; l'hexagone prove- nantde la coupe des pyramides de quartz , ou ces pyramides elles- mêmes , le prisme quaclrangulaire biselé du feld-spath , l'hexagone du mica. Les autres caractères extérieurs mêmes de ce granit ^ parolssent être constans. Le feld-spath, toujoiurs prépondérajQt , ao8 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ne change presque jamais sa couleur blanche Jaunâtre , sa cassure lamelleuse; le quartz ne présente qu'une cassure conchoïde, une couleur blanche grisâtre , un brillant vitreux, tandis que celui du f'eld-spath approche du brillant nacré de perle. Les pail- lettes de mica , dispersées en moindre quantité parmi le quartz et le f'eld-spath , ne montrent qu'un noir très-foncé et une cas- sure lamelleuse , à peine reconnoissable à cause du peu d'épaisseur des cristaux. Ce granit est très-peu mélangé avec d'autres substan- ces ; on y trouve quelquefois des dodécaèdres de fer magnétique qvii occasionnent la polarité de plusieurs blocs et rochers de eranit , très-renommés par là , comme par exemple , les schnarcher et Vilsenstein , dans les montagnes du Harz. Le schorl ou la tourmaline s'y trouve rarement en petits :norceaux, bien plus rarement encore des mines de métaux. Mais des couches de quartz pur y sont assez fréquentes , ou des couches où le quartz est mélangé en très-gros cristaux avec le lèld-spath sans mica. Il paroît incontestable que cette roche cristallisée est la plus ancienne que nous connoissons ; elle se trouve recouverte de toutes les autres roches , dans les plaines ou dans des petites monticules , et s'étend ainsi sur de grands espaces. C'est ainsi qu'elle forme le noyau des montagnes du Harz et de la Saxe > qu'elle s'élève dans ces montagnes de Silésie , connues sous le nom de Pùcsengebisge ( montagnes des Géans ) ; qu'elle forme les plaines de Silésie vers la Pologne , et celles de Nogai aux environs du Dnieper ; qu'elle se trouve dans les contrées de Lyon , d'Autun , de Rouvray , et dans d'autres parties de la Bourgogne et dans le Limousin , à Tain, Vienne , au bord du Rhône , etc. Le "ranit à f'eld-spath rouge et à gros grains , ( celui de l'obélisque de Sainte-Marie majeure , et des colonnes du Panthéon àRome), est constamment superposé à ce granit blanc , par conséquent d'une formation plus récente , et sa cristallisation n'est plus de la rées gneiss , quoique composés des mêmes substances que le granit, les contiennent d'une manière ïissez différente. C'est ici le mica, non le feld-spath , qui est le plus Iréqucnt ; c'est lui qui donne le tissu schisteux à cette roche ; mais on remarque toujours encore des cristaux distingués, qvioique très-rassemblés et entremêlés. Ils sont si petits dans le schiste jnicacé , qu'on ne les apperçoit plus , et que la masse paroît uniforme. L'alumine devient toujours plus abondante ; le quartz n'est plus si fréquent , et le feld-spath manque entièrement. La magnésie paroît en plus grande quantité et la terre calcaire , car ce sont les schistes micacés qui contiennent les premières et les plus anciennes couches de pierre calcaire. Elle y est blanche , granuleuse , et souvent phosphorescente. Le schiste argîlleux perd tout aspect extérieur de cristallisation : on n'y voit presque qu'un très-fin sédiment mécanique, et ce ne sont que les horn- hlendes et les autres pierres cristallisées qu'il renferme , qui le font entrer encore dans la suite des roches de la formation primitive ou chimique. Mais il fait la transition immédiate aux grès et aux autres roches secondaires , dans lesquelles la force de cristalli- sation paroît balancée et entièrement détruite par d'autres forces extérieures. Quand on considère que tout sédiment se forme par couches, n'étant sollicité que par la pesanteur des particules nageantes dans un liquide, qui s'y dépose au fond ; couches qui sont d'au- tant plus distinguées , quecessédimens se déposent dans des temps diffërehs: qu'une cristallisation,aucontraire,a toujours lieu lorsque les parties dissoute^ dans unliquide sont assez rapprochées pour que la force de cristallisation qu'ils exercent entre eux-mêmes, puisse vaincre la force d'attraction avec le liquide dissolvant ; que ces cristaux se forment donc aussi bien au fond du liquide qu'à sa surface : quand on considère cette différence d'effet dans ces modes de formation , on devroit bien s'imaginer alors de trouver bien plus de couches , et de les trouver bien mieux pro- noncées dans la formation mécanique ou secondaire , que dans la formation chimique ou primitive ; et assurément n'est pas dif- ficile de le voir exactement confirmé par la nature. On peut presque assurer , sans hésiter , que le granit , que je desirerois nommer , par excellence , la roche cristallisée , n'est jamais en couches. Le tout est un assemblage de cristaux réunis . ET D'HISTOIRE NATURELLE. 2ti par la même force cristallisante , et toute la montagne do granit n'est elle-même qu'un jgT05 cristal; grande idée de Delamétliérie, qui devient convaincante quand on examine attentivement la nature du granit, et quand on le compare avec les roches de sédiment. La grande quantité de faits rapportés par trois des plus «rands géologties qui ayent vécu, les citoyens De Saussure , deDolomieu et Deluc , pour prouver le contraire , quel(|ue séduisans qu'ils soient , ne sont pas convaincans. Je n'ai jamais trouvé qu'on ait pu déterminer exactement la direction constante des couches granitiques , tandis qu'il est connu que la direction , l'inclinaison même des couches de schiste micacé , reste la même pour toute une montagne . pour tout un pays, pour toute une suite de mon- tagnes même. Il est probable , par exemple , que les scliistes mi- cacés et les schistes argilleux ont la même direction dans toute la chaîne des Alpes ; je peux l'assurer, tant pour la direction que f)Our l'inclinaison même , pour toute la Silésie et une partie de a Bohême. Mais malgré l'attention et la peine , dirigées expres- sément sur cet objet, je n'ai jamais apperçu une trace de couciies régulière dans la chaîne granitique du Riesengebirge , longue de plus de 3o lieues , ni dans les granits de la Saxe , de la Bohême ou de la partie des Alpes , que j'ai eu occasion de parcourir. Le citoyen De Saussure lui-même convient de n'en pas avoir trouvé dans les granits de la plaine, dans ceux qui bordent le Rhône, entre Lyon et Valence. Ces granits, qui sont les plus anciens que nous connoissions , comme nous avons remarqué ci-dessus , son expression de couches granitiques , qui entourent la montagne ea forme de feuilles d'artichauds , expression qu'on retrouve quel- quefois dans ses voyages , qui jamais ne devroient quitter le pu- pitre du géologue , fait conjecturer qu'il a donné une extension a l'idée de disposition en couches , qui demandoit des sous-divi- sions ; car ces couches ne paroissent nullement comparables à celles du schiste micacé , des grès ou des montagnes de houille. Ces causes et ces effets paroissent infiniment différens. Les Hautes Alpes étant si isolées, si élevées sur la plaine , ont été exposées à quantité de causes qui ont pu les déchirer , et par lesquelles ces fissures ont pu prendre un aspect , une ressem- blance de disposition en couches ; causes qui n'ont pu influer sur les granits peu élevés ou ceux qui se trouvent dans la plaine même. Mais l'absence totale de régularité dans ces couches apparentes , leur peu d'extension , leur manque de parallélisme , j'ajouterai même leur position presque toujours approchante de la verticale, très-rarement horisontale , les fait distinguer facilement des véri- E e a 2,12. JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE tables couches , telles que celles tiui caractérisent les gneiss et IcS schistes micacés. Il Y a beaucoup de faits qu'on pourrolt opposer à l'opinion que ces couches apparentes verticales et les couches de roches plus récentes adossées contre eux , ayent pris cette position par Aes affiiissemens ou des soulèvemens au centre de toute la masse , en changeant ime position horisontale primitive. Une des plus fortes raisons qui en font douter , et sur laquelle j'insisterai parti- culièrement ici , est la difîërenee dans la disposition des roches aux deux côtés des chaînes des montagnes. On voit clairement comme le noyau granitique de cette chaîne a empêché la commu- nication du fluide dissolvant en deçà et en de-là d'elle, et par con- séquent des causes qui sollicitèrent tantôt telle , tantôt une autre roche à se i'ormer. Je n'ai jamais plus vivement été frappé de ce fait , qu'en examinant la chaîne du Riesengebirge en Silésie , que j'ai déjà citée plusieurs fois. Quoique peu élevée , ses plus hautes montagnes n'excèdent pas cinq mille pieds j elle paroît pourtant avoir été un obstacle au fluide dissolvant des roches scliisteuses. Passé cela , on ne voit au penchant du Nord , dans toute sa longueur , que du granit à petit grain , jusqu'à la cîme des montagnes. Le côté du Sud , au contraire , est tout-à-fait couvert de schiste micacé , de gneiss et de couches calcaires pri- mitives , et le granit n'y paroît absolument pas : aussi ce penchant est-il , sans comparaison , plus doux que celui du Nord ; mais dès u'on voit s'abaisser la chaîne de granit au-dessous de 4000 pieds e hauteur aux extrémités de la chaîne , on ne le rencontre plus à découvert, les schistes micacés le cachent, et vont descendre et se répandre ici , ainsi que sur le j)enchant du Nord des mon- tagnes. La chaîne devoit donc avoir existé avant que les gneiss , les schistes micacés ne se. soient formés 5 c'est-à-dire que le granit s'étoit élevé , et avoit cristallisé lui-même déjà lors du temps de sa formation en cette chaîne , laquelle opposa aux roches suivantes une digue insurmontable. On peut répéter une observation semblable dans la chaîne des Alpes , et j'en suis sûr , dans toutes les chaînes de roches primi- tives. Le porphyre , dans les Alpes , est excessivement fréquent du côté de l'Italie, et il s'y élève à des hauteurs très-considérahles, on trouve , par exemple , ces roches à plus de 4000 pieds de hau- teur entre Bolzano et Biixen en Tyrol. Il man([ue absolument du côté de l'Allemagne et de Suisse. Ce côté , au contraire , abonde en pierres magnésiennes, et en serpentines sur-tout 5 elles sont très- Vares du côté de l'Italie. Si la chaîne s'étoit formée par un soulè- vement ou par des aff aissemens , d'où viendroit donc cette dii- 3: ET D'HISTOI RE NAT URELLE. tii'.i Férence entre la départition des roches aiix deux côtés ? Ne de- Vroit-onpas trouve? le même ordre , la même quantité de matières d'un côté que de l'autre ? Ne devroit-on pas trouver les roches récentes aune hauteur aussi considérable que les plus anciennes ? car , en supposant celles-ci , ayant une fois été horlsontalement couvertes par les premières , en s'élevantou s'abaissant, elles dé- voient bien s'élever sur celles qu'elles coiivroient déjà. Mais l'observation nous démontre bien , au contraire , qu'il y a beau- coup de roches dont l'élévation , le niveau , ont limités dans une chaîne de montagnes , qui souvent est bien inférieure à l'éléva- tion d'autres roches plus anciennes. La pierre calcaire primitive , fiar exemple , les schistes micacés , les serpentines , ont une imite Sur laquelle ils ne s'élèvent plus , et on peut la déterminer comme la limite de la neige érernelle. Tout cela paroît bien prouver que la chaîne du milieu, le noyau granitique, s'est élevée sous sa forme actuelle du temps de sa formation même , et il s'ensuit presque immédiatement que toute chaîne de montagne primitive (etles chaînes calcaires) ne se for- mèrent ni par un soulèvement , ni par un al^aissement de ses côtés , mais par la force réunie de la gravitation et de la cris- tallisation. HUITIÈME MEMOIRE Sur la matière verte qu'on trouve dans les vases remplis d'eau , lorsqu'ils sont exposés à la lumière , de même que sur les conferves et tremelles , considérées relativement à leur nature et à leur propriété de donner du gaz oxigène au soleil } Par Jean Senebier, Bibliothécaire de Genève. S. X I I I. Action des odeurs sur la matière verte. Les belles expériences de Spallanzani sur les animalcules des infusions , m'avoient appris que les odeurs , et sur-tout celle du camphre, éloient nuisibles aux êtres microscopiques. Je plaçai donc dans l'eau, sous un grand récipient , qtielques portions de matière verte remplies d'animalcules , et je euspeudis ftl4 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE dans le milieu un morceau de camphre. La matière verte donna alors , pendant quatre heures au soleil , beaucoup d'air , je l'ob- eervai dans ce moment avec des lentilles assez fortes ; je n'y trouvai point d'êtres bougeants ; je répétai l'expérience en fer- mant avec l'eau l'atmosphère camphrée ; et, quoique la matière verte fournît de l'air avec abondance , je n'y a])perçus pas un animalcule' vivant. Je répétai cette expérience sur un vase de matière verte qui avoit été produite dans l'eau , où il y avoit de la viande pourrissante : elle donna de l'air au soleil, et je trouvai, au bout de cinq jours , des animalcules globulaires qui me paru- rent en vie. Je fis ces expériences , de la même manière , avec l'huile de térébenthine ; alors tous les animalcules disparurent , à l'excep- tion d'un très-petit nombre d'animalcules globulaires , mais la madère verte fournit de l'air pendant plusieurs jours. S. XIV. Analyse de la matière verte. Quoique l'analyse chimique soit encore un moyen imparfait de connoître les corps , cependant elle fournit souvent des in- ductions qu'il seroit peu convenable d'écarter. Ingerdiouzs annonce des observations sur l'analyse chimique de la matière verte et des conferves , mais elles se bornent à des considérations sur la division des plantes entre celles qui don- nent de l'ammoniac et celles qui fournissent un acide ; cepen- dant il est presque sûr que toutes les plantes produisent plus ow' moins d'acide et d'ammoniac , parce que ces deux sels sont alors en grande partie les produits de l'opération , ou d'une nouvelle combinaison des principes constituans de la plante. Il remarque ensuite, que les substances animales fournissent l'ammoniac , à l'exception des seules fourrais ; et comme la matière verte et les conferves lui ont donné l'ammoniac , il conclut que ce produit est une induction , pour croire que les conferves et la matière verte sont des animaux : il ne donne cependant aucun détail sur cette analyse , mais il se borne à un résultat sénér 1 , et il assure que ces produits ne sont pas une preuve de l'animalité de ces substances. Je pensai long-temps à l'avance pour me procurer une certaine quantité de cette matière verte , afin de faire son analyse ; mais je lus trompé dans mon attente, je ne put en avoir qu'une quan- tité très-petite. ET D'HISTOIRE NATURELLE. 2i5 Je mis en digestion 1,486 grammes , ou 28 grains de cette ma- tière dans 978,292 grammes, ou 2 livres d'eau distillée , pendant 2.4 heures , je ne tiens pas compte de la matière verte qui resta , parce qu'il s en perdit un peu pendant l'élmllition 5 mais je pris 1,061 grammes, ou 20 grains du résidu qui étoit d'un vert jaunâtre, je le mis dans l'esprit-de-vin; il fut réduit, au bout de quelques jours, à 849,21 milligrammes , ou 16 grains. L'eau de la digestion , rapprochée par l'évaporation jusqu'à la consistance d'un syrop , avoit une couleur d'or ; je trouvai au fond des grains d'un blanc sale. L'esprit-de-vin troubla le fluide que j'avois obtenu j il se forma tin précipité dont une partie resta suspendue. Cette eau a légèrement rougi le papier bleu. La dissolution du nitrate de mercure dans l'eau a formé , avec cette liqueur , un nuage jaunâtre orangé avec un prt'cipité gris, I^e muriate de baryte produisit un léger nuage blanc. Le nitrate d'argent ôta à cette eau sa couleur j elleypritune nuance orangée j il se forma un léger précipité jaunâtre. L'acide saccharin troubla la liqueur , et forma un précipité abondant. La potasse ne produisit aucun changement bien sensible. Les acides minéraux dissipèrent la couleur , et occasionnèrent un léger précipité. quoiqi eut été un réceptacle de mille saletés. Je la filtrai , elle me parut rousse , sans odeur et sans goût ; elle ne me fournit pas les mêmes résultats que l'eau de l'infusion. L'esprit-de-vin ne donna qu'au bout de deux jours un léger précipité gommeux. L'eau de chaux fut très-légérement troublée. Le nitrate de mercure produisit un précipité moindre que dans • le cas précédent , mais il fut pourtant abondant et prompt. Le muriate de baryte, l'acide saccharin n'occasionnèrent aucun changement. Le nitrate d'argent donna un précipité gris-blanc considérable." La potasse et les acides minéraux ne formèrent aucun précipité. Ces expériences confirment celles que j'ai racontées dans le Mémoire précédent ; elles montrent que cette eau élaborée par la plante avoit perdu la terre qu'elle contenoit en perdant son gaz oxigène. Je mis 1,486 grammes , ou 28 grains de matière verte dans 416 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE 188, 43o grammes, ou 6 onces d'esprit-de-vln , je rcnouvellai trois fois cette dose ; la matière fut alors épuisée par l'esprit- de-vin ; elle se réduisit à 1 ,061 grammes, ou 20 grains après sa dessication ; je les fis bouillir dans l'eau distillée ; ils perdirent 53, 08 niilli- prammes , ou, 1 grain , le reste avoit une apparence fibreuse , dont la couleur étoit celle de la terre sèche ; je remis encore ce résidu dans l'esprit-de-vin , où il perdit 106, i5 milligrammes, ou a grains. Je retirai la matière que l'esprit-de-vin avoit dissoute dans la digestion avec la matière verte , en faisant évaporer l'esprit-de- vin ; elle étoit d'un vert foncé 5 elle se sécha difficilement , elle se ramollit à un feu doux , elle y coula même comme l'extrait vert des feuilles retiré par le même moyen, suivant les belles expé- riences du citoyen Tingry. J'ai mis 106, i5 milligrammes , ou 2 erains de cet extrait , dans 7,6^43granunes, ou un quart d'once d'étner sec } ils commencèrent à se dissoudre avec une grande vivacité , et la teinture fut d'un vert foncé ; il y eut un précipité gris qui se dissout dans l'esprit-de-vin , et sur-tout dans l'eau ; c'étoit un reste de gomme qui s'écailloit en séchant, et quiprenoit l'humidité à l'air. J'ai retrouvé cette gomme en versant de l'esprit-de-vin et de l'eau sur une dissolution faite par l'éther de l'extrait vert retiré de l'esprit-de-vin; j'en employai 212, 3o milligrammes, ou 4 grains, et je trouvai 185,77 milligrammes, ou 3 grains et demi d'une ma- tière résineuse et verte ; en la traitant sur les charbons , elle ré- pandit une odeur de marais , l'acide qui se développa ne fit point impression sur l'œil , il parut tout- à-fait analogue à celui de la f)artie colorante verte des végétaux. Le reste , abandonné par 'éther à l'esprit-de-vin et à l'eau , pesoit 26,64 milligrammes, ou demi grain , et me parut tout-à-fait gommeux. Enfin , je soumis cette matière verte à l'action du feu } 1 ,804 grammes , ou 34 grains , donnèrent deux gouttes d'un pur phlegme, deux gouttes de liqueur foiblement acide , trois gouttes d'une liqueur neutre , quatre gouttes d'une liqueur neutre avec excès d'ammoniac. Ce dernier produit étoit confondu avec une huile épaisse ; le charbon restant pesoit 875,75 milligrammes, on 16 grains et demi. La liqueur alcaline étoit trop foible pour faire effervescence avec les acides ; mais en ajoutant de la potasse , le muriate am- moniacal décomposé donne naissance à des filandres blanches et épaisses qui s'élèvent , quand on promène sur la surface de la liqueur une paille mouillée d'acide nitreux. On a reconnu l'aci- dité de la liq^ueur par la rougeur que prit le papier coloré en rouée ET D'HISTOIRE NATURELLE. aif roiTge par le tournesol , et la nature de l'acide par ses effets sur les réactifs. I es 875,^5 milliarammes , ou 16 grains de ce charbon incinéré ,' Ont été réduits à 606,91 milligrammes , ou 12 grains : la cendre étoit grise j mise dans l'eau son infusion précipitoit en blanc le nitrate d'argent , et blanchissoit l'huile de chaux ; ce qui donne quelque idée d'acide muriaiique et de potasse. L'acide niti-eux versé sur cette infusion , mêlée avec la cendre, occasionne une effervescence vive ; la dissolution fut presrjue totale ; il étoit au moins resté 79,62 milligrammes, ou 1 gr. et demi de matière composée de mica , dont les paillettes avoienr volé d» mon cabinet sur mes fenêtres , depuis mon bureau ; de graiiis de sable portés par les vents , et de quelques atomes de fer, que l'aiman rend sensibles , quand ils ont été réduits par le moyen de l'huile. La potasse a jirécipité de cette dissolution une terre très-blan- che, très-fuie, qui pesoit 5o4, 22. milligrammes, ou 9 grains et demi ; elle étoit comliinée avec l'acide sulfurique; elle fournit deux sul- fates de chaux , l'un qui cristallise en petites écailles , l'autre soyeux , assez dissoluble dans l'eau et cristallisant en beaux cris- taux prismaticjues. La terre propre à faire ce second sulfate peut être les trois quarts du total , elle est vraiment une des parties composantes des cendres désignées sous le nom de magnésie. S. X V. CONCLUSION. Quel sera le résultat de toutes ses recherches f Quelle sera la conséquence de ces faits curieux que l'on vient de parcourir? Je suis loin de croire cette matière épuisée , et cette question ré- solue ; mais il me semble que j'ai montré la route qui pourra conduire à sa solution tranchante , et que j'ai fourni de grandes probabilités pour prévoir la nature de la solution qu'on peut avoir. Sans m' arrêter ici à faire une récapitulation oiseuse de toutes mes observations , je me bornerai à rassembler les motifs qui me font croire (|ue la matière verte est plutôt une substance végétale qu'une substance animale. ; II me paroît que j'ai employé deux moyens différen's ; j'ai fait voir que la matière verte ne pouvoit être composée d'animaux; j'ai montré qu'elle devoit être une collection de plantes ; cepen- dant, comme je sens que l'on pourroit avoir attendu des preuves plus solides > des faits plus évidens que ceux que j'ai, fournis ,• Tome ri. F RU CTID OR an j. Ff 2iS JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE quoiqu'il y en ait qui sont plus f'rappans , je me l)orne à regarder mon travail comme devançant celui qui supprimera les petits doutes qui peuvent rester. J'ai fait voir que la matière verte ne pouvoit être composée de tous les animalcules qu'on remanpie dans les eaux où elle se trouve ; qu'il faut donc se borner à en choisir un petit nombre j mais j'ai fait voir encore qu'il n'étoit pas probable que la matière verte en lût composée , parce que leur nombre étoit trop petit et qu'on ne pouvoit avoir recours aux métamorphoses pour y trouver les animalcules qui Iburmilloient avec eux. J'ai fait ensuite une comparaison des animalcules de la matière verte avec elle-même, et elle a insinué qu'ils n'avoient aucun rapport propre :\ former l'opinion de ceux qui croyent que les premiers sont des parties intégrantes de la seconde ; cpi'il n'étoit jias même probable que ces animalcules s'y fussent incarcérés ; que les groupes de la ma- tière verte dilféroient de ceux des animalcules par la forme , les effets de leur dessication sur eux ; par leur manière d'être dans l'eau , par leur movivement lorsqu'on les agile ; par l'impossibilité de les dénicher de leurs cellules, mais sur-tout parce (pie la ma- tière verte peut exister saris animalcules, tout comme on voit des animalcules sans matière verte : cependant , comme ces deux der- niers faits ne s'observent pas toujours , et que quelques cas par- ticuliers pourroient faire des exceptions à ce que j'ai cité comme une preuve , j'ai cru devoir être très-réservé dans ma conclusion générale , et laisser plutôt soupçonner ce que je crois , que le prononcer. Si l'on considère ensuite que cette matière verte ressemble assez, au moins par ses globules , au nostoch, à Yulva intestinalls , et qu'elle a besoin du soleil, comme les autres pi intes , pour se développer, croître , prendre ou conserver sa venlure ; qu'il lui faut de l'éau , comme aux autres plantes subaquées , qui soit lé- gèrement chargée d'acide carbonique , pour germer et végéter ; qu'on ne la voit jamais paroître dans les eaux bouillies et dis- tillées bien fermées ; qu'elle fournit du gaz oxigène au soleil j qu'elle a tous les rapports des plantes avec la terre , l'eau , l'air , la chaleur , la lumière , etc. ; qu'elle fait remarcjner dans sa pel- licide le parenchyme , qui est le principal organe des plantes; qu'on y entrevoit aii moins les vésicules. Enlin , si l'on fait atten- tion que l'analyse chimùjne y montre la gomme et la résine, y découvre la teinture verte qui se décolore à la lumière , comme celle des feuilles; y reconnoît une grande quantité de charbon qui la ra])proclie beaucoup des parties vertes des plantes , remar- quables par cettepropriété, on se croit bien près de la conclusion. ET D'HISTOIRE NATURELLE. 219 îl est vrai que cette matière verte afourni aussi de l'aramoniac ; mais il y a {)lusieurs végétaux qui le laissent appercevoir , sans qu'on y soupçonne des animaux pour le produire , comme les crucifères. Enfin, il seroit trèsi-possiljle que cet annnoniac dût sa formation aux débris nombreux des animalcules , des mouches et des papillons qui ont péri sur cette matière verte, et qu'il auroit été impossilile d'en écarter et d'en séparer. Je terminerai ce paragraphe comme je l'ai commencé, et Je dirai que comme malgré toutes ces prohabilités concourantes pour en faire une plante , il peut rester quelques doutes ; je me garde bien de décider cette (jucstion pour d'autres (jue pour moi. Mais je ne craindrai pas d'affirmer, que s'il y a quelques animal- cules verts, qui ont ])u tromper les observateurs , il me paroît 3ue la Lepra infuxionum et la Conferva infusianum de Scliranck, ans la Flora Bavarica , sont des végétaux bien caractérisés. Dans le Mémoire suivant je commencerai à m'occuper des conferves. SUR LE PHOSPHURE DE CHARBON; Par Proust , professeur de Chimie à Madrid. On ne connoît encore aucun fait en chimie qui prouve l'affinité du phosphore pour le charbon , ou du moins si cette affinité a été présumée , ce n'a pu être que comme induction tirée de celle c[u'ont entr'eux les combustibles , en général ; mais l'observatioa suivante fixera , je pense , nos idées sur cet objet. Lorsqu'à la manière de Pelletier , on clarifie le phosphore par le chamois , il reste dans la peau une qiiantité de croûtes rou- geâtres , qu'on ne peut épuiser , parce ([u'elles refusent de se liquéfier à la chaleur de l'eau qu'on emploie. Pour coniioître la nature de cette matière , j'en mis une portion dans une retorle de verre à feu nud, et garnie d'un récipient avec de l'eau. Comme elleétort humide, la curileur fut modérée d'abord, afin de donner à l'eau le temps de s'élever avant le phosphore ; mais quand celui-ci commença à monter, il y eut , malgré le ménagement du feu , de l'eau décomposée , et partant du gaz phosphore, qui })rûia au bec de la cornue , et donna lieu à quelques ]>etltescx])lo- sions ; tout cela se termina sans danger. Il passa ensuite du phos- phore très- pur: la chaleur, enfin, fut iégéremeiitangmentée pour Ffa O20 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE être sûr qu'à cette température il n'y avoit plus rieu à distiller.' L'appareil refroidi , on déluta , le col de la retorte fut nettoyé de phosphore , et on la ferma d'un bouchon de papier. La matière restante étoit d'un rouge assez beau , elle étoit mot- telonée, légère , et sans adhérence au verre. Quekpie peu qu'on en versa sur la table , il s'enflamma avec vivacité ; mais en re- coniioissant le résidu de sa combustion , j'y trouvai des globules de charbon : ils étoient spongieux comme les masses rouges dont ils venoicnt de se dégager , et abreuvées d'acide phosphorique. D'après cet apperçu , je crus devoir appliquer une chaleur plus forte à cette matière rouge , pour connoitre à quelle température l'attraction de ces deux coinbustiljles cesseroit. J'en conservai donc une partie dans un flacon bien bouché , et je distillai l'autre. Il fallut , en conséquence , rougir le fonds de la retorte pour y réussir ; il passa du phosphore , la substance perdit sa couleur , .et finit par n'être plus que du charbon pur. Il y a plusd'une année que je conserve cephosphure de charbon dans un flacon, il ne s'enflamme point, jette à peine de l'odeur, et gardé sous une cloche étroite et jaugée , il ne manifeste pas d'action sur l'atmosphère. Pour l'enflammer, il faut en appro- cher un charbon ardent : alors il commence à fumer, s'embrase, et laisse après lui son charbon ; tant parce que ce dernier ne peut brûler à cette température , qu'à cause , de l'acide phosphorique dont il s'iml)ibe. Quand on expose à l'action de l'air des plaques de phosphore pour les convertir en acide phosphoreux , la portion de phos- phure qu'elles recèlent quelquefois reste seule sur l'entonnoir. C'est aussi à ce mélange de phosphure qu'il faut attribuer la poudre charbonneuse qui se dépose axx fond des lessives qui ont servi à produire l'hydrogène phosphore. Enfin , je citerai encore une expérience qui démontre bien que l'union du phosphore au charbon est le produit d'une affinité réelle. Faites chauffer ce phosphure dans l'acide nitrique , il s'élèvera un mélange de gaznitreux et carbonique , et l'on n'ap- percevra pas un atome de charbon se séparer , tandis que le même acide , l)eaucoup plus fort et en aussi grande quantité qu''on voudra , ne fera jamais disparoître complètement mi grain de charbon. Il reste à fixer les proportions de cette nouvelle combinaison ," et à reconnoître si elle jouit de quelques propriétés dont on puisse tirer parti. ET D'HISTOIRE NATURELLE. 221 SUR LE MURIATE D'ARGENT; Far le même. On a précipité par l'eau de cliaux une dissolution d'argent : ?oo grains de cet oxide bien sec ont été calcinés dans un petit ereuset de terre poli à l'intérieur et couvert. H en est résulté 1 83 grains d'argent mat , visiblement mêlé d'un peu de chaux. Cet argent , fondu avec un peu de verre de borax , a donné un bouton net de 181 grains. Cent grains d'oxide d'argent, préparé par la cliaux , sont donc composes , 1 Argent ..:... 90 i grains. Chaux ■..,.... \ Oxigèue 8 i ; 100. , Cent grains d'argent absorbent doaic 9 j d'oxigène pour se changer en Oxide par la voie humide. Quant à la chaux , elle n'est point accidentelle dans ce précipité. La plupart des oxides métalliques en entraînent plus ou moins avec eux dans la même circonstance: 100 grains d'argent produisent constamment i33gr. de muriate métallique. Pareille quantité de muriate est donc tou- jours composée de , Argent loo grains, Vr :' "t'Oxigène. . . •. .. '.;M!ir. ; . 9 f ■;■. "ift Acide marin. ..*.... 23 * Ces données , qixe j'ai cherché à fixer par plusieurs expériences , me paroissent aussi exactes que le permet la pratique , toujours sujette à de légères erreurs. L'oxide d'argent aune saveur métal- lique très-marquée , dissous dans l'alcali volatil , il tache , dessè- che et détruit î'épiderme presque aussi fortement que le nitrate d'argent. Ses effets prouvent bien que la causticité des sels mé- taUi([ues est, en général , proportionnée à la facilité avec laquelle leurs oxides cèdent l'oxigène : aussi voit-on que ceux qui retien- nent ce principe avec le plus de force ,iS0iit ceux dont l'énergi« est la plus liuiitce. . aa2 JOURNAL DE PHYSIQUE , DE CHIMIE Quant à l'oxide fulminant de Bemliolet , le succès en est trés- Tariable. Je ne" puis dire à quoi cela tient ; mais ayant découvert depuis (jue le nitrate d'argent pouvoit contenir son oxide , oxidé au majçimum et au minimum , c'est saiis doute dans ces diffé- rences d'état , qu'il faudra chercher d'où provient la diflioulté d'ob enir constannnent l'argent fulminant. Ce que j'ai déjà re- connu , c'est que le nitrate d'argent oxidé au minimum, refuse absolument de cristalliser , et décompose l'acide nitrique. Peut-être dois-je indiquer aussi comme cause possible d'erreur l'état de l'eau de chaux qui contient quelquefois du sel marin , et même celui de l'ammoniac , qui contient toujours une portion d'acide marin , si on ne l'a pas reçu dans l'eau à l'état de gaz. il suffit d'exposer à l'air de l'ammoniac , dont on veut connoître la pureté ; l'ammoniac se dissipe , l'eau reste seule , et ne doit pas troubler une dissolution d'argent. A l'égard du degré de concentration des ammoniaques , leur pesanteur spécifique est en raison inverse de leur force. J'ai trouvé quç le plus chargé de gaz alcalm est à l'eau comme ^5 : loo. Cent grains de sel ammoniac , précipités par le nitrate d'argent, donnent constamment de 267 à 268 foibles de muriate d'argent ; ce qui suppose de 66 à dj d'acide marin par quintal de sel iinimoniac , quantité peu différente de 68 ^ trouvée par Kirwan. Cent grains de muriate de potasse donnent toujours 162 de inuriate d'argent 5 donc de 26 à 27 d'acide marin pour cent. Cent grains de sel marin produisent 245 de muriate d'ar- pent ; le quintal de sel contient donc de 4^ ^ 4^ livres d'acide marin. QUELQUES REFLEXIONS SUR DES PRUSSIATES; Par J. -M. Haûssmann^ Pour fixer avec succès les prussiates métalliques sur les étoffes , il a fallu examiner soigneusement les résultats provenant du mé- lange des dissohitions métalliques avec des ])russiates de potasse ou de chaux. Voici ce que mes expériences m'ont paru avoir d'intéressant. ET D'HISTO I RE NATU R E L L K. 223 L'oxide rouge de mercure soumis à l'iiction de la liqueur de prussiate de potasse ou de chaux acidulée par l'acide sulfurique, n'a point produit de bleu , mais s'est transi'ormé ptu-à-peu en sulfate de mercure jaunâtre j le lendemain après une addition d'acide muriatique , la métamorphose se fît k l'instant, et j'obtins un bleu très -brillant. Au lieu d'acide suli'urique j'ai employé le muriatique ; l'oxide rouge s'est dissous , la liqueur est devenue transparente sous l'apparence d'un mauvais bleu qui s'est em- belli successivement en se précipitant. L'oxide rouge de mercure, dissous d'abord par l'acide nitrique avec excès , auquel on ajoute du prussiate de potasse ou de chaux , l'ournit aussi un bleu ; l'ojiération est Iciite , quand on se sert d'oxide roTige , sans le dissoudre, et qu'on se borne à aclduler le prussiate d'acide nitrique. La dissolution aqueuse du muriate oxigéné de mercure , mêlée à la liqueur de prussiate de potasse ou de chaux acidulée par l'acide muriatique ou nitrique, donne encore un très-beau bleu. Dans tous ces procédés de mercure , dans le dernier sur-tout, une partie de cette substance oxigénée reste en dissolution et res- semble à la liqueur que l'on obtient en décolorant le pinissiate de fer par l'oxide rouge de mercure au moyen de l'eau. L'oxide d'argent se métamorphose plus dilHcilement. J'étends d'eau la dissolution nitrique de ce métal ; lorsque j'attrape les justes proportions de prussiate de potasse et d'acide sulfurique ou muriatique , j'obtiens , en remuant de tem])s en teinps , le plus beau bleu, dans l'espace de vingt-quatre heures. De l'acide arsenique en liqueur , mêlé avec du' prussiate de po- tasse ou de chaux , acidulé d'acide sulfurique , résulte un très- beau bleu. La dissolution de cobalt fournit un violet grisâtre et un beau bleu violet avec addition de muriate d'ammoniac; tandis qu'en traitant les dissolutions de sulfate de zinc , de nitrate , de bismuth , de muriate d'étain et d'acétite de plomb avec la liqueur de prus- siate de potasse ou de chaux acidulée, on n'obtient que des blancs; le cuivre est précipité sous une nuance brune. Le muriate d'anti- moine , précipité par l'extension aqueuse , et exposé , comme l'oxide d'argent , au traitement du prussiate de potasse acidulé , indique quelque disposition à devenir bleu. Ajoutant à la dissolu- tion muriati<)ue d'oxide de manganèse noir, du muriate d'ammo- niac , et mêlant cette dissolution à la liqueur de jinissiate de potasse acidulée par l'acide sulfurique , il se forme un très-beau bleu . Je dois avertir de ne pas se rebuter , lorsque la production de» mct/f. JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE bk^us n'a pas lien d'abord ; si par hasard , on ne l'olitenoît point, l'on varieroitles proportions jusqu'à ce ipie l'on eût atteint son but. Le bien d'argent est celui sur-tout dont la réussite n'a souvent lieu ([u'à la longue , et u'accpiiert son dernier degré d'in- tensité qu'au bout de huit, dix ou quinze jours. Me proposant de lepéter et continuer ces essais par les mélan- ges des dissolutions métalliques avec les liqueurs des pnissiates de potasse et de chaux acidulées , j'ai préalablement exposé à l'action de ces mêmes liqueurs, quelques oxides métalllqiics fixés sur l'étoile. De la toile de coton, imbibée d''une dissolution de platine en pailletLes , presque toutes insensibles à l'aimant , puis bien expri- mée , fut trempée, sans la sécher, dans la liqueur de potasse caustique ; l'oxide de pladne resta en grande partie adhérent à l'étofté, qui , étant lavée, prit un jaune plus beau que celui de rouille. Ayant plongé cette toile dans la liqueur de prussiate de potasse ou de chaux acidulée d'acide sulf'urique , j'obtins un bleu aussi vil" et aussi prompt que si j'avois employé de la toile colorée par l'oxide de fer. JiB mélange de', dissolution de platine à la dissolution muria- tique d'étain avec excès d'acide , est d'une très-belle couleur rouge transparente ; sans excès d'acide ,il se forme d'abord un précipité de belle couleur d'orange. Ce procédé pourroit fournir un""«ioyen, de plus pour la purification du platine. Un morceau de toile de coton, imljibé de la dissolution d'or, i contenant un sixième de ce métal sans excès d'acide , et plongé dans la liqueur d'ammoniac , m'a fourni un jaune d'ocre. Ce jaune est devenu noirâtre à la longue , conservé dans un cahier de papier. Comme les liqueurs alcalines , sur-tout celle du car1)onate de potasse ou de soude, ont une grande tendance à dissoudre l'oxide d'or, on ne peut s'en servir poiir sa précipitation sur la toile. L'étoffe colorée en jaune d'or , trempée dans du muriate d'étain étendu d'eau , subit une métamorphose en gris-foncé noirâtre , qui devient plus clair , à mesure que l'on étend la dissolution. J'ai souvent obtenu des violets et des lilas en trempant , sans précipitation , la toile simplement imbibée de la dissolution d'or, dans des dissolutions nltro - nniriatiqnes d'étain, en différentes proportions d'acide muriatique. plusieurs nuances de couleurs d'or , seront le résultat d'un f)récipité d'oxide d'étain de sa dissolution nitro-muriati([ue , par 'extensioa 4'e*u , 4ajxs lar^uelle oa fera dégoutter, à différentes reprises ET D'HISTOIRE NATURELLE; 22J reprises par intervalles de quelques heures- , de la dissolution d'or. Cette manière d'opérer fournira des couleurs d'orange , tandis que si l'on substitue l'oxide d'or à la dissolution , l'on obtiendia des idas qui , se nuançant de plus en plus en cramoisi , finiront par devenir orangés , en continuant d'y ajouter de temiis en temps l'oxide d'or. Ces nuances dépendent beaucoup de la portion d'acide muriatique qui se trouve dans la dissolution nitro-muriatique d'étain ; s'il s'y rencontre en trop grande quan- tité , il faut augmenter la dose d'eau pour précipiter l'oxide d'étain ; et l'or , en ce cas , colore en gris plus ou moins rougeâtre. La dissolution d'étain, dont je me suis servi pour ces expériences, étoit composée de quatre parties d'acide iiitrifjue , d'iuie d'acide muriatique, et d'une et quart d'étain granulé dissous lentement, pour empêcher , autant (pie possible , le dégagement trop abon- dant de gaz nitreux. Ces oxides d'étain colorés par l'oxide d'or , plus ou moins désoxigéné, n'exigeant pas beaucoup de métal, ne sont par con-. séqucnt pas ijien chers. Ils se présentent tous , étant séchés , sous différentes niiances de gris et de lilas, déplus ou moins d'iii- tensiié, et peuvent, probablement, servir à la peinture des por- celaines. L'étoffe , colorée par l'oxide d'or , semlile attirer les parties colorantes de la garance, et prend une teinte brune-rougeâtre ou es])èce de carmélite , qu'une continuation et augmentation de chaleur noircit de plus en plus. Les autres ingrédiens propres à la teinture noircissent pareillement l'oxide d'or , à l'aide de la chaleur. La noix de galles , par ébuUition , fait un effet analogue et produit à-peu-près la mêrae couleur noire - grisâtre , que celle que l'on obtient par la trempe dans la dissolution muriatique d'étain, proljablenient parce que tous ces moyens désoxigènent l'oxide d'or. La métamorphose enbleu, de l'étoffe colorée en jaune par l'oxide d'or, exjioséeàractiou de la liqueur de prussiate de potasse ou de chaux acidulée par l'acide sulfurique , ou tout autre , ne se fait (\ue très-lentement ; il faut trois , (piatre , même cinq heures de trempe pour obtenir un beau bleu, dont l'intensité sera en raison de celle qu'aura eu le jaune d'or. En acidulant trop fortement la liqueur de prussiate , l'oxide d'or se dissout sans formation de bleu. Il n'est pas rare de voir manquer l'expérience lorscju'on mêle directement la dissolution d'or à la fujuctir d'un prussiate alcalin ou de chaux ; tout dépend ici du degré d'acidulation ; mais on réussit ordinairement qtiand , au ]iréalable , on précipite l'oxide d'or par l'amnioniac ou un autre alcali. ° Tome FJ. TRUCTIDOR an 7. .G g^ B26 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE. CHIMIE J'ai cru très-Ion g- temps que ces bleus provenoient du métal employé et fbrmoient des prussiates. J'étois tellement ensoué de cette idée, que lorsque j'en fis la découverte , en 1781 , je la com- muniquai au célèbre professeur Spielmami, qui me fit à ce sujet la réponse suivante : « Westenberg , dans une dissertation soutenue à Gottingne , ï> en 1772, et plus amplement, Martin, dans une thèse imprimée » ici, en 1775, ont remarqué que la lessive du sang précipite jj l'or sous une couleur bleue , mais que pour obtenir cette cou- » leur , 'il faut qu'on se serve d'un acide ; le dernier principa- 55 lement a observé que l'alcali , saturé par It; bleu de Prusse , 55 précipite l'or tout de suite coloré de l:)leu , et (lue si on dis- « tille de la lessive du sang, l'alcali volatil , le résimi, plus con- 53 centré , teint les métaux qu'il précipite de leurs menstrues s» encore plus aisément ". Au moment où j'étois occupé à répéter mes expériences , mon àmi Charles Bartholdi m'objecta qiie tous mes \Aeus ne prove- noient que du fer ; que les liqueurs des prussiates de potasse et de chaux tiennent idus ou moins en dissolution. Un passage deBuffon, dans ses Observations sur la nature de la platine , m'indiqua aussi que Morveau avoit révoqué en doute l'expérience de Fourci, qui avoit précipité l'or en bleu par l'al- cali prussien. Quoic[u'on ne puisse nier l'existence du fer dans les prussiates alcalins et de chaux , j'avois néanmoins peine à croire qu'une substance métallique fixée sur l'étoffe pût être remplacée par une entre avec force d'adhésion. Si dans mon expérience sur la toile colorée par l'oxide d'or , cet oxide eût disparu ; si le prusslate de fer se fût précipité dans la liqueur, au lieu de se fixer sur l'étoffe ; si les cendres de quel- ques échantillons n'eussent doré l'argent ; si, enfin, l'intensité + •î,4 a ih.is.. . 17.10,1 a 6h. m. . ■ 17- 9,9 17-10,5 ? h i''.-r s H- I«.9 a 4h.jm.+ 8,7 + •J,i a «h.i m. ■ ^7-10,8 à 8h.s... ■ -7-'o,3 17.10,7 4 à miili. . + -y.' à 4'' îm-+ 8,7 + '7,' à midi.,. • 17-10, J à 8l>.is.. - 17- 9,f 17. 10,6 6 à miili.. + 17,1 à jh.>.+i;,i + ■7,i a 8h. s... . 17. 8,8 à J'^.jm. ■ 17- 7,) 17. S,o à midi.. + >4,'- à Sh. m. + 11,1 + 14,1 a s^.m.. ^7- 7.9 à midi. . . . 17. <:,6 17- 6,6 7 a i'>.-i s + 17, » à 4I1. m -|-ii,4 + i«,5 a Slf. s. . . . 17.10,1 a 41,. m.. • 17- 9.1 17- 9,5 S à i''. s. + '8,5 à 4i'.jm.-h ?,i + '«,5 a 4''.îm. • 17-11,4 a 8h.is.. . 17.10,4 17-", 3 9 à 3h.|s. + 2.0.3 à 4''.xm.-|-i I,} + 18,8 à 4h.7 m. 17- 9,3 à 4''. s. . 17- 8,3 17. 8,5 10 à i^.is -j- I6,î à 4h.im.-j-iiji + 16,1 à 8Kis. . ^7- S,i a 4^T m. 17. 8,6 17- 9,1 ■, I I a i''.i s. -f- 14, f à jh.m..-|-ii,i + 13, tf i ii'.is.. 17.10,8 à jh. m. . ■ 17- 9,8 17- 10,4 II à midi., à midi.. _j_ i^ s 3 ■ 4/ 8,7 18. 0,9 18. 0,4 à 7h.i m. à i*" - s. . 18. ! 18 . S + I8'7 à 4''>-+ 8,5 à 4''.5;m. 17.11,5 17.11,8 ■4 a ih.is. + 18.0 à 4'' ;m-+ 9.7 + '7,4 a 3". s... 17.11,1 à 4''.im.. 17.10,3 17.10,9 If i 5l>.s.. + 19, y à 4h.|m.+ ii,i + 9,1 à 4h.i m. . 18. 0,4 a 3h.s.. . 17.11,7 18. 0,1 16 .1 midi.. + 11,1 à 4h.{m. + IO,6 + = 11,1 i 4h.-l m. 17.10/ à sKls... 17. 9,9 17- 9,1 l7 à i''-! s. + 18, <; à 4''.im.+ ii,i + 8,5 à jh m. . 17. 10,1 a 17. 10,1 18 à midi.. + '7.3 à 7''-î 5-4-1 3,0 + 1 7,3 à 7i'.|s... 17. 8,8 i 4''.; S. . 17- 8,3 17. 7,8 lo à ih.is. + 11, f à 4l'im.H-ii,J + = °,S à raidi 17.10,; à 7I'. m.. I7. 10,0 17.10,3 lo à ih.is. + I9,î à 4h.>.+ii^} + ' 7,6 à i^'.is. .. 17.11,5 à 4''.èm. . . 17-10.3 17.11,3 II 12, à 4''. s.. + 14.0 4- ' 8.3 17. 9^8 17.11,1 à 5Ms.. 17. f,8 17. 11,1 17. 9,8 17.11,1 à 5l'.m..+ii,5 à 511. m. . . H à 3 .s.. + t9j à 3l'im.+ 9,; + ' 8,« à îh.i rn.. 18. 0,3 à 7^.- s.. . 17. 1 1,8 18. 0,1 ^4 à ih.fs. + l'.i à 3h.im.+ 9.0 + î 0,9 à 3h.>i-. 17.11,7 à i^is. .. 17.10,6 17.11,1 à ih. s.. .\ midi.. + 18,1 à K n à midi. . . . 18. o,y 18. 0,8 à 4h.is. . . à 3'. s.... 18 . 01 18. o,j 18. 0,7 à jh.m.. + ii,i 6,6 à 7''. m.... 18. 0,4 17 i i*". s.. 4- 10,0 a + 8., 8 a 7l>.i m. 17.11,9 à yh.i s.. . 17- 9,5 17. 1 1,0 i8 i if". S.. + ^°,o à îh.im.+iî.i + 1 9,4 à midi. . . 17. 9,0 à i\ m.. . 17- 8,3 17. 9,0 19 .1 midi.. 4- '8,J a 4him. + ii,f + > 8,5 à midi. . . . 17.10,8 à 4h.x m . . 17- 9,9 17.10,8 à raidi.. + '7.5 + 1 7,5 a y^ïS... 17. «,8 17. 6.r *^ RECAPITULATION. Plus grande élévation du mercure 18.0,41, le i y Moindre élévation du mercure 17.4,01, le i Elévation moyenne 17 . 9,11 Plu<; grand degré de chaleur + 14,0, le 11 Moindre degré de chaleur -f" 8, j , le 1 3 Chaleur moyenne -\- 1 6,1 Nombre de jours beaux 8 de couverts 11 de phiic n de vent 17 m A L'OBSERVATOIRE NATIONAL DE PARIS, Thermidor an ni. o Hyg. c a » midi. I 7f.o X 68, y 3 7S,o 4 7S,o S 76,0 6 8;,o 7 71,0 t! 7Î.O 9 77,0 lo 7y.o II 77.0 II 71,3 I) 71, y '4 7'J,f IJ 73, J 16 70, y »7 7c,o 18 73, J '9 sc.y lo 85, y XI 79,0 11 *S,o 2-î «7,0 14 «J,o 15 «7,0 lé «9, y s-y 78,0 i8 70,0 1? 6;,o JO *7jO Vents. SO. foi t. O. O. s-o. o. Calme. S-O. Caime. E. SO. N-O. O. Variable. O. S O. s-o. o. s. fort. s-o. s-o. E. S-O. S-o. s. o. Calme. S-E. S-O. fort. S. fort. S-O. fort. POINTS LUNAIRES. Equin. asccnd. D;ni. Quart. Apogée. VARIATIOJSÎS DE L ATMOSPHERE, Nouv. Lune. Equin. descend. Périgée. Prera. Quatt. Pleine Lune. Ciel très-couvert ; quelques gouttes d'eau vers midi. Quelques éclaircis le soir. IJem. Ciel nuageux avant midi ; couvert le soir; brume. Pluie douce le matin ; beaucoup d'éclaircis le soir j aurore boréale, Pluie abondante une partie de la journée; Couvert par intervalles. Beau avec nuages le matin ; beaucoup d'éclaircis le soir. Quelques cclaircis dans la matinée. Couvert le- matin ; beaucoup d'éclaircis le soir. Couvert ; éclaircis dans la soirée. Ciel couvert ; forte averse à une heure. Couvert le matin ; beau par intervalles l'après-midi. Couvert par intervalles. Couvert le matin ; nuageux depuis 10 heures du matin. Ciel en partie couvert et nébuleux; pluie dans la soiiée. Ciel trouble er nuageux. Pluie presque continuelle. Pluie fine dans la matinée ; beau toute la soirée. Ciel couvert par intervalles. Ciel nuageux avant midi; tonnerre et pluie à y heures du soir. Ciel nuageux ; ttès-gros nusges. Idem. Ciel à demi-couvert ; quelques gouttes d'eau le soir. Même temps. Ciel couvert. Quelques éclaircis avtnt midi; beau par intervalles datis la soirée. Tonnerre et pluie à 4 h. du matin ; à demi-couv. toute la journée. Beaucoup d'éclaircis le soir. Pluie avant le jour et l'après-midi. RÉCAPITULATION, de gelée o de tonnerre 1 de brouillard a de neige o Le vent a foufflé du N o N-E o E i. S-E 1 S % S-O IX 7 N-O j. fois a36 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE NOUVELLES LITTERAIRES. Fiantes grasses de p.- J. Redouté , peintre du Muséum national d'histoire naturelle , décrites par A.-P . Decandolle , membre de la société des sciences naturelles de Genève. Troisième et quatrième livraison. Chaque livraison est composée de six planches imprimées en couleur , avec toute la perfection possible , et de six feuilles de texte imprimé sur papier vélin. Les exemplaires , petit in-folio , sont du même format que \ Herbier de France , par BuUiard. Prix de chaque cahier 1 2 francs. Grand in-i'olio, sur -lom de Jésus , dont il n'a été tiré que cent exemplaires , 3o francs. A Paris , chez A.-J. Dugour etDurand , libraires , rue et maison Serpente. Nous avons déjà fait connoître les deux premières livraisons de ce bel ouvrage : celles-ci ne sont pas moins intéressantes. Discours d'ouverture et de clôture du Cours d' Histoire natu- relle donné dans le Muséum national d'histoire naturelle , l'an VII de la République , et Tableaux méthodiques des mammifères et des oiseaux , par le citoyen Lacépède , de l'institut national de France , etc. A Paris , claez Plassan , imprimeur-libraire , 1 vol. Jn-4. L'auteur a ouvert son cours par un discours préliminaire , et il l'a terminé par un autre. Ce sont ses discours scientifiques qu'il a îa\X. imprimer. Il y a joint sa méthode pour diviser les mammi- fères et les oiseaux. Carte Physique de la France , oh. l'on a essayé d' exprimer les conjisrurations de son territoire par une nouvelle méthode de nivellemens , par l' ingénieur-géographe Dupain- Triel. Cette carte présente une double nouveauté : celle i". de l'idée conçue , la géographie ne nous ayant donné jusqu'ici la projec- tion de la France que sur le seul plan supposé parfaitement hori- sonlal de sa base ; 2°. celle de l'idée exécutée , car c'est la pre- mière carte géographique où l'on ait tenté d'obtenir , par la gravure au lavis, les nuances de clairs et d'ombres nécessaires ET D'HISTOIRE NATURELLE, 23/ à l'expression sensible des torreiiis , suivant leurs diH'érentes élé- vations au-dessus de l'iiorisoii , en sorte que la France est sur cette carte presque vue comme en relief. Ce travail a été entrepris pour donner une première idée des effets d'un résultat plus exact qu'on oljtienelra par des nivelle- mens faits pour le grand objet de completter la {géographie phy- sique de la France , et qui conduiront a la connoissance certaine des communications qu'on peut établir sur le territoire français, en même-temps qu'on y étudiera le meilleur emploi des eaux pour la navigation , l'agriculture , les arts et la défense de nos frontières. Cette carte se trouve à Paris , chez l'auteur, cloître de la Cité, n°. 1. Prix 4fraijcs, avec l'enluminure. Chez le même auteur se trouve la carte de la Navigation inté- rieure de la France. Annuaire Météorologique pour l'an VIII de la République française , contenant l'exposé des probabilités acquises par une longue suite d'observations sur l'état du ciel , et les varia- tions de l'atmosphère pour divers temps de l'année ; l'indication des époques auxquelles on peut s'attendre à avoir du beau temps , ou des pluies , des orages , des tempêtes , des gelées , des dégels, etc. Enfin, la citation , d'après ces probabilités ^du temps favorable aux têtes, aux voyages, aux emliarquemens , aux récoltes , et aux autres entreprises dans lesquellesil importe de n'être point contrarié par le temps. On y a joint une ins- truction simple et concise sur les nouvelles mesures de la Ré- publi([ue , par le citoyen Lamarck. A Paris, chez l'auteur, au Muséum d'histoire nattirelle , i vol. in-i6. de 116 pages. On se rappelle les idées que l'auteur a développées dans ce journal sur l'influence que la lune a sur la température , suivant qu'elle est en-deçà ou en-delà de l'équateur. Il a , d'après ces données , calculé quelle doit être la température suivant les dif- férentes positions de la lune. Ces indications ne sont fondées que sur des probabilités. Rapport fait à la Société d'Emulation de Rouen, séance du 9 pluviôse an VII , sur les expériences comparatives de la consommation du bois dans les fourneaux des teinturiers et autres , avec celle des fourneaux de construction nouvelle. Deuxième rapport sur le même objet. Nous ferons connoître plus particulièrement ces intéressans i38 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Vo^atre dans la haute et basse Egypte , fait par ordre de l'aii- cieii gouvernement , et contenant des observations de tous a eenres : par C.-S. Sonnini , ancien officier et ingénieur de la marine française , et membre de ]ilusieurs sociétés savantes et littéraires (i) ; 3 vol. in-8 de i3do pages , imprimés sur papier carre fui, et caractères cicéro Didot, avec un vol. in-4. ren- fermant une collection de 40 planches , gravées eu taille- douce , jiar J.-B.-P. Tavdieu, contenant des Portraits, Vues, Pians , Carte Géographlrpe , Antiquités , Plantes , Animaux, etc. dessinés sur les lieux , sous les yeux de l'auteur. Prix 31 francs brochés , et -26 francs par la poste , franc de port pour toute la République. En papier yélin , 4^ francs, lion compris le port. En papier ordinaire , avec les planches enluminées , 2.6 francs. A Paris , chez F. Buisson , imprimeur-libraire , rue Hautefeuille, 11°. 30. « L'Etjypte , dit l'auteur , cet antique berceau des sciences , où « les merveilles de l'art et celles de la nature se disputoient l'ad- » miration , a été le but des courses philosophiques des anciens , » comme des modernes. Depuis Hérodote jusc[u'à Volney , écri- >j vains également célèbres , les récits multipliés, sur une contrée « dont la surface entière du globe n'offre pas la pareille , attes- n tent la curiosité qu'elle excitoit généi-alement. Mais cette sorte « d'alïluence ne peut empêcher (|ue Je n'y trouve encore ma 5> place , et la crainte de parler de l'Egypte , après tant d'autres , » ne m'a point arrêté ». On trouvera effectivement , dans ce voyage, beaucoup de choses qui ne sont point dans les autres. L'auteur a parlé et de l'Egypte ancienne et de ses monumens , et de l'Eçypte moderne et cie ses liabitans. Il décrit avec soin les objets d'histoire naturelle qu'il y a rencontrés. Bulletin des sciences par la société philomatique de Paris. Troisième année. Ce journal , composé de huit pages in-4<'. , paroît dans la pre- mière décade de chaque mois. Il est destiné à mettre au courant des découvertes faites dans les sciences , les personnes qui s'y intéressent. Il est composé (1) Le citoyen Sonnini a été l'un des collaborateurs de Buffon , pour la partie Ornithologique. Ceux qui ont lu les ouvrages du Pline de la France , se rappelr Isront d'jr avoir vu son nom répété souvent. RT D'HISTOIRE NATURELLE. 2.'6^ d'extraits Je mémoires lus dans les diverses sociétés savantes ou imprimés dans les journaux étrangers , et accompagnés des j)lan- clies nécessaires à l'intelligence des articles. Les vingt-qnatre numéros qui forment les premières années , contiennent un grand nombre d'articles intéressans d'Histoire naturelle , de Physique , de Chimie , et quelques-uns de Mathé- matiques , d'Anatomie , d'Economie rurale et de Médecine. Ces derniers articles seroient plus multipliés, si la société u'apportoit dans le choix des extraits la plus scrupuleuse criti(|ue. Tout dis- cours , toute théorie vague , sont exclus de ce journal , unique- ment destiné à recueillir et publier promptoment les faits nou- veaux dans les sciences : les rédacteurs ne copient jamais aucuns extraits déjà iuiprimés ; ceux que l'on retrouve dans d'autres journaux , ont jjrestpie toujours été pris dans le Bulletin des Sciences. Les extraits insérés dans ce Bulletin , n'indiquent pas seulement les résultats , mais encore les principaux moyens em- ployés pour y parvenir, lorsque ces moyens sont neufs. C'est , sans doute, à cette sévérité dans le clioix des articles , et à l'exclusion de tout ce qu'on nomme remplissage que le Bul- letin des Sciences doit l'accueil qu'il a reçu du public éclairé pendant la première année de son existence. Le prix de raisonnement à ce journal , envoyé franc de port , est de six francs pour une année j l'année commence en ger- minal. On souscrit, à Paris , chez le citoyen Alexandre Brongniart, ■professeur d'histoire naturelle aux écoles centrales , et trésorier de la société, rue Saint-Marc , n°. i/\; et chez Fuchs , libraire, rue des Mathurins , maison Cluny. Et dans les départemens et les pays étrangers chez les prin» cipaux libraires. i-fo JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE, etc. T A. B L E DES ARTICLES CONTENUS DANS CE CAHIER. Ou j T E du rapport Jait à l'Institut national des sciences et arts sur le mètre , etc. Page i6i Mémoire sur la matière de la chaleur , etc. par Dizé. 177 Experlnieiits and observations , etc. Expériences et observations sur la terre siliceuse , etc. ^«/"Humprey Dayt. 300 Considérations sur le granit , par Leopold de Buch. 206 Huitième Mémoire sur la matière verte qu'on trouve dan& les vases remplis d'eau , lorsqu ils sont exposés à la lumière , par Jean Senebier. 2i3 Sur le phosphure de charbon ^ par Proust. 219 Sur le muriate d'argent y par le même. 221 Quelques réjlexions sur des prussiates , par 1 .-lA. H4.USSMAN. 222 Sur les alcarazzas d' Espagne ; par Fabbroni. 228 Note sur le tremblement de terre arrivé au Pérou en 1797 (v. 8t.) communiqué par le naturaliste Cavanilles. 23o Note sur le perkinisme. 23'3 Observations météorologiques , faites à l'Observatoire national , ^/2r Bouvard. 234>!*35 Nouvelles littéraires, • a36 '40 FrucfiJûr an .u^l 't/- mim ■'■<■« JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ET D'HISTOIRE NATURELLE. VENDÉMIAIRE an 8. ^^= rrrVC^>5Trpf" RECHERCHES SUR LE BLEU DE PRUSSE; Par Pao us t , professeur de Chitiùe à Madrid. I. O I le fer ëtolt , comme on le pense , susceptible de s'unîr à toutes les proportions d'oxigène comprises entre 27 et 48 , qui sont la moins et le plus de son oxidation , il devroit, ce me semble , donner avec un même acide autant de différentes combinaisons qu'il peut produire d'oxides dilf'érens. Pourquoi , par exemj^le , ce métal , qui donne avec l'aciJe sulpliurique un sel constant dans ses attributs , quand il n'est oxidé qu'à 27 p. | , se refuse- roit-il à autant d'autres combinaisons , également constantes , quand son oxidation s'élève à 34> 38 et 45 ? Une quantité de faits prouve , tout au contraire , que le fer ne s'arrête point indifféremment à tous les degrés d'oxidation pos- sibles entre les deux termes que nous venons de citer j c'est-à- dire , qu'il ne se soustrait point à cette loi de la nature , (|ni assu- jétit toutes les combinaisons des corps à certaines proportions îiussi constantes qu'invariables. I I. Malgré les diverses nuances d'oxidation , par lesquelles on croit que le fer peut passer, quand son sulfate est exposé à l'air , on ne connoît pourtant que deux sulfates de ce métal. Le premier est le sulfate verf, ou cristallisable , dans lequel Lavoisier a démontré que le fer étoit oxidé à 27 p. \. Ce sel ; 2i/«e /'Z. VENDÉMIAIRE ««8. li M2 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE qiiand 11 est pur , est insoluble clans l'alcool. Sa dissolution dans l'eau est d'un vert de mer extrêmement délayé , ou beaucoup moins coloré qu'on ne le croit ordinairement. Elle est inaltérable par l'acide gallique , ne donne point de bleu avec les prussiates alcalins , etc. La secoyde espèce de sulfate , non moins constante dans ses attribuis , est cette, combinaison rouge , déliétée des alcalis. On s'en convaint en l'essayant avec un acide qui enlève l'oxide vert, et remet sous les yeux de l'observateur le prussiate blanc qui avoit éludé leurs pouvoirs. C'est ici , comme avec le prussiate bleu , et enfin , comme avec la plupart des sels métalliques , qu'on veut décom- poser par les sulsstances alcalines. Je passe à la seconde espèce de prussiate de fer. X. Prussiate bleu. On devine déjà comment le sulfate rouge , le nitrate, et toutes" les dissolutions dont l'oxide est élevé à son maximum , se coo^ M^ JOURNAL !>? PHYSIQUE, DE CHIMIE, porteront avec les prussiates alc;ilins. Il seroit languissant tl'em éjiarplller les détails : nul intervalle , en elFet , entre la précir ])itation et le bleu le plus vif". Sa nuance est parfaite aussitôt qu'il est l'orme , et ratmosphèz'e ne sauroit rien ajouter à son éclat. ^,: Le'hleude prusseest, en un mot, le prussiate dont la base est oxiidéB,à48 p. f. Il est au prussiate blanc, ce que le sulfate rouge çs,t axi, sulfate vert. Cesdçux prussiates ne différant point du côté fclie:l'^clde, sontentr'eux comme les oxides qui leurserventde base. Le prussiate bleu ne reçoit aucun avivage de la part des acides : l'acide marin oxigéné l'altère, le verdit , et s'y altère lui-uiûme , coiiune Va découvert Bertliolet ; mais l'action de cet acide des- tructeur retombe alors sur l'acide prussique , et non sur l'oxide quiine peut recevoir une dose d'oxigène plus gi-ande que celle qu'il a reçue de l'acide nitrique , de l'air , etc. X I. A, quoi; servent , dira-t-on , les acides qui avivent, en effet, les prussiates récens mal colorés ? C'est , comme on le sait , à reprendre toute cette quantité de carbonate de fer, qu'ajpute ù nos prussiates la potasse non saturée qui surabonde dans les les- sives mal préparées. Aussi reinarque-t-on que, durant l'avivage , le caillé verdâtre qui efface le bleu de Prusse , disparoît , pour ne laisser sur le filtre que le bleu. Quant à ce dernier , il est complet en cpuleur ; il est prussiate bleu , parce qu'il provient du sxdfate rouge , phis ou moins aljondant dans les vitriols du com- merce : et pour le prussiate blanc, qui est le produit du sulfate vert , il achève de s'aviver sur le filtre , aux dépens de l'atmos- phère , et non des acides. C'est donc à l'atmosphère exclusivement qu'appartient la fonc- tion de l'avivage : et pour les acides , leur usage ne peut être mieux coniparé qu'à celui de l'eau, dans le lavage d'une toile. Sf l'eau la l)lanchit , c'est parce qu'elle se charge des corps étran- gei:s qui sahssoient son éclat naturel. X.I I. Si l'on pouvoit douter un instant que l'oxigène est le principe teignant du prussiate bleu , il suffiroit de considérer la couleur de son oxide au sortir des alcalis. Dans le sulfate vert , il étoit noir , cet oxide , maintenant le voilà rouge : or , quel autre prin- cipe q.ue,ro^j[gène a p^x porter cette difléreace d,*ns les oxides que nous çomparoais .'' ET D'HISTOIRE- NATUREL LE. 2;^7 Quand on passe l'acide sulfurùjue sur un prussiate décoloré, on en extrait un pur sulfate rouge', pas un atome de sulfate vert. Ce sulfate rouf^e donne à l'instant le bleu le plus vif avec les Î)russiates alcalins : donc, dans l'avivage du prussiate blanc par 'atmosphère , c'est l'o^tide dé ce pf uàsiatè qui s'élève de 27 p. |. d'oxigène à 48. J'ai nommé plus liant, jaunes ou rouges, les oxides oxidéa au maximum ; c'est que nombre de faits me prouvent qii'il n'y a point de diilérence entr'eus. Tout oxide rouge dissous dans un acide quelconque , se précipite en jaune par les alcalis purs ou saturés d'acide carboniqfie. Cet acide ne jwrte point de diffé- rence dans leurs jirécipitations, ])arce que l'oxide rouge n'est pas comme l'oxide noir , susceptible de s'unir à l'acide carboni- que. Les oxides rouges desséchés sont bruns , obscurs , souvent noirs , selon le degré de dessication et la densité qu'ils ont pris. Maïs , si on les broyé dans un mortier de porcelaine , on les a bientôt rappelé à la couleur qui les caractérise. Ces oxides , dit-on , ont le pouvoir de décomposer l'ammoniac : depuis plu- sieurs années j'en garde sous l'ammoniac , sans remarquer en eux le moindre changement. Je n'ai pas été plus heureux avec celui de manganèse , à la température ordinaire de l'atmosphère, XIII. L'eau hépatique , gardée dans un flacon avec du prussiate bleu , s'y décompose ; elle enlève îi son oxide la portion d'oxigène , qui l'ait la différence du jnussiate bleu au prussiate blanc; et ce prus- siate, ainsi ramené au blanc, se comporte avec les alcalis comme le prussiate blanc fait immédiatement avec le sulfate vert. Le prussiate blanc , gardé sous l'eau hépatique , ne s'y altère point : en cela, il ressemble au sulfate vert ; l'un et l'autre cèdent faci- lement à l'hydrogène , dissous dans cette eau , tout ce qu'ils pos- sèdent d'oxigène au-delà de 27 p. \. C'est par une suite de cette théorie , que le sulfate rouge , le nitrate de fer , etc. , décomposent l'eau hépatique. L'oxide de iér lui enlève l'hydrogène, le soufre se dépose , et la hqueur , au lieu de se préci]iiter en rouge avec les alcalis , donne alors le précipité vert-d'horbe , parce que le sulfaté rouge est devenu sulfate vert. Quant aux sulfates de fer du commerce, on les^ ré- tablit aussi de cette manière ; mais quand ils forment des dépôts bruns , c'est qu'ils recèlent du cuivre. S48 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE XIV. L'eau h€patlqTie n'est pas le seul corps qui puisse ramener le prussiate bleu à l'état de prussiate blanc. Pour ojiérer cette sous- traction croxigène , il ne faut que garder du prussiate bleu dans un flacon l'ermé , avec de l'eau et du fer ou de l'étain ; et pour rétablir la couleur bleue d'un prussiate blanchi ou demi-desoxidé par Ces métaux , il ne faut aussi que l'exposer de nouveau au contact de l'atmosphère. Cette répartition de l'oxigène entre un métal et son oxide , n'est pas rare en cjtiimie ; c'est en gardant un sulfate ou un niuriate rouge avec du fer, qu'on les rappelle à leur premier état. Le mercure gardé dans une dissolution de sublimé corrosif, se change , ainsi que ce sel métallique , en mercure doux. Le mercure svibit encore ce changement dans le muriate rouge de fer , tandis qu'il reste inaltérable dans le rau- riate vert. Dans le sulfate vert , il se conserve intact; mais dans le sulfate rouge , on voit le mercure se convertir en espèce de sulfate qui ne jaunit point à l'eau , c'est-à-dire , dont l'ozlde est oxidé 2M minimum , et ainsi de beaucoup d'autres. XV.. On a dit plus haut que l'action de l'acide marin oxigéné ne retomboit nullement sur l'oxide du bleu de Prusse ; eu voici la preuve : c'est que tous les oxides rouges connus, naturels ou artificiels , le colcotliar , la mine de fer de l'île d'Elbe (i), etc. , n'éprouvent aucune nouveauté dans cet acide ; mais non pas les oxides bi-uns natifs, qui ne sont la plupart , selon ce que j'en ai pu reconnoître, que des mélanges d'oxide noir et rouge. C'est par l'acide marin oxigéné qu'on découvre que l'oxide du nitrate , de l'acétate de plomb , du muriate, etc. , n'est point non plus porté à son maximum d'oxidation. Tous ces sels, gardés sous cet acide , s'y décomposent ; on ne tarde pas à voir un oxide brun ou pur se déposer , et même cristalliser autour des flacons. L'acide nitrique n'a plus d'action sur ce nouvel oxide ; avec le temps , cependant , l'acide prend une belle couleur de rose. Des bulles s'élèvent du fond du mélange , et à la fin , il se reproduit du nitrate , lorsque cet oxide , continuellement sollicité à l'union par cet acide , a perdu la dose d'oxigène qui s'y opposoit. (i) La mine d'Elbe contient souvent du phosphate de fer : on l'extrait en lui appljijuant l'acide nitrique , puis gn le précipite par l'auimoniac ou la potasse pure. L'acide ET D'HISTOIRE NATURELLE. 24? L'acide marin ne dissouf le plomlj suroxidé qu'en prodnisant abondamment de l'acide oxigéné ; mais poiir se procurer cet oxide en plus grande quantité , il ne s'agit que d'appliquer un acide nitrifjue l'cii^le au mîniitiun du coniiiierce , et on en sépare de i3 à i4 p. ?• d'oxide brun qui , comme on sait, a été trouvé par Scheèle. Le plomb rouge de Sibérie n'est , comme l'a démontré Macquart , qu'une suroxidation naturelle de ce métal (i). Ilseroit iiitéressant de savoir si, en poussant la calcination au-delà du point qui donne le minium , on ne porteroit pas cet oxide au brun , ce qui seroit un moyen , peut-être, de suppléer la disette des manganèses pour la pré)jaration de l'acide marin oxigéné. Dans une autre occasion , je ferai connoîtrc la nature du plomb moins oxldé que celui qui sert de base au nitrate de ce métal : mais je reviens à mes prussiates. X V L CONCLUSION. L'oxide que les alcalis séparent du bleu de Piaisse , est rouge , quoiqu'il existât primitivement en noir dans le sulfate vert qui a fourni ce bleu. Le prussiate blanc est iin sel qui ne se comporte pas avec l'at- mosphère autrement que les sulfates , les muriates , les carbo- nates verts , et enfin la plupart des combinaisons salines qui contiennent le féroxidéau minimum. Il n'y a, pour leurs suroxi- dations , de différence , que le temps plus ou moins lon,^ qu'exi- gent ces sels métalliques. Je dis la plupart , car j'ai remarqué que les arseriites et les phosphates , dont l'oxide est au minimum , ne s'altèrent pas sensiblement à l'air. Dans toute démonstration publique , on aura , dorénavant , deux prussiates différens à faire connoître , de même que l'oa démontre deux sulfates , deux arseniates , trois phosphates de fer , etc. Le prussiate de fer n'est pas la seule combinaison de ce métal qui doive sa couleur bleue à l'oxigène atmosphérique. Ce qu'on appelle bleu de Prusse natif, dans les cabinets d'histoire naturelle , n'est que le piiosphate de fer oxidé à un certain degré. Je forai connoître des phosphates artificiels , gris de lin , bleu et blanc , selon le degré de leur oxidation. (j) Les expériences de Vauquelin , sur le plomb rouge , n'éloient pas connues ds l'auieur, lorsqu'il a envoyé ce Mémoire à Paris, ToOTcr/. VENDÉMIAIRE c« 8. K k >5o JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Nous connoissons maintenant la cause de ces tons sales ou ver- dâtres qu'affectent souvent les pnissiates récens , soit dans les démonstrations , soit dans l'atelier du fabriquant. Souvent les acides ne réussissent point à l'aviver : souvent même les specta- teurs n'emportent pas la conviction qu'ils attendolent, ou ne la reçoivent , enfin , qu'après que le prussiate, étendu sur le filtre , a puisé dans l'atmosphère le principe colorant que n'avoient pu lui fournir les in^^tédieiis de sa composition. Si le prussiate frais a quel(pi'épaisseur, c'est assez de découvrir la première couche avec une spatule , pour voir la suivante se colorer à vue d'œii. XiBS fabiiquans conuoissent bien cet effet , aussi se gardent-ils bien de dépenser des acides pour amener leur préparation au bleu. J'ai dit, au commencement de ce mémoire , que le sulf.ile vert pur ne noircissoit point avec l'acide des galles , ce qui e.'-t très- vrai ; mais le contact de l'air ne tarde point à colorer le mélange par sa surface Quelques gouttes d'acide marin oxigéné juodui- sent sur-le-champ la couleurnoire. Ce n'est donc aussi qu'autant que le fer est oxidé au jnaxïmum , qu'il forme de l'encre avec l'acide galliipie. Cette coideur noire y^eut également s'anéantir , si l'on renferme dans un flacon le mélange noir avec une certaine quantité d'eau hépatique. L'on reconnoît plus nettement , dans ces faits , quoiqu'on l'eût déjà entrevu, pourquoi il est néces- saire d'aérer les étoffes qu'on teint en noir ; pourquoi l'encre , récemmentfaite et mal colorée , noircit à vue d'œil à mesure qu'on, l'étcnd sur le papier, etc. ? C'est que dans tons ces mélanges l'on, emploie le sulfate du commerce , qui ne contient ([ue jieu de sulfate rouge sur beaucoup de sulfate vert. Que l'on verse l'acide • galiique dans les dissolutions de sulfate et de muriate de fer ronge , dans le nitrate , etc. , et l'on produit l'encre à l'instant. La base de l'encre et de toute teinture noire n'est donc que le gallate de fer, dont l'oxide est oxidé maximum. Enfin , on ne {)eut manquer de reconnoître , dans tous ces faits, que jusqu'ici 'on s'étoit mépris sur la propriété qu'a le sulfate vert ordinaire de noiicir avec l'acide giUique, de donner du bleu avec les prus- siatcs alcalins , etc. Ces propriétés appartiennent exclusivement aux combinaisons dont l'oxide està48 d'oxigène p. \ et non à 27. Je terminerai par conclure , de ces exjiériences , le principe que j'ai établi au commencement de ce mémoire , savoir , que le fer est , comme plusieurs autres métaux, assujétl par cette loi de la nalure qui préside à toute combinaison vraie; assujéli , dis-Je , à deux proportions constantes d'oxigène. Il ne diifère donc point , en cela , de l'étain , du mercure , du plomb , etc. j et enfin , de ET D'HISTOIRE NATURELLE. a5i presque tons los coraliustibles connus. Je ferai connoître , sous peu , l'eS[)èce d'oxitle qui résulte de l'union de l'oxif^ène au char- bon dans une proportion inférieure à celle qui constitue l'acide carbonique. MÉMOIRE SUR L'ÉLASTICIT.Éj Par EtienneBarruel', Trofesseur de physique aux écoles centrales de TaHs. Je me propose , dans ce mémoire , d'examiner quelques pro- priétés des corps, et particulièrement leur élasticité , d'ordonner les phénomènes qui en dépendent , et d'éclairer quehpies points de théorie. L'élasticité , comme on sait , est une propriété en vertu de laquelle un corps revient à son premier état , lorsqu'on fait cesser les circonstances qui l'en éloignent. Mais , d'où peut venir cette propriété ? Parmi les ))hysiciens , les uns en attribuent la cause à une force répulsive , dont ils supposent gratuitement les molécules des corps animées , et qui augmente ])ar le rapproche- ment de ces mêmes molécules : les autres , à l'air, dont la plu- part de leurs pores sont souvent remplis , mais qui n'entre pour rien dans les phénomènes de l'élasticité, puisqu'ils ont également lieu dans le vide : d'autres, enfin, à une prétendue matière sub- tile , supposée universellement répandue dans la nature , et dont ils croient tous les corps pénétrés. Sans avoir recotirs à des qualités occultes , ou à des causes abso- lument étrangères aux phénomènes dont il s'agit , il suffit , pour les expliquer , d'observer ce qui se passe dans les circonstances où ils se produisent. D'abord , nous savons qu'il n'y a aucun corps dont la porosité ne se manifeste d'une manière plus ou moins scnsijjle ; et quand même cette propriété échapperoit aux yeux , armés du meilleur microscope , on peut la démontrer d'une manière générale , par la faculté qu'ils ont tons de se condenser, suivant toutes leurs dimensions , lorsqu'on les expose à une température plus basse que celle dont ils jouissent. Or, comme nous ne connoissons pas ^ Kk 2 aSa JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE de terme où cette condensation puisse s'arrêter, c'est-à-dire , où la retraite du caloriciue cesse de se manifester , il suitde-là qu'il n'y a aucuncorps dontlesmoléculesse touchent rigoureusemeut , et qu'elles sont tontes séparées les unes des autres ])arurie cer- taine quantité de ce fluide ; de sorte que ce que l'on appelle or- dinairement contact, n'est autre cliose que cette distance de mo- lécules , qui n'est point perceptible à nos sens. Alors la quantité de calorique interposée est d'autant plus grande , que ces mêmes anolécules ont eutr'elles moins d'afïinité , et qu'elles en ont plus pour ce même ikiide. Lorsqtie cette porosité dans les corps est très-grande , ils deviennent alors faciles à diviser ; mais , si les intervalles qui séparent leurs molécules sont irès-petits , c'est-à- dire, qu'elles soient dans un contact plus intime, comme alors elles ont ])lus d'adhérence entr'elles , elles opposent une plus grande résistance à leur séparation ; et , dans cet état , les corps sont appelés durs. De sorte que , s'il en existoit qufcl<(ucs-uns qui fussent totalement dépourvus de porosité , ils jouiroient d'une dureté parfaite , parce que leurs molécules se toucheroient toutes rigoureusement; et cette dureté seroit d'autant jilus considérable que ces mêmes molécules seroient unies par une plus grande af- finité ; mais la nature ne nous en offre aucun de cette espèce. En second lieu , notis savons encore que le calorique est de toutes les su!)stances celle qui jouit au plus haut degré de la propriété d'être élastiqiie. Ce principe , une fois reconnu , cet autre principe encore admis , qu'il n'y a , comme on vient de le voir, aucuns corps dont les parties intégrantes ne soient séparées Jes unes des autres par des molécules de caloricpie ; il paroît donc naturel de chercher la c luse de leur élasticité dans ce fluide même. On dira sans doute que c'est ramener l'état de la question , puisqu'il restera toujours à savoir pourquoi le calorique est si éminemment élastique ? A cela je réponds : 1". Qu'il ne s'ensuit pas pour cela que l'on soit en droit de nier que le calorique soit la source de l'élasticité des corps ; de même que l'on ne peut contester (pie ce soit l'affinité des molé- cules de l'eau , pour celles d'une éponge dans les pores de la- quelle elle s'introduit, qui en produise l'augmentation de volume, (juoiquenous ne puissions pas dire pourquoi ces diverses molécules s'attirent réciproquement. Ce dernier phénomène n'auroit pas lieu, en effet , s'il n'existoit pas une telle force attractive, en vertu de laquelle ch:K[ue molécule d'eau fait alors l'office d'un coin qui tend à écarter celles de l'éponge ; par la même raison qu'il n'ar- rive aucun changement au volume d'une masse de sable déposée au fond d'un vase que l'on remplit d'eau. ET D'HISTOIRE NATURELLE. 253 2". Que tout nous porte k croire que cette propriété, qui est un des principaux carac'èrcs ùu calorique, est duo à celle qu'ont ses propres moléci -les , de se repoiisser miituellcment. Il rëpnjrne d'autant moins d'admettre une teTiLt réj)ulsion , qu'elle s'i:l)serve dans l'électricité, dont ks phénomènes seinhlent dûs àun iluide particulier qui paroît jouir de celte faculté répulsive , et qui a une grande analogie avec le calorique , dont il n'est peut-être qu'une modification. 3". Enfin , que d'ailleurs rien n'empêche d'admettre l'élasticité du calorique conmie un fait duquel on part , comme d'un prin- cipe incontestable. N'en use-t-on pas de même à légard de la gravitation , dont nous ignorons entièrement Li cause f Et ne sait-on pas , d'un autre côté , que la meilleure manière de rai- sonner en physique , est de prendre certains faits principaux pour base , et d'en faire décoxiler tous les pliénomènes du même genre ? D'après ces oliservations , commençons donc par voir com- ment le calorique agit sur les corps. L'affinité qu'il exerce sur leurs molécules , et réciproquement celle de ces mêmes molécules pour le calorique est démontrée généralement par la facidlé qu'a ce fluide de les dilater tous plus ou moins, selon toutes leurs dimensions , lorsqu'on les expose à une température plus élevée que celle qu'ils ontj et il se comporte , à cet égard , exactement de la même manière que l'eau par rapport à l'éponge que pénètre ce dernier Tupide. Cette affinité du calorii|ue est variable pour les différenscorps; mais , quelle que soit la loi (pi'elle suive, quelle que soit celle qu'observent les affinités propres des corps , il est certain que , pour une même substance, ces forces diminuent à mesure que la distance augmente , et qu'il est un terme au-delà duquel elles cessent d'exercer leur action. D'un autre côté , tout nous induit à penser qu'il n'y a aucun corps dont les molécules commencent à agir les unes sur les autres à une distance aussi grande que celle à laquelle elles peuvent agir sur le calorique. Cela posé , concevons d'abord , avec Monge , qu'une quantité donnée de calorique soit renfermée dans un récipient , d'où il ne puisse sortir , et qui soit incapable d'agir sur lui: ce fluide, en vertu de l'élasticité qui lui est propre, s'y ré])andra d'.dDord par- tout également ; mais si l'on y fait entrer une molécule de matière, les choses se passeront différemment. Le calori(pie qui est éuii- nemment compressible , se condensera inég dément tout au tour de la molécule , en vertu de l'action inégale qu'elle exerce sur les parties de ce fluide, ([uicn sont différemment éloignées : de sorte qu'elle sera environnée "d'une espèce d'atmosphère ignée , dont 254 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE les diverses covclies iront sans cesse , croissant en densité , à mesure qu'elles a]i|)rot:lieroiit de la molécule. Enfin, cette atmos- phère sera exactement, à l'égard f!e la molécule , ce qu'est l'at- mosphère terrestre par rapjmrt à notre globe , et sa liniite sera cléteniiince là où le rayon d'activité de la molécule est tel que l'actlou qu'elle exerce sur le cilorlque, est égale au ressort de ce fluide. Iin.igii'ons ensuite , dans le même récipient, une seconde mo- lécule semlilable à la première , tout se passera encore de la même manière; et, tant qii'elles seront éloignées l'une de l'autre d'une quantité égale au diamètre de leurs atmosphères , ou d'une tjuan- tité pkis grande , il n'y aura rien de changé , si ce n'est dans la température. Tout étant parvenu à l'éqviilibre, si, par un moyeri quelconque , on rapproche les molécules a une distance qui soit moindre (jue ce même diamètre , leurs atmosphères se compri- meront récijiroqucment de la manière que l'indique la figure i , pi. i ; et IfS panies par lesquelles elles se touchent , prendront d'abord par-là une température plus élevée qu'aiiparavant, et qui ne pourra plus faire équilibre à la température du reste de la capacité du récipient. D'où il suit que ces parties , jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli , se dépouilleront d'une portion de calorique qui se répandra dans le récipient , et à laquelle parti- ciperont les autres j^arties de ces atmosphères. De plus , si le rapprochement des molécules se fait doucement, le phénomène précèdent pourra se passer paisiblement; mais s'il s'opère subitement, et que les molécules soient amenées au con- tact , alors le caloiique qui sera exprimé en grande quantité , se dégagera avec une force égale à celle f|ui le comprimoit , et capable de briser les parois du récipient, s'ils ne lui opposent pas une résistance suffisante. De-là viennent , en grande partie, les détonnations violentes que produisent plusieurs substan- ces que l'on soumet à la percussion du marteau , telles que celles du muriate suroxigéné de jjotasse. La poudre à canon elle-même doit particulièrement sa grande propriété de détonner à un sendilable dégagement de calorique qui, auparavant, étoit très-comjjrimé. En effet, on sait que les sels, en cristallisant dans l'eau qui les tient en dissolution , se précipitent toujours saturés de leur dissolvant , et cette eau saturante se nomme eau de cristallisation. Il en est de même des substances gazeuses , c'est-à-dire , dissoutes par le calorirpie , lorsqu'elles passent à l'état liqtiide ou solide : alors elles entraînent avec elles ime grande quantité de calorique dont elles se saturent , qui doit se trouver dans un grand état de conipression , et que l'on peu! E T D'HISTOI RE NATUR E L LE. 255 nomvacT calorique de saturation , expression analopjne à celle d'eau de cristallisation ; et c'est ce qui arrive à l'az.ote et i l'oxigèiie, en passant de l'état de gaz à l'état solide que prennent ces substances dans le nitre. Cela posé, lorsqu'on porte une étin- celle dans un mélange de nitre , de charbon et de soui're , qui cons- tituent la poudre à canon , la petite portion de nitre qii'elle frappe épi'ouve une température capable de rompre la combinaison de ses principes , dont l'oxigène s'unit au soufre et au charbon. D'un autre cûté , le calorique de saturation , qui ne peut plus subsister dans l'état de compression oùilétoit auparavant, parce qiie l'équilibre est rompu , devient en partie lilire , et produit le phénomène de la flamme. L'autre partie est employée et suffit à la formation du ga/. azote , du gaz aciile carbonique , et peut-être du gaz acide sulfureux ([ui se dégagent. Je dis suffit, parce cju'il faut moins de calorltpie à la fluidlié élastique de ces deux ilerniers gaz (ju'à celle du giz o^igène qui a concouru à former le calo- ri(iue de saturation. Enliii , on voit que le caloi'ique libre qui sa dégage dans cette opération , doit contribuer au phénomène de détonnation plus que les divers gaz (pu en sont le résidtat. Ce n'est pas tout : les molécules étant supposées à la distance où les présente la figure , le segment mnoin retiendra plus de calorique que n'en comporte la seule action de la molécule A : de même le segment mnpiii, plus qu'en n'ayant égard qu'à celle de la seule molécule B, puisfjue cha(]ue point de ces segnuns étant soumis en môme-temps i î'aclion des deux molécules, il doit en résulter que ce fluide y est plus comprimé c[u'auparavaut , et il se maintiendra dans cet état de compression , tant tpie sidjsistera la force qui sollicite le rapprochement des molécules. Si elles sont alors parvenues à la distance à laquelle elles agissent l'une sur l'autre , et c[ue l'on vienne ensuite à les abandonner à elles-mêmes , il peut arriver que l'action qu'elles exercent en- tr'elles soit plus grande ou plus petite que la force avec laquelle letirs atmosphères tendent à se -estituer. Dans le premier cas, le système conservera son état actuel : dans le second , au contraire , il reprendra son premier état ; et c'est en cela particulièrement <|ue paroissent consister la plupart des phénomènes d'élasticité que présentent les corps. Enfin , ce que l'on dit de deux molécides peut s'appliquer à un plus grand nombre , et ces diverses hypothèses nous ramonent naturellement à l'exemple d'un corps dont toutes les molécules sont séparées les unes des autres par une certaine quantité de calorique. Voyons à présent ce qui se passe , soit dans les cir- constances où l'élastii-ité d'un tel corps pe^it se manifester , soit »56 JOUFlNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE dans l'emploi des moyens propres à augmenter ou à faire naître cette propriété. lo. Ces circonstances sont principalement la compression , le clioc et la flexion. Dans toutes ces opérations on tend à séparer quel(iuts-u)ies des parties du corps , et si l'on ne fait qu'un médiocre elï'ort , il peut an'lver |H)r:er chacun d'eux esf moins co- sidéralilc. D'oii il suit que i'<.)ii peut affirmer qu'on, seroit dussi ]uirliii:eiueiit couché sur nu lit il'acier trempé que sur le nuillcur duvet , .s'il étoit possible de lui tionuer une forme telle i|ue toutes les parties du corps reposassent sur autant de parties métalli(|ue.<. La plupart des métaux jouissent partîcul èrement de cttte pro- priété , mais ils présentent des phénom-^iies diiférens, selon l'état où ils se trouvent. Si l'on prend , par exeiui)!e , une lame de cuivre non - é':rouie , et qu'on 1 1 fasse plier, elle reste sensible- ment dans l'état où la met la flexion , ])arce (jue les molécules de la partie concave se rapprochant, elles expriment la portion de calorique qui tient le moins à chacune d'elles ; car l'oijserva- tion nous apprend que si l'on plie plusieurs fois sur lui - même un ill iriétallique, il s'échauflé d'une manière sensible. Quant, à l'aiiire portion de calorique qui reste , elle se trouve à la vérité plus comprimée qu'auparavant ]iar un effet du lajîprochcment des mêmes molécules ; mais l'excès de ressort (jn'r.cijuiert parTlà ce fluide , est contrebalancé par l'excès d'adliéreiice que ces jnêmes molécules contractent par le rapprochement : de sorte fjii'il n'y a pas de raison pour que le nouvel état dans lequel elles se trouvent éprouve quelqvie cnangement. Il n'en est pas de même, lorsque la lame a subi la percussion du marteau , ou qu'elle a passé au laminoire , à la filière , etc. Ces opérations, en expriment une quantité considérable de ca,- lorique , qui se manifeste par une très-haute température ; et la portion de fluide qui reste et qui tient aux molécides plus forte- ment que n'y tenoit celle qui en est sortie, se trouve dans un grand état de compression. Lorsqu'on vient ensuite à j.lier une telle lame, le calorique interposé dans la partie concave est par-lti encore plus comprimé ; et l'excès de ressort qu'il acquiert n'est plus comjjensé ])ar l'excès d'adhérence que les molécules reçoi- vent de leur rapprochement ; parce que ce fluide, qui est la portion qui y tit-nt avec le plus de force , n'est pas sensiblement exprimé ])ar la flexion , comme dans le cas précédent •• de sorte que , loisqu'on abandonne la lame à elle-même , le calorique qui tend à se restituer , la ramène dans son premier état. Outre ces circonstances dans lesquelles se produisent les phé- nomènes de l'élasticité, on sait encore qu'ils se manifestent dans le tiraillement qu'on fait éprouver aux diverses parties d'un corps. Si , par exemple , on prend par le milieu un long tube de verre, dont une des es-trémités soit tenrùnée par une boule de même ET D'HISTOIRE NATURE LLE. aoj îiatùre , et que vers l'autre extrémité on fasse glisser sur sa sur- face une éponge ou un linge mouillés , il fait dans le sens de sa longueur des vibrations qui produisent des sons harmoniques , dont l'éclat surpasse de Ijeaucoup l'eiFet qu'on peut obtenir de nos instrumens : et cette observation peut fournir l'idée d'en exécuter un qui seroit très-propre à augmenter la inajesté do nos grandes fêtes nationales, parce que, indépendamment de la beauté des sons qu'il produiroit , il se feroit entendre à une dis- tance considérable. Quoi qu'il en soit , dans le cas dont il s'agit , les molécules du tube qui , par l'extension (ju'il éprouve , ont quitté la posilion qui convient à leur équilibre , tendent à reprendre cette position et à se rapprocher de nouveau , lorsqu'on les abandonne a elles-mêmes ; et , comme en vertu du mouve- ment acquis , elles se portent au-delà du terme d'où elles sont parties , il en résulte dans le caloricpie interposé une compres- sion plus grande que dans l'état d'équilibre. Ce lluide venant ensuite à se restituer avec la même force qui l'a comprimé , repousse les deux parties du tube à la distance où les avoit mises l'extension , ainsi de suite ; ce qui établit , dans le sens do la longueur du tube, un mouvement d'oscillation ,.(pii continue jus(|u'à ce qu'il soit entièrement détruit par la résistance de l'air. Ce n'est peut-être pas tout-à-fait ainsi que se passent les phé- nomènes que présentent les cloches et les cordes vibrantes. Eu effet, lorsque l'on pince, par exemple , une corde à Ijoyaux, qui est tendue entre deux points fixes , et qu'on en distend toutes les parties , en les éloignant de la ligne de repos ; dans ce cas , comme dans le précédent , les molécules abandonnées à elles-mêmes tendent , en vertu de ce qu'elles ne sont pas hors do leur sphère d'activité , à se rapprocher de nouveau et à reprendre la position (|ui convient à leur équilibre : ce qui ne peut se faire sans que la corde se raccourcisse , et par conséquent que ses molécules n'acquièrent une vitesse perpendiculaire à sa position primitive. Alors , en vertu de cette vitesse acquise , elles se portent au-delà de la ligne de repos , de manière que la corde prend , comme on sait , une ligure parfaitement égale à celle de l'état initial , mais dans une situation ojiposée ; et elle oscille ainsi sans cesse , jusqu'à ce que son mouvement soit anéanti par les résistances. Il en est à-peu-près de même d'une cloche que l'on met en vibration, et dans laquelle chacun des anneaux, dont on peut la regarder comme couiposée , se divise en quatre parties qui osrilent autour de quatre nœuds. On voit , d'après l'explication de ces derniers phénomènes , eut les rendre plus flexibles en les amincissant , parce C|ue leurs molécules ont à céder à un moindre écart iien- dant la flexion. De-là vient que, si l'on essaie de courber une lame de verre qui est tiès-dui'e , très-cassante , elle ne fléchit que très-peu ,. mais se restitue avec une grande promjititude ; et que , si on la convertit en une multitude de fils très-lins , ceux- ei acquièrent par - là une souplesse qui approche de celle dm (fheveu. ET D'H1ST,0IRE NAX.UIi ELL E., 2.61 On voit par-là qu'il y a deux choses très-distinctçs à considérer dans l'élasticité des corps , la rapidité des excursions des parties mises en niouvement , et la grandeur de ces mêmes excursions , laquelle dépciid de Lur llexibilité ; et que c'est particulièrement au premier de ces élémens qu'il faut avoir égard dans la pro- priété dont il est question , lorsqu'on l'envisage d'une manière absolue. Mais , lorsqu'on la considère relativement aux besoins' auxquels elle s'apjjlique, c'est proprement dans le rapport de ces, ihêmes élémens que consiste l'intensité plus ou moins grande de cette même propriété..; Le rapprochement des molécnles d'nn corps peut s'opérer, non - seulement par des moyens comprimans , mais encore à l'aide de certaines circonstances quilel'avorisentJ C'est ainsi qu'on parvient à renthe la ])lupart des métaux jilus durs çt ])lus élasti- ques , en les alliant ejisemble , paixe que la condition nécessaire il la combinaison de deux substances, est que la tendance de de l'une ])our l'autre soit plus grande que la somme des forces €[ui enchaînent les molécules de chacune d'elles ; d'où il suit que le contact des molécules de l'alliage est plus intime qu'avant la cojnbinaison. Si par-là ils deviennent quelquefois cassans , c'est tpi'alors ce contact est jtlus rigoureux. C'est encore ainsi que , si l'on fait subir l'opération de la trempe à une lame d'acier , elle acquiert , comme on sait, une dureté qui la rend cipable d'attatpter la plupart des substances de la nature, et elle devient en même-temps très-élasii(fue et très-cassante. On parvient à lui restituer de la flexibilité , sans lui ôter beaucoup de son élasti- cité , en lui donnant un peu de recuit , c'est-à-dire , en l'exposant à un feu modéré , et en la laissant refroidir lent.nnent. Il arrive, dans ce cas, que ses molécules, d'aijord un peu dilatées, se condensent ensuite librement et sans, accélération , en ne cédant qu'à leur propre action ; ce qui produit un rapprochement moin- dre que lorsque le refi'oidissement est suint , et d'où résulte , par eonsécjucnt, une ]Aus grande flexibilité qxi'après la tremjie. Si de deux tinirbres , l'un d'acier doux , et l'autre d'acier trempé .. eelui-ci est beaucoup moins sonore , quoiipie doué d'une plus grande éListicité , c'est e à base de pétrosilesp , quoif|ù'iI ne paraît pas (fuexîetle dénomuiadou puisse leur convenir , vu la grande différence eiitr'. 'Iles et un pétrosilex primitif. Il est bon de remarquer chaipie petite nuance entre les roches de la formation basaltique , sur-toirt dans ces contrées si problématitjucs et si embrouillées Les matières contenues dans de telles roches sont toujours différentes, si celles-ci le sont entr'elles: Où voit -on dé plus grands cristaux de leixcites , (|ue justeméirt dans cette masse de Borglietto ? La plupart ont un diarnè'Ére de 5 lignes , et il n'est pas rare d'en trouver de 8 à lo lignes. Ils COTitiennent presque toujours un point noir au centre , autour duquel le cristal paroît s'être formé, qui pour- tant, ce qui est très-singulier , n'est pas cohérent avec la masse de la leucite. Jl y a toujours un petit vide entre deux , et la '^H JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE matière noire ne touche la Icucite qu'en peu de points , comme si elle l'avoit repoussée. De la cire l'ondue se rel'roidiroit d'une telle manière autour d'un î^rain de l'er rougi au feu. On reniarcpe très-facilement, par une couleur blanche-jaunâtre plus ou moins ioncéa , cjue la leucite entoure ce point en couches ties-nûnccs, qui ont la forme d'un polyèdre octogone , provenant de la coupe «des cristaux , dont la cristallisation ne paroit jamais êti'e modiliée. En admettant que la leucite étoit antérieure à la masse qui la ren- ferme, ilfautendire autant de ce point d'appui, qui ne manque <[ue rarement dans ces cristaux ; mais souvent , quand ce point étoit trop grand, la leucite n'a pas été en état de l'entourer en- tièrement , et c'est alors qu'on le voit adhérent à toute la roche même , dont il ne dillère pas. J'ai , de plus , rejnarqué sou- vent qu'un cristal du pyroxène de Haiiy , prenoit la place de ce point informe , et souvent même ses deux extrémités passoient la leucite (jui , plus ronde et courte que lui , ne l'entouroit qu'à moitié. La formation djs la leucite devolt donc ôtie bien posté- rieure à celle du:])yroxène. ; 1 / La roche n'est jias tout-à-fait corapadte '. elle contient quantité de trous, ronds quand ils sont petits, très-alongés , quand ils ont plus de grandeur ; preuve qu'ils se sont formés , en effet , dans une jnasse coulante , qui emporte la bulle de gaz , qui cher- che à s'échapper dans la direction de son cours , mais qui ne peut agir sirr laforme des petites bulles, vu qu'elles les emportent tout- à-fait. Or , les leucites qui se trouvent entre ses petits trous sont l'ondes , toutes leurs faces sont égales ; uiais celles cpii sont voisines des vides alongés , sont constamjnent alongés elles-mêmes dans la même direction. Ce phénomène est des plus singuliers , et mérite une attention particulière ; la constance du fait prouve qu'il n'y a aucun accident qui l'ait produit , et qu'il doit y avoir un rapport entre les vides et l'alougement de la leucite qui les environne. Ces leucites ont les angles nets , les faces très-bien prononcées. Il ne paroît donc pas (|u'on puisse imaginer la leucite préexistante , fondue et entraînée comme le gaz dans le vide ; car dans ce cas toute la forme du cristal auroit été dé- truite; on n'auroit vu qu'un globule informe ou rond,, au lieu du polyèdre octogone alongé , qui ne se méconijpît jamais , pas même les couches concentritpies qui entourent le noyavi noir au milieu. Il paroît donc évident que les jjariies constituantes de la leucite se rassemblèrent et sortirent de la lave , pendant qu'elle couloit , et que le mouvement composé de cette substance dans le sens du courant et vers le centre de criitalUsqJtiofi,^, luia^.g^t prendre celte forme alongée. ^^ .,r 'j_ .-:/;, i ..,j. ET D'HISTOIRE NATUREL LE; '-••65 II est aisé de faire encore quantité de réflexions sur ces lieux , qui jamais ne seront trop favorables à l'opinion , que la leucite n'a été qii'enveloj)])ée dans la masse qui la renferme. J'en réserve la plus grande partie pour le récit de nies Observations iiibiéralo- giques , sur toute cette partie du territoire romain , que je me propose de publier. J'oljserverai pourtant encore , qu'il est in- concevai)le , en admettant cette préexistence , comment cette immense quantité de leucite a pu se répandre si uniformément dans une masse qui , certes , n'a jamais été si fluide , (ju'elle l'au- roit pu percer par sa pesanteur spécifique. Il est inconcevable comment cette leucite a jni si bien conserver la forme de ces cristaux , sans altération ni d'angles , ni de faces. Qu'on ne m'al- lègue point les cristaux très-bien conservés de vésuvienne , jetés par le grand cratère du ^^ésuve , et qui n'ont encore jamais été cru volcaniques. Ils ne sont ni si fréquens , ni si isolés que les leucites , et ils se trouvent toujours en groui>es dans di'îérens autres minéraux primitifs, qui les ont mis à l'abri des effets des- tructeurs de la chaleur du volcan , et du choc qui les a lancés hors du cratère. En recherchant les différences des laves du Vésuve de diffé- rentes époques, j'eus le Ijonheur d'observer un phénomène, qui paroît démontrer la formation volcanique de la leucite , d'une manière bien plus évidente encore que toutes les singularités que présente la leucite de Borghetto. J'avois remarqué que ni la lave sous Lujuelle , en 1794» f"t ensevelie la malheureuse ville de Torre del Greco , ni celle de 1760 , qui sortit , comme elle , de huit petits volcans au pied du Vésuve , et qui coula vers la mer, près de la Torre dell' Annunziata , ne contenoient aucune trace de leucite , ni même une seiile lame brillante dans la masse noire , qui ajiproche tant des basaltes d'Allemagne. J'étois presque t«nté tle croire que les courans de laves modernes ne contenoient jamais ce fossile singulier. Je fus donc bien frappé, en montant au grand cratère , de trouver dans les deux courans de 1767 et de 1779, dont le dernier coula sur l'autre, un grand nombre de petites taches blanches , et une plus grande (juantité encore de petits points brillads parsemés par toute la misse de la lave. Une loupe médiocre montra d'aijord que lestaclies blanclies étoient évi- demment des leucites bien cristallisées, et que les points brillans n'en étoient pas moins. Ces deiniers sont tout-à-fait transparens , et paroissent avoir la couleur noire de la lave cju'on voit à travers d'eux. Leur éclat les distingue , et fait remarquer leur forme pol vè- dre. On pounsuit ces poijits jusqu'à une petitesse où ils se perdent absolument à la vue. Une loupe jdus forte en fait voir de plus Torae /T. VENDEMIAIRE fl« 8. Max 2.66 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE petites encore : et de l'autre côté ils s'agrandissent , jnscin'à ce que l'œil non armé même n'ait plus de doute sur leur nature' de leiicite. Ne voit- on donc pas ici, avec évidence , comme la leuclle sortit peu-à-]ieu de la masse de la lave ? Comment concevoir une préexistence de tant de millions de si petits cristaux , qu'à peine on les reconnoî't? Assurément ce ne sont point des débris de cristaux détruits ; leur forme régulière est trop marqviée , et ils n'auroient pu conserver ni transparence , ni éclat. On pourroit croire, avec la même raison , les jolis jjetits cristaux de l'eld-spath que le citoyen Brochant a découverts dans la pierre calcaire com- pacte duBonlioinme , département du Mont-Blanc , préexistatls à cette roche, qui les renferme , qnoique chacun trouveroit , dans ce (as, cette opinion singidière et inadmissible. Je ne crois donc pas qu'on jniisse encore trouver des misons contre cctLe origine volcaniipie de la kiicite , après avoir exa- miné attentivement ces deux courans , dont les haliitans de ces contrées se souviennent très-Ijien encore. Le premier , celui de 1767 , ayant menacé la ville de l'orticl et celle de Naples même ; le second ayant été accompagné d'une si énorme quantité de cendres , qu'on avoit lieu de craindre le sort de tant de villes enterrées autour de ce volcan dévastateur. Mais , pourquoi ne trouve-t-on ])ns des leuciles de cette gran- deur et beauté dans les laves modernes , que nous remarquons dans des courans anciens , et sur-tout dai]s ceux dont nous igno- rons aljsolument la date f Le fait est des plus singuliers , et mérite toute noti'e attention. Les courans de laves qui , sortis du Vésuve, ont])eu-à-peu reculé la mer, et le font encore sans cesse, quoiqu'ils contiennent la leucite plus distinctement que ces deux laves, desquels nous avons parlé tantôt ; ceux, par exemple , qui forment des promontoires le long de la côte, depuis le jjont delà ivlagdcleine jusqu'au-delà de la Favorite, à Résina, dont on croit la plupart de laterril>le éruption de 1601 : ils ne peuvent jamais se comparer avec les roches de la Rocca Moulina , près de Pessa ; avec les roches de Velletrietdi Albiino ; avec ceyx des environs de Viterbe , de Caprarnola ou d'Orviett^ , ou Hvec les li.isaltes d'Acquapendente, ayant regard aux leucltes qu'ils ren- itrinent. lireibLick, dans sa Topographie Physique de Naples , demande, si le fover du Vésuve nese trouva peut-être pas autrefois dan^ime rochepleine deleucites; qu'il a maintenant passé cettero- che, etjjrijle dans une avitre, qui contientdes pyroxènesf J\îais, où trouverons-nous au monde (jiud'jii'analogiL- pour de telles roches.'' Elles doivent nécessairement gu.?r sous 1 ? granité , car tout ce que nous connolssons depuis le granité , jusqu'à la roche calcaire ET D'HJ;5 T.OiIiJl^E; î{A;T,U'Ii.î^î^'JjPor. <-'^^7 compacte, sur lagviqlle Jss:psei,iijièr(?^4*ve5.ds.;;V4'ij^ive Qnt;.,6Qji- lé., n'a aucun rapport .aypcc<;s' ^0Grl4^ jilewtts iie lovfcites et.ila pyroxènes. Et on n'a qu'à.j^liei' un coup-(i'pîJl,^ttieiiùf sur o^He progression admirable tle crist/ilfeatiou parfaite flfijKS les «raui tç.s , par les roches, niicacéea;et salùsteuse^,.^ jjigqu'auix i'oruifitip.jijS ^îiu- xeiucnt accumulées pa,v des. iinaÉièips clifl-çriées des'Iplus llm.u,çs montagnes ; progression qui,fst inclubitableraeutdans'la natui-e, et (|ui n'est pas la suite d'unç belle méditaticindaiis le cabinet,, et l'on se convaijicra de l'invraisemblance d'une t^oche ds telL/j natiwe y encore sous les gratiits , en cas (ju'oji ne, VjOuiût pas avoir égard à ces raisons , q^ui s'o]iposent %\ fbrtenieTttjCmitre toute admission de ibyers très.-projonds dans les volcans. Mai|S observons de plus, près I9. nature des rocliiég qui, à présent ,■ .en,- veloppent ces matières , et leur gissement. Les laves de 1760 et de 1794 sortirent avec inijiétuosite des bouches qu'elles s'ouvrirent elles-mêmes aux côtés du volcan , et elles cherchèrent avec une ra- pidité étonnante àgagner la mer. Ces deux çourahs , comme nous l'avons remarqué , ne contiennent aucuiie trace.de leiucite. Les deux courans de 1767 et, de 1779;, qulsontrrempUsdei.eeg leuçites niicroscopi(|ues,, sortirent ducûtéioGeidentaldjiC.ônej luAÙ,, ayant atteint le pied de ce cône , leur couES se rallentit sur cette sorte de plaine , cette horrible mer de lave , couverte dé .glaçons arides, entortillés , noirs et spongieux , entre le Vésiive et le mont Sonnna ; et ce cours ne pouvoit reprendre plus de vi-vaçilé t|u'au moment que la lave ae jeta dans luié prblbnde vallée , sous riiermitage , pour atteindre par elle la plaine 'de Mavirp et de Por- tici , surlaquclle elle se répandit encore trois jours de suite. Ces courans , en les observant de la crête du grand cratère,, pai^ois- sèiit des fils noirs attachés aux bouchç^ qui les yomir.ent , et aboutissans à Ja plaine o,u à la côte de la mer. .Leiir largeur diiS^ paroît presqu'absolument contre la longueur. On les, voit svijvre absolume^it toutes les lois des li.c|uides ; xls se jettent dli Iva^uf, vejp lebas ;, et . •: -iii-,. .:)! Les liives antiques , celles sur-tOMit qiui'Contisimjcnt'dp hien «rosses- leueites , ne présentent rien de tout ,ceila.,Ce sont de? grandes masses qui couvrent une grande 6uriace;d.q,}je;:reiu avec M m 2 2-6S JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE presqu'égales dimensions de largeur et de longueur , qui souvent lonnent des érainences , des hauteurs , des montagnes même , et qui , par conséquent manquent absolument de tout caractère de courant. C'est ainsi que le basalte de Frascatl et d'Albano couvre un terrein de plus de 60 milles quarrés italiens ; que la roclie de leucite de Rocca di Papa , et du monte Cavo , s'élève de plus de aSoo jiieds sur la plaine ; que tout le territoire entre Civita Castellana , Caprancolo , Viterbe , paroît couvert d'une couche uniforme de basalte ou de lave Il est donc bien diflicile de s'imaginer leur origine , comme celle d'un courant du Vésuve ; si ce sont des laves iluides ( ce qui paroît très -vraisemblable ) , elles doivent avoir été formées d'une manière bien difïércnte ([ue celles qui ont élevé le Vésuve ; et si cela est , doit-on s'étonner d'y voir la leucite d'une manici-o si dilïérente de celle des laves de nos jours ? Peut-être cpie ce minéral, pour se former dans la masse liquide , eut besoin d'un long état de fluidité , étant en même - temps en contact avec l'atmosphère, et une sorte de repos, pour que ses parties cons- tituantes pussent se rapprocher et se ranger selon les lois in- connues de la cristallisation. Il paroît cpie ces circonstances se sont trouvées plus réunies dans les soi-disant laves anticjues , celles dont Je gissement ne permet pas de penser à un courant formé par elles ; et il semble , en effet, que la leucite s'agrandit autant qu'on la cherche dans une roche plus ancienne. Je ne connois point de basalte dans l'Italie inférieure , qui soit plus ancien que celui qui se trouve presque enveloppé de la roche calcaire d'Acquapendente , et dont la formation ne paroît du moins pas être très-postérieure à celle de ces masses calcaires mêmes. Mais il est aussi sûr qu'on ne trouve nulle part de plus gros cristaux de leucite , que justement à Acquapendente, Les laves qui constituent le mont Somma, sont connues par la quantité de leucites qu'elles renferment , et elles n'y sont pas petites. Mais ces laves , et celles qu'on trouve sous les bâtimens de Pompeia , et qui peut-être appartiennent plus proprement au Vésuve que celles de Somma , furent lancées d'un cratère bien différent de celui d'à-présent , et d'un volcan qui présentoit des phénomènes nullement ressemblans à ceux d'anjourd'hui. Le Vésuve paroît s'enflammer de plus en plus ; il précipite ses érup- tions , et ses productions en sont moins variées. Il paroît (pi'il fut dans un état de tran(|uillité , avant la grande éruption , sons Titus , comme de nos jours la Rocca. Moulina , ou le lac de Nemi, près de Rome. Ses premiers vomissemens ne furent que des cendres , des morceaux de pierre - ponce et de rapilli , ET D'HISTOIRE NATURELLE. :^<> et chacune fut éloignée de l'autre de plusieurs siècles entiers. Ce n'est rpe pendant sa septième éruption , en février io36 , qu'on en vit sortir le premier torrent de lave , un feu hitumi- reux , comme s'expriment les auteurs contemporains. Ces Lives , et celles rpii suivirent celles-ci, formèrent encore de Ijelles leucites. Un grand repos de deux siècles annonça la terrible éruption de i63i : le volcan parolssoit éteint de nouveau, et les habitans ne le craignoient plus. Mais de])uis ce temps , et plus encore de- puis i6i;4 > on n'a point vu passer deux années sans éruption , grande ou petite ; et un repos de cinq années consécutives , depuis 1794 , est un phénomène inouï depuis i5o ans. Mais c'est anssi depuis ce temps , qu'on ne voit plus de leucites comme celles des laves de Somma. Le volcan jiaroit s'étendre , s'en- flammer journelleuicnt , et ses productions en deviennent plus uniformes. Les laves de Somma ne paroissent point être des courans; elles reposent en couches l'une sur l'autre ( phénomène qui les dis- tingne infiniment des matières volcani([ues de la liomanie }. L'intérieur du cône du Vésuve auroit vraisemblablement le même aspect , car on voit distinctement des couches de laves solides aux parois du cratère. Le côté intérieur de Somma , for- mant jadis un tel ])arois , fut élevé, comme le cône actuel , de laves , qui s'élevèrent jusqu'au haut du cratère et se placèrent là sur des laves anciennes , avant que la force des fluides aérifor- mes , enfermée sous elle , pût percer et crever la montagne, où celle-ci résistoit moins à leur sortie. Il est donc très-possible que la leucite ait trouvé ici plus de repos ou plus de circonstances favorables à sa formation. Il y a peu de phénomènes qui m'aient tant frappé que celuî-ci : des masses rejetées par le Vésuve ; ces grosses pierres , dans lesquelles la quantité de cristaux de leucite paroît souvent faire une pâte , qui enveloppe des cristaux de ])yroxène ; des pierres, qui jamais ne se trouvent comme lave coulante , ni même quel- que chose de semblable, ces masses étoient fondues ou prêtes k couler elles-mêmes lorsqu'elles sortirent du cratère. On peut les manier comme de l'argille baignée, et on y remanjue une variété étonnante en grandeur et mélanges de leucites. Si ce minéral eût été arraché d'une roche, qui le contenoit avant l'existence des feux souterreins , comment s'expliquer sur ce phénomène ? Que ces masses ne forment jamais des courans ; mais que constam- ment elles se trouvent en grosses pierres rejettées ; tout cela nous mène ù croire que la leucite ne se l'orme pas même dans l'inté- rieur du volcan 5 mais que cette formation a besoin d'iuie substance i 27^ JOURNAL DE PIIYSIQUK, DE ÇHIIVflE mii ne paroît se trouver qu'à la surface , et qu'elle trouve peut-^ être dans le contact avec l'atmosplière. Il est donc possible qu'elle se forme en plus grande quantité dans la couche supérieure de la lave élevée dans le cratère , ([ui brise par les gaz qui s'échap- pent , est lancé en gros morceaux et en blocs de la pesanteur de )lusieurs quintaux quelquefois. Cette idée exige pourtant encore i confirmation d'un observateur attentif. Qu'onne se liâtejjas de prononcer, en voyant la quantité de leuci- tes qui paroissent être semées entre Frascati, Albano et Rome! Qu'on ne s'imagine pas y trouver les restes de cette prétendue roche de leucite qui, détruite par les feux souterreins , a laissé les cristaux non-fondus, incohérens, dispersés sur toute la contrée. J'ai fait voir , dans un mémoire sur la Constitution physique de la plaine de Rome , que cette ])laine ne peut absolument pas être regardée comme prhnitivement volcanirpie ; que toutes les matières qu'elle contient, ces différentes sortes de tufs, y ont été amenés et dé- posés par les eaux, et que, ([uoiqu'ils puissent très-l)ien devoir leur origine à des volcans , ils sont pourtant bien éloignés pré- sentement des lieux qui les ont vu naître. Ces levicltes s'y trou- vent là , sous des formes de décomposition très-variées. Presque tous les cristaux sont entourés d'une farine blanche, opac|ue , mais qvii se détache facilement et laisse un noyau transparent , brillant , et qui a exactement la raôme forme que le tont aupa- ravant 5 preuve certaine de la formation en couches concentri- ques du fossile autour d'un milieu. Il y a quehjues roches de tuf près de Kome, entr'autres celles qui reposent sous le Travertin , vers la fontaine Acidulé au bord du Tibre , qui ne contiennent plus qu'un noyau transparent presqu'iniperceptible dans un grand cristal larineux ; mais dans le tuf ordinaire , dans cette couche qui s'étend sur. toute la plaine autour de la ville ; on ne voit que des taches blanches informes ; tant la leucite a été décomposée par le l'oulement , les eaux et l'atmosjjhère. Les mélanides et les pyroxènes sont totalement exemptes de cette décomposition su- bite. Elles sont aussi fraîches dans le tuf que dans le peperin d' Albano. Seroit-ce la potasse cpii entre dans les parties consti- tuantes delà leucite , qui occiisionneroit ce phénomène ? On pourroit tirer nombre d'objections contre la volcanicité de la leucite du peperin d'Aibano , de Marino et de Frascali ; et quoiqu'il seroit possible d'y répondre et de les écarter, je con- viens pourtant, c|u'en général , je ne conçois la formation du peperin ni de manière vulcanifpre , ni par une voie neptunienne. ET D'HISTOIRE NATURELLE. a/J DE L'ACTION DU FROID SUR L'ACIDE ACÉTEUXj Par P lî R È s. J'ai dlslilk' , dans une cornne de verre, à une douce chaleur , uii kilogramme de jjon 'vinaigre blanc, qui avoit été exposé la veille au froid extraordinaire cjue nous ressentîmes à Milan, le 6 nivôse dernier. Quand un peu plus de la moitié eût passé dans le récipient que j'avois , auparavant , couvert de neige , on déluta l'ajjpareil et on redistllla le produit, en rejettant le résidu, ainsi successivement , et prenant toujours les mômes précautions , jus(pi'à six l'ois.tLes propriétés du dernier produit que nous ob^ tînmes , étoient celles-ci : il avoit un œil laiteux , une odeur pi- quante , une saveur acide, une pesanteur sjiécifique égale , à ce que je pus voir avec la main et à l'œil , à celle de ralcool. On mit ce produit dans une bouteille à long col , et on le laissa re- poser pendant vingt-rpiatre heures ; il s'étoit rassemblé , au bout de ce temps , au haut du vase , une liqueur blanche , huileuse , qui surnageoit le reste, (jui avoit encore cependant une apparence laiteuse , quoiqu'il ne se séparât ])lns rien. Il s'étoit précipité aussi une substance lilanche , lamelleuse , soTid)lable à des écailles d'épiderme , que je ne ]ius examiner faute de moyens. On ob- serve une semblable jiré. i])itatiou quand on préjiare la liqueur d' Hoffmann, avec de l'alcool distillé dejîius peu de temps. Cette liqiieur surnageante, sépaiée ]5ar un syphon, pesoit deux grammes et demi. Sa facidté de s'tnflammer , quand on en ap- prochoit une ijougie , me la fit reconnoître pour être de véri- table éther, en tout semblable à celui que l'on retire en distillant de l'alcool av(c de l'acide sulfurlque ; car, il est évident , pour le dire en passant, d'après la connoissance que nous avons à présent de l'action de l'acide sulfurique sur les matières végé- tales, et celle phis moderne encore, et qui m'est due, de la diiférence de nature des acides acétiques b^ acéteux , et malgré les contradictions que cette opinion a pu é]irouver dans le tem])s , que tous les étiiers sont toujours absolument les irèmes , de quelipie manière tt avec quelque srd:)Stance qu'on les forme. L'expérience qtte je viens de décrire , et qui m'a été indiquée 2/2 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE parLovvitz de Pétersbourg, quoique je diffère en quelque cliosc de ce chimiste, comme on le verra plus ims, où je donnerai même la raison de cette différence , conduit, ce me semijle , à cette conclusion naturelle, que le froid non-seulement enlève à l'acide acéteux qu'on y expose , une partie de l'eau surabondante , mais ([xi'û en change réellement la nature. On voit par-là que la dénomination de vinaigre concentré par la gelée , est vicieuse, et par suite que l'action du froid sur l'acide acéteux a toujours été méconnue. Si nous n'avions cependant d'autre preuve à donner de ce changement de nature , qu'une shnple induction , il pourroit être permis de n'y croire pas; mais voici quelque chose de plus. Quand on examine particulièrement ce vinaigre concentre par la gelée , on voit d'abord que son odeur est beaucoup plus vive (ju'auparavant , sa saveur plus acide et plus pi(juanle ; on a beau lui rendre l'eau que le froid lui a enlevée , on ne lui rend pas ses premières qualités. Tout est changé. Les sels qu'il forme dans le premier état sont l'oililes , attirent l'humidité de l'air , ne cris- tallisent pas. I\v(i tl'étlier que moi. Quoiqu'il me soit bien prouvé par tOTites les expériences que j'ai laites là-dessus, et dont je n'ai présenté ici que les résultats , qne l'acide acéteux éprouve des changepiens considérables par l'action du l'roid , mais cependant qu'il n'est pas ramené tout-à-fait , par-là , à l'état de vinaigre radical , je ne veux point dire qu'il se forme un nouvel acide , quoiqu'avec moins de scrupule et plus de prétentions on pût réussir à le faire croire. J'ai voulu seulement , en faisant connoître ce fait particulier , tourner l'attention des )iliysiciens vers l'action chimique que le froid exerce sur les corps , et les chan^emens qu'il leur fait éprouver. Ces chan^emcns m'ont sur-tout frappé dans les acides végétaux ; j'ai énoncé , autre part , que , distillés avec de l'acide sulfurique , on parvenoit à les changer tous les uns dans les au- tres, et par conséquent que l'oxigène n'étoit jias ce qui faisoit leur différence. En examinant l'action particulière du froid sur chacun d'entr'eux , j'espère donner bientôt à cette assertion une nouvelle force. DE LA DIVERSE RÉFLEX.IBILITÉ Des rayons élémentaires dont lai lumière' blanche est composée. Lu à la Société de "Physique et d' Histoire naturelle de Genève , le 16 messidor an 7 , par P. Prévost, professeur de philo- sophie à l' Académie de Genève , de l Académie de Berlin , F. R. S. E. , etc. XjA lumière est pour nous un moyen unique de communication avec les parties de cet univers qui excitent leplus nOtfe admira- tion. Le sens sur lequel elle agit, est, de mille manières., la source de nos plus précieuses connoissances. Ses propiiétés sont par elles-mêmes remarquables, et se lient d'ailleurs à des feits plus généraux et qui ont beaucoup d'importance. La construction et les effets de ces merveilleux instrumens, qui semblent faire de la, ToineVI. VENDÉMIAIRE an 8, Nu 274 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE vue un sens nouveau , dépendent des lois auxquelles la lumière est soumise. Aussi ces lois ont-elles été recherchées avec autant d'ardeur que de constance ; et ces recherches ont été couronnées par le succès. La diverse réfrangibilité des élémens de la lumière a dès-long- temps occupé l'attention des philosophes. Et cette découverte , attaquée dans tous les sens , semble enfin être mise hors d'at- teinte (i). Il n'en est pas de même de la diverse réflexibilité de ces élémens. Un physicien anglais ( M. Brougham), dirigeant en dernier lieu ses recherches sur les lois de ce phénomène , a déduit de ses observations quelques conséquences opposées à celles qne Newton avoit déduites des siennes. Il importe de reconnoître de quel côté est la vérité , lequel de ces deux physiciens a le mieux interrogé la nature , et lequel a le mieux interprêté ses oracles. C'est la -décision de cette question que je vais soumettre au juge- ment des physiciens. Avant d'entreprendre cette discussion , je dois faire remarquer que le Mémoire qui y donne lieu, contientdes observations très-cu- rieuses , indépendamment de celles qui sont relatives à la réflexi- bilité des rayons. En particulier , les phénomènes de l'inflexion y sont développés avec beaucoup de soin. Des faits nouveaux et intéressans se trouvent ainsi liés aux opinions de l'aureur , et ne permettent pas de traiter légèrement. C'est ce qui m'a déterminé à en faire un examen attentif. S- I".. Le mot r^ex'iMliié se prend en deux sens différens. 1°. Nevi^ton ( Opt. liv. 1. part. 1. prop. 3 ), entend par-là cette propriété d'un rayon de lumière homogène , en vertu de laquelle ce ravon est réfléchi, s'il tombe sous un certain angle d'incidence , et non s'il tombe sous un angle plus petit : ou plus simplement , une disposition à être réfléchi et non transmis à la limite qui sépare deux milieux transparenS. Ce philosophe pense qu'en ce sens la réHexibilité des rayons n'est pas la même. Il établit par des expériences , qu'il estime concluantes, que les rayons plus réfrangibles , sont aussi plus réflexibles. En sorte que , selon lui, toutes les circonstances étant données et constantes , si un rayon blanc tombe sous un certain (i) Je vois cependant que quelques physiciens croient pouvoir riduireià cinq oo rtiême à tlrois , le nombre des rayons élémentaires. C'est l'opinion de M. Burja. ( Mémoires de Berlin' fionr i'j(jt et l'^^Z , pdge 4^). Je n'entre pas dans celle discussion. ET D'HIS TOIRE NATURELLE. 275 angle sur la face dirlmante, le rayon violet sera rélléch! , tandis tjue les six autres seront encore transmis et réfractés. Mais en auementant l'angle d'incidence , on obtiendra successivement la réflexion de tous les rayons, depuis le violet, qui est le plus ré- flexible , jusqu'au rouge , qui l'est le moins. M.Brougham ( Trans. Philos. 1796, p. I. pag. 272 ), ne trouve pas concluantes les expériences par lesquelles Newton établit cette proposition ; et , se fondant sur d'autres principes et sur une expérience particulière , il établit la proposition contraire , sa- voir : que tous les rayons ont la même disposition à être réfléchis , pourvu que l'angle d'incidence soit le même. 2°. M. Brougham entend par /-("^earz^iZ/r^ une disposition à être réfléchi près de la perpendiculaire à uncertain degré. En d'autres termes : une propriété du rayon homogène par laquelle son angle de réflexion est à l'angle d'incidence, en un certain rapport, qui est rarement celui d'égalité. Selon ce physicien, ce rapport varie pour chaque rayon élé- mentaire. Le rapport d'égalité a lieu pour les rayons qui confi- nent au bleu et au vert. Le rapport d'inégalité a lieu pour les autres ; et les plus réfrangibles sont les moins réflexibles ; eu sorte que , pour le rayon rouge , l'angle de réflexion est moindre j et pour le violet , plus grand , que l'angle d'incidence. On sait que Newton affirme , au contraire , que l'angle de ré- flexion est toujours égal à l'angle d'incidence. Discutons ces sentimens opposés. S. I L PREMiiRE QUESTION. Lcs Tayons élémentaires diffèrent-ils en réflexibillté au sens newtonien ? — En d'autres termes, — Sous un même angle d'incidence, arrive-t-il que le rayon violet soit ré- fléchi, tandis que le rouge ne l'est pas , toutes choses d'ailleurs étant précisément pareilles ? Des deux expériences par lesquelles Newton établit l'inégale réflexibilité des rayons, il suffira de rappeler celle que M.Brougham attaque directement. Newton fit tomber un rayon blanc perpendiculairement à la face antérieure d'un prisme ; puis , tournant le prisme sur son axe , il observoit la réflexion qui s'opéroit à sa face postérieure; et il vit le violet se réfléchir le premier , puis les autres rayons , dans l'ordre de leurs réfrangibilités , jusqu'au rouge , qui fut réfléchi le dernier. Il en conclut que le violet est réfléchi sous un moindre angle d'incidence que le rouge ( Opt. exp- 9 ). N n a 27^ JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE C'est cette conclusion que M. Brougham attaque : et pour ne point altérer sa pensée , je vais transcrire ici ses expressions. " Que cette démonstvatioii renferme une erreur logi(|iie, c'est " ce (|ui paroît assez évident. Qnaucl les rnyons , par la réfraction 3> qu'ils éprouvent en passant à travers la base du prisme employé i> dans cette expérience , sont séparés en leurs élémens , ceux-ci 3> deviennent divergens ; le violet et le rouge sortent sous des » angles très-dii'férens , et' ces' mêmes rayons éléaieutaires toni- » bent siir cette base sous des angles aifférens , à cause de la :>j rél'raction du côté par lequel ils sont entrés. Lors donc- que le n prisme est tourné sur son axe , comme cela est ■prescrit dans la " proposition ncwtonienne , la base est plus près du rayon violet " à cause de la position des rayons résultant de la réfraction , et jj il la rencontre plutôt ; en sorte qne le violet , étant réfléchi à » l'instant niême où il rencontre la base , il est réfléchi avant M tous les antres rayons élémentaires ; ce qui ne provient nuUe- 3> ment d'une différente disposition à être réfléchi, maisunique- « ment de sa différente réfiangiliilité (i) ». Ainsi M. Brougham pense violet and red emerging at vcry différent angles , and thcse were aiso incident x> on the bjse at diffcreni angles , froni the rél'raction of the side al which they 25 enltred ; when , iherefore , the prism is niovcd round on ils axis , as dcscribcd 53 in the proposition, the base is nearest the violet , from the position of the T5 rays ,by réfraction , nni nieets it first ; so lliat the violet beinf; reiletted a-s » soon as it nicels ihe base , it is reflecied beibre airy of ihe otiier rays, no* 3) from a différent disposition to be SO ] but nierely fioiu ils diffcrciU rcfiangi- * bility ». ET D'HISTOIR E NATU R ELLE. 277 qu'il tombe sous un angle d'iucidenco plus petit. D'où il suit nue c'est le rayon rouge qui devroit être réfléchi le premier, et non le violet. En effet , considérons d'abord la position du prisme au pre- mier moment , et telle cpie la représente la figure que Newton en a donnée dans son Optique. Le rayon bluic FM ( fig, 2 ), est perpendiculaire sur A C. En ce cas il n'est pas rétracté à son immergence , et suit la droite FM. Ace point Newton représente le seul rayon violet M N réfléchi , tandis ([ue tous les autres , tels que M H , MI, sont transmis et réfractés. . Cependant , il est certain qu'il a fallu , pour obtenir ce phéno- mène , chercher, en faisant tourner le ]nis!ne , à lui donner le degré d'inclinaison qui pouvoit faire réussir l'expérience ; et M. Brougham a raison d'oljserver que dès-lors le perpcndicula- risme du rayon sur la face antérieure AC a dû cesser j qu'en consé([uence il y a eu réfraction , et que les divers rayons homo- gènes n'ont point suivi une route rectiligne , telle que FM, et n'ont point rencontré la face postérieure BC , sous des angles égaux. Soit donc maintenant A'B'C (_^g. 3) , la nouvelle position du prisme , qu'il a prise en vertu de sa rotation sur son axe , et le rayon FP tombera oljli(]uement stir A'C au point P, de sorte que la perpendiculaire P O sera du côté A' , par conséipient com- prise dans l'angle A'PF. C'est ce qui résulte, 1". du but que s'est proposé Newton , savoir : d'augmenter l'angle d'incidence sur la face postérieure , lequel angle ( formé en M dans la /^Vr. 2 qui représente la première position du prisme), étoit troi) petit pour produire la réflexion ; 2°. des expressions précises de Newton , qui dit que le prisme ABC esi tourné sur son axe selon le sens qu'indique l'ordre des' le 'très A, B, C, clans sa figure qui, (pour l'objet que j'ai eu en vue) , est la même que ma fg- ï- Le rayon FP {Jig. o ) sera donc réfracté, et il s'approchera de la perpendiculaire OP ; mais le rayon le plus réihmgible (le violet ) s'en approchera le pins ; le moins réfrangible rieroune'i s en approchera le moins. Ainsi, les routes que suivront ces rayons sont bien re))résentées par les lignes P V , P R , resjiecti- vement. Le rayon violet fera donc, avec la fa ce postérieure B' C , un angle PVC , plus grand que l'angle PRC formé par le rouf^e. Or, les angles d'incidence aux jioints V, Pi, senties compléjnens des angles PVC, PRC, respectivement. Il est donc certain, qu'en vertu de la réfraction qui s'opère à la face antérieure , Icî rayon violet rencontre la postérieiire sous un angle d'incidence 278 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE moindre que le rouge ; et par conséquent le premier est dans des circonstances plus défavorables à la réflexion que le second. Ce- pendant , le premier est réfléchi , tandis que le second ne l'est pas encore. On est donc en droit de conclure que , par sa nature , al est plus réflexible au sens nevvtonien (1), Ainsi la considération introduite parM. Brougham (et qui est très-juste ) , fait conclure à fortiori en faveur de l'assertion newtonienne. On peut dire non-seulement qu'à même incidence le violet se réfléchit , tandis que le rouge ne se réfléchit pas ; mais même on doit dire que ce phénomène a lieu , quoique l'incidence du violet soit plus défavorable à la réflexion que celle du rouge §. I V. Jusqu'ici, pour rendre mon raisonnement plus simple, j'ai laissé indéterminé l'angle réfringent du prisme. Newton le dé- termine. Dans l'expérience 9 du Uv. 1 f part. 1 de son Optique , il employoit un angle réfringent de 4^° » et cciiendant il dit expres- eément que les rayons entroient perpendicuLiîi-emeiit ; d'où il suit que l'angle d'incidence qu'ils formulent sur la face posté- rieure étoit aussi de i,5. On seroit donc fondé à croire , au pre- mier coup-d'œll , que les rayons tombant sous cette incidence , 6ont en partie réfléchis et en partie transmis. C'est le parti qu'ont pris quelques physiciens , quoiqu'ils n'ignorassent pas d'ailleurs que l'angle de 40" (s) suffit , en ce cas , pour opérer la réflexion dé tous les rayons. Mais les opticiens , plus attentifs , tels que Robert Smith , ont bien vu que cette solution n'est pas la vraie. Il est certain qu'avec un angle réfringent de ^S^ , les rayons en- trans dévoient être un peu inclinés pour que l'expérience réussît ; et cette circonstance donne lieu à une objection contre les con- séquences que l'auteur en tire , objection à laquelle il est peu nécessaire de nous arrêter ( 3 ) , car Newton , qui , dans cet en- (i) Tout ceci s'applique égalemem à la io«. ex/JdriVwce de Newton , dans laquelle il emploie deux prismes réunis en un seul parallélipipède. — Dans l'une et l'autre expérience (ex;i»er. cet 10) , il est queslioii d'un autre prisme desiirié à rendre l'effet plus sensible , en dispersant les rayons réfléchis. Il éloit inutile de parler ici de cet accessoire. (2) 40" 10' selon Newton ^ 4°° -°' selon Adams , etc. ^3) L'objection est celle-ci : si l'angle réfringent Q.[fig. 1 ) , est de 45" , et u'on veuille rendre l'angle d'incidence en M moindre que 45° ( par exemple e 40° ) , il faut que le rayon FM soit oblique sur A C , dans le sens opposé à celui qu'indique \afig- 2, en sorte que l'angle APF suit moindre que F P C, Dès-lors le rayon le plus réfrangible ( le violet ) tombera sur la face posté- i l ET D'H ISTOIRE NATURELLE. 279 droit de son Optique , ne s'exprime pas pleinement , nous offre lui-même, dans ses Leçons d'Optique {Lectiones O.ticac), un commentaire utile. On verra , en le consultant , qvie ce }i:r-. ■ . ET D'HISTOIRE NATURELLE. aS.I de la clî verse réflexibilitédes rayons, comme le prétend M. Brouf^haiii dans ce dernier cas , elle doit se manifester par un miroir plan. S. X I V. Avant de m'en assurer , j'ai fait le raisonnement suivant. Si les rayons rouge et violet, iiicidens au même point et^sous niâme angle, sont réflécliis divergens ; si la différence de leurs sinus de réflexion , f|ui exprime cette divergence est yj du plus grand ; il est clair <|u'en faistint croître proportionnellement l'un. et l'autre sinus ,( c'est-à-dire , en les mesurant dans ua plus grand cercle.) , on ])ourra rendre cette différence sensible. L'œil étant éloigna de ioodo parties du. point où s'opère la ré-, llexiou , et l'angle moyen de réflexion étant de f']'^ , on trouve par les tables rpie lé sinus moyen- est d'environ 9700 parties. Par con- séquent la différence des sinus, ou l'écartement des rayons rouge et violet, fpii est (selon la détermination de M. Brougham) un peu de ~ de ce sinus , devroit être de \iS de ces ]mrties. J'accorderai maintenant que si ces parties sont beaucoup moin- dres que des centièmes de millimètres , on jîourroit aisément confondre deuximages aussi rapprochées. Mais si ce sont des dixiè- mes de millimètres , ou des longueurs plus grandes, on ne les confondi-a plus. Car une image rouge éloignée d'une image violette de la distance de plus d'ini centimètre devra n'être pas moins apparente que le spectre coloré produit par un prisme de O'own- glass avec un angle réfringent d'environ 63° à la distance de 17 centimètres (i; jiied). Or , un ttlspectrecsC non- seulement visible, mais remarquable. :■. .. PREMIÈRE EXPÉRIENCE. . Je me suis placé à la distance d'un peu plus de 3 mètres ( en- viron 10 })ieds) d'tine glace , en observant rpie la direction de l'oeil (ou rayon visuel) fit avec le ])lan du miroir un angle d'en» viron T]°- Et j'ai observé l'image d'un trou circulaire d'un milli- raèti-e (à- peu - près \ ligne ) de diamètre, par lequel passoit un- rayon de lumière. 1. Cette image n'étoit point colorée. 2. Elle étoit le plus souvent unique. 3. Lorsqu'elle ne l'ctoitpas , (ce quidépendoit de quek pies^ cir-» constances de position, et,en particulier delà distance du trou ou point lumineux à la glace), la multiplicité des images étoit manifestement due aux réflexions multiples opérées par les sur- faces antérieure et postérieure du verre , dont je vais parler am- plement à l'occasion des expériences suivantes. i85 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE, Ce résultat étoit bien naturel à attendre. En effet, si la ré- flexion , par les miroirs plans , produisoit une telle divergence des rayons élémentaires, ils n'offriroient pas les objets sons leurs couleurs naturelles , et on les y verroit colorés comme à travers un prisme, dès qu'on s'en éloigneroit un peu. AusSîM. Brougham, danssonl-^^. Mémoire (inséré dans les Trans. phil. pour 1796) est-il convenu qu'il n'avoit pas réussi à opérer la séparation des rayons réfléchis par des surfaces planes. Cepen- dant, comme dans un second Mémoire(i), M. Brougham s'exprime comme s'il étoit enfin parvenu à opérer cette séparation , sans donner aucun détail sur la manière dont il l'a opérée , et sans faire aucune mention d'expériences probantes à cet égard , sans donner , par conséquent , aucune raison de son assertion que nous puissions soumettre à la discussion : j'ai présumé que ce physicien avoit employé, pour arriver à son but, des expériences assez longues à décrire et probablement compliquées. J'ai donc tâché d'y suppléer en trouvant un moyen commode de faire croître indéfiniment l'effet quelconque de l'inégale réflexibilité prétendue, selon une progression beaucoup plus forte que ne fait la seule augmentation de la distance ; afin que la reconnoissance de cet effet ne dépendît pas d'expériences déficates et difficiles à répé- ter; mais qu'il devînt très-grand et très-évident. S. X V. La multiplicité des réflexions consécutives est le moyen que j'ai employé ; et il est aiissi simple qu'efficace. Supposons deux plans parallèles , et que ces plans indéfinis soient des miroirs , ou surfaces réfléchissantes. Supposons encore que la séparation prétendue des rayons élémentaires n'ait lieu qu'à la première réflexion. On sait que cet divergence croîtroit ep. raison de la distance mesurée par la somme de cous les rayons réfléchis plusieurs fois , comme s'ils ne l'avoient été qu'une seule. Ainsi , à cet égard , en augmentant la distance du point d'inci- dence , on peut faire croître la divergence des rayons rouge et violet, précisément comme nous la faisions croître en n'employant qu'un seul miroir, ( %. préc). (1) Ce second Mémoire est jiiipiimé d;ins les Trans. philos, pour if^f. Je saisis celle occasion de dire que je n'en avois pas connoissance , et n'rfurois même pas eu possibilité de l'iïvoir , quniid je réfutai le premier dans un Mémoire qui « été inséré dans les 7'rans. philos, pour \':<)i , et qui fut envoyé dès le mois d'octobre de l'année précédente. Il ne paroit pas non plus que M. Brougliani ait pu avoir coonuissance du mien lorsqu'il composa le second de ses Mémoires. ET D'HISTOIRE NATURELLE. 287 Maïs de ])lus , à chaque nouvelle réflexion , l'inégale réilexl- bilité prétendue doit avoir son effet qui surajoute au précétleritj et cet effet est inê ne toujours un peu croissant, à cause du chan- e,ejnent d'inclinaison, lequellui devient de plus en plusf'avoi-alfle. Ainsi, plus les réflexions seront nondn'euses ,plus l'effet deviendra sensible , selon une progression qui croît très-rapidement. Et d'autre part , plus les distances des deux miroirs opposés seront augmentées , plus l'effet sera grand. Avec trois réflexions seulement , l'angle d'incidence étant de yy'^ , et la différence des sinus de réflexion étant supposée ^ du plus grand ; on verra que cette différence est devenue ])lus grande que 7j de ce sinus , et à-peu-près ~ ; ce sinus étant mesuré d'a- près la distance donnée des miroirs parallèles , sur la surface de l'un d'eux. .»■>.<■ iJ vni^' . • , ." ■ : DEUXIÈME EXPÉRIENCE. J'ai fait tomber, sur une glace, un rayon de lumière blanche sous un angle d'environ yj" , ou moindre. Je l'ai vu réfléchi ; et , e\i regardant la glace sous une inclinaison convenable , j'ai dis- tingué plusieurs images produites par réflexion multiple des sur- faces postérieure et antérieure du verre. Ces images se suivoient à d'égales distances. Elles alloient en dégradant. La plus forte sembloit être la se- conde , ensuite la première , ou la plus voisine de la glace : celle- ci étoit néanmoins ordinairement la plus nette ; après quoi la 3''. paroissoit plus affbiblie , ensuite la 4''- > la 5''. , et ainsi de suite. Les trois premières étoient très - distinctes , quoiqu'inégales en vivacité. Aucune n'offroit les couleurs prismatiques à'ses bords. La distance du rayon incident, au rayon rélléchi qui fbrmoit la ^<^. image , mesurée sur la surface du miroir, étoit d'environ 66 millimètres ( 2 pouces ) (1). Or cette distance est quadruple du sinus d'incidence. Et nous venons de voir que la divergence Î)rétendue est mesurée par la -p^ de ce sinus. Elle a donc dû être a —^ de 56 millimètres. Si donc il y avoit eu séparation des rayons rouge et violet, leur difierence auroit dû être d'un jieu ]ilus d'un millimètre ( \ ligne). Elle auroit donc pu devenir sensible ; quoi- qu'à la vérité sa quantité ne pût être qu'extrêmement petite , et (1) Cette distance se mesure par l'inlervalle entre deux poiiils qui , ciant masqués, font disparoître l'un la 5°. image seule; et l'autre, la i". ^ soit que celle-ci disparoisse seule, ou que les autres disparoissent avec elle). a88 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE T)ût échapper aisément. — Quoi qu'il en soit , elle ne se lit point remarquer; et, comme je l'ai dit , il n'y eut aucune image colorée. Dans cette expérience , il faut peut-être prévenir l'objection que pourroit présenter, au premier coup-d'œil, la réfraction qui s'opère à l'entrée. Mais , comme cette réfraction est exactement compensée à la sortie , les rayons de diverses couleurs ressortent parallèles ; et leur léger écartement ( que n'augmente point le nombre quelconque des réflexions) est absolument insensible. Ainsi on est dispensé d'avoir égard à cette considération. Si , dans cette expérience , la seconde image est réellement plus brillante que la première, ce que je n'ose décider positivement pour tous les cas où j'ai voulu le déterminer (i), cela résulte de ce qu'elle est celle qu'opère la réflexion du côté du tain , la i"^. étant formée par la réflexion de la surface antérieure ; la S"^. ne peut être que l'effet d'une triple réflexion. Elle est produite par quintuple réflexion , si la i'''^. image est formée par la surface du tain : ce qui a lieu si cette l'e. image est la plus brillante. En ce cas , toutes mes conclusions acquerroient une nouvelle force. Si, au lieu d'un rayon passant par un trou très-petit, on pré- sente à la glace la flamme entière d'une bougie , on distingue à l'œil (du moins dans quelques glaces) jusqu'à sept ou huit images. LaS*". est formée par i5 réflexions; et cependant on n'y remar([ue aucune apparence prismatique. Seidement ces dernières et foibles images m'ontparu tircrleplussouvent très-légèrement sur le bleu. Cette circonstance de l'expérience n'ayant pas rapport ù l'objet présent , j'en dirai un mot après avoir terminé celui-ci. §. XVI. Quoique le résultat de cette expérience lût satisfaisant , il étoit susceptible de le devenir plus, en obtenant une plus grande limite d'écart. TROISIÈME EXPÉRIENCE. J'ai opposé , sur deux plans parallèle^ , trois miroirs plans de verre , de manière qu'un rayon incident sur le premier sous un (O Le doute que j'énonce ici est probablement l'effet de quelque défiiut d'at- lention ou de distinction dans la division ; car mon parent Bénédict Prévost , qu'on sait être exercé à bien voir, m'assure qu'il voit, sacs aucun doute , et consiamnienl, la a', image plus brillante que la l". angle ET D'HISTOIRE NATURELLE, 289 anole d'environ 'j'j° fût réfléchi successivement par les autres , de l'un à l'autre plan alterrativoment. La distance des deux plans, ou le cosinus d'incidence étoit de 4 ou 5 décimètres ; d'où résultoit un sinus moyen un peu plus grand que doux mètres (comme on le voit par les tables). II n'y a point eu de double image colorée. Cependant dans les hypothèses de M. Brougliam , l'écarteraent des images rouge et violette ou la différence finale des sinus auroit dû être d'environ 1 7 centimètres ( 6 pouces ). Il eût été bien inutile d'aller au-delà. D'ailleurs, en multipliant les réflexions, la déperdition de clarté , jointe à la confusion pro- duite par les réflexions des doubles faces , déjà incommodes avec trois miroirs seulement, rend l'expérience 'douteuse avec un nombre plus grand, ou du moins devient très-embarrassante. J'ai pensé que par ces raisons xles miroirs métalliques, mêmes impar- îaits , auroient bien de l'avantage. QUATRIÈME EXPÉRIENCE, J'ai répété l'expérience précédente avec des miroirs métal- liques. Le résultat a été le même. Il faut remar(juer, 1°. mie lorsque je dis que j'ai répété la même expérience , j'entends parler seidement de ses circonstances prin- cipales et essentielles. Caria position des mii-oirs n'étoit pas exac- tement la même. La distance des plans des miroirs n'étoit que d'environ 18 ou 19 centimètres (y pouces), et par conséquent la distance des images , sur le plan du dernier miroir , auroit ne peut que for- tifier la conséquence que j'en ai déduite. Car il pouvoit bien ré- sulter quelques iris des convexités et concavités fortuites qui cau- soient ces légères déformations ; mais il eût été impossible que de tels accidens rendissent achromatiques des réflecteurs planes , si ceux-ci étoient par leur nature propres à produire des iris. CINQUIÈME EXPÉRIENCE. J'ai varié l'expérience précédente , en substituant à la lumière Tome VI. VENDÉMIAIRE c« 8. P p 29'' JOURNAL DE PHYSIQUE , DE CHIMIE d'une bougie , deux bandes de papier colorées , l'une en rouge , l'aviLre en bleu. Ces bandes vues par des rayons trois fois réfléchis , n'ont point changé de place , et l'une substituée à l'autre a paru occuper le même lieu. Cependant ces deux images auroient dû se séparer , comme par un prisme , si la réflexion décomposoit la lumière. Et , d'a- près les calculs précédens , elles auroient dû sauter à deux pouces et demi de distance , lorsqu'on les substituoit ainsi l'une à l'autre. Pour que cette expérience ne laisse aucun doute , il convient d'éclairer fortement les bandes colorées , parce que trois miroirs ( sur-tout à la vérité trois miroirs assez imparfaits ) occasionnent une grande déperdition de lumière. §. XVII. Ces expériences montrent , à ce qii'il me semble , que c'est à la convexité , et non à la prétendue différence de réllexlbilité , qu'est due l'inégale réflexion des rayons colorés homogènes dans les expériences de M. Brougham. S. X V I I I. Je finirai par quelques remarques sur les reflexions multiples , qui s'opèrent par les deux surfaces d'une même glace. Ces re- marques sont une espèce de digression , et c'est ])ar cette raison que je les ai rejetées à la fin de ce Mémoire qui n'en sera que peu alongé. Les réflexions multiples , produites par les deux faces d'une même glace étamée , peuvent très-bien être vues de jour , au moyen d'un trou pratiqué sur un écran qu'on oppose à la lumière d'une fenêtre. En le présentant à la glace , et regardant son image sous une inclinaison suffisante , on fa voit triple avec toutes les circonstances que j'ai indiquées. Je vais en indiquer d'autres , en faisant remarquer les principes dont elles dépendent. Les deux surfaces d'une même glace sont rarement , ou plutôt ne sont jamais , exactement parallèles. Si elles l'étoient , les images produites par réflexion multiple seroient toutes placées sur une droite perpendiculaire au plan de la glace. C'est ce que je n'ai jamais vu arriver. Si les deux faces sont inclinées, et parfaitement planes , les images seront placées sur une circonférence de cercle, dont le centre ET D'HISTOIRE NATURELLE. ^91 est au sommet de l'angle d'inclinaison, et dont le rayon est la distance de l'objet au miioir (i). Ainsi, selon la construction plus ou moins régulière , les glaces doivent offrir diverses ajiparences. On en voit qui d'un côté offrent les images dans l'ordre inverse de celui où elles les présentent de l'autre. L'inclinaison de ces glaces doit être régulière et constante. La plupart offrent les images des deux côtés dans le même ordre; et cet ordre est presque toujours celui qui avoit lieu dans l'expé- rience que j'ai employée ci-dessus ( §. 1 5 ) , c'est-à-dire que l'ordre est le même que si les faces étoient parallèles. L'image la plus forte est la plus voisine de la glace. Les autres vont en dégradant à mesure qu'elles s'éloignent. On en peut conclure que ces glaces ont les deux côtés travaillés de même , et de même épaisseur ou à- peu -près ; elles vont en s'aniincissant du centre vers les bords. Enfin dans plusieurs glaces , Je n'ai pas réussi à voir la suite d'images par réflexion multiple. Ces glaces sont , sans doute , celles dont le verre est si mince que la séparation distincte de ces images ne peut être observée que par quelques précautions particulières que je n'ai pas employées. Au contraire, il en est qui donnent ces apparences beaucoup plus distinctes, parce qu'elles sont d'un verre très-épais. Du reste , en tout ceci il n'est point question de cette espèce de bordure ou de cadre de verre , taillé en biseau qui forme l'en- tourage de quelques glaces. Je ne parle que de leur partie plane, ou (|ue l'artiste a eu évidemment intention de rendre telle. Supposons maintenant qu'on employé une glace dont les deux faces approchent du parallélisme, et dont les bords soient sembla- bles , et coulés ( ou planés ) de manière qu'on y voie les images d'autant plus éloignées qu'elles sont plus foibles. C'est l'espèce de glace la plus commune. En ce cas , si l'on fait glisser vm écran sur la glace en partant de l'œil et allant vers les images , c'est la dernière ou la plus foible qui disparoît d'abord , puis l'avant-dernière , et enfin suc- cessivement la seconde et la première ; celle-ci disparoissant après toutes les autres. Cet ordre de disparution n'exige aucune explication. Si l'on masque le trou lumineux par un écran qui le touche immédiatement , toutes les images disparoissent simultanément. (1) Exaciement àlaface postérienre du miroir. P p » apa JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Mais si l'on masque lentement le trou par-devant sans le toti- clier et à un certain éloignement de lui , ou nu'on lasse e,lisser l'écran sur la glace , en commençant par le poser jilus loin de cune d elles étant éclipsée par l image correspc cependant , en opérant lentement , il arrive cpielquef'ois qu'on réussit à masquer la première image ( ou l'image antérieure ) sans que les autres disparoissent tont-à-fait. Ou voit quelque partie de chacune de celles-ci, qui paroissent alors comme éclian- crées ; et même sous une inclinaison très-grande j elles peuvent n'être point entamées. Cette apparence est au premier coup - d'œil fort étrange. En effet , comment un même rayon , produisant, par exem])le , trois images , peut-il cesser de produire l'une, sans anéantir les deux autres ? Voici , je crois , la solution de cette difficulté. Le rayon rpil traverse le trou étant supposé cylindrique , sa coupe (ou sa pro- jection ) sur le miroir est d'une longueur prestpie quintuple du diamètre du cylindre ; car le plan de l'écran étant tenu perpen- diculaire à celui de la glace , ces lignes sont entr'elles counne les sinus et cosinus de l'angle d'incidence , ( lequel est ici d'environ •^y^). Déplus, on sait que la lumière, en passant par un très- petit trou , se disperse et forme un cône , non un cylindre. Par CCS doux raisons , il paroît que le grand axe de la section de la glace sur laf[UL'lle le rayon se réllecliit , est au moins sept ou huit fois aussi grand que le diamètre du trou de l'écran par lequel il passe. Il y a donc f[uelqu e difiérence sensible dans l'inclinaison des rayons incidens aux deux extrémités de cet axe. Or les rayons les plus inclinés sont les plus faciles à réfléchir, et à la seconde réflexion cette diflérence doit avoir son effet. Si l'on admet cela , on re- connoîtra que la 3''. image doit être principalement formée des rayons qui ont traversé la partie de la section (ou projection lu- mineuse ) la plus voisine de l'œil. Ces rayons sont ceux qui se manifestent après qu'on a voilé tous les plus reculés qui formoient la 1"". et la 2.<^. images, et dont une partie contribuoit à former la 3«. , de même des autres. Ceci expli(pie peut-être pourquoi les dernières images se colo- rent en bleu , quoicpie d'une teinte extrêmement légère et qui n'est sensible qu'à la S"", ou 6^. image, puisque l'extrémité de la section , qui contribue principalement îi former les images éloi- gnées , est celle sur laquelle les rayons tombent le plus inclinés j ET D'HISTOIRE NATURELLE. apj ces rayons répercutés par plusieurs réflexions successives doivent laisser passer, et, pour-ainsi dire, tamiser ud plus grand iiotulue de ceux de leurs élémens qui sont aisément transmissibles et tlif'lici- leinent réilexibles , tels que les ronges , et rester composés de ceux qui sont les plus réflexibles , tels que les bleus. Du reste, ces apparences offrent des variétés dont la plupart m'ont paru dépendre des causes que j'ai exposées , mais dont je^ supprime le détail. Je dirai seulement que l'égalité de distance qui a lieu entre les images multiples dont il est question dans toutes les remar- ques précédentes n'est pas plus rigoureuse ([ue le parallélisme des deux surfaces dont elle dépend : mais la régulaité du dé- croissement de ces distances supplée à leur égalité et trompe l'œil. Pour terminer par une application usuelle , je ferai remarquer que les apparences variées de ces images en diverses glaces, dé- pendant de leur épaisseur et de leur égalité (ou régularité), offrent un moyen de détei miner celles-ci. Ces expériences pourrpient avoir quehjue influence sur la microniétrie , et en général sur tout emploi utile des miroirs de verre. Je finis sans prétendre épuiser ce sujet. J'ai déjà trop long- temps, peut-être , usé du droit de le discuter. 294 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE EXPERIENCES DU DOCTEUR BUNIVA, Professeur de médecine en l'université de Turin , correspondant de la société de médecine de Paris , et membre de plusieurs académies , etc. Tendantes à éclaircir la doctrine de la vitalité animale , des sé- crétions , excrétions , eif'usions tant naturelles que vicieuses , et spécialement à prouver que la partie rouge du sang dans un animal vivant est retenue dans ses propres cavités par force de la vitalité active des parties , j^lus que par défaut de capacité des vaisseaux et des pores , par le volume des globules. Lu à l'Institut national le 26 thermidor an 7 . PREMIÈRE PARTIE. PREMIÈRE E X P É R I E N C E , faite dans le ihéâtre anatomique de l'hopilal de S. Jean , à Turin , le j a février 1 798 ( v. st. ) J'ai injecté dans l'artère ophtalmique du cadavre d'un homme de 4° ^ 43 3.ns , du sang humain dissous dans l'eau commune. 1°. D'abord l'œil s'est enflé, et devint rouge. 2". La cornée transparente, qui étoit flasque , et qui touchoit de près à l'irisse releva beaucoup, parce que ladite injection passa dans la capacité du globe. 3°. Toute la surface de la conjonctive se fit pareillement voir 1 chargée de vaisseaux remplis de la même matière, de sorte qu'elle Jl y forma une espèce d'ophtalmie. J| 40. Quelques-uns de ces vaisseaiix étoient dirigés vers ladite cornée , quelques autres se répandoient sur la surface de celle- ci ; ce qui nous prouve, sinon la continuation de la conjonctive avec là cornée , au moins nous indique qu'il est des petits vais- seaux , lesquels de la conjonctive vont tout droit à la cornée. 5". L'iris devint aussi Ijien plus chargée de couleur. 6°, En coupant tiansversaleraent le nerf optique j'ai pu obser- ET D'HISTOIRE NATURELLE, 295 ver quelques goutelettes de sang au centre de la section, c'est-à- dire , un point teint de sang bien rouge. La section a été faite bien près de son insertion dans la sclérotique. 70. La scléroti([ne , ainsi que la choroïde , outre qu'elles avoient leurs vaisseaux longa et brev'ia , ciliaires et verticaux pleins d'un serura sanguinolent , la dernière montroit sa surface interne ver- nissée de la substance plus liquide de l'injection. 8". L'eau qui se trouve au-dessous de la conjonctive là où se rencontrent la sclérotique et la conjonctive étoilde même en trop grande quantité , et sa couleur étoit aussi rougeâtre. 9°. L'humeur vitrée étoit altérée dans sa couleur, de même que sa capsule vitrée, et la rétine. On ne peut nier quequehjue petit vaisseau n'ait souffert des ruptures : nons pouvons cependant conclure que la plus grande partie des phénomènes annoncés ont été produits par la simple pénétration du sang sans rupture de vaisseaux. DEUXIÈME EXPÉRIENCE, faite le mdme jour. J'ai injecté l'artère auxiliaire du bras droit, tout près de la sortie de la poitrine. 1°. J'ai fait quelques légères incisions sur la peau de l'avant- bras , sur le dos de la main, sur les doigts : à mesure que je pous- Sûis la matière de l'injection, savoir, du sang dans l'eau , j'ai vu tous les plus menus vaisseaux coupés dans iesdites incisions jeter du sang abondamment. 2°. En poussant légèrement le piston , à différentes reprises' j'ai pu très-bien faire jaillir le sang, comme il arrive lorsriue dans le vivant il jaillit de quelque petite artère (jin a été percée. 3°. Le sang qui sortolt des veines où les artères l'avoient déjà, poussé par la force du piston , passoit tranquillement dans les vides causés par les incisions. 4°. J'ai continué lesdites injections , mais jeles ai laites plus su- perficielles : aussitôt que je pénétrois tant soit peu avec la pointe du scalpel , il suintoit nombre de gouttes de sang, 5°. L'injection achevée malgré les différentes ouvertures que j'avois ainsi pratiqué au liquide rouge injecté, toute la surface du même bras droit devint uniformément teinte de couleur de sang. La paume même de la main montroit une belle couleur rose très- foncée. 6". Les os devinrent aussi rouges, ainsi que lé périoste. En un mot , tel fut le changement dans ce membre , pour ce qui regarde la couleur , la figure et le volume , que , séparé du cadavre , 296 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE on l'auroit cru appartenir à tout autre corps qu'au cadavre en question . TROISIÈME EXPÉRIENCE, faite le i3 février 1 798 ( v. s. ). Après avoir repris les mêmes expériences dont j'ai donné les détails , et à-peu-près avec le même succès , j'ai injecté , avec le même lii^uide , la carotide externe du côté gauche dans un ca- davre d'un septuagénaire , mort après avoir souffert une espèce de consomption. 1". Tout son visage d'abord fut couvert d'une teinte rose beau- coup plus foncée sur la joue , et les lèvres devinrent plus ver- meilles. 2". L'œil du même côté s'enfloit de façon qu'il paroissoit re- prendre vie. 3". J'ai observé à-peu-près les mêmes phénomènes que j'ai re- marqués en parlant des succès de l'injection par l'oplitalmique dans la première expérience. 4°. J'ai de même oliservé que la joue de la partie opposée s'en- floit et devenoit rouge. 5°. Je vis aussi toute la surface d'un ulcère, causée par un vésicatoire placé à la nuque , quoique superficielle s'enfler , de- venir rouge et se couvrir de gouttes de sang injecté. 6°. Je vis encore une infinité de gouttes de la même matière , dont on avoit fait l'injection sur la joue , et particulièrement plus sensible à sa partie supérieure 5 c'étoit précisément une véritable sueur sanguine artificielle, QUATRIÈME EXPÉRIENCE. J'introduisis ensuite, à la manière accoutumée , le même sang dans l'artère crurale du côté droit , et puis du côté gaiiche. lo. Quand j'injectai du côté droit , deux ulcères superficiels produits par deux vésicatoires qui avoient été appliqués à la par- tie interne de la cuisse, donnoient une grande quantité de l'iiu- nieur très-rouge injecté, 2". Ce membre s'est coloré tout entier d'un beau rouge , sans même en excepter la plante des pieds. 3°. Je voyois encore quelques gouttes de sueur sanguine ré- pandue çà et là sur toute la surface. CINQUIÈME EXPÉRIENCE. J'ai continué l'injection du côté gauche. }0, Outre les mêmes phénomènes , j'ai observé encore celui d'un ET D'HISTOIRE NATURELLE. , 29^7 d'un ulcère déjà un peu ancien , mais cependant superficiel, rendre de tous côtés de la matiôre injectée. 2°. Et par-tout où il f'alloit cçuper pour découvrirles vaisseaux injectés j il sortoit , qiielques momens après la première action du piston, la liqueur colorée qu'on vcnoit d'injecter , et dans ces deux extrémités , les os et le périoste étoient colorés enrougeâtre. 3°. Je pus observer par-tout une sueur sanguine artilicielle très-curieuse. 4°- J'ai trouvé par-tout les cellules gonflées de la solution de sang , qui f'ormoit des espèces d'écliimoses. SIXIÈME EXPÉRIENCE. J'ai injecté la carotide gauche , après avoir fait la ligature à la carotide droite et aux veines jugulaires droite et gauche , comme encore aux artères et veines vertébrales; j'ai ensuite in- jecté, à la manière accoutumée, non pas du cruor'du sang hu- main dissous dans l'eau , comme j'ai fait dans les expériences précédentes , mais du sang tout pur de bœuf. 1°. Dans le moment la tête , le visage , les lèvres , le lobe des oreilles devinrent rouges 3 l'œil s'enfla énormément , comme on l'avoit observé dans les premières tentatives. Le cadavre ap- partenoit à un homme fort âgé. ■ 2", Dans plusieurs incisions artificielles faites cà et là exprès , j'ai vu sortir , en grande quantité, du fUiide injecté , cependant proportionnellement à la quantité que les vaisseaux pouvoient contenir. 3°. Les mêmes sueurs sanguines se montroient sur toute la figure , mais particulièrement du côté de l'injection , quoi- que en général beaucoup moins sensible que dans la deuxième expérience. SEPTIÈME EXPÉRIENCE. J'ai injecté la céliaque (1) et la mésenteriqtie supérieure. 1°. Lorsque je voulus introduire par celle-ci le sang, et à mesure que le jeu du piston augmentoit et que l'injection péné- troit , le foie et la rate enfloient, mais beaucoup plus encore cette dernière , de sorte qu'il parut, pour ainsi-dire , causer une inflammation artificielle. (1) Introduisant le tube de la seringue dans la ccliaque , j'ai rencontré deu* petits fragmens osseux : encore un troisième de figure triangulaire dans la niésen. térique supérieure , lorsque je voulus introduire par celle-ci le sang. Tome FI.YENDÈMIAIRE an S. Q 5,î 8,1 5.6 5,3 5,0 5,1- 6,0 5"-ïm j'' jm.+ i 1,0 6''. m..-f-io,i yh. m..-)-i 1,0 î^im.-f- 5,1 5h.-im.-f-I îj8 5l\>.-+- 9,î jl'.fm }*> rm.-f^io, ; jhîm.-l-io.y im.-f- jh.!m.-|- 8,j jh.Im.-l-ii,! + jh.im jhim 5 h im, Sh-înr (h.Jm jh^m, 5l'.>. eh. m, 6''.|m, çh.im. 6h. m 6h. m. 6h.:m, + 8,5 .+ 6,5 + 8,0 + 9,3 .-f-10,1 + 8,1 + 8,0 .+ 8,5 -f- 9,8 -f- 9,1 .-f-",o -j-io.i + '0.5 + + à 6^. m.-J- 9,0 -|- Maximum. 6,4 a Jh 5, 6,7 5,« S5 8,5 9,1 4,4 p,o 8,0 5,i •S 5 4,0 1,0 4,! 5,1 8,1 9,8 9,5 6,7 5,4 5.5 4,6 4,8 5,« 6,1 3,8 4,« 5-3 8,1 5.« 4.6 4,5 5,0 5.5 -m. m.. 7" yh. s.. . . 1 Ih ^S. , «h. m.. . yh. m. .. 7^^m.. midi.. . ■ 10''. i m, , a 5 à 5h.jm.. à ih.Js.. à 7''. s . . , à ;''. s. . . à 6h. m. . à 1''. s. . . à ;h. s à 6>'. m. . , à ih. s. .. , à 4h. s. . . , à midi. . . , à 5''.|m. . à iii. s. . . . 6''. m. . . l''.7S. . . h a à à à à à midi. . à jl". s. , 3^s.., 6h. m. . loh., m. 17' 17- 17- 17. 18. 17 18. 9,1 9,4 8,6 Io,6 ",3 °,5 11,1 0,4 17- 17. 17' 17- 17- 17- >18. 18. 18. 18. 18. 13. 17. 17- 18. 17. 17- 17. 17. 17. 17. 17- 17- 17- 17- 17- n,4 10,6 ",5 ",3 10,6 1,9 3.1 .3,5 3,' 5,5 ',5 11,8 1 1,1 04, 10,1 7,3 9,i 9,1 ï',1 10,9 10,0 9,4 7,î 7,4 9.1 A Midi ■ 9,3 9,f' 8,8 11,8 ',! 0,8 17.11,7 18. 1,5 iS. 0,1 17. 10,9 iS. 0,6 18 1,1 17 10, S 18 1,0 18. 3,4 18 3.4 18 3,5 18. î.i iS 3,5 18. 1.7 18. 0,4 17 11,5 18 0,6 17- 10, S 17. 7,î 17- 9,4 17- 9,1 17. 1 1,1 17 1 1.0 17 . 10,0 17 10,3 17. 7,7 17. 7,4 17. 9,5 17- 4,4 RECAPITULATION. Plus grande élévation du mercure 18.3,61, le iS Moindre élévation du mercure 17.4,3 5, 's 6 compl. Elévation moyenne 27. 9,98 Plus grand degré de chaleur + 10,8, le I9 Moindre degré de chaleur -f- 4,'o, le 16 Chaleur moyenne "|- 11,4 Nombie de jours beaux 14 de couverts 11 de pluie 14 de vent 34 A L'OBSERVATOIRE NATIONAL DE PAUIS, Fructidor et jours Complémentaires an ni. ftm^m MIIIM 1 P 1 T.W !■■ Hyg. POINTS VARIATIONS raidi. Vents. LUNAIRES. DE L' ATMOSPHÈRE. I «4,0 SO.foit. Equin. asccnd. Ciel nuageux ; vapeurs à l'iiorison. 1 «?,r S-O. Beau ciel par intervalles ; qucli]ues gouttes d'eau à midi. 1 7!,î N-O. Pluie au lever du soleil et par inrcrvalles dans le jour. 4 7',f N-O. Apogée. Ciel couvert le matin ; a demi-couvîett l'après-midi. f 73,0 S. Ciel ntuizcux. t 8o,î 0. Dsrij. Quart. Ciel couvert une giande partie dn jour. 7 71,0 SO. etNO. Ciel cuuv.r:; pluie depui". j liciiics du y N. Beau ciel le matin ; brouillard ; superbe le soir. IQ 71,0 N-E. Ciel presque sans nuages; brouillard le matin. r 10 61,0 N-E. Prem. Quarr. /Am , sans brouillard. '' 11 f7,0 N-E. Même temps. 11 57,0 N-E. fort. Idem. lî Î7.0 Calme. Ciel couvert ; quelques gouttes d'eau vers 8 heures et demi du mat 14 70,0 N-O. Cielcouv. et brouil. le mat. ; beaucoup d'éclaircis dans l'apiès-midi lî S-O. Couveit et brouillard ; pluie abondante dans la soitce. !<; 85jî S. fort. Couvert; pluie par intervalles. n 79,0 S-O. fort. Couvert par intervalles; quelques gouttes d'eau à 1 heures du soir. 18 70,0 0. Pleine Lune. Ciel à demi-couvert. 19 11-,^ 0, Equin. asccnd. Ciel nuageux et trouble ; couvert l'aptès-midi. 1° 74. î 0. Quelques edaircis avant midi. 71,0 S. Apogée. Ciel trouble ; vapeurs épaisses ; pluie abondante depuis ; heures. 75>o 0. fort. Couvert par intervalle";. 84,'- 81,0 S-O. Pluie le matin ; assez beau dans la soirée. SO. Beaucoup d'éclaircis ; plusieurs averses dans la journée. 75.0 87,0 S-O. Ciel couvert pat intervalles. tf S. Dern. Quart. Ciel couvert et pluvieux avant midi ; superbe toute la soirée. RÉCAPITULATION. de sciée o de tonnerre o de brouillard 4 de neige o te vent a foufflé du N 1 fois N-E } E o SE o S J S-O 10 O î N-O 7 302 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE OBSERVATIONS Sur mie espèce de bois pétrifié , trouvée à Bellen , proche Soissons ; Par J..-L.-M. Poire t , professeur d' histoire naturelle à l'école centrale du département de t Aisne. Lues à l'Institut national , le 26 brumaire an VII de la Rép. ili N parcourant plusieurs ravins formés par les pluies du prin- temps dernier dans les environs de Soissons , j'ai rencontré dans l'un d'eux , proche la commune de Bellen , au Mont- Fendu , une grande quantité de bois pétrifié dans un état tout -à -l'ait remarquable. Les eaux avoient détruits une portion du chemin qui conduit de Soissons à . . . il sV étoit établi un ravin d'environ 3 mètres de profondeur, L'éboulement des terres avoit laissé à découvert vin tronc d'arbre placé horisontalement en travers du chemin. Il n'étoit recouvert que par un mètre environ de terre en partie sa- blonneuse. Ses deux extrémités se perdoient , de cha(|ue côté , sous deux moniicul'es sablonneuses , d'une hauteur très-inégale. Ce tronc formoit une seule masse cylindrique, mais qui se divi- soit très - i'acilement en morceaux et même en lames longitudi- nales, ainsi qu'en portions tran s verses , comme si elles eussent été sciées. L'intérieur du bois étoit converti en une substance pierreuse , très-dure , siliceiise , disposée par lames : mais les couches extérieures , celles qui paroissoient avoh' appartenues au liber et même kV aubier , se présentolent en longs lilamens capil- laires , fragiles , qui prenoient la forme de flocons lanugineux dès qu'ils étoient frappés par le contact de l'air. Ils étoient entre- lacés en réseau dans la même position qu'ils affectent dans le bois vivant. Enfin, la partie qui constitnoit l'épiderme n'étoit plus au'ime poussière noire , très-fine, charbonneuse, noircissant les oigts et offrant lotis les caractères du charbon. Ce tronc d'arbre étoit renfermé dans une couche de sable jau^ râtre, humectée par une petite, source ferrugineuse qui descend de la montagne, coule sur les bords, du chemin , et y dépose uo ET n'HISTO IRE NATURELLE. 3o3 oxide Je fier jaunâtre. Certains morceaux se trouvoicnt pénétrés d'une forte teinte de rouille, d'autres de prussiate de 1er : d'au- tres morceaux isolés , restés ions-temps exposes à l'action de l'yir, étoient revêtus d'une couche blanchâtre , épaisse , seniblaMe à la couche calcaire tpii revêt plusieurs cailloux , mais celle ci étoit de nature siliceuse. Les lilamens dont j'ai parlé plus haut , et qui se présentoient sous une forme assez semblable à celle de l'asljeste essaie par les acides, n'en ont point été attaques. Ils y perdent seulement leur couleur grise, et se réduisent en une poudre blanche , laquelle examinée au microscope , n'est autre que ces mêmes filamens brisés , mais conservant toujours leur même l'orme filamenteuse. Ils résistent également à l'épreuve du feu par le chalumeau , qui leur donne seulement une légère courbure, tandis cjiie l'asbeste, au même degré de feu , s'y fond très-prompteme nt. Ils sont donc composés de silice , mêlés peut-être avec un peu d'almniue. Ces oi)Servations prises dans là nature paroissent s'accorder assez bien avec cellesqueHumphreydavyavojt faites par le uioyeii de l'analyse chimi([ue , et qiii se trouvent insérées daus'ce Journal (toin. 49» fruct. an VII, p. 202 ). Plusieurs tiges de graminées lui avoient fourni, par l'analyse chimique , une certaine portion de terre siliceuse., plus ou moins selon leur espèce. Elle lui a paru exister particulièrement dans ré])iderme ou la seconde écorce. «; Lorsque , dit-il, on les fait jjrûler avec qùelcfue prééariitiôn , n la figure de l'éjùderme se conserve , et dans Je f-oseau , lorsque » la comi)ustion a été bien com{)lèté , le résidu forme un solide « blanc , brillant , de même forme (|ùe l'épiderme, et qui a ime 3> demi-tranSparence. Dans les roseaux , les blés et les grumens 35 ce l'ésidu est blanc et opaque; et, vuàla lotipe, il paroît formé » de fils Irtrtgitûdinaux joints ensemble par un rëséa'u -à mailiss. » Cette disjiosition particvdière s'oiiserve jaisqnés dans les plus >3 petites particules que le microscope peut découvrir. » Le même auteur observe que 27 grains de l'épiderme de sj Yarundo phragmiîes exposés à ime forte chaleur , donnèrent 3> i3 grains d'une matière terreuse , blanche , insoluble dans les « acides minéraux. Il en fît fondre 10 grains avec 34 grains de M potasse. Le composé étoit soluble dans l'eau. Le phos'acide ni- 3> treux ( l'oxide ga^eux d'azote) occasionna dans ce Hc[uide uu » précipité floconneux qui ne pouvoit être (pie de la silice ». Il suit donc de ces observations , faites au moyen de l'analyse chiml(|ue , conliruiées par celles prises dans la nature, (lu il existe une plus ou moins grande quantité de terre siliceuse dans les vé- 3o4 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE gétaux ; que cette terre se trouve insensiblement mise à nud par Ja destruction des autres principes (jui entrent dans la constitu- tion des plantes ; (ju'enfin cette terre est fpielijuefois si abondante qu'elle affecte encore les formes organiques de la végétation ^ quoifju'elle y reste seule, et qu'elle est la dernière à se désorga- niser , s'il est permis de s'exprimer ainsi. C'est alors que les plantes paroissent être dans l'état le plus favoral)le ;\ la pétrification. Les élémensdela végétation détruits, tels que la sève , la moelle , le suc propre , les substances gom- •.^meuses , résineuses , etc. , il reste nécessairement des vides (jul se itrou vent remplis par des molécules pierreuses introduites à l'aide de l'eau , entre les interstices de la terre de végétation, et en • forment, avec le temps , une masse compacte et solide. Il paroit encore , d'après mes oijservations , que cette jiétrilication com- mence par le eœur du bois, et se termine à la circonférence : que l'épiderme se convertit , suivant les circonstances , en carbone plus ou moins pur , et qu'enfin une partie de la terre siliceuse, qui se remontre à la surface du globe, est fourni par la décom- position des plantes, sur-tout par celles des grands végétaux. Au reste , je ne présente ces réflexions que comme des conjectures qui exigent d'être confirmées par utie suite d'autres observations. Je ne prononcerai pas sur le temps que peut employer la na- ture pour opérer la pétrification des végétaux , question depuis long-temps agitée , et encore sans solution. Je crcjis que ce temps . dépend particulièrement des causes qui altèrent plus ou moins promptementles substances végétales , et des circonstances locales qui y amènent des eaux chargées de molécules lapidifiques. Je me bornerai à observer , relativement au morceau que je soumets aux regards de l'institut , que d'anciens habitans de la commune de Bellen m'ont dit qu'ils se rappeloient très-bien que le chemin dans lequel je l'ai' trouvé , avoit été formé , il y a environ 4° ans, et que pour le consolider, on y avoit jeté des arbres l'ecouverts de sable et de décombres. LOUICHE , ET D'HISTOIRE NATURELLE: 3o5 L O U I C H E , membre de rinspectiou des Mines de la République , A J.-C. DEL AM ET HE RIE, Rédacteur au. Journal de Fhjsique. Paris, 4 vendémiaire anVIII. J_j E choix que vous faites de matériaux pour composer votre Journal , le rendant un recueil précieux et complet de tout ce autres , si la Société y est engagée par l'accueil quQ' recevra » celui-ci ». Nous ne doutons pas de l'accueil favorable que le publie fera aux travaux de cette Société. Il suffit de nommer les auteurs des mémoires que ce volume contient. Ce sont I-amarck ,. Haily ^ Cuvier , Ventenat , Geolïi-oy , Latreille , Decandoles , Gillet- Laumont et Lelièvre. Nous les ferons connoître plus en détail.- Cours d'histoire naturelle des animaux , et Dictionnaire moral.. C. S. Sonnini , membre de plusieurs sociétés savantes et de' celle d'agricullvire de Paris, se propose d'ouvrir , sous une forme nouvelle , le 21 du mois de brumaire prochain^ au VIII ^ un cours» 3îo JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE d'histoire naturelle de l'homme et des animaux. Ce que les an- ciens en ont écrit, ce qui'aété reconnu par les modernes, ce que Sonnini a observé lui-même dans ses longs et nombreux voyaires; enfin les observations et les i'aits qui Constituent proprement l'histoire de la nature , y seront rapportés et analysés. La nature y sera présentée telle qu'elle est , telle queBuff'on et Lacépède , parmi les Français , T'ont peinte , intéressante et aimable ; et la vaine et sèche apparence d'éruditiou dont on ne l'effarouche que trop souvent , en sera bannie. Afin de donner , à ce cours , le degré d'utilité dont il est sus- ceptible , les espèces d'animaux que l'homme a associées à ses travaux , celles-dont il tire sa subsistance , ses vêtemens , etc. j celles qui ont pour lui quelqu'avantage ou quelqu'agrément , feront l'objet de détails plus étendus. Les méthodes les plus sûres de les élever , de les nourrir , de les soigner , d'en obtenir Is meilleur parti , seront tracées; en sorte que , sous ce point de vue , le cours d'histoire naturelle deviendra en même-temps un " cours d'économie rurai-e. Persuadé que pour étudier avec fruit , il est nécessaire d'écriro ce que l'on veut apprendre , Sonnini dictera des leçons élémen- taires qui formeront un abrégé d'histoire naturelle , et au moyen desquelles les développemens qu'il ajoutera , seront plus facile- ment retenus. Les séances seront de deux heures , et se tiendront de deux jours l'un. Le pris est de 24 francs par mois. L'on souscrit chez Sonnini , rue du Puits-l'Hermite , n". 8, section du Jardin-des- Plantes. Les souscripteurs fixeront eux-mêmes l'heure qui leur sera la plus commode pour les leçons. fossiles de Grlgnon , avec un tableau offrant un nouvel ordre naturel des vers testacés , et un grand nombre de planches , dont quelques-unes coloriées, dessinées, gravées et enluminées par l'auteur. Ouvrage formant une conchyliologie nouvelle , élémentaire et complète. 3 vol. grand in-8. , beau papier et beaux caractères ; chaque volume de 4^0 pages environ , y compris les planches. Par Denis Montfort, aidegéologiste au Muséum d'histoire naturelle de Paris. PAR SOUSCRIPTIOil. S'il est une belle étude qui , enflammant à-la-fois l'ame et la pensée , soit digne du génie et des hautes destinées de l'homme, n'est-ce pas celle qui le reportant dans l'abîme du passé , déchire l'épais rideau sous lequel reposent ces filiations d'êtres qui le ET D'HI«TOiaE NATU RELLE. 3jl précédèrent sur cette terre antique soumise aujourd'iiui à ses lois et à son empire ? C'est en étudiant les ibssiles , en les comparant entre eux et avec les corps actuellement vivans qu'on obtient les plus grands résultats philosophiques. Les coquilles fossiles, si nombreuses et si variéep , nymie et leur analogie avec les genres que forma Lamarck j, chaque genre sera précédé d'un exemple d'une coquille vivante qui, lui servant de type , sera coloriée pour la distinguer des fossiles : on y joindra les genres naturels que Grignon n'a pas encore offerts dans l'état fossile ; et , soris tous ces rapports , cet ouvrage peut être regardé comme une coùchyliologiê; élémentaire et complète. Prix de la soustription. Le prix de chaque volume broché en carton est de dix francs, qu'on paiera en souscrivant ; ils seront le'prix du dernier volume : lés autres se paieront lors de leur livraison. . On souscrità Paris, chez H.- J. Jansen , imprimeur-libraire , rue des Pères, n". 1190. PAR SOUSCRIPTION. Histoire naturelle , générale et particulière , par Leclerc dé - Euffon ; nouvelle édition , accompagnée de notes, et dans la- quelle les supplémens sont insérés dans le premier texte à la place qui leur convient. L'on y a ajoirté l'histoire naturelle des quadrupèdes etdes oiseaux découverts depuisla mortdeBuffbn, celle des reptiles, des poissons, des itisectes et des vers j enfin y 3i2 JOURNAL DE -PHYSIQUE, DE CHIMIE l'histoire des plantes dont ce ^rdnd naturaliste n'a pas en le temps de s'occuper. Ouvrage i'ormant un cours complet d'his- toire naturelle , rédigé par C.-S. Sonnini , membre de plusieurs sociétés savantes. Soixante volumes grand in-8. , beau papier avec environ i,3oo plflïiches. PROSPECTUS. Les monumens littéraires ne sont pas les moins honorables pour les siècles. Savant architecte dvi temple le plus auguste qui ait jamais été consacré à la nature, BulFon a couvert de sa gloire le siècle témoin de ses travaux. Le temps, ce juste et lent apprécia- teur des actions des hommes , pourra effacer de nos annales les laits ejftraordinaires , dont l'éclat nous a éblouis; mais il respec- tera la mémoire du génie , et la postérité citera , avec admiration , l'époc[ue où Bufï'on composoit des pages dont l'immortalité s'era» paroit. Mais le génie assez vaste pour cmljrasser un plan- qui n'avoît d'autres bornes que celles de la nature elle-même , dût s'arrêter au milieu de sa carrière. La mort vint suspendre ses travaux. Le temple dont la façade et quelques autres parties sont si brillantes et si magnifiques , resta imparfait, et peu de personnes se crurent dignes d'appuyer de nouveaux morceaux de l'édifice sur les pier- res d'attente que Buffon avoit posées. Le rédacteur de cette nouvelle édition des œuvres de Buffon", n'a pas la pi'étention téméraire- ebpresque sacrilège de toucher au tra- vail de cet homme rare , ni de le profaner par le contact du sien. Amant de la natiire, admirateur du pinceau le plus hardi et le plus moelleux ({ui ait jamais su la peindre, et auquel les détrac- teurs de Bufîbn n'ont opposé que des crayons durs et secs , il vénère également et le modèle et le peintre; il ne se permettra aucun changement au texte de l'histoire naturelle , il n'y ajoutera rien ; et si sa plume osoit en' retrancher quelque chose , il lare-r jetteroit pour toujours , comme un instrument de dommage. Cependant, afin d'éviter des recherches dans plusieurs volumes, Buffon n'ayant pas voulu faire de nouvelles éditions de ses œu- vres , les supplémens qu'il a publiés successivement, seront fon- dus avec le premier texte , à la place qu'il avoit lui-même indi- quée ; en sorte que le lecteur aura sous les yeux , à chacun des articles , tout ce qui peut y avoir rapport , sans recourir à des f'ragmens épars. Lorsque la matière l'exigera , le rédacteur ajou- tera aussi quelques notes propres ù donner des éclaircissemens , ET D'HISTOIRE NATURELLE. 3i3 on un complément à des objets mieux connus depuis la mort du Pline de la France. Les quadru])ètles et les oiseaux nouvellement découverts seront ajoutés à la suite de ceux avec lesquels ils ont le plus de rapport. Enfin , pour donner un cours complet et vraiment général d'histoire naturelle, et remplir , autant qu'il est possible, la tache immense que Buf Fun s'étoit proposée , son ouvrage , et la suite dont on vient de parler, seroait terminés par l'histoire natureUe des rep- tiles , des POISSONS, des i.nsectes et des VEns ; enlia , par celle « h la Société de TTiysique et d' Histoire naturelle de Genève, /e 19 septembre 1799- La face escarpée du petit Saléve, du côté de notre vallée, composée .de couches de rochers calcaires , présente deux de ces couches ,qui sont excavées, séparées l'une de l'autre par un intervalle d'en- viron 200 pieds de hauteur. La première est appelée grottes de l'hermitage. On trouve dans la seconde , d'un accès moins facile, xle grands plateaux séparés du rocher , et restés sur place. Ces plateaux ont à leur surface quelques pétrifications marines , et particulièrement des vis ou strorabites , qui peuvent être déta- chées. On en trouve de sept pouces de longueur. La couche mince qui les renferme est plus tendre, et son peu de liaison est la cause , (i) Sur les remarques que firent, après cette lecture, quelque la société , j'ai ajouté à ce Ménjoire quelques citations et de nouve ^eniens. Tome ri. BRUMAIRE «a 8. s membres ào veaux éclaircis- Tt SrS JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE sans doute, de la séparation de ces plateaux , lorsque la couche inférieure a été détruite ou rompue. Quoifiue cette pétrification ait l'apparence d'une vis dans son entier , je n'y reconnoissois pas ses vrais caractères , et je soup- çonnai qu'elle pouvoit n'être que le iïït ou coluinelle d'une vis; c'est-à-dire , cette colonne intérierxre qui est le centre et le point d'appui des spirales dans la coquille. Je suis resté lon^^temps sans en avoir la démonstration. Je l'ai eue , enlin , et ce n'est pas Saléve qui me l'a fournie , mais une pétrification qui vient de quelque montagne de la Suisse. C'est une "vis dont le fût k découvert , a conservé la moitié d'un» des spirales extérieures. Ce fût , à-trùs-peu-près semblable à la pétrification du petit Saléve , montre ainsi, que cette pétrification n'est en effet qu'un fût , dont la spirale , qui l'environnoit , a été détruite. Cette colonne torse, qui forme l'axe de la coquille , a acquis dans ce cas plus de dureté que la spirale environnante ,. par la concentration des particiries pierreuses qui s'y sont réunies, et elle a résisté ainsi à la destruction. J'i par Irseauxdans le roc j et éclairée feulement pat' le haut ». Mém. de l'Acad~ année i745. ET D'HISTOIRE NATURELLE. 02i tei'mlne la vallée dite du glacier , située derrière le Mont- Blanc , entre le passage des Fours et le col de la Seigne. Le sommet de cette montagne est couvert d'un placier , d'où descen- dent plusieurs torrens <[ui se réunissent avi lond de la vallée , et vont, sous le nom tïeau du glacier , se jeter dans l'Isère. Ces torrens coulent avec une très-grande rapidité ; mais ici , le rocher n'ayant pas de coupures, ils glissent sur sa surface sans s'y être creusé de lit. Cejiendant ces torrens coulent depuis un temps aussi ancien cju'aucun autre torrent des Alpes. Tout l'efFetd'un courant d'eau sur un rocher dur, se réduit , avec le temps, à en adoucir les surfaces et en émousser les angles. On peut en juger soi-même, quand on se baigne dans une eau courante et qu'on y reste tranquille. On sent l'eau glisser sur la peau, dont le frottement n'est même sensible que par le choc que ])roduit un courant rapide sur un corps qu'il ne peut entraîner. Tels sont les courans d'air. Comment , en effet , un fluide aussi mobile que l'eau , dont les particvdes roulent les unes sur les autres; qui se prêtent sur l'ins- tant à toutes les formes , à toutes les inflexions ; qu'un souffle agite , pourroit-il frotter avec assez de pression sur un corps dur , pour l'user d'une manière sensible? Lors donc qu'un torrent coule dans la coupure d'un roclier , cette coupure n'est là qu'un accident ; elle existoit avant le tor- rent qui s'y est dirigé , comme à l'endroit le plus bas , lorsqu'elle s'est trouvée sur sa route* On voit dans les montagnes beaucoup de ces coupures sans torrent, et l'on en voit aussi dans des rochers moins élevés. Telle est cette énorme coupure près de Buxton en Derbyshire, appelée eldeii-hole , qui a plus de 200 pieds de profondeur. Si elle étoit dominée par une liante montagne d'où descendît un torrent qui coulât dans son fond , 011 n'auroit pas manqué de dire , c'est le torrent qui l'a creusée. Quelqu(;s naturalistes persuadés de cette idée, et rélJéchissant au tem]iSf[u'il faudroit pour produire un tel effet, ont cru voir, dans ces coupures où coulent les torrens , une preuve de la grande antiquité de nos continens. Mais il en est de ce fait, couime de tous ceux cités par les partisans de cette antiquité ; c'est que lorsqu'ils sont examinés avec plus d'attention , cette première ap])arencedisparoît,eton leur reconnoîtune toute autie origine. Sans doute les fentes où coulent les toirens se dégradent plus nue celles où il n'en coule point. L'eau qui pénètre dans les fissures du rocher et qui se gèle en hiver , en détache de grands morceaux qui vont encombrer le lit du toiient 3 mais cette cause 523 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE re tend pas à le creuser , et ce n'est pas celle dont il s'agit dans riiypotlièse ; non plus que l'impression que fait sur un rocher , le choc d'une chute d'eau. On rencontre assez fréquemment sUr le sommet des hantes montagnes calcaires, sur les parties élevées de leurs pentes, des siu'faces de rochers sillonnées et entrecon])ées de fentes de plu- sieurs pieds de profondeur ; telle est Li ])lns haute soniniité de Salévc , appelée \n piton. Ces sillons et ces lentes, qui p.iroissent au premier conp-d'œil , l'ouvrage de courans d'eau , sont l'effet de l'action de l'air, du soleil , des pluies et des gelées. Ces agens décomposent la surface du rocher exposée à leur influence ; et ces rochers ayant le plus souvent des veines plus ou moins dures, il en résulte ces inégalités en forme de sillons; en même -temps que les lissnrcs originelles du rocher s'clargissant par la même cause , produisent ces -lentes qui surprennejit quand on les voit pour la première fois, Si CCS rochers renferment des concrétions siliceuses ou des pé^ trilicatious marines plus dures (pie le rocher lui-même; ces con- crétions et ces pétrifications restent en relief à sa surface , et sont là comme une espèce d'anatomie du roclier , dont les influences de l'air ont été le scalpel. liCS torrens ne se creusent un lit dans les montagnes , que sur des talus formés des débris des rochers supérieurs. Ces matériaux sans liaisons cèdent à l'action d'une eau courante, et, entraînés par elles , ils vont remplir le Ibnd des vallées. C'est ainsi que les ruisseaux et les rivières se creusent un lit dans les plaines. C'est dans ce premier transport des débris des rochers fait par les torrens , que ces débris commencent h. prendre une forme arrondie par le frottement qu'ils éprouvent les vins contre les au^ très et sur le fond où ils sont entraînés. La coupure du rocher où le Rhône se perd , n'est donc pa5 l'effet d'une érosion du fleuve. Il a bien pu creuser les couches de sable, d'argille et de pierres roidées qui couvroient ce rocher, dont les bancs horisontaux s'étendent par-dessous ces premières couches ; mais arrivé là , le rocher arrêtoit son action, et puis- qu'il s'y enfonce , et par un canal aussi étroit, c'est-là , comme ailleurs, une fente accidentelle. M. de Saussure en a jugé autrement. « On croiroit , dit-il , j> f[ue ces rochers qui paroissent durs sous le marteau , auroient n du mettre un obstacle aux érosions du Rhône , et l'empêcher » de s'enfoncer davantage; mais , au contraire , il a pénétré dans » ces rochers beaucoup plus avant que dans les terres ; il les a « même creiisés au point de se cacher et de disparoître entièrer ET D'HISTOIRE NATURELLE. Sao 3> ment. C'est- là ce qu'on appelle la perte du Rhône (i) 33. On poun-a juger, d'après l'exposé des faits, entre cette opinion et celle que je présente. Ponrciuoi le Rhône n'anroit - il pas creusé toute la surface du rocher mise à découvert, plutôt que de concentrer son action «ur une ligne large seulement d'une toise ? Et cette ligne creusée n'est pas une couche plus tendre du rocher , puisqu'elle coupe toutes les couches dans le sens de leur épaisseur ; ces couches étant les mêmes de part et d'autre de la coupure. Ce n'est donc là qu'une fente accidentelle , qui , très-vraisemblablement , a plu- sieurs rameaux souterrains. Sans elle, le Rhône eût coulé en en- tier par-dessus la surface découverte du rocher, et auroit formé une cataracte sur l'endroit où on le voit ressortir. ]1 paroît même que la première couche du rocher étoit au- trefois contigue ; qu'elle couvroit la fracture , et formoit dans les basses eaux un pont naturel j car on voit des traces de mines sur les bords de la fente , qvii ne peuvent avoir été faites que pour rompre une couverture qui existoit, ou élargir la fente elle- même , qui , dans cet endroit , potivoit être fran.cliie , afin de couper une communication trop facile. C est bien ici où l'on peut remarquer à quoi se réduit l'action d'une eau courante sur u» rocher dur. Quelle que soit la violence du courant du fleuve , resserré dans un canal aussi étroit , ce canal est toujours le même ; les chocs et les bouillonnemens de cette masse d'eau qui s'y engouffre , ne font qu'adoucir les surfaces et arrondir les inégalités. Les bords de ce canal restent à sec dans les basses eaux , et le rocher étant abondant en pétrifications marines , j'en ai détaché plusieurs : nu nautille de 4 pieds 3 pouces de circonférence , des noyaux de tonnes de 4 à 5 pouces de diamètre, des huîtres et quel- ques grandes cames. La partie de ces pétrifications , qui étoit à dé- couvert à la surface du rocher, et sur laquelle les eaux d u fleuve ont coulé depuis des siècles , pendant neuf mois île l'année , est seu- lement ailoacie} elle a conservé ses stries , ses tubérosllés , ses volutes (2_). (0 Voyages dans les Alpes , toin. I , cliap. XJfll , de la perle du Rhône. (2) Nnusavons élé , mon frère et moi , les premiers curieux qui aient remarqué «.cS pétrificalions , cl nous eu avons eu ainsi les prémices. On a été si souvent , dès-lors , dans cet cndroit-là, et les paysans du lieu , qui nous les ont vu ramasser, en ont tant ramassé cux-mcmes , pour les offrir aux voyageurs curieux, qu'il est possible qu'on ne trouvât plus de ces pélrilicaiions avec la cJreonsUncc que j'indique. ces 324 J0U6TfAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE La puissance érosive d'un courant d'eau, qui n'use un rocheir qu'en adoucissant sa surface , est réduite à liieii peu de chose , si elle n'est presque nulle. Et cet effet , tout folble qu'il est , est dû, sans aucun doute, au menu sable que cliarie le Rhône. On. conçoit très-bien que ces |ietits corps , quoique durs , ne peuvent pas agir avec plus de puissance ; parce que flottans dans l'eau , où ils n'ont aucun point d'ap])ui, ils glissent avec elle; mais ils con- servent ce foible degré d'action, que n'auroit pas l'eau toute seule. ' Si le Rhône étoit aussi clair dans cette partie de son cours , qu'il l'est au sortir du lac ; loin que ses eaux produisissent aucune érosion , les rochers se couvriroient de vép^ctations aquatiques , comme on le voit dans sa partie claire , (|uoiqu'elle coule aveq rapidité. Dans le nombre des couches qui composent le rocher, il yen a de plus dures les unes que les autivs. On voit leurs tranches au- dessous du canal où le Rhône se perd , contre les bords escarpés de l'encaissement du fleuve. Il s'est fait là une sorte d'anatomie do ces couches; les unes sont creusées , les autres restent en sail- lies. C'est l'effet ordinaire de la décomposition des couches plus tendres , (juand elles sont exposées à l'action de l'air; décompo-, sition à laquelle le fleuve jieut contribuer, lorsqtie dans ses crues, il s'élève à la hauteur de ces coitclies et y entretient l'iuunidité. Mais ce n'est là qu'un effet secondaire , opéré depuis la fi-acture, dont la fente profonde, où coule avec fracas la valsselline, est une ra- mification. Ces excavations peuvent aussi s'être faites en grande partie ,' au moment de la fracture , par l'enlèvement de la pièce qui les rempllssoit ; comme je l'ai observé en parlant des excavations du petit Saléve. Ainsi le Maragnon , au sortir des Cordillères , n'a pas creusé le fameux Pongo ; mais ayant trouvé sur sa route , cette longue et profonde coupure , il y a pris son cours comme à l'endroit le plus bas. Les rochers qui causent la chute du Rhin; celui qui partage la. fameuse cataracte de Niagara ;3\ns\(\ue tant d'autres rochers qui brisent le courant des fleuves , seroientdéjà effacés, si l'eau avoij sur les rochers durs , l'actioa érosive qu'on lui attribue. Scznojfjf ET D'HISTOIRE NATURELLE. 325 SciPiONS Breîslack y Topogr-aphia Fhysica délia Campania, dedicata alla s'ignora contessa iS/tawro/z^X.^. Firenze 1798. C'e ST-A.-DIRE: TOPOGRAPHIE PHYSIQUE DE LA CAMPANIE; Par Se I PI ON Breislack. Dédiée à la comtesse SKAwaoîiSK.i. EXTRAIT par LÉorOLD Bccir, prussien. JjREisLACK , un des premiers naturalistes d'Italie , connu par son hA ouvrage sur la solfatare, dans le cratère de laquelle il eut le courage de vivre solitairement plusieurs années, pour y étudier, sur le lieu même , ces merveilles de la nature , et recommandahie encore par plusieurs autres savans écrits sur l'histoire naturelle , nous donne , dans cet ouvrage, le résultat de ses pénibles recher- ches pendant douze années^consécutives dans la province de la Camjianie, celle qui environne Naples. Nous n'avions jusqu'ici que des fragmens sur la minéralogie du Vésuve ,de ce volcan si varié dans ses productions , si intéressant pour la théorie des volcans çn général. Tous les écrivains , avant lui , ( on en pourroit for- mer une bibliothèque) n'ont traité que l'histoire des éruptions ; €t le premier ouvrage vraiment minéralogique , le catalogue de Giœni , est en effet ce qu'il annonce , un catalogue. Breislack est le premier qui parcourut ces contrées en géologue philosophe , et ses grandes vues , jointes à son exactitude , ont produit un ouvrage qui est trop intéressant pour la physique pour ne pas e'y arrêter plus loug-temps. L'auteur observe d'abord, que toute cette contrée volcanique, les heureuses plaines de la Campanie, sont entourées , en demi- cercle , de hautes montagnes calcaires , qui appartieiment à la grande chaîne de l'Apennin , et s'élèvent au promontoire de Gaeta , et se terminent au sud par le promontoire Minerve ou de la Campanella , entre les golfes de Salerne et de Naples. Cette roche calcaire est grise, compacte, écailleuse, et ap- partient aux roches secondaires. La haute montagne de Pietra- ' Tome F/. B R U M AIRE tf« 8. V y 326 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE liojci , près de Ceretto , contient beaucoiij) d'cmj.reintes de pois- sons, et pins liant, une rpiantlté de nectinites et d'jininonites. On y a même trouvé un os d'un cetace. La roche calcaire près de la Torre d'Orlande, non loin de CasteUainare , contient beaucoup de restes du sparus guarracinus , petit poisson excessivement commun à Naples. Mais cette roclie se perd dans des formations plus anciennes vers Salernc et Sorrente : la montagne de Massa est déjà composée d'un schiste arg'illeiix micacé , qui lui-même repose sur un grès micacé , tons deux appartenans vraisembla- blement à cette formation ancienne , qui suivit immédiatement celle des montagnes primitives ; celle dans la(juelle se trouvent les riches filons de la Transilvanie , celles du Harz , et la plus eranfle partie de ceux de (riromatiay , en Alsace; celle enfin qui est désisnée par l'école de Werncr, sous le nom de Jbr/naiion de transition. On voit sortir, presque par-tout, au pied dos premières collines calcaires, une quantité de fontaines minérales, qui exhalent des nuages de gaz hydrogène sulfuré ; tels sont ceux au bas de P/{/o, près de Garigliano ; celles près de Sarno , celles près CasteUa- inare , déjà si renommées par les anciens. Ces fontaines déposent fréquemment du soufre sur les objets cpii lesavoisinent. Elles nais- sent dans le territoire volcanique, et])eut-être, se poussant dans un cours souterrain contre ces grandes masses calcaires qu'elles ne peuvent percer , elles se trouvent obligées par-là de sortir à jour. Leur temi)éralnre , du moins jamais excédante celle de l'atmos- phère, paroît confirmer un cours souterrain d'un point, où la cha- leur leur fournit les substances qui s'en détachent dès qu'elles sont en contact avec l'atmosphère. Chap. II , III. La grande plaine de la Carapanie est divisée par deux montagnes remarquables , le Mont-Massico, et \d.Rocca Monfina , près de Sessa. La première est calcaire ; la seconde est un très - grand volcan éteint , qui offre encore des traces très- distiiictes de plusieurs cratères et de beaucoup de courans de lave. Brcislack est le premier qui en ait parlé ; c'est en avril 1790 qu'il y fît ses premières recherches. Il remarqua d'abord qvie la ville de Sessa doit avoir sidji le même sort que celle a'Herculauum,quoic[ue l'histoire n'en parle pas. En creusant sous le fond de la ville actuelle , on rencontre par - tout , sous la pouzzolane , des restes d'édifices anciens ; des chambres ornées de peinture, et on a trouvé même vm aii)])hithéàtre. Les matières qvd couvrent ces restes, ressemblent beaucoup à celles sous les- quelles Herculanum fut enterré. Eu remontant les ruisseaux , au bas de la colline de Sessa , on ET D'HISTOIRE NATURELLE, 327 trouve liîentôt à la Molara di Valogno , lieu remarquable par sa situation pittoresque , deux courans de lave l'un stir l'autre. La lave inférieure est grLse , poreuse , et contient Ijeaucnup de Icu- cites , ( petrosilex aroilJeux de Breislack } , et quelques petits cristaux d'oiivine ; la seconde est de couleur liien plus ibncé? , elle a le grain plus lin tt jilus coiniiactc, et con;ient peu de leu- ciles , mais beaucoup d'olir"nes. Celle-ci ressemble parfaitement aux jiierres dont on a co'io;''ui;la voie appieniie. Tous les écri- vains se sont trompés sur le lieu, d'où ils veul-entqu'App/ius aitfait tirer ces pierres; car ni les montagnes de Cori et de Segnî, ni le mont Massico, ni les environs dePouzzol, ni le Vésuve même ne les ont pu fournir , quand même on ne voudroit pas avoir égard à l'incommodité du transport des matériaux qu'on pouvoit se pro- curer du voisinage même. Mais la Rocca-Monlina a été inconnue jusqu'à nos jours. En allant de Sessa à la Rocca , on traverse un autre courant de lave compacte, qui ne contient que des olivines, mais qui fait encore remarquer , à sa superficie , tous ces entortille- inens(jue les laves d'à-présent affectent pendant leur cours. Cette configuration démontre qu'elles ne sont pas très-anciennes. En effet, tous les courans des environs de Sessa ont un air de fraîcheur, comme une lave récente du Vésuve ;on doit donc s'étonner d'au- tant jjIus , qu'aucun liistorien ne nous a jamais transmis un fait qui pourroit faire conclure une éruption du volcan de la Rocca-Monfina. L'auteur parcourt toute cette montagne remarquable, avec une exactitude étonnante; il poursuit tous ces courans dès leur origine jusqu'à leur perte dans les vallées profondes au penchant de la montagne j il décrit en quoi ils différent, en quoi ils se ressemblent j on le suit comme observant avec lui , et plus d'une fois on s'étonne comme on a pu ignorer si long-temps un volcan, qui l'est si in- contestablement , qui surpasse le Vésuve de beaucoup en gran- deur et variété de ses laves , et qui pourroit presque s'égaler à ^'Etna même. Le cratère de ce grand volcan s'est presque écroulé entière- ment ; on reconnoît pourtant aisément encore qu'il doit avoir eu huit milles de diamètre ( 2 { lieues de France). Les deux mon- tagnesdiLattantiet deS. Croce s'élèvent de cette plaine, comme le cône du Vésuve sur la vallée entre lui et les montagnes de Somma et d'Ottajano. Peut-être un jour jiourroit-il prendre entièrement la fonne du cratère de la Rocca-Monfîna. Chap. IV. Vésuve et mont Somma. L'auteur pense que les collines volcani([ues depuis le Vésuve jusqu'à Cumes sont en con- nexion entr'elles , et qu'il faut les regarder comme un seul vol- Vt a 23.8 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE can , dans le(juel se sont formées ]>liisieiirs oiiveitures , selon la force et la tlnrée des explosions, conune on le voit encore à-pré- sent sur l'Etna ; opinion qui peut-être ne pourroit point jiaroître si convaincante à ceux qui connoissent la grande diTersié du terrain et des produits en-deçà et au-delà de la chaîne du Pau- sili])pe , et c[iu ne cherchent point le foyer des volcans pres(|u'au centre de la terre. Mais quand Breislack suppose avec Giœnl, la première origine du Vésuve au fond de la mer, on nesauroit s'y opposer, même s'il ne rapportoit aussi, pour confirmation de cette idée , les tufs qu'on a trouvés dans le voisinage du Vésuve y qui renferment des celepora sponq'iles , corail très-fré<[uent dan& le golfe de Naples. La icoutagne de Somma est tout-à-fait com- posée de couches de laves , qu'on remarque , même sur le côté méridional , malgré la helle végétation qui couvre le ]ienchant de ce côté j lave qui contient beaucoup d'olivines et de leucites. Toute la montagne est couverte de pierres non altérées du feu y pierres primitives, qui, à Juste titre , mettent toujours le natu- raliste dans le plus grand embarras, quand il doit prononcer sur leur origine. Mais elles ne sontpas jetées par une seule et même ériq)tion , comme le pense Giœni; la différente profondeur dans laquelle elles se trouvent s'y oppose; et l'auteur Ini-même a trouvé sur le cône du Vésuve , une masse de trois pieds cubiques de pierre calcaire blanche, qui doit y avoir été jetée très - récem- ment. La cpiantité infinie de pièces de marbre blanc, siir le pen- chant du Vésuve, montre un phénomène très-remarquable. Beau-- coup d'elles sont phosphorescentes à un haut degré, même en les frottant sous l'eau; mais la lumière phosphorique est dllï'érente :' généralement elle est rouge , (|uelquefois blanche. Un choc très- léger est eu état de produire cette phosphorescence dans quel- ques pièces. D'autres ne font remarquer qu'une fbible lueur ,, même en les frottant très-fortement. Il y a même des pièces qui sont très-phosphorescentes dans une partie et qui ne le sont pas dans d'autres , alternativement. Ces marbres diffèrent essentiel— lenient de la dolomie , en ce que cette pierre ne fait qu'une lente effervescencee avec les acides , et que celles du Vésuve e»i font une très-forte. Ces pierres calcaires contiennent de petits cris- taux de chlorite et de mica, des feld-spaths en prismes hexagones, de schorls noirs , des olivines et des vésu viennes ( hyacintes du Vésuve ). Enfin des cristaux octaèdres de fer magnétique, des lilamens de sulfate de chaux , et même des leucites , tantôt opaques , tantôt transparens , enveloppés dans la pierre même > ou sur les bords de ses cavités. La leucite est la pierre la plus abondante dans les laves de la: ET D'HISTOIRE NATURELLE, 329 Somma; ce minéral curieux, si commun dans la partie inférieure de l'Italie, se trouve sous des formes bien dilfcrenles; où il est isolé ; on en a trouvé ainsi de la grandeur de 18 lignes : (il y en a dans la belle collection de Thompson , Anglois ) , jus(ju'à celle d'une ligne de diamètre, et moins encore. Ou la leucite est enveloppée daiis la lave, ou elle est combinée avec dis j)yroxènes et des micas, comme sur la colline deTusculum , jirès de Rome, où elle se trouve dans la pierre calcaire. Elle est généralement blanche , quoiqu'on en trouve quelquefois aussi des ronges ; les grandes sont opaques; mais elles deviennent à demi-traiis])arentes tn les humcctajit avec l'eau. L;idy Nortli possédcit un très-ljeau cristal dont les deux tiers étoient transparens et luisans , le reste d'un blanc mat et opaque. Ces cristaux renferment tonjours une substance étrangère, ou une pyroxène ( schorl) ou du feld-sj)ath, et cela même ([uand ils se trouvent dans le marbre de Soanna. Leur fbruje est d'une invariaijilité étonnante , on n'y remarcpie jamais les décroissemens,sur les bords et sur lesangles, cpil sont si fréquentes dans les substances volcaniqiies cristallisées. Il n'est pas moins singulier que les leucites ne se trouvent plus dans cette quantité et avec cette grandeur de cristaux dans les laves mo- dernes , que dans les anciennes, comme ceux delà montagne de Somma , ceux sur lesquels Pompeïa fut bâtie; et , en général , tous ceux qui précédèrent la grande éruption sous Titus. (Jeux (|ui se trouvent dans les laves modernes ne sont que petits , indis- tincts et confondus avec la niasse de la lave. Peut- être , demande l'auteur, y a-t-il une roche pleine de leucites dans la partie méri- dionale de l'Italie , le foyer du Vésuve l'a passée et se trouve maintenant dans luiej autre qui contient des olivines et des py- roxènes ? On trouve au Vésuve une lave terreuse , contenant des spaths calcaires , des pyroxènes , et quelquefois de la calcédoine mam- nielonée , qui renferme , dans ses cavités , de l'eau pure. Ce phé- nomène n'est pas rare ; on le remarque souvent dans la lave de Capo di Bove , près de Rome , et dans quel([ues laves de Somma, Breislack croit cpie cette eau pourroit bien se composer dans la lave même fluide. Le cône du Vésuve, qui ne présente â sa superficie que scories, fragmens de lave , sable volcanique , paroît construit comme la montagne de Somma , de différentes couches de lave. On vit , en 177e, s'ouvrir une fente au nord-ouest , longue de 1000 pieds , large de 4°° pieds , et d'une profondeur au moins de 60 pieds. C'est alors qu'on remarqua ces couches successives , qui donnent 33o JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE, de la solidité et de la consistance au cûue. Tous les courans qvii sortent du grand cratère , contribuent à l'agrandir. Ce cône change sa forme pres(|u'après chaque grande éruption. Celle de 1794 l'aLiaissa d'un quart de sa hauteur, et ]-)résenteuient (en 1798) il paroit tronqué , d'an pliu incliné dans la direction du nord-est au sud-est. Le périinèire de la grande bouche au sommet , est à-peu-près de 5ooo pieds ; sa profondeur , 000 ]>ieds. En 1794 > lorsque Breislack eut le coiu-age de visiter ce cratère, peu de jours après la grande éruption , il trouva cei te profondeur de 5oo pieds. Le fond s'élève insensilileinent, sur-tout par la cluite des parois , trop roides pour se soutenir contre les grandes pluies et les autres forces destructives de l'iitmosphère. Cette élévation est quelquefois si grande, que le cratère pjjoït reni])li tout entier. C'est ainsi quela plaine du fojid ne fu: abaissée que 20 piidssous la cinie. Au milieu de cette i)laine s'tieva un autre j)etit cône de 80 à 90 pieds de hauteur, avec un nouveau petit cratère. L'auteur necroitpas que les v!i peurs (|ui s'élèvent sanscessedu grand cratère, quand le vidcan est eu repos, ])ro viennent du foyer même ; il pense qu'ils tirent leur origijie de matières qui se dé- composent non loin de l'ouvertiire uiêrae. Il ne se montre pas plus favorable pour l'ojnnlou d'une communication de ce foyer avec la mer , par la(|uel]e ])lusieurs ])hysiciens ont voidu expliquer la forn\ation des vapeurs d'acide muriatique , de l'ammoniac et de la potasse , que l'on trouve fréquemment effleuris dans le cra- tère du Vésuve. Il pense cpie toutes ces substances se forment dan§ le volcan même. Après quelques observations sur l'invraisemblance du torrent d'eau , qu'on prétend être jeté du cratère , l'auteur décrit le^ courans de lave qu'on remarque au penchant de la montagne , avec une exactitude , qui seule est nécessaire pour nous avancer dans la théorie des volcans. Au pied du Vésuve, du côté du midi, près du fort de Pietra- Bianca , à un peu moins d'un mille de terre , il se trouve , au fond delà mer,ime source de pétrole. Quand les gouttes de cette subs- tance s'élèvent à la superficie de l'eau , elles y forment des ta- ches parfaitement rondes, de trois à quatre povices de diamètre , et d'un lirun-jaunâtre. Peu-à-peu les gouttes s'étendent, prennent une forme irrégulière, et se divisent en grumeaux qui deviennent d'une couleur plombée , uji peu changeante. L'odeur est très- forte , et se sent à une grande distance dans la direction du vent. Une source de ])élrole , auprès du Vésuve , pourroit servir d'explication , à lui faiseur de système. En combinant ce phéno- mène avec d'autres sources de pétrole , dans le voisinage des ET D'HISTOIRE NATURELLE. 33i J^pcr)ni^s et avec les cliarbons fossiles c!e Bénévent et cle Gif'one, auxquels rien n'eniptdie d'attribuer une extension considérahle sous terre , on peut se iionrer , sous le Vésuve, un réservoir im- mense de bitume , (jui s'allume par une fulmination électrique , ou yjar quelqu'autre caiise inconnue. La coinlnistion durera tant que la masse du réservoir ne sera ])oiiit consumée , et elle pourra se répéter clia(|ue fois cju'une nou- velle cause d'incendie aj^ira de nouveau sur une nouvelle quantité de bitume. Je ne fais qu'inditpaer le plan d'un édifice ; si quel- qu'un veut se charger de le construire , on trouvera peut - être aisément des gens qui ne dédaigneront pas de l'habiter. MEMOIRE Sur la manière dont se fait la nutrition dans les insectes ; Par C u V I E n. Lu à l'Institut national , en vendémiaire an VI. Xjer animaux à sang hlanc , infiniment plus nombreux en espèces et plus variés en formes que ceux à sang rouge, et qui s'en écar- tent tellement , qu'on jjourroit peut-être , selon l'idée ingénieuse et hardie de notre res])cctable confrère Daubenton , les considérer connue un règne à part , presque aussi différent des autres ani- maux que des végétaux , ont été observés , classés , nombres et décrits avec i)eaucûu]) de soins, quant à leurs formes extérieures, par les naturalistes ; mais on n'a presque point encore de cou- iioissances un peu générales sur leur organisation. Nous voyons encore dans l'ouvrage de Vicq-d'Azyr , le plus nouveau et le plus parfait ([ue noiis ayons sur l'anatomie com- ])arée , quoique la mort trop prompte de Pauteur l'ait empêché de le continuer ; nous y voyons , dis-je , qu'il attribue à tous ces animaux indistinctementun vaisseau longitudinal noueux, au lieu de cœur. Gmelin , dans son édition de Llnnéus , n'a rien changé aux anciennes erreurs de ce grand homme , qui donnoit pour carac- tère aux insectes un cœur à un seul ventricule et à une seule j3fl JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE oreillette j et aux vers , un cœur à uu seul ventricule Sans oreillette. C'est pourtant plutôt par négligence que par défaut de faits acquis', que ces assertions erronées se sont glissées dans ces deux ouvrages. On savoit depuis long-temps , p;ir les observations de Moiiri) , que les sèches ont un cœur très-comj^osé', et pourvu d'o- reillettes; par celles de Swammerdain, et de plusieurs autres, que les limaces ont un cœur musculaire avec une seule oreillette ; par celles de Trembley et de Rœsel ,'cpi'il n'y ariende senUjlable nia un cœur , ni à un vaisseau noueux , dans les hydres ou polypes à bras; en soite que les formes de cœur attiibuées ])ar Linnéus et Vlcq-d'Azyr ;\ leurs vers étolent trop imparfaites pour les uns, trop compliquées pour d'autres, et n'existoient peut-être véritablement: dans aucune espèce. Je crois êtie le premier qui ai distingué les vers en deux grandes familles très-éloignées l'une de l'autre pour la perfection de l'organisation , celle des mollusques qui a un cœur et un système complet de circulation , et celle des zoophytes ([ui n'a ni l'un ni l'autre ; et quoique j'aie pu commettre alors quel- ques erreurs de détail on plaçant certaines espèces ailleurs qu'elles auroient dû. l'être , ou en ne les associant point selon leurs véritables affinités , je pense que cette division doit servir de base à toutes les recherches ultérieures qu'on pourra tenter dans cette partie. J'ai décrit depuis , dans un mémoire qui vous a été lu dans l'une de vos premières séances , les différentes particularités qui s'observent dans les cœurs et les systèmes vasculaires des princi- paux genres de mollusques , et je crois y avoir prouvé que leurs vaisseaux veineux font en même-temps les fonctions de vaisseaux absorbans. Les expériences et les injections que j'ai tentées cette année sur des mollusques bivalves , tels que les huîtres , me font regarder leurs vaisseaux pulmonaires comme entièrement vei- neux , c'est - à - dire , comme absorbant du dehors un fluide quelconque qir'ils portent dans le cœur , sans rien recevoir de celui - ci. En me réservant de prouver cette opinion dans un autre mémoire, je voiis l'annonce ici d'avance, parce qu'elle peut jeter quelque lumière sur l'objet que je vais traiter au- jourd'hui. Le premier anatomiste qui ait parlé avec quelque étendue de ce qu'il appelait le cœur des insectes , est Malplghi , dans son traité t/u ver à soie. Cette utile et célèbre chenille a , comme toutes les autres , et comme la plupart des insectes et de leurs krve» ET D'HISTOIRE NATURELLE. 333 larves, un vaisseau transparent, situé dans le dos , immédiate- meiitsous la peau, et s'étendant depuis la tête jiiS([u'à l'extrémité opposée. Les espèces d'épiploon,ou de corps graisseux rpii remplissent le corps des chenilles , sont attachés tout du long aux deux cô- tés de ce vaisseau ; et comme ils forment , d'es|>ace en espace , de légères saillies qui avancent sur lui , ou qui le compriment , ils lui donnent , au premier coup-d'œil , l'air d'être partagé ])ar uisi|u'il n'y a point de pouuion ni de cœur, cpie l'air agit: sur tous les points du corps imuiédiatement , et que cependant les insectes meurent aussi prompteinent et avec les mêmes symp- tômes que les autres animaux , soit lorsfju'on les prive d'air en huihuit leurs stigmates , selon les anciennes expériences de Malpighi et de Réaumur ; soit lorsqu'on les place dans des gaz dilf'érens de l'air vital , selon les nouvelles expériences i\e notre confrère Vauqnelin. La respiration est donc réduite ici à son usage essentiel seule^r ment, c'est-à-dire, au coin])lément de l'animalisation parl'actioi^ de l'oxigène , soit qu'il ait besoin de se combiner avec toute mo- lécule avant qu'elle aille se placer au point où la nutrition l'ap- pelle , soit qu'il doive simplement dél)arrasser ces molécules des portions superflues de carbone et d'hydrogène , en les faisant exhaler en eau et en gaz acide carbonirpie ; et il est bien clair que cette opération chimique est de toute nécessité , puisque tous les animaux ont été tellement disposés , qu'une prompte mort est la suite constante de son interruption. Mais pourquoi la nature a-t-elle employé pour la respiratioa des insectes un appareil si différent de tout ce que nous connois- sons dans les autres animaux ? C'est précisément dans l'absence du cœur et des vaisseaux qu'il faut en chercher la raison. Danslesanirnaux qui ont ces organes, le fluide nourricier se rassemble continuellement dans un réser- voir central , d'où il est lancé avec force vers toutes les parties j c'est toujours du cœur qu'il y arrive , et il retourne toujours au cœur avant d'y revenir. Il pouvoit donc être modifié dès sa source par l'action de l'air ; et en effet , avant de se rendre par l'aorte et ses rameaux aux parties qu'il doit nourrir, il commence parfaire un tour dans le poumon , ou dans les branchies , pour y être exposé à l'air ou à l'eau , dont l'action est du même genre sur lui , soit qu'elle se décompose , ou qu'elle laisse simplement se précipiter l'air qui y est en dissolution ou en simple mé-r lange. lais il n'en étoit pas de même dans les insectes : leur fluide irricier n'a point de mouvement régulier ; il n'est point con- nourricier n'a point de mouvement regv tenu dans des vaisseaux, et il n'étoit pas possible que sa prépa- ration s'opérât dans un organe séparé avant qu'il se rendît aux parties. Il ne part ]>oint d'une source commune ; sorti comme une rosée des pores du canal alimentaire , il l^aigne continuelle- ment ET D'HISTOIRE NATURELLE. 3^1 ment toutes les parties qui y puisent sans cesse les molécules qui doivent s'interposer entre celles qui les couslituoient déjà. L'action de l'air ne pouvoit donc s'exercer qu'au lieu et au mo- ment même de cette interposition ; et c'est ce qui airive très- pai'l'aitement par la disposition des trachées, n'y ayaut aucun point solide du corps des insectes où les fines ramifications de ces vaisseaux n'aboutissent, et où l'air n'aille immédiatement exercer son action chimique. En un mot, le fluide nouriicier ne pouvant aller chercher l'air , c'est l'air qui le vient chercher pour se com biner avec lui. Nous pouvons remarquer ici la même analogie entre la res- piration des insectes et celle des plantes qu'entre leurs nutri- tions. Les plantes , également dépourvues de vaisseaux et de circulation , ont de même des trachées ou vaisseaux aériens qui pénètrent dans leur tronc , leurs racines , etc. Les feuilles ne sont (|ue des réseaux de trachées enveloppés de membranes , et ont leur analogue dans ces feiùllets des larves d'éphémère que j'ai déjà cités. L'analogie existe jusque dans la texture , et cela à un point étonnant , car les trachées des plantes et des insectes sont formées les unes et les autres de fils élastiques con- tournés en spirale , comme l'ont remarqué tous les auteurs qui se sont occupés de l'anatomie de ces deux sortes de corps, organiques. Il seroit très - curieux de décrire les différentes structures de ces trachées , l'arrangement de leurs principaux troncs , les ren- flemens et les dilatations qu'on y observe , les divers écartemens de leurs branches ; on en tireroit une multitude de caractères pour reconnoître et distinguer les familles naturelles des in- sectes : ainsi parmi les coléoptères les seules genres à antennes lamelleuses ont des trachées vésiculaires , etc. On reconnoîtroit aussi ce singulier fait, que souvent les trachées d'une larve n'ont rien de commun avec celles de l'insecte parfait qui en sort. Mais tous ces détails entreront dans les descriptions particu- lières que je me propose de publier dans un ouvrage détaillé. Je remarquerai seulement ici qu'il y a des insectes aquatiques, savoir les écrevisses et les monocles , qui n'ont aucune trachée ; et ce sont précisément ceux chez lesquels on trouve un cœur, ou du moins un organe de structure semblable. Il faut pourtant observer qu'il n'existe peut-être pas entre eux et les autres in- sectes vme différence aussi grande qu'on le croiioit d'abord : ils ont , à chaque côté du corselet , des paquets de vaisseaux ca- pillaires rangés d'une manière très-régulière sur deux des faces ,de certains corps en forme de pyramides triangulaires ; toutes Tome FI. BRU M AIRE an 8. Yy 342 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ces pyramides sont compriniées et dilatées alternativement par le moyen de qvielques feuillets membraneux qwe l'écrevisse meut à volonté. Mes essais d'injection m'ont bien permis de porter la liqueur de ces branchies vers le cœur , mais jamais je n'ai pu la diriger en sens contraire ; tandis que du cœiir on peut la faire parvenir par tout le corps , au moyen de vaisseaux nombreux et très- visi- bles dans certaines espèces, notamment dans le bernard-l'her- mite , où Ils sont colorés en un blanc oparpie. S'il se trouvoit , par des recherches ultérieures , qu'il n'y eût ni second cœur, ni tronc commun veineux, qui, devenant artériel, portât le sang aux branchies par une opération à-pevi-près Inverse de celle qui a lieu dans les poissons , alors on pourroit croire que les bran- chies ne font autre chose qu'absorber iine partie du fluide aqueux, et le porter au cœur, qui le transmettroit à tout le corps. Ce pré- tendu cœur et ses vaisseaux ne seroient donc, en dernière analyse, qu'un appareil respiratoire, qui ne diffëroit de celui des insectes ordinaires que par cet organe musculaire qu'il auroit reçu de plus. Et on concevroit aisément la raison de cette différence , attendu que la substance respirée étant sous forme liquide , et ne pouvant se précipiter , comme l'air le fait, dans les trachées par l'effet de son élasticité, il lui falloit un mobile étranger, qui est cet or- gane qu'on a pris pour un cœur. Quant à la nutrition propre- ment dite , elle se feroit exactement comme dans les insectes ordinaires et dans les zoophytes , c'est-à-dire , par une simple imbibition. Quant aux insectes aquatiques , qui ont , comme les aériens , des trachées é'astiques pleines d'air, et qui manquent d'un organe musculaire analogue à un cœur , on doit les diviser en deux classes. Les uns viennent à la surface pour y respirer l'air en nature : et s'ils s'enfoncent plus ou moins sous l'eau , ils ne le font qu'en plongeant , c'est-à-dire , en suspendant leur respira- tion. On l'observe aisément sur les ditisques et les hydrophiles : leurs stigmates , placées sOus leurs élytres , sont inaccessibles à l'eau ; mais sitôt que l'insecte vient à la surface , il soulève les élytres pour laisser arriver l'air aux stigmates. Il est clair que ces insectes-là rentrent dans la classe des insectes aériens. D'autres insectes aquatiques sans cœur , et à trachées élastiques , respirent véritablement l'eau ; bien entendu que je ne détermine point encore en quelle manière , et que j'entends seidement par cette expression que l'eau en nature va seule frap- per les organes de leur respiration. De ce nombre sont les larves des demoiselles j on les voit sans ET D-HISTOI RE NAT URE LI.K. o^o cesse ouvrir leur rectum , le remplir d'eau , et, l'instant d'après , la repousser avec force , mêlée de grosses bulles d'air. Connue ce rectum contient un ajipareil très-compliqué de res- piration , (jvxe je décrirai tout-à-l'heure , je suis assez, porté à croire qu'il décompose l'eau. 11 seroit facile de vérilier cette con- jeciure , en examinant si les bulles d'air qui en sortent à chaque expiration sont de l'air inflammable. Je n'ai pu encore iairc cette expérience facile. Quoi qu'il en soit, la simple inspection anatomique de cet or- gane resj)iratoire nous oilre un spectacle remarquable. L'intérieur du rectum présente à l'œil nud douze rangées lon- gitudinales de petites taches noires, rapprochées par paires , qui ressemblent à autant de ces feuilles que les botanistes nomment ailées. Au microscope on voit que chacune de ces taches est com- posée d'une multitude de petits tubes coniques , qui ont tous la même structure que les trachées ; et on voit en dehors du rec- tum qu'il naît de chacune de ces taches de petits rameaux , qui vont tous se rendre dans six grands troncs de trachées qui ré- gnent dans toute la longueur du corps , et desquels partent toutes les branches qui vont porter l'air dans les divers points du corps. yo-^ezjrg. 5 et 6. D'après cette organisation, et les phénomènes que j'ai décrits plus haut, je pense que les amas de tubes rangés si régulièrement dans l'intérieur du rectum, sont autant d'organes qui séparent de l'eau le gaz qui doit remplir les trachées. Mais c'est sur - tout la disposition des organes sécrétoires des insectes qui appuie fortement ma manière de concevoir leur nu- trition jet j'ai à cet égard une quantité considérable d'observations qui seroient toutes intéressantes par elles-mêmes, et indépen- damment de leur rapport avec l'objet de ce mémoire : je me con- tenterai de vous en exposer les résultats généraux, persuadé, que je ne dois point, dans une simple lecture , forcer votre attention à suivre penilîlement les détails d'une foule de faits particuliers ; je me permettrai seulement do vous en faire voir les principaux, comme des exemples propres à faire comprendre plus aisément les autres. Nos principaux organes sécrétoires forment des masses plus ou moins considérables auxquelles on a donné le nom assez im- propre de glandes conglomérées , et dont la substance consiste en un tissu extrêmement fin de vaisseaux artériels et veijjeux mêlés de nerfs, de vaisseaux lymphatiques , et de vaisseaux ap- pelés propres , qui conduisent au dehors le iluide produit , on , comuie 0» dit , séparé de la masse du sang par ces organes. On yya 344 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE suppose qite des extrémités des artères à l'endroit où elles com- mnniquent aux veines , transsude mie portion quelconque des élémens du sang; que les origines , les racines des vaisseaux pro- pres , absorbent ceux de ces élémens qui doivent conqjoser le fluide f|u"ils charient , et que le reste est reporté dans le torrent de la circulation par les vaisseaux lympliati(|ues. Toujours est-il vrai que dans tous les animaux qui ont un cœur et des vaisseaux, ces organes sont épais en tout sens , d'une solidité plus ou moins considérable , et que la sécrétion s'opère dans tout leur intérieur. Ainsi les principales glandes conglomérées de l'homme , les. salivaires , le foie , le pancréas , les reins , les testicules , se retrouvent à-peu-près les mêmes dans tous les animaux à sang ronge. Dans ceux des animaux à sang blanc , qui ont un cœur et des vaisseaux , savoir dans les moUusfjues , on trouve encore un ioio , des glandes salivaires , des testicules glanduleux. Le foie des sèches et des limaçons est même très - considérable à proportion de leurs corps , et il ressemble beaucoup au nôtre par sa texture , sa couleur , et la nature de la liqueur qu'il produit. Mais dans les insectes on ne trouve tout d'un coup rien de semblable. Je pose en fait qu'il n'y a chez eux aucune vraie glajide cong'ouiérée ; leurs sécrétions ont lieu dans des. oiganes tout dif'férens ; ce sont des tul>es très - longs , très- minces , qui flottent dans l'intérieur du corps , sans être liés en- semble en paquets , et sans être fixés autrement que par les trachées. Ces tubes sont remplis de diverses liqueurs ([ulls séparent, et ils se rendent aux réservoirs où ils doivent les verser , f|uelquef'ois chacun séparément , d'autres fois après s'être réunis en un canal commun. Lorsque j'eus fait cette remarque iinjiortante , et sur- tout lorsque je l'eus généralisée , j'imaginai d'abord que c'étoient autant de tuyaux ouverts au boutJibre , et qui exerçoient par-là seulement une simple succion dans la masse du fluide , car leur finesse sur])asse souvent celle d'un cheveu. Mais en les considé- rant au microscope , je vis bientôt que ce liant libre est toujours fermé , et que ces tubes ne peuvent exeicer leur action (|ue par les pores de leurs surfaces. En effet , celles-ci paroissent d'une texture entièrement sjjongieuse-, et très-propre à cet usage. 'V.oyczJig. 7. On voit aisément qu'une telle structure dans les organes sécré~ toJxes étoit une buiteiiécessaire de l'absence du cœur et des vais- ET D'HISTOIRE NATURELLE, 345 seaux. Lorsque ces puissans moteurs existent , ils portent avec iUcilité le fluide nourricier jusque dans les points les plus pro- fonds des glandes. L'entrelacement des vaisscavix sana,uliis forme un tissu épais et serré dans lequel les vaisseaux jiropres sont saisis. Il n'en est pas de même dans des animaux dont le fluide nourricier est répandu par tout le corps dans une espèce de stagnation. Nulle force ne le poussant plutôt vers les or- ganes secrétoires qu'ailleurs , ceux - ci avoient besoin d'une force attractive plus puissante ; et ]niisque cette force s'exerce Jiar les parois de ces vaisseaux , il falloit qu'ils fussent liljres , lottans , longs et minces , afin d'augmenter la surlace de ces parois. Pour donner à ce genre de preuve tout le développement dont il est susceptil)le , je vais ])arcourir avec vous les principales es- pèces d'organes secrétoires des insectes. Ils se rapportent à trois fonctions, dont l'une, la génération , n'a lieu que dans les insectes parfaits; les deux autres , la diges- tion et la production de certaines liqueurs excrémentielles , se trouvent aussi dans les larves.^ Les organes internes de la génération consistent toujours au moins dans deux paires de tubes , dont l'une est jjIus grosse , plus courte , jamais re];)liée ni divisée; mais elle est quelquefois double ou triple : d'autres fois même il y en a plusieurs centaines ; for- mant de grosses gerbes ; tel est le cas des sauterelles. Je ki regajde comme l'analogue des vésicides séminales. L'autre paire de tubes , qui est toujours simple , mince , et plus longue, est très-souvent repliée sur elle-même, comme notre épi- dime; ces replis fnriuent nièaie, dans certains insectes , comme les- ditiscpies , une espèce (le])e!oton quipourroit faire illusion etôtre pris jiour une glande : mr.is lorsqu'on le prend au moment où ces insectes sont prêts à s'ncroupler, il est très-facile de le dévelop- per , et on voit qu'il n'est formé fpie des replis d'un seul tube. D'autres fois,. comme dans les sauterelles el le genre de coléop- tères nommé bouclier {^silpha') , ces tubes prennent lenr origine' dans un ])aqnet de petits tubes plus co'.'rts, disposé comme ces brosses nommées têtes de loup, c'est-à-dire, divergentes en tout' sens. Ce seroit encore le cas de croire à l'existeiice des glantles , et j'y iii cru moi-même quelque temjjs , jusqu'à ce que je les t- usse examinées de plus près. Q'innt ;iiix organes secrétoires qui aident à la digestion , le principal est celui qiJe je considère comme l'analogue du foie. Dans les coléoptères , il consiste en deux tiilies extrême- ment longs et minces , (jui se replient une inHuilé de fois sus 346 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE eux-mêmes , et qui s'insèrent dans le canal intestinal , à une distance de l'estoinac qui varie selon les esjièces. Il y en a quatre dans les chenilles , également longs et repliés ; l'iiunieur qu'ils charicnt est ordinairement jaune , quelquefois brune , rarement d'un blanc opaque. Ce dernier cas est celui des scarabés. M.d^'ighi nomme ces vaisseaux , dans le ver à soie , les vais- seaux variqueux. Swammerdaui et l.yonnet ne leur ont donné que le nom de cœcum ; mais , quoiqu'aveuglcs , ils ne ressem^ blcnt point, par leurs fonctions, k l'intestin que l'on nomme ainsi dans l'homme. On ne voit jamais d'excrémens dans leur intérieur ; et si ces auteurs les avoient vus comme moi dans le gryllo-talpa, ils n'eussent pu douter de leur usage. Là ils sont avi nombre de plusieuj's centaines , et ils débouchent tous dans un canal déférent commun qui s'ouvrent dans l'intestin. Il n'est pas dif- ficile d'y suivre la liqueur d'un jaune doré qu'il y verse. L'en- semble de ces fils ressemble à une queue de cheval en mmiature, Voyez_^^. 8. Dans les autres sauterelles, ils sont aussi très-nombreux, mais ils s'insèrent immédiatenaent dans l'intestin , qu'ils entourent comme un collier. Il en est de même dans les demoiselles , les abeilles , etc. C'est sur-tout dans les écrevisscs que ces vaisseaux sont déve- loppés , et que leur fonction n'est point équivo(|ue : on sait qu'en général le foie est plus volumineux dans les animaux aquatiques à sang rouge que dans les terrestres ; et il paroît que li même loi existe pour ceux à sang blanc. Les vaisseaux biliaires des écrevisses sont donc très-gros , au nombre de plu- sieurs centaines , et disposés en deux grosses grappes , dont les vaisseaux excréteurs communs forment les tiges. Ils s'insèrent tout contre le pylore , et|y versent une liqueur épaisse , brune et amère Leurs parois sont colorées d'un jaune foncé , et pa^r roissent d'une texture très- spongieuse. Ce sont eux qui forment la plus grande partie de ce qu'on nomme la farce dans les étrilles , les homars , et les autres grandes espèces que l'on mange poramuuément ; et l'humeur qu'ils produisent commu- nique à cette farce cette amertume plus ou moins forte qu'on y remarque. Quelques genres d'insectes ont, outre les vaisseaux précédens, une autre sorte d'organes sécrétoires pour aider à leur digestion : ce sont les coléoptères carnassiers à intestins très-courts, comme ditisques , carabes , etc. Leur second estomac paroît velu , non pas en dedans comme celui de quelques quadrupèdes , mais en ET D'HISTOIilE NATURELLE. 347 dehors. Ces poils , vus au microscope , no sont autre chose que de très-petits vaisseaux sécrétoires ; et leur position en clelT^is montre 1 ien qu'ils y puisent une liqueur quelconque qu'ils ver- sent dans l'estoin^ic. Les liqueurs excrémentielles des insectes né sont pas plus que toutes les autres produites par des glandes; elles naissent toujoiu-3 dans de simples tubes. On connoît d'après Malpighi et Liyonnet, les vaisseaux qui pro- duisent la liqueur de la soie dans le ver à soie et dans les autres ciienilles. Il y en a deux assez gros vers leur orifice extérieur, Îiuis diminuant en un fil très - inince et plusieurs fois replié sur ui-mêine. Les liqueurs acres et fétides de nature acide que quelques insectes répandent dans le danger , et d'autres qui paroissent analogues à une huile empyreumatique , sont aussi produites par de petits tubes très - repliés , et elles s'amassent dans deux vésicules situés près de l'anus , d'où l'insecte peut les exprimer au besoin. Les carabes et les ditisques en ont d'acide qui rougissent forte- ment les couleurs bleues végétales. Le tenebrio ou blapsmortisaga produit une huile brune , très-fétide , qui surnage l'eau. D'autres espèces donnent des liqueurs d'un autre genre. Je pense que si on veut bien se rappeler ce que j'ai dit dans le cours de ce mémoire sur le vaisseau dorsal des insectes , sur le tissu intime de leurs parties , sur leur respiration et leurs sécré- tions, on trouvera que j'ai suffisamment prouvé, 1". Que leur cœm- et leurs vaisseaux ne paroissent point ; 2", Que toute leur organisation semble disposée comme elle devroit l'être , s'ils n'en avoient point ; Et j'espère qu'on en conclura avec moi , 3". Que les insectes n'ont effectivement aucun agent de cir- culation ; 4°. Et que leur nutrition se fait par une absorption immédiate, comme cela est évidemment et au su de tous les naturalistes dans les polypes et les autres zoophytes qui se trouvent immé- diatement, au-dessous des msectes dans l'échelle de la perfection organique. Si j'obtiens la gloire d'avoir établi un point aussi important dans la connoissance de l'économie animale , je serai snffis;imment ré- compensé du travail pénible dont il est le résultat. 348 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE SUR L'ACTION CHIMIQUE Des diJJ'crens métaux entr'eux , à la température commune de r atmosphère , et sur V explication de quelques phénomènes gah unique s ; Far F A B R o N I. \J N a rangé parmi les phénomènes galvamf|ties celui dont parle Sultzer , dans sa Théorie des plaisirs , publiée en 1767; c'est- à-dire , la sensation mystérieuse qui se manifeste sur la lingue à l'approche de deux métaux en contact mutuel, qui n'en auroient excite auciuie, si on les eût appliqués séparément sur cet organe. En effet, j'ai été persuadé que ce même principe, qui produit une saveur inattendue , dans ce cas , peut mettre aiTSsi en contraction convulsive la fil)re animale, dès qu'il vient à toucher à nu les parties sensibles et les parties irritables en même temps. Mais bien loin d'attribuer ces effets, avec tout le monde , à un agent presqu'in- connu , tel que le feu électrique , j'imaginai d'abord qu'ils ne dépen- doient que d'une opération chimique , tout comme l'est, peut-être, la sensation de la saveur elle-même, ce qui m'en rendoit plus in- telligible le mécanisme. Je lis des réflexions , j'instituai des expé- riences sur ce sujet curieux ; et j'en rendis compte à l'Académie de Florence en 1792. Le volume n'a pas encore été imprimé ; je crois que Brugnatelli en parla dans son Journal : je n'ai sous. les yeux ni son précis, ni mon mémoire ; je ne répéterai donc ici , que ce dont j'ai conservé le souvenir d'une manière assurée. J'avois déjà remarqué bien des fois, que le mercure cordant maintient long-temps sa belle splendeur métallique , tant qu'il est seul ; mais que son amalgame avec un autre métal quelconque, se ternit pi-omptement , ou s'oxide , et augmente de poids en pro- portion de son oxidation progressive. Je conservois depuis bien des années , de l'étain fin , sans qu'il fût altéré dans son apparence argentine , tandis qu'il n'en étoit pas de même de différens alliages que j'avois préparés avec ce métal, pour des spéculations économiques. J'avois vu dans le Musée de Cortonne des inscriptions étrusques gravées sur des lames de plomb pur, qui sont encore aujourd'hui 'une conservation parfaite , quoique d'une antiquité très-reculée : et au contraire , j'avois trouvé avec surprise , dans la galerie de Florence , ET D'HISTOIRE NATURELLE. ^9 Florence, qne ce cpi'on appelle des plombs, ou méilailles en plomb de différons ])ontjfes , dans lesquelles on avoit mêlé de l'étaiii , et peut-être, un j'cri d'arséiiîc pour les rendre plus belles et plus solides , étoicnt entièrement réduites en poussière blanche , ou chaiigées en oxide, maigre cpi'elles fussent enveloppées dajis du papier, et enf'ernides dans des tiroirs. Javois observé aussi que l'alliage employé à la soudure des plaques de cuivre qui couvrent le toit mobile de l'Observatoire de Florence, s'étoit proniptement altéré, changé luanii'estement en oxide blanc à son contact extrême avec ce métal. J'avois appris enfin , en Angleterre, cpie les clous de fer dont on se servoit autrefois pour assujettir les feuilles de cuivre em- filoyées au doublage des vaisseaux, les rougeoient tellement par eur contact que bientôt le trou étoit dilaté , jusqu'à siirpasser la la tête du clou qui les retenoit. Il rae parut qu il n'en falloit pas davantage pour reconnoître que les métaux exerçoient dans ces cis une action réciproque, et que c'étoit à elle qu'on devoit attribuer la cause des phéno- mènes qui s'opéroient par leur réunion ou co'ntact. On sait que les métaux sont généralement susceptil.'les de s'al- lier les uns avec les autres , de se dissoudre réciproquement. Oa peut donc s'imaginer que , tout comme tout autre réagent chi- mique, leur tendance à la combinaison mutuelle commence, dès que leurs molécules viennent à se toucher. Ce n'est que la supé- riorité immense de leur force de cohésion qui leur empêche de se compénétrer , de se dissoudre , de s'allier à froid. Le feu n'est nécessaire que pour disgréger , pour donner de la mobilité à leurs molécules. On voit ce qui arrive aux amalgames , qu'on peut for- mer sans feu ; on sait que l'étain , par exemple , pénètre le fer dans la formation du fer-blanc , sans que ce dernier métal ait été mis en état de liejuéfaction. C'est peut-être aussi cette même force de cohésion , qui empêche quelquefois les métaux oxidables d'at- tirer assez promptement l'oxigène : si un mouvement rapide tend à disgréger les molécules d'une masse de mercure au milieu de l'eau , il n'en faut pas davantage pour le voir prendre un prin- cipe d'oxidation en très-peu de temps, en enlevant l'oxigène à ce liquide. Ces faits, ainsi que bien d'autres analogues, aussi connus que communs, auroient dû prouver aux observateurs, que les métaux , en exerçant leur force d'attraction réciproque , jevoient diminuer d'autant la force d'jggrégation respective ; que, qvtoi(|u'aucun d'eux séparément ne jjût attirer l'oxigène de l'atmosphère ou l'arracher à l'eau , ils en acquéroicnt le pou- voir par leur sunple attouchement mécanique , car ils passoient Tome FI. B RU MAI RE «« 8. Z z 35o JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE à des combinaisons noiivelles. On poiivoit donc soupçonner qn'au moins quelciues-uns des effets produits sur ie corps animal par lis armures métalliques appliquées aux nerfs et aux muscles y ])euveut s'attribuer à une opération chimique , au passage île l'oxinèiie d'une combinaison quelconque , ù tnie combinaison nouvelle , au développement du principe soluble ou sapide , ipai se manifeste si sensiblement à l'organe du goût. Galvani , Aldini, Volta, et d'autres physiciens également ha- biles , qui se sont occupés avec tant de succès de ce genre de re- cherches , n'ayant pas présent que l'action chimique s'exerce avec la promptitude de l'éclair; surpris de celle avec laquelle ces deux métaux difïérens font sentir leurs effets sur la libre animale , ciiirent qu'on ne pouvoit les attribuer qu'au fluide électrique. La transmission du galvinlsme à distance et par chaîne , favo- risoit leur idée , qui fut ensviite généralement reçue, malgré les «objections très-fortes qu'on pouvoit opposer dans quelques cas , au moins, à leur système. On a observé, à la vérhé , quel- ques signis d'électricité lorsqu'on sépai'e deux métaux qu'on avoit mis auparavant en contact : mais on sait très-bien que même plusieurs opérations chimiques sont constannnent accompagnées par un disequilibre de fevi électrique , et par conséquent par des inarques sensibles d'électricité. C'est ainsi qu'on remarque des éclairs dans les grandes fontes ou éruptions volcaniques j et c'est ici un des cas où quelques physiciens ont pris pour cause de ces incendies ce qui n'en étoit qu'un effet. Il suffit de liquéfier un )ieu de soufre , un peu de chocolat, pour avoir quelques signes d'électricité : il suffit même de mettre tout simplement de l'eau en ébuUition , ou en vapeur ; et certaincrrient ce n'est pas du feu électrique qui a été la cause de l'ébuUition ou de la fonte de ces substances. Je ne prétends pas exclure toute influence électrique dans les faits prodigieux du galvanisme ; je veux prouver seu- lement que ce principe n'a point de part au phénomène de Sultzer , et que plusieurs autres faits analogues dérivent de la même source. Les métaux ayant affinité entr'eux , leurs molécules doivent s'attirer mutuellement dès qu'elles viennent à se toucher. On ne peut pas évaluer la force de cette attraction ; mais je pense qu'elle est suffisante pour affoiblir celle de leur aggrégation , jusrpi'à ks disposer à contracter des combinaisons nouvelles , à céder plus facilement à l'action des dissolvans les plus foibles. J'avois observé , en répétant l'expérience de Sultzer , que si j'essiiyois ma langue le plus exactement ])ossible , la sensation qui se réveille par l'approcne des deux métaux en contact , étoit di- ET D'HISTOIRE NATURELLE, 35i minuée au point qu'à peine pouvois-je la distinguer. La salive , Ou la liinplie , ou une humidité quelconque entre conséqueininent pour quelque chose dans ce phénomène. C'est donc elle jjeut- être qui , en totalité ou en partie , forme une combinaison sapide avec le métal dont l'a^firégation est alFoiblie par le contact d'un autre métal qui a de l'affinité avec lui. Mais pour m'assurer de la vérité de ma supposition , je mis dans dU'férens gobelets remplis d'eau 1°. Des pièces séparées ; d'or, par exemple ,.dans l'une ; d'ar- fent , dans l'autre ; de cuivre , dans la troisième jet puis de l'étain , u plomb, etc. 2°, Je mis dans d'autres gobelets pareils les mêmes métaux que ci-dessus , mais deux à deux, dans le même gobelet, l'un plus, l'autre moins oxidable, et séparés de leur contact par le moyen d'une petite lame de verre. 3*. Je mis enfin , dans d'autres gobelets , des métaux , mais au contact immédiat deux à deux, de différente espèce. Les deux premières séries ne manifestèrent aucftn changement sensible , tandis que dans la dernière , le métal le plus oxitlable étoit chargé visiblement d'oxide , peu de momens après avoir été au contact d'un métal différent ; oxide qui augmentoit graduellement , jusqu'àdéborder du métal inférieur, à se réunir en masse, à couler en cascade tout le long des parois. Ce phénomène commence , quoique insensiblement, à l'instant même du contact; mais je laissai pendant un temps considérable les métaux ci-dessus en expérience , pour voir ce qui en résulteroit de plus. Je les exa- minai au bout d'un mois; et je trouvai d'abord que les deux métaux avoieht contracté une adhésion si considéraljle , que pour détacher une pièce de cuivre jaui\e ( c|ui n'étoit p.is plus grande que deux centimètres ou environ ) , de dessus une platjue d'etain , il ne fallut pas moins de deux kilogrammes d'effoit : j'observai ensuite, que plusieurs métaux s'étolent non-seulement chargés d'oxide , mais qu'il s''y étoit formé des petits cristaux salins de différentes ligures. Il me parut donc qu'une action chimique avoit eu lieu d'une manière évidente, et qu'il ne fallolt pas chercher ailleurs la nature du nouveau stimulus cpie dans l'expérience de Sultzer , on apj'elloit galvanisme. C'etoit manif.'stement une combustion , une oxidation du métal Le principe stimulant pou- voit donc être , ou le calorique qui se dégage ; on l'oxigène qui passe à lies comijiiiaisons nouvelles ; ou enfin le nouveau sel uiétalfifpie ; c'est ce que je n'ai pu iiien vérifier. J'ai culoré quel(|ue- fois avec du tournesol, l'eau dans laipielle je ineitdis les métaux en contact; mais je n'ai remarqué d'autrp cijtôiistance (pi'uue Zz;2 352 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE précinitatidu de cette iecule colorante , sans q\ie sa couleur na- turtile en fût aucunement altérée. J'ai remarqué que l'eau , dans laf|uell« on fait l'expérience, contracte une légère saveur mé- talliqu(; , dirois-je même arsenicale , qui dure quelf|ue temps , nui excite un principe de salivation ; mais sans paroître contenir pour cela du niétal en quantité sensible aux réagens les ])!us délicats. J'ai donc di\ \ne limiter à penser que ce phénomène n'est qu'une combustion lente du métal, combustion qui doit être ac- compagnée d'attraction d'oxigène, de développement de lumière, et de calorique. On sait bien que dès qu'on amalgame un métal, tel que l'or , par exemple , avec du mercure , il y a aussitôt ex- pulsion de calorique, et non pas, i>ent-êlre, par la solidification thi mercure , mais parce que la tUminution de la force d'aggré- eation dims les molécules de ce dernier métal donne lieu à un principe de combustion. L'augmentation de poids (|ui s'observe avoir lieu progressivement dans les amalgames , ne vient que de l'oxicrène f[u'its attirent de l'atmosplière. J'ai essayé en vain de mesurer la quantité du calorique qui se développe par le simple contict de deux métaux solides, quel que fût letir jioids : cette quantité est trop ])etite , trop étendue, pour ainsi dire, sur une grande surface; et nos instrumens ne sont pas assez délicats. Ce- pendant on peut bien voir la lumière qui émane de cette com- bustion métallique , si l'oeil lui-même fait partie de l'expérience , si c'est par le concours de sa propre humidité que s'opère la combustion. On n'a qu'à tenir, par exetnple , une pièce d'argent dans la bouclie , et appliquer un morceau d'étain sur le btdbe de l'œil; dès qu'on fait communiquer ces deux métaux directement, ou même par un troisième métal, on voit une foible lueur très- distincte , qui n'est pas un éclair électrique , qui n'est pas non plus une irritation convulsive ; car , quoiijue cette lueur ne pa- roisse affecter cet organe que dans le premier iustant, parce que l'œil s'accoutuuie bientôt à cette foible sensation , on peut s'assurer que l'émanation de la lumière , dans ce cas , est continuelle , puisqvie si l'on fait glisser alternativement lacornée transparente et la cornée opaque sur le métal qu'on y a mis au contact , on peut remarquer constamment une lueur plus vive toutes les fols que le métal est tou- ché parla partie la plus transparente de cet organe. Mais en outre, si on fait cette expérience dans l'obscurité, comme il convient, il suffit de faire attention au moment dans lequel on interrompt la communication entre les deux métaux, jiour s'assurer f|u'ori voit pour lors une obscurité plus profonde, s'il m'est permis de m'exprimer ainsi ; ce qui est tme prouve de la présence constante d'une lumière quelconque auparavant. Je ne parlerai point de ET D'HISTOIIIE NATURELLE. 353 Cette espèce d'éclair que ([uel d'animalcules qui forment la croûte verte, ou la matière verte M de Piiestley, dans laquelle on voit croître, après un certain 35 temps, les iilcts visibles qui se changent ensuite en tremelles ». Les idées de Ingenliousz sur les conferves ne sont pourtant pas tellement fixées, qu'il n'ait cru quelquefois que \xconferva rivu- laris étoit une pl.inte; car après les mémoires et l'ouvrage ciiés plus haut, il a écrit , dans le Journal de Physique , t. XX. F , p. 449 r « qu'il y a des plantes dont toute l'économie est d'abord » dérangée par le contact d'une eau un tant soit peu plus chargée M d'air hxe cpie l'eau de source. Telles sont le potamogeton » crispuin , et la conferva rivularis ». Ces observations méritoient bien un nouvel examen : aussi , après mes expériences sur la matière verte , j'ai cru devoir étudier avec soin les Conferves, pourni'iiistruire par moi-même de ce nou- veau phénomène , et découvrir la vérité. Ces mémoires étoientfaits depuis long-temps, lorsque j'ai Iules observations de GirodChantran , dans Tes bulletins intéressans de- ET D'HISTOIRE NATURELLE. ^5i) la société plùloma tique ; elles m'ont aussi inspiré la plus grande dé- fiance sur mon travail , comme je l'ai déjà dit; mais cllts sont ra- contées avec tant de hiiéveté , que je n'ai pu juger que leur im- portance , sans pouvoir les exauiiner comme elles le mériteroient, et les répéter comme j'aurois voulu. Je dois donc à la vérité , à cet illustre naturaliste , à moi-même et à tous ceux qui s'occupent de ces reclierches , de dire ici que Girod Chantran affirme qu'il y a des animaux dans le tube qui forme les filets des conl'erves , et que ce physicien doit avoir eu de bonnes raisons pour tirer cette conclusion remarquable. S. II. Description de la conferva rivularis. La conferva rivularis de Linné me paroît avoir été confondue par Haller , avec la conferva funtinalis. L'âge de cette plante , son exposition plus ou moins grande au courant de l'eau , l'action variée du soleil sur elle , la qualité de l'eau ; tout cela influe sur la longueur des filets de ce singulier végétal , et sur sa couleur. Ce qui feroit croire quelquefois , que la conferva fontinalis est une variété de la conferva rivularis. Voici la synonymie de la conferva rivularis. Conferva fila- mentis simplicissïmis , aequalibus , longissiniis Fl. Suec. loaS , i\6\.Hall. 2ii5, Hudson Fl. -Angl. 2.,p.5(),sp. \. Conferva ca- pillaris simplicissima enodyRoy. Lugd. 5ii. Guettard Hamp i , pars 45. Conferva fluviatilis , sericea , vulgaris et fluitans. Dillen musc. 17,, t. 11 ,f. 2. Conferva Plinii. Gesn. Catalog. zy. Rayi sinopsis 58. Byssus palustris confervoides , non ramosa , viridis, sericeum rrferens ,flamentis longis ,tenuissimis. JSIicfiel Gêner. 2io5. 89 ,f 7. On trouve la conferva rivularis au bord des ruisseaux , des rivières , des fleuves de toute l'Europe ; elle naît souvent sur des pierres, elle est vivace et verte pendant toute l'année. I,a longueur de cette conferve est quelquefois très-grande ; ses tiges simples varient beavicoup dans leur conformation et leur diamètre ; à la vue simple on ne peut distinguer que des filets très-déliés, mais avec une lentille assez forte on observe un cy- lindre lisse , à deini-transparent , veidâtre , divisé dans sa lon- gueur en parties égales par des espèces de diaphragmes. On re- marque dans l'intérieur de ce cylindre , vers ses bords , des globules à demi-transparens. Telle est la conformation des filets les plus gros. Les filets les plus jeunes sont aussi cylindriques , A a a 2 36o JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE demi-traiisparens , verdâires, avec de petits diaphr;io,mes ^ on y voit de iiiêine, dans l'espace reni'ernic entre deux diaphragmes^ un ou plusieuis s,l(>bules. Corti a donné une description curieuse , exacte et délaillée des conferves, dans l'ouvrafie qu'il a ptdjlié sur les tremellcs ; en le joignant aux lettres que Spallanzani m'a écrites sur ce sujet , on aura une idée assez juste de cette plante. Voici quelques oljservations relatives au Init que je me suis proposé dans ce mémoire. Je les ai fait avec les microscopes que j'ai décrits. Tous les filets de conferves que j'ai vtis , ne m'ont pas offert le* mêmes apparences , ils m'ont paru de diverses grosseurs ; ils n'a- voientpas tous la même transparence et la même verdure , lors- que je les comparais entre eux, ou lorsque je comparois seule- ment les diverses parties du cylindre l'ormant le même filet;; celui - ci étoit divisé par des nœuds ou des diaphragmes , dont l'intervalle étoit rempli par des corpuscules verts et globulaires ([ui fbrmoient souvent des espaces plus grands que ceux qui étoicnt parfaitement transparens. Les nœuds sont marqués sur les bords qui ne sont pas opaques , et ils se prolongent dans le filet par un trait. 11 semblcroit que le bord transparent s'enfle ,, et qu'il se forme des corpuscules verts entre les nœuds. Dans les parties les plus minces du fiJet on observe plus de transparence que de verdure- J'ai quelquefois mieux observé cette conferve ,. lorsqu'elle étoit sèche , que dans sa ii-aîcheur : j'ai vu que dans l'endroit -du filet où la section se forme pour le multiplier, il s'étrangle , les bords voisins de l'éiranglement s'amincissent , la partie verte se rap- proche , devient plus foncée , et le petit filet qui se détache du grand vers le nœud ,. après avoir fait tjuelquefois un angle- plus ou moins obtus , se trouve parfaitement semJjlable à- l'autie.. La conferva rivjilaris se rompt très-facilement , elle est sujette à blanchir ; elle se décompose alors et se réduit en très-petits mor- ceaux , où l'on devine à peine les nœuds, quand sa destruction est fort avancée ; mais on -y observe encore long-temps les globules verts. J'ai vu dans les mêmes filets plusieurs anneaux sans ver- dure , t.-uidis que ceux qui les touclioient à droite et à gauche- étoient toujours verts. Il m'a semblé remarquer une épiderme grainue sur cette con- ferve qTii rappelloit un peu la pellicule de la matière verte; on la voit mieux sur les plus gros filets. J'ai observé dans les vases où étoit la conferve dans l'eam ET D'HIS T 01 RE N ATU R Ë LLE. . "'. de fontaine , et sur la conferve elle-même, ces cristaux calcaires qu'on voit dans les vases cù se trouve la m.itière verte. Les conferves se iiiultiplieiit par division; elle se i'.iit toujours au nœud : si l'on coupe un morceau entre les nœuds , la partie coupée qui est auprès du nœud périt jusques à lui. Quand les conlérves se divisent, la partie du cylindre qui estprès du nœud, se courbe et se coupe, les petits globules ne changent point, le tube seul s'alonge. Toutes les conferves n'ont point de globules perceptibles , j'en ai observé plusieurs où il in'étoit inijjossible d'en remarquer, et d'où il n'en sortoit point après les avoir hachées. J'ai lu dans VAlgmeine teatsche Blbllothec. t. LXXXIV ^ p. 46S , un extrait des wgetabllia crvptogainica tle George- François Hoffraan,yà5«c. \ , publié en 1787 , où l'on trouve une description de deux espèces , la sphaerui et la tremellu ; il dit que les boutons sphériques sont remplis avec une es] èce de gelée ou de f)Oussière qu'on peut faire sortir en les ouTrant. Il a trouvé , dans a croûte gélatineuse , dont il parle, des grains brillans colorés,, qu'on découvre nettement avec le microscope dans la sphaeria , et il soupçonne que ces grains sont les poussières mâles dont les petits boutons sont fécondés. Il ajoute que la ressemblance que Adanson et Fontana ont découveito entre ces plantes et les ani- maux , est l'effet de l'irritabilité végétale excitée par la lumière dans les conferves et Vulva intestinalis , comme dans d'autres plantes, et par des causes particulières dans les mîmosac. Dans le bulletin, n». 3o , de la société philomatique de Paris,, on lit des observations curieuses sur diverses conferves. Les citoyens Romain et Ch-arles Coquebert font remar(|uer dans la conferva jugalis de Muller , que ses lilamens sont des tubes ti-ansparens et sans couleur, traversés à distances égales par des cloisons ou diapliragmes , dont les int€rstices sont remplis de glolmles verddtres extrêmement petits , disposés en spirale ; que ces globules verts passoient d'un des filamens dans l'autre, jiar les mammelons qui étabhssent une communication ; ces petits globules peuvent exister séparément du tube , et ils en ont viv sortir une petite conferve semblable à celle d'où elle procède. S. I I L "Les conferves sont- elles une production animale ? Poiir se peindre la conferva rivularis comme une production animale , il faut voir les iilets qiii la forment comme des tubes 36-i JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE contenans des corpuscules ronds ou ovif'onnes, de la même figure que ces petits insectes que Ingenhousz fait sortir de la matière verte. Ou peut^ suivant ce physicien, tirer ces animalcules vi- ■vans hors des tuhes de la conf'erve , et les observer en vie sept ou huit jours après qu'on les en a chassés ; d'où il résulie que ces corpuscides dont les filets de la conferve sont comme farcis doi- vent être des insectes morts ou vivans, couformément à l'opinioU de ce physicien. Cette opinion ne paroît point d'abord impossible ; maïs quand on yeut l'approfondir , elle offre de grandes difficultés. Il faiulroit trouver l'origine des corps oviforines et de l'étui ; savoir , si les premiers peuvent exister sans lesecond,et cela peut être de cette manière , l'étui ne leva- est pas essentiel ; et s'ils peuvent exister sans lui , pourquoi en aui'oient-ils à l'ordinaire ? Il paroît d'abord , dans l'hypothèse de l'auteur , que ces ani- malcules peuvent vivre sans leur étui , puisqu'ils paroissent , sui- vant lui , prendre une vraie vie , après l'avoir quittée pendant sept ou huit jours , et la conserver ensuite sans lui. D'où vient donc cet étui ? Les animalcules ne le filjriquent pas comme les teignes, puisqu'ils se sont ranimés sept ou huit jours après qu'on le leur a ôté; ils ne prennent pas un étui qui ne leur auroit pas appar- tenu , comme Bernard i'hermite , puisqu'ils le chercheroient inu- tilement ; ils ne le fdent pas comme les chenilles , on n'apperçoit au moins aucune trace de soie. D'ailleurs si le tube est végétal, comment les animalcules y entrent-ils ? Quand y arrivent-ils ? Ou sont les portes? Ces questions curieuses sont encore à résoudre et dévoient êti-e résolues par l'auteur de cette idée. C'est un fait que les conferves se multiplient par division; que les cylindres renfermés entre les nœuds , ou les diaphragmes sont toujours semblables à eux-mêmes depuis leur enfance jusques à leur mort ; on y voit toujours ces globules , et l'on peut croire , d'après les observations de Romain et Coquebert, que les petits globules donnent naissance à de nouvelles conferves. Quel seroit l'état de ces animalcules dans leur étui ? Ils doi^ vent y être morts ou en vie ; mais ils doivent y être vivans puis- qu'ils vivent six ou sept jours après en être sortis par l'hypothèse, et fournissent le gazoxigène q\ie les conferves donnent au soleil; on ne peut supposer leur métamorphose, puisqu'ils conservent, ou doivent conserver leur forme extérieure , et puisqu'on n'apperçoit pas leurs dépouilles , imaginera-t-on aisément que ces animalcules , qui sont si vifs quand on les a fait sortir de leur prison, soient condamnés par la nature pour y rester toujours, car ET D'H IStOIRE NATURELLE. û63 on ne fixe pas l'époque de lenr sortie naturelle , on ne la laisse pas nièriie soupçonner, puisqu'on n'en parle jamais. On Yolt , par î'iivpolhèse , ces animalcules paroître avec toute leur activité et leur perléction , six ou sept jours après leur sortie de leurs étuis , cpiaml on les a mis dans l'eau distillée; mais je soupc^oniie beaucoup ([ue ces globules verts disparoissent au bout de ce temps , et qu'on voit alors éclorc tous ces animalcules qui remplissent les infusions végétales, entre lesquels on trouve tou- jours les animalcules globulaires : mais si ces corps ovii'ormes des conférves étoient aniiiialisés , et si le mucilage qui les recouvre les enipêchoit de se mouvoir , ils devroient prendre leur agilité , quand ils sont débarrassés de leurs chaînes dans l'eau distillée ; aulievi que ces animalcules paroissent à peu-près aTec ceux qu'on voit naître dans les infusions. Pour rendre l'observation de Ingenhousz sans réplique , il au- roit fallu mettre quelques petits jdobides de conferve , après les" avoir bien comptes ; dix , par exemple , dans l'eau distillée ren- fermée dans un vase plein , scellé herméti([uement ; alors si l'on avoit retrouvé seulement ces dix animalcules globulaires, au lien des dix globules verts , on auroit eu une preuve sans réplique delà vérité de l'opinion; mais je doute que cette expérience réussisse de cette manière ; j'assure même qu'elle ne réussira jamais. J'observe qu'on voit dans les eaux, où la conlerve se développe,, tous les animalcules dont j'ai parlé à l'occasion de la matière verte ; mais quoiqu'il dût y avoir de la conferve par-tout où il y a de la matière verte , suivant l'hypothèse ; j'ai eu souvent des vases ]ileins de matière verte sans conferve, quoiqu'ils touchas- sent des vases où l'on en trouvoit; peut-être que la différence de leur production ou de leur habitation , occasionne cette grande différence dans leur nature, qu'on ne peut apperçevoir (jue par leurs effets : mais la grande ressemblance de ces animalcules ne pronveroit-elle pas, que dans les deux cas , ces animalcules sont de la même espèce , et qu'ils se dévelopent dans les infusions ? J'ai toujours vu ces animalcules ovii'ormes s'éloigner, s'appro- cher indiiïéremment des filets de conférves, et (juand ils se pla- çaient sur eux , ils y paroissoient connue de petites p'.'rles. Le nombre de ces animalcules est assez grand ; ils sont par-tout, dans les lieux sans conférves comjne dans ceux où elle abonde. Ils ne sauroient contribuer à sa verdure , puisqu'ils paroissent la diminuer lorsqu'ils s'y placent. Les tubes de la conferve ne sont pas formés parles animaux , puisqu'on les y voit végéter ; ils se divisent vers les diaphraguies qu'on trouve près de leurs nœuds pour le multiplier, et dans cette. 364 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE place où il n'y a point d'ouvertures ces morceaux deviennent des pjantfs entières. La partie tubulaire des conf'erves laisse observer la contexture des plantes. Je ne répète pas ici la description de ces animalcules , que j'ai déjà faite , parce que , suivant l'hypothèse , ils sont précisée ment les mêmes que ceux de la matière verte. Si les animalcules globidaires forment la conferve , il est diffi- cile d'imaginer cette régularité observée dans les parties vertes et transparentes : elles ne sont pas des alvéoles tpii se touchent comme dans les ruches ; ce sont des parties fluides renfermées dans des tubes. Celles qui sont vertes fournissent le gaz oxigène, et les globules n'en seroient pas la soiirce unique , puisqu'on voit paroître des bulles là où il n'y a point de globules. Je n'ai jamais vu ces animalcules globulaires entrer dans les filets de conlérve , quoique je les aie vus souvent se promener sur eux. J'ai pris un filet de conferve exposé à la lumière , je l'ai blea lavé dans l'eau djstillée ; je l'ai placé sous le microscope de Dellebare , armé de sa plus forte lentille ; je l'avois auparavant coupé en divers morceaux, et humecté avec l'eau distillée; je vis que quelques parties coupées avoient perdu une partie de leur verdure , et d'autres entièrement, parce que leur suc vert s'étoit écoulé ; mais je n'apperçus dans ce suc aucun animalcule. Les globules de la conferve sont verts ; ils ne sont pourtant pas ri- goureusement semblables entre eux , quoique les animalcules globulaires se ressemblent parfaitement. Si l'on compte quelques globules après avoir coupé un petit mor^ ceau de conferve , si on les place dans un verre de montre plein d'eau distillée, on voit au bout de quel(|ues jours, que ces globules sont parfaitement immobiles , et prêts à disparoître par leur fer- mentation ; mais on voit avec eux les animalcules globulaires qui se meuvent avec rapidité , de sorte que leur réunion ne laisse aucun doute sur l'immobilité constante des globules et sur leur identité avec ceux qui étoient dans la conferve ; de même que sur la production des animalcules , qui est celle de tous les ani- malcules d'infusion de sept ou hiiii jours , les globides sont prêts à être détruits ;mais les animalcules paroissent avec abondance, et ils sont , à la ligueur, des animalcules d'infusion qui n'ont rien de commun avec les globules des conferves. Si les animalcules globulaires appartetioient à la conferve , ils différcroient essentiellement des animalcules , qui périssent dès qu'ils sqnt à sec ; au lieu que la conferve ne périt pas toujours après i 1 ET D'HISTOIRE NATURELLE. 365 après sa dessicatiou j an moins f|tiand elle n'a pas été forte et longue. Jai vu les animalcules absolun;cnt périr , a])rès avoir été privés d'eau pendant deux heures et demi ; la conferve que "'avois laissée avec eux , donna de l'air quand je l'exposai sous 'eau, au soleil , au bout de 4 heures. Si les animalcules globulaires étoient essentiels aux conf'erves , ils périroient avec elle , et il ne devroit jamais y en avoir moins que lorsqu'elle se dissout ; ce qui est contraire à i'ex]iérience. Si ces animalcules vivent en donnant du gaz oxigène , ils doivent périr à l'obscurité , où ils n'en l'ournissent point ; ce qui est en- core totalement contraire à l'observation. La figure des animalcules globulaires diffère de celle des cor-' f)usculcs verts qu'on trouve dans les conferves , comme on peut e juger lorsque les premiers se reposent sur la seconde, ou la parcourent; on voit bientôt que les animalcules globulaires er- rans ne serolent pas de mesure pour l'étui où ils doivent se loger, au moins pour le plus grand nombre ; outre cela , on n'apperçoit sur la conferve aucune ouverture qui puisse leur donner une' entrée et une sortie facile ; aussi je n'ai jamais vu ces corpuscules globulaires entrer ou sortir ; le choix entre les animalcules se- roit borné à ceux qui sont verts , et leur figure est assez uniforme; cependant cette uniformité rigoureuse s'oljserve moins dans les globules qui ne sont pas rigoureusement sphériques , mais dont les différences sont très-variables dans chacun , soit dans la figure, soit dans le diamètre; elle doit être souvent déterminée par la situation des filets et par l'impression qu'ils peuvent rece- voir continuellement de tous les corps environnans. Quand la confena rivularls se détruit , elle devient une espèce d'étoupe ; si on l'examine alors avec un microscope , on y dé- couvre de petits cylindres , où l'on apperçoit des globules verts , lorsque le cylindre a conservé la couleur verte; mais ils sont sans couleur quand le cylindre a perdu la sienne. I^es points verts , où ces globules observés" sur les conferves qui jiérissent , semblent ■y tenir opiniâtrement , on a cru que ces globules se changeoient en cylindres ; mais cette opinion ne peut être fondée que sur une illusion d'ojUique , ils peuvent paroître tels , lorsc[u'i!s sont vus d'une certaine manière , quand ils sont rapprochés par quel- ques circonstances fort rares. J'ai vu un morceau de conferve déchiré de façon , qu'un des glo- Indes compris entre les nœuds se trouvoit tout-à-f.iit en dehors , et y Ibrmoit une espèce d'éniinence extérieure bien marquée; mais je puis assiirer que le globule me parut toujours dans le repos le ]>lus complet. Tome ri. BRUMAIRE an 8. B h b 366 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE On voit quelquefois les «lobules dis]Ki.roîu-e entre les nœuds , mais ils ne se remplacent pas ; s'il y avoit îles fflolmles enans , avec quelriues moyens pour péneînir Jans le cylindre , pourquoi ne les verroit-on pas errer ou entrer lUins cette retraite ? J'ai pu m'assurer de l'immoljilitédes "lobules dans la coni'erve, j'avois un filet de celle-ci légèrement plié, le fz,loi)ule se trouvoit précisément dans le sommet de l'auf^le , de sorte que je pouvois- observer le moindre mouvement qui auroit eu lieii ; mais au bout d'un temps assez long , je ne pus en remarquer aucun. Tandis que j'ol)servois l'immobilité absolne des gloljules contenus dans lesiilets de la conlérve , je distingnois les mouvemens rapides des animalcules globulaires, (pie je voyois parcourir la surface des filets dans toute leur étendue. £ntin j'ai manii'estement vu, pendant plusieurs jours , un gloliule à l'extrémité d'un filet, où il resta sans laisser appercevoir la moindre apparence de mou- vement. Corti a bien prouvé que la conferve se multiplie par division , que les parties divisées s'étendent pour en former des nouvelles j mais ce ne sont pas les corpuscules globulaires ou ovif'ormes qui forment l'étui. Les tremelles se divisent par le milieu du filet pour se multiplier , et les divisions faites dans les extrémités ne sont pas moins fécondes, quoique les cor]>uscules et leur étui n'ayent pas pris tout leur accroissement. La conferve en se divisant, forme un angle vers un nœud, la partie convexe s'ouvre peu- à- peu, jusqu'à ce qu'elle soit rompue , miis communément ces corpus- cales glolnilaires ne sont pas bien près du nœud, et les nouveaux filets ont d'abord des globules plus petits. 11 y a des conferves sans globules qui donnent de l'air comme les autres : de sorte que leurs filets , qui ressemblent si fort aux autres , et ([uî ne paroissent en différer que par leurs globules , montrent évidemment qu'on peut obtenir le gaz oxigène sans eux, et par conséciuent que les globules ne le produisent pas ex- clusivement, ou qu'ils ne sont pas essentiels à sa production, 11 me seudjle résulter de-là , que les globules des conferves ne sont point des animalcules , puisqu'ils sont sans mouvement, puisqu'on ne peut découvrir leur filiation et suivre leur histoire sous ce point de vue ; il leur seroit au moins impossible de pénétrer la conferve et d'en sortir , et puisqu'il faut sept ou liuit jours à ceux ([u'on a retirés des filets pour qu'ils puissent s'a- nimer; d'autant plus que cette animation est tout- à-fait illusoire; elle ne peut être absolument produite que par le dé veloppeiiient des animalcales qu'on trouve dans toutes les infusions, soit qu'il y ait des conferves à globules , soit qu'il n'y en ait pas , enfin ; avec ET D'HISTOIRE NATURELLE, 367 plus d'attention , il eût été facile de voir les gloljules de la con- l'erve , lorsqu'elle se détruit ; servir de nourriture aux animal- cules globulaires , bien autrement nombreux que les globules de la conierve qu'on a comptés avant de les mettre en expérience. Je ne répète pas ici tout ce que j'ai dit de la preuve analogi- que dans les mémoires précédens sur la matière verte , mais j'y renvoie entièrement. Je me borne à raj)peler ce que j'ai observé sur les caractères végétaux des conlèrves, dans le jmragrajdie de ce mémoire , en y joignant encore quelques remarques qui sem- blent augmenter la probabilité de cette opinion. O.-F. Muller a découvert trois ou quatre espèces de conferves microscopiqvies qa'il apyielle strand perlend l>an.d ; il les décrit comme des tubes transparens contenant une suite de tubes ovi- formes. Quoique ce naturaliste lût porté à y voif* des animaux, puis(pi'il avoue c|u'on se laisseroit séduire par ces idées sans une grande attention, il reconnoît cependant qu'on ne peut prendre pour des animaux , ni le lilet , ni les autres parties. Chaque glo- bule a au milieu une ligne transversale qu'on voit fort bien , quand il est hors de son étui , il partage le globule en deux. Muller y trouve les graines de la plante. Cette conferve étoitsans nœuds. Voyez Magasin allemand de Gotha , ij^ô , part. III*^. , pag. je. Le même naturaliste , dans les Mémoires de V Académie de Stockholm pour l'année 1783 , regarde les conferves monilifor- lues de la Flora danica , planche 883 comme une plante , et il y considère les corpuscules ovifbrmes ou globulaires comme les graines de la plante. Pallas, dans son bel ouvrage sur les zoophytes, dit clairement dans l'introduction , que les tremelles et les conferves sont des plantes. On a voulu comparer ces plantes avec les corallines pour rendre probables les animalcules qu'on auroit voulu y placer ; mais il î'aut l'avouer, elles n'ont guères de ressemblance. Les conferves diffèrent des corallines par leur couleur qui est jaune ou brune- pâle , quand elles sont sèches , tandis que les conferves sont vertes. Les polypes des corallines leur sont adhérens , ils sortent de leur étui , ils y rentrent , mais les conferves ne laissent appercevoir aucune ouvertiire , et les globules ne s'en- échappent que par force. On volt les trous qui sont sur les carollines s'éloigner et s'aggrandir ; il n'y a rien de pareil sur les conferves qui con- servent leur forme, quand elles ont pris leiu" accroissement. Les corallines sont les ouvrages des animaux qui les habitent , la réu- nion iri'égulière de divers tubes qui se durcissent en vieillis- B b h 3 568 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE sant , mais les conierves conservent toujours la même mollesse et les mêmes proportions , c'est toujours un filet continu comme dans les eraminées ; et si les conCerves étoient l'ouvrage des glo- Ijules, conçoit-on qu'elles pussent avoir la régularité (|u'elles manifestent ? Les corallines sont presque anéanties par ractiou des acides qui changent seulement la couleur des conferves , et tandis que celles-ci ne donnent que peu on point d'ammoniac par la distillation , les corallines en donnent beaucotqj. Il paroît par ces observations que les corallines et les conferves ne peuvent se rajiprocher à aucun égard. Je conclus donc , avec beaucoup plus de probabilité, que les conferves appartienneut au règne végétal , comme la matière verte. Dans le mémoire suivant, je me])ropose de donner les rapports de la coi:ferve îtliec diverses substances qui peuvent agir sur elles, et de faire connoître levir analyse cliyniique. O B S E Pv V A T I O N S Sur la feuill.iison et l'effeuillaison , avec l'indication des signes qui annoncent la ]deine vigueur des feuilles des végétaux et le moment où l'on doit les récolter pour les usages pharmaceu- tiques et économiques ; Par MoRELOT , professeur à l'école de pharmacie de Taris, i-i A rature ne suit pas un ordre uniforme et constant dans Ja iéviillaison des végétaiix et dans leur eifeuillaison. Il est des plantes dont les tiges et les rameaux se trouvent chargés de fleurs avant que les feuilles paroissent , et qui présentent une excepiion ù la loi plus générale de la végétation , f|ui eommence à se ma- nifester par ,1e développement des feuilles , et successivement celui des fleurs et des fruits. Cette observation donne lieu à une multitvide d'autres observations que le physicien naturaliste ne néglige pas d'approfondir. L'homme qui rapporte tout à lui, s'est d'abord persuadé que la naissance précoce de ces fleurs étoit ordonné par' une prévoyance bienfaisante, dont le but étoit de hâter ses jouissances, et il n'a pas appen^u tout de suite que la nature suit dans ses productions, une marche toujours conforme aux lois de la physitjue. En effet , les fruits c|ui doivent naître sur ces plantes à fleurs précoces , et qui doivent aniver à leur ma- E T D'HISTOI RE NATU R E L I. E. 3(^9 turité clans la saison où tous les êtres organisés jouissent d'une vie extrêmement active, seroient en proie à la voracité des in- sectes destructeurs ,si ceux-ci avoient eu le temps de sortir de letir engourdissement , et de déposer leurs œufs dans les ovaires de ces fleurs, au moment de leur fécondation par l'insertion ilu pollen. Cette observation n'est (pi'incidentelle , et je ne la porterai pas plus loin, parce qu'elle ur éloigneroit trop de laflu que je me pro- pose à l'égard de la feuillaison et de l'effeuillaison. Les naturalistes sont d'accord avec les botanistes sur rx)rigine des feuilles des végétaux. Les uns et les autres les regardent comme un prolongement de l'écorce de la tige, même de chacun des végétaux sur lesquels elles se trouvent imjdantées; que ces feuilles soient sessiles ou jiétiolées , quelles que soient leurs for- mes , peu importe pour les observations auxquelles leur développe- ment , leur accroissement , leur vigueur , leurs fonctions phy- siques , leur caducité , leur chute peuvent donner lieu. Il est question d'examiner jusqu'à quel point elles sont néccessaires à la plante qui les produit, en (|uel moment elles jouissent de leurs véritables propriétés, etc[uelest celui où elles doivent se séparer de la tige qui leur sert de support, pour rentrer dans la classe des corps inerLs ; en un mot pour cesser d'être un corps organisé. Le premier état d'une feuille, est celui que l'on a désigné sous le nom de bourgeon. Un fait bien digne de remarque , et ciui n'est consigné nulle part , c'est que tous les bourgeons ont dans le moment de leur premier développement, un arôme plus ou moins sensiljle , qui appartient à la seconde écorce de la tige du végétal', qui lui est analogue , et que cet arôme se perd à mcsui y que le bourgeon se prolonge et se convertit en feuille. Si l'on avoit bien suivi l'acte de la végétation , on auroit remarqué (|ue cet arôme, que le vernis résineux , protecteur du bourgeon lors de son enfance , ne disparoissent , par rapport à nos organes , que rela- tivement et non effectivement. L'arôme du bourgeon ne devient moins sensible , à mesure que la feuille se dévelop])e , que parce qu'il se trouve progressivement étendu et noyé dans une quan- tité donnée du fluide se veux qui s'interpose entre ses parties pro- portionnellement à l'eau de végétation cjui est essentielle à la plante : son vernis résinetix s'amincit comme une feuille d'or sous le maillet du batteur d'or , sur toute la surface de la feuille pour la rendre imperméable à l'eau ; il devient partie intégrante de la feuille , et y remplit une fonction infiniment importante pour sa conservation. . Tous les botanistes cor^noissent les fonctions principales des iciiilles à l'égard de la plante entière. Ils savent qu'elles conticu- 3/0 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE lialoicnt de l'oxigèjie lorsqu'elles étoient en contact avec la lu- mière , et de l'acide carl)Oiiique , dans l'obscurité. Cette dit- fércnce dans l'expiration des feuilles est relative aux forces d'attractions chimicpies ; ce n'est pas ici la place de les ex- pliquer. Mais ce qu'il est nécessaire d'exposer avec quelque détail , c'est la théorie des fonctions des feuilles en laveur du végétal. Uni- lois sorties de leur état d'enfance , les feuilles rendent à leurs fines, non moins de services qu'elles en ont reçus. On petit ilire qu'elles exercent entre elles un acte perpétuel de bienfai- sance réciproque. Tant que les feuilles jouissent de leurs facul- tés orj^aniques , elles servent de canaux pour transmettre aux tiges une quantité donnée d'hydrooène qu'elles ont analysé de l'eau , lequel se combine avec le carbone du végétal ; et ce sont les proportions relatives d'hydrogène et de carbone ])arfaitement combinées avec la portion d'oxigène nécessaire , qui constituent ce que l'on appelle le suc propre du végétal , et en forme une tige plus ou moins solide, plus ou moins résineuse. Les feuilles , par le moyen de cette élaboration de la nature , acquièrent de leur côté plus de consistance ; leur couleur prend une nuance plus foncée, leur arôme devient plus sensible, et tous les prin- cipes qui doivent les constituer, tendent à se combiner d'une ma- nière plus exacte. La températvire de l'air qui devient ]5lus haute, fait évaporer ce qu'elles ont d'humidité suijerflue , et leurs prin- cipes les plus immédiats s'y rencontrent dans un état plus rap- proché. Le moment de la pleine vigueur des feuilles arrive , et ce moment se manifeste par les signes extérieurs que nous allons lâcher de faire connoître. Ces signes dans les plantes à tiges molles, à tiges ligneuses et dans les arbustes , se font remanpier d'une manière assez sen- sible. Les premières feuilles qui dans les plantes à tiges molles se sont élevées de la racine, sont, par une singularité bien ex- traordinaire , tantôt plus amples , tantôt jilus étroites , et pres- (|ue toujours d'une configuration différente de celles qui doi- vent leur succéder. Elles servent de véritables réservoirs du fluide séveux qui doit contribuer à l'accroissement de la tige ; on les nomme feuilles radicales : elles se flétrissent à mesure que la plante s'élève , et elles tombent assez promptemcnt. Les secondes le uiiles qu i'paroissent, se rapprochent.davantage de la configuration de celles qui doivent appartenir au végétal et arriver à leur matur ET D'HTSTOIPiE NATURELLE. Sjl rilé. Dès qu'on les voit s'incliner du côté du pied du végétal, on peut s'assurer que la plante commence à eiiirer dans son jire- mier état de vigueur. Les troisièmes devenues assez fortes pour s'alimenter d'elles - mêmes , n'empruntent plus le secours des feuilles qui sont nées les premières ; celles-ci dont le suc végé- tatif étoit plutôt un produit séveux qu'un suc pro])re, n'ont qu'une frêle existence , qu'une odeur herbacée ; elles se fanent, elles se rident , elles se dessèchent, leur destination est remplie ; ce n'est pas la tige qui s'en sépare , ce sont elles qui se séparent de la tige , pcirce qu'elles ne reçoivent plus d'aliment par intussusception , et (jue toute communication avec la tige cesse d'avoir lieu. Dans les plantes bisannuelles, dans celles qui sont vivaces,les phénomènes de la végétation , quoique les mêmes, sont infini- ment plus remarquables , parce que leur texture étant plus so- lide , et que résistiint à plus d'une saison , il est plus facile de suivre le travail de la naiure. Les feuilles de ces sortes de plantes en font presque tous les frais. Leurs racines sont ligneuses , et leurs organes sucçoires, n'aspirant que très-peu d'humidité , leurs tiges seroient bientôt desséchées si la nature n'avoit usé d'une libérale prévoyance à leur égard , en mixltipliant à l'infini dans ces feuilles , les utricules ou tracliées, à la faveur desquelles l'ali- ment propre au développement , à l'accroissement et à la ma- turation du végétal , se trouve sans cesse renouvelé. Les pre- mières feuilles qui paroissent sont produites comme dans les Îilnntes précédentes, par l'ascension du fluide séveux aspiré par es racines ; mais la conversion de ce fluide en suc propre , ne s'opère que par les fonctions que remplissent les feuilles à mesure qu'elles sont devenues phis fortes. On peut remarquer encore qu'elles sont extrêmement nombreuses dans toute la longueur et dans le pourtour de la tige. Les feuilles radicales tombent comme dans les espèces de plantes du premier genre que nous avons cité, et les'autres se perfectionnent par une élaboration plus com- plettée. Elles ont une durée d'existence toujours proportionnée à la nature des principes qui les constituent ; ce que nous nous réservons d'expliquer plus bas. Enfin , les feuilles des plantes arbres, suivent absolument les mêmes lois de la végétation ; c'est-à-dire, que constamment, les premières qui paroissent sont déjà caduques, lorsque les feuilles qui naissent par la suite sont à peine dans leur enfance. La vigueur bien déterminée des feuilles des végétaux s'annonce donc par la chute de celles qui sont les plus proches de la racine , parle ton de leur couleur qui est d'un vert plus foncé, par leur direction sur la tige , qui est plus perpendiculaire à l'horison ; 3/2 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ]);ir leur texture , rjui est ou plus charnue, ou pins ferme; par leur arôme , qui est jilus sensible et plus homogène : mais le sifrue le pins caractérisé, le plus univoque , est celui où la plante est clans l'état prochain clo la floraison , et non pas celui où elle commence à se garnir de boutons de lleins. Cette seconde époque annonce un nouveau travail de la nature; les feuilles commencent déjà à jierdre : elles commencent à avoir un peu moins d'eau de végétation ; elles entrent dans le second période de leur âge , qui les conduit insensiblement à la vieillesse. Dans le moment de le floraison commençante , leurs fonctions vitales sont remplies , elles ne s'alimentent |jluspar intussusception, elles n'augmentent ]ilus de volume , elles ne subsistent plus que de ce qu'elles ont ainnssé pour leur propre compte ; les princi]5es qui les consti- tuent , tendent à une combinaison plus intime , plus parfaite , et elles sont , à l'égard des fleurs , les réservoirs des sucs pro- pres, suffisamment élaborés , pour leur transmettre tout ce qui convient an dévelop])ement des organes de la génération. On conçoit que pour une fonction si importante il faut nécessaire- ment que le premier travail de la nature n'offre rien d'imparfait L'acte de la végétation est alors consommé ; les feuilles et la tigf de la plante se dessèchent , en fournissant à la fleur, et successi- vement au fruit, tout ce que la natrtre leura fait préparer par lin long travail , ])our remplir son vœu , dont la fin dans les êtres oiganisés , est constamment la reproduction de l'espèce. Voyons maijitenant quelle est la cause de la chute des feuilles. C'est dans l'examen de cette cause que le naturaliste olxservateur rappelle toutes les remarques dont il a tenu note. Il a vu les feuilles radicales se dessécher et tomber les premières ; il n'as s e faveur de la tige qui , pa des fluides , augmentera de hauteur, et produira de nouvelles feuilles à fur et mesure de son élévation ; et il conclut de cette première conséquence que les feuilles d'un végétal doivent né- cessairement tomber dès qu'elles n'ont plus de contact avec la tige par nne communication entretenue par la présence du fluide qui en traverse les filières. La fructification accomplie , le fruit parvenu à sa maturité , tombera à son tour, 'par la même raison que ses organes de succion sont obstrués et sont devenus inerts. Les feuilles qui restent sur l'ariire , après le complément de la fructification , laisseront échajjper les sucs qui les maintenoient encore dans l'état de verdeur ; elles se décoloreront , elles jau- niront ou elles se coloreront en rouge , coiniue il arrive à la vigne , ET D'HISTOIRE NATURELLE. 373 vigne , et cette nouvelle coloration sera due à une véritable dé- composition du prussiate (le i'er , qui sera amenée à l'état d'oxide jaune ou rouge de fer , ensuite elles tomberont , parce qu'elles seront totalement oxidées. Si le suc propre des l'euilles est pkis résineux qii'aqueux , elles restcrcint inhérentes sur la tige , parce que tout le végétal ne lait qu'une perte presf[iie Insensible de son suc propre ; que sa température interne est plus élevée que celle des végétaux aqueux , et (|ue les feuilles sont beaucoujj plus imper- méables à l'eau. Enfin , l'on remar(|ue que les feuilles des végé- taux qui ne produisent ni fleurs , ni fruits , ou dont .les ileurs et les fruits sont très-petits , ont une durég vivace beaucoup plus longue que celles des végétaux qui portent fleurs et fruits , ou dont ces produits sont plus amples. RÉSUMÉ. La feuillaison des végétaux est une opération simple de la nature , qui se renouvelle nécessaireaient tous les ans , soit que le végétal se soit dépouillé ou non de ses feuilles. Les premières feuilles qui naissent sur les végétaux sont encore loin d'offrir les ])ro])riétés médicinales qui doivent un jour leur appartenir. Le méJecin qui en prescrit l'usage , et le pharmacien qui en prépare , soit des sucs exprimés , soit des extraits , se trompent , cliacun dans son art : il est même à 6raihdre que l'usage en devienne nuisible. I-e niomenfde la maturité des feuilles est celui de leur pleine vigueur. Il ne faut pas confondre la maturité des feuilles avec celle de toute la plante : celle-ci est niûre , lorsque le fruit est propre à la reproduction de l'espèce , et c'est à l'instant prochain de la floraison , que les feuilles jouissent de toutes leurs pro- priétés ; c'est le moment où on doit les récolter pour les usages pharmaceutiques et pour l'économie domestique. Si les pro- priétaires de champs couverts de lin et de chanvre, si les culti- vateurs qui récoltent les plantes de fourrages entciidoient bien, leurs intérêts , ils n'attendroient pas que ces plantes fussent gar- nies de fleurs , encore moins de fruits , pour les arracher de terre ou les couper , l'écorce des ]ilantes textiles fourniroit des fda- mens plus fins , et les plantes de fourrages seroient plus tendres, plus odorantes , et fourniroient un aliment plus délicat et jilus savoureux aux animaux qui en font leur nourriture. Les pro- priétaires pourroienten outre espérer jusqu'à deux et trois coupes de regain. £nfin, la chute des feuilles est ordonnée par la nature ; leiir Tome VI. BRU MAIRE an'6. C c c 3/4 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE vie végétale suit les mêmes lois qui appartiennent à l'animalité. Elles se séparent des tiges par l'animalisation de leurs principes , ou par une dessication f|ui procède de leur épuisement ou de leur oxidation com])lète. La gelée peut bien accélérer leur dis- sociation d'avec la tige ; mais ce n'est ([u'un incident et non un effet nécessaire , puiscpi'il est des feuilles qui résistent h la puis- sance physique du froid , que l'on doit considérer comme relatif à l'égard des végétaux , ît raison de leurs divers degrés de tem- pérature, et aussi à raison de la nature de^ combinés j près partils à celui que vous avez vu ; qu'en 1790 le gouveme- » ment et plusieurs riches amateurs en avoient inutilement fait M rechercher. Le marchand qui les a rap|)Ortés , m'a , l'année » dernière , confirmé que l'on n'en avoit plus retrouvé. J'en pos-> 2J sède un morceau taillé en bagne , demi-transparent, imitant » la couleur du rubis ; les stries y sont presque impercepti- >) blés , etc. « (i^ C'est la même que Delaraétherie a décrite sous le nom àe Daourite. Théorio de in. Terre , seconde édition , toin. II , page 3o3. ( Noce dn Rédacteur). ET D'HISTOIRE NATURELLE. 3^5 T orme générale. Les morceaux de cette suhsiance présentent lin assemblage de longues aiguilles aggrégées , partant d'un ou plusieurs centres , et divergentes jusqu'à la superfii ie , où elles se terminent par des sommets à faces planes. Lorsque les aiguilles sont fines , la niasse resseml lî , par sa disposition , à certains morceaux d'asl)es;e j lorsqu'elles sont plus grosses , la masse ressemble parfaitement à celle de la thallite ou schorl vert du Dauphiné. Dans quelques parties , la masse aiguillée est interrompue par des rognons solides noirs ou bruns , qui semblent n'être que la même matière devenue compacte et sans aucune trace de cristal- lisation. Quelques cavités ou interstices sont aussi remplies d'une ma- tière terreuse jaune , dont la, nature n'a pas été déterminée. Forme résulière. Les différentes aiguilles divergentes dont nous venons de parler, etoient terminées originairement par une pyramide régulière ; mais le morceau entier a été mutilé par le frottement, au point (ju'il a fallu une longue étude et beaucoup d'habitude de vtiir pour rassembler les indices épars sur toute la masse et propres à déterminer l'ensemble de la cristallisation. D'après l'examen le plus scrupuleux , on a reconnu que la py- ramide terminant cliaciue aiguille à l'extérieur, est la pyramide' exaèdre du cristal enneaèdre décrit par Rome de Lille , pi. 4 » fig. 93 ( tome II , page ^94 )■ Mais l'angle du sommet a semblé approcher davantnge de io5° f|ue de lo^", fixé par Rome de Lille pour le schorl noir. La petitesse des cristaux et la nécessité de respecter des morceaux aussi précieux , n'ont pas permis de donner une mesure plus précise. Transparence. La sibérite est très-transparente , considérée dans chacune de ses aiguilles ou cristaux particuliers ; mais cette transparence est altérée, 1". par l'intensité de la couleur ; 2°. par l'aggrégation parallèle des cristaux ou aiguilles , qui se touchent sans adhérer parfaitement ; 3°. par les fêlures perpendiculaires dont on parlera ù l'article de sa cassure. Cassure. Cette substance en massé se sépare aisément dans le sens de la longueur des aiguilles, et ces aiguilles séparées pré- sentent des surfaces lisses assez irrégulières. Il est essentiel de distinguer cette disgrégation de la véritable cassure. Celle - ci s'annonce comme très-facile à faire par des fissures apparentes per]iendiculaires à l'axe des aiguilles ou cristaux. Cependant ces ILisures ne sont qu'apparentes ;car la cassure faite dans le même C ce 2 37<5 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE sens est vitreuse, sans aucun indice de la surface plane , qui sc- roit la suite d'une fissure réelle. La structure particulière des morceaux rpe nous avons eus sous les yeux , ne nous a pas jiennls de chercher le sens de la • cassure , pour découvrir la molécule primitive , suivant la mé- thode du citoyen Haiiy. Nous eussions désiré rendre ce nouvel hommage à l'iiorame célèbre qui , par de longs et péniljles tra- vaux , est parvenu à mettre la clef de voiîte à l'édifice de la mi- néralogie élevé par Roiué de Lille. Couleur. La couleur de la sibérite est d'un lilas vineux très- Lrlllant : elle ne peut être mieux comparée qu'aux fleurs de co- balt lilas , lorsque celles-ci ont de la transparence. Cette couleur , plus vive dans l'intérieur de la masse , s'aifoi- blit en approchant des pyramides extérieures ; de sorte que quelques-unes d'elles paroissent blanches et transparentes. La couleur disparoît au premier coup de feu , au clialumeau même plus facilement que celle de l'hyacinthe (zircone), à la-' quelle on l'a comparée sous ce rapport. Broyée dans ixn mortier d'agate , la poussière en est blanche tirant sur le rose ; mais lorsqu'elle a été broyée avec de l'eau , la poussière est d'an jaune ventre-de-biche clair. Odeur. La sibérite soumise à l'humidité de l'haleine, exhale l'odeur alumineuse à un degré moyen. Deux morceaux frottés l'un contre l'autre exhalent la même odeur que deux cailloux frottés , mais à un degré plus foible. PÉ?^/3«;ffz//-. La pesanteur spécifique a été prise sur trois fragmens d'un même morceau ; elle s'est trouvée constamment de 3,ooo : mais un autre morceau formant un faisceau isolé de cristaux plus compactes , a donné pour pesanteur spécifique 8,048. Dureté. Fait feu.au briquet ; raye fortement le verre j attaque foiblement le cristal de roche. On peut assimiler sa dureté à celle du bérilde Sibérie. Electricité. La, sibérite n'est pas électrique par le frottement. Par la chaleur elle devient électrique à la manière de la tour- malinei, ayaj^tdeuxj7Ôl€s. LorsquVdIe a perdu sa couleur et sa transparence par le feu , elle conserve la projiriété de devenir électrique par la chaleur ; mais elle cesse d'avoir- des pôles , ou au moins sont-ils considéra- blement affoiblis. , . ;, ■. Elle est'conducteitr de l'électricité à-peu-près au:imêine degré que le feld-spath , le grenat, l'asbeste , mais beaucoup plus, ET D'HISTOIRE NATURELLE. 3/7 que le quartz , le béril , la tourmaline , le schorl vert de Dau- phîné. Frottement. Dans l'obscurité, le frottement de deux morceaux de sibérite produit la même phosphorescence , mais à un desré plus f'oible que le silex. Ail chalumeau. Un fragment de sibérite exposé au dard du chalumeau , y perd sa couleur et sa transparence dès le premier coup de fou. Il ne change plus , quoique le feu soit contijuié. Avec le borate de soude , il reste le même , empâté dans le verre sans laisser appercevoir de fusion et sans lui donner de couleur. Au feu. Un fragment de siliérite exposé seul dans un creuset à un feii d'environ 80° pyrométriques , perd sa transparence , ac- quiert un blanc très-éclatant ; les aiguilles ou faisceaux se désa- grègent , se délitent facilement. Il perd yIï de son poids , sans doute par la perte de l'eau de cristallisation. ANALYSE. Cent parties de sibérite pulvérisées au mortier d'agate , et préalablement poussées au feu nud jusqu'au feu rouge , ont été traitées dans un creuset de platine avec 4°° parties de potasse purifiée à ^alkool. Le feu ménagé graducllemertt a été poussé jusqu'à faire rougir le creuset ; on l'a continué dans cet état pendant une heure. La matière retirée du feu présentoit une masse homogène , «l'une couleur vert-bleuâtre. Ayant versé de l'eau pour la dissoudre , la couleur s'est chan- gée en un beau vert; les premières gouttes ont été absorbées avec avidité , avec un dégagement considérable de calorique ; en con- tinuant de verser , l'eau s'est emparée de la couleur verte , et il s'est déposé , au fond du creuset , une substance brune assez abondante. I I. Le tout exposé au feu pour faciliter la dissolution , une partie est restée insoluble au fond de la capsule. Sur la liqueur réduite aux deux tiers on a versé de Pacide mu- riatique avec excès : on a présenté de nouveau à l'évaporatlon j il s'est formé aussitôt un précipité d'un brun foncé , qui s'est changé en peu de temps en jaune. 378 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Vers la fin de l'évaporation, la liqueur a acciuis la consistance! d'une c,elée transparente, jaune, et enfin , en continuant à remuer la matière , elle a été réduite en poussière fine. I I I. Ayant fait bouillir cette matière avec de l'eau acidulée (paï l'acide ninriatique ) , on a filtré : la substance restée sur le filtre étoit l'ortenient colorée ; mais après avoir été lavée à plusieurs reprises avec de l'eau cliaude , on s'est apperçu que le principe colorant se dissolvoit. On a continué de laver jusqu'à ce que la liqueur filtrée ne donnât plus de précipité par le nitrate d'argent ; alors la matière restée sur le filtre avoit les caractères de la silice : pour s'assurer si file ne contenoit ])as d'autres terres, on l'a traitée avec 180 par- ties de pot.'LSse caustique de la même manière que l'on avoit traite les 100 parties n°. I. On a obtenu la silice pure , qui, après avoir été sécliée au rouge , pesoit 3 5 parties. I V. Comme il pouvoit se trouver de la silice dans la dissolution muriati(]ue des autres terres , on a mis cette dissolution , jointes aux eaux du lavage de la silice , dans une capsule de verre ; on a fait évaporer leutement : au bout de deux à trois heures il s'est fait un léger précipité , qui a été reconnu être de la silice pesant une partie , laquelle, jointe aux 35 du n". III, por^e à 36 la quan- tité de silice contenue dans la sibérite. V. Toutes les eaux de lavage étant réunies à la dissolution muria-. de lavage , on l'a traité à chaud avec une dissolution de po- tasse caustique ; la plus grande partie de ce précipité s'est dis- soute , et la partie restante est devenue d^une couleur brune rougeatre. ° VI. La dissolution de potasse de l'expérience précédente (n". V), ayant été filtrée , et ce qui restoit sur la liltre ayant été suffi- samment lavé ( n». VIII ) , on a saturé d'acide muriatique la liqueur filtrée ; il s'est formé un précipité qui s'est redissous par ET D'HISTOIRE NATURELLE. 379 Ûlî excès d'ackîe : on a versé dans cette dissolntion de l'ammo- niac caustique, jusqu'à ce qu'elle n'y occasionnât plus de préci- pitation ; le dépôt (l'alumine), après avoir été lavé et séché au rouge , pesoit 48 parties. V I I. ■ Les eaux de lavage du précipité par l'ammoniac (n". VI ), ont ëté traitées avec du carbonate de potasse parfaitement saturé d'a- cide carbonique; il s'est t'ait un précipité qui , dûment filtré , lavé et séché, pesoit 6 parties de carbonate de chaux , équivalant, suivant Ecrgraann , à 3 7 de chaux. VIII. Quant k la partie qui n'avoit pas été dissoute par la potasse caustique (n". VI J , on l'a dissoute dans l'acide muriatique ; il s'est dégagé pendant cette dissolution une grande partie d'acide muriatique oxigéné. Après avoir enlevé , ])ar l'évajioration , la phis grande partie de l'acide excédent , on a versé dans cette dissolution du carljonate de potasse parfaitement saturé d'acide carbonique. ( Si le manganèse avoit contenu du fer , il se seroit précipite en rouge. ) Les premières gouttes n'ont occasionné au- cun précipité ; mais lorsqu'on en a ajouté davantage, il s'est formé un précipité blanc qui a été redissous par une plus grande quan- tité du même carbonate. De l'ammoniac versé dans cette liqueur , y a fait naître un dépôt gélatineux Ijlanc , se changeant bientôt en brun , qvii , filtré, lavé et séché au rouge, a pris nne couleur noirâtre , et pesoit 9 parties ; il avoit toutes les propriétés de i'oxide de manganèse. Résultat de l'analyse de la Sibérite. Alumine 4^ parties. Silice 36. Chaux 3 f . Oxide de manganèse 9. 96 î. Perte 3 !. OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES, FAITES PAR BouYARB, astronomc, 4 6 7 8 9 lo 1 1 II '3 '4 ly 16 I? 18 l? lo II 11 ij ^4 16 1? iS T H E R M O'M ETRE. Maximum. à midi. . i''.-; s. iiiiii.. m:Ji. . m:Ji.. ih. s., midi. . iii. s,. i>. s.. l''.7 S. ih.i S. l**.-; S. l*". S.. 1» S. S. i"."s.. i^î s- ii>.fs. midi., ih i s. midi. . midi., midi. . midi.. 3'\ s.. midi., midi.. Jh.i S. + + + + + + + + .4- ■+ + + '5.4 iS,7 If, 8 ■S» IÎ.4 i;,o 1 1,1 15,9 11,4 11,0 15,7 '«.! M.? 11,0 11,0 111 ■î>9 1 4.;o li,o 10,8 10,4 7.5 8,4 8,0 9,8 9,7 10,8 M I N I M U M. a «h. m a 6|j.im.+ i 6I1. ni.+ à 6''.jm.-|-i a à à 9,7 9,8 8,y 1.4 «h éh, 6h. 6h, 6 h 6h. ^m.+i m.-j- >.-h im.+ m.. ... |m.-f- >.+ 0,0 8.5 7, y 8,7 yj4 9,8 «,y 8,0 8,5 7.7 5, y 7jO m.+ xm.-f- >.+ m.+ m.+ im.+ m.+ 4m.+ A Midi. + + 7,î| + 1,8 + 3.4 + 4,« y.o 4,7 ^.4 + + + + BAROMETRE. Maximum. Minimum. «,5 ^>'■ 4,8 8.7 4,6 6,8 ■'■>7 3,4 ^9 1.4 j-,y 0,8 1,0 y,i y, y 3,« ^o 0,7 1,0 4,4 4,0 1,0 0,8 0,4 7,5 8,4 6,8 9,8 9,7 10,6 61i.i s.. . midi. . • i^.\ s.. . 6h. m.. . Ih. S... . 61i.i m. . 6I\ m.. . midi. . . . ih. s.. . . ih.s... . î'\{ s. . . 6h.i m. . ih.is... ih.s.... à yh. m. ., yh.im., ih.S.... Jh. S.... midi . . . 61'. i m. 7I1. m.. ili. \ s. . midi. . . 6h.^ m. yi'.îS.. midi.. . yh. m. . Jh.s... 7''. m. . 6''.j m. 17. 6,9 17. 11,9 17. Il, y 17.11,0 17.11,0 6,1 8,0 6,8 1 0,8 '1,3 8,9 0,3 0.3 0,4 8,4 9,« 0,1 1 11,5, 9,5 ",' o,i, 0,4 17- ^7- 17- ^7- ^7- 17. 17. 18. 18. iS. 17. 17- 18. 18. 17- 17. 18. 18. 17.10 17,11,3 17- 9,4 2-7- 9,9 17. -8,1 17- 9,9 6h. m.. . fili.i m. . 6l\ m. . yh. m. . a 6". s. à midi. f.h . m., . 6^^ m., 6l'.im.. 6''. m, , , midi. . . , C^.{va. . 7I1. m.-. . ^^T5. .. i^.{s... 6 ", m. . 7". m , '■■. m. . il' ■: s. . ,hi S. , ^7- 17- iS. ^7- ^7- ^7- ^7- ^7- 17< ^7- ^7- -7- J-V. 17 • i7. 17. 17' 2-7. 18. ^1- ^7 17 ■ 18, 5,> 11,1 0,6 9," 9,4 5,8 «,5 6,1 6,5 9,4 10,9 8,) 11,5 II. 8 11,6 7.1 8,1 11,1 1,6 10,3 9,1 9,6 o>5 A Midi, a 5 6".i m. 3". s... 7 .:jm.. 17- 17- 2-7 . a 3".îS.. . 17, 10,4 8,1 9,' 9,5 17- ^• 18. ^7- 17- '■7- ^7. ^7- 17- ^7- 17- ^7- 18. 18. 13. 17. i?- 18. iS. 2-7- 17- 17- iS. 18. ^7 17 '•7 17 6,1 II, 9 0,6 9,'- 10,4 (i,0 6, y 6,8 6,8 10,6 11,0 8,y 0,1 . 0,1 ■ 7,7 • 9,' . 0,1 ■ 1,0 .10,7 • 9,5 • '0,9 . 0,8 . 0,1 . lo.j •11,3 • 8,4 • 9,7 • 7,8 ■ y.6 RECAPITULATION. Plus grande ciévation du mercure 18.1^01, le I9 . Moindre élévation du mercure '■7.y,o5, 'e i".' Elévation moyenne 17. 8,6j „, , Plus grand degré de chaleur -f- 18,7, le 4 Moindre degré de chaleur + 1,5, le 14 Chaleur moyenne -f- 10,0 Nombre de jours beaux 7 de couverts i y de pluie 17 de vent 17 Nota. 11 faut ajouter | de ligne aux hauteurs du baromètre , pour avoir des hauteurs A L'OBSERVATOIRE NATIONAL DE PARIS, Vendémiaire , an riii. 1 o Kyg. r; a w raiJi. I SI. y 1 77,0 ; 78,0 4 78,0 y 84,0 6 88,0 7 84,8 S 84,0 9 80,0 10 75,0 I I So,o 1 1 84,0 '5 7/« blanclie le matin ; en partie couvert. Beau temps ; brouillard er gelée blanche ; pluie le soir. Beau le m.itin ; pluie abondante le soir. Ciel couvert ; beaucoup d'éclaircis le matin. Temps pluvieux, Crel nuageux ; btouillard le matin et le soir. Pluie par intervalles ; assez forte à 1 1 heures du matin. JÇiel couvert ; for: brouillard le matin. RÉCAPITULATION. de gelée.' i de tonnerre.' .•.'.■.'.".■ i de brouillatd, .,,■.. 6 de neige o Le vent a fojfflé du N c fois N-E o E o SE I S Il S-O 6 7 N-O ; comparables à celles faites avec de bons instrumcns. 2ome"î7rBRÏrNrAÏRTTnTr~ Ddd 382 JOUPvNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE RECHERCHES PHYSIQUES, contenant: !«. Des expériences relatives à la propn galion du son dans di- verses substances , tant solides que lluides ; Î.O, ITn essai d'expériences qui tendent à déterminer la cause d» la résonnance des corps' j - Par L. Pe R K o L I. E , De l' Académie des Sciences de Turin , ancien professeur d' Anatomlc et de Mcdeclne-Fratlque , à Toulouse. Les diservations faites sur le son , considéré dans l'eau (i) , dans un air plus ou moins dense (2) , et dans ditl'orentes substan- ces aéril'onnes (3), ayant augmenté la somme de nos connols- sances , j'ai pensé qu'un moyen certain de les étendre encore , seroit de transmettre à un grand noml^re de corps, de nature différente , les mêmes modifications sonores , et -dç comparer entr'eux les résultats de ces tentatives diverses. Telles sont les vues qui ont dirigé les expériences dont je rendrai compte dans la ^jremière partie de ce Mémoire : on verra dans la seconde partie , l'application de ces tentatives à la reclier- clie de la cause de la. résonnance des corps. PREMIÈRE PARTIE. Les essais que j'ai annoncés , étant fondés sur l'expérience sui- vante , il importe d'en bien saisir toutes les circonstances. (\) f^oyez NoUct, Mém. de l' Acad. des Sciences, ann. \~\'^- (7.) Voyez Miischembrork , n° . 14.42 ; NoUtt , Leç. de Phys. (."i ,p. o^o. (S) Voyez. Priestley , Exp. er Observ. sur différentes branches de la Phys. pare. III , pag. 355 ; mes Expériences Physico-Chiin., etr. , Mem. de l'Acad. des Sciences de Turin, ann. i7.Sfi -87 ; celles de Chladni et de Jacciuiii , Journ. de Phys. Messidor an. 6, etc. E T DIIISTOIP.E NATURELLE. ^83 PREMIÈRE EXPERIENCE. Bouchez les oreilles exactement avec du papier màclié ; sus- f)eiidez une montre à un point fixe ; placez une oreille à deux ignés de distance de la montre , vous n'entendrez pas ses bat- teinens : prenez ensuite un corps solide, tel qu'un petit cylindre de bois d'un pied ou d'un pied et demi de longueur, et d'une ou de deux lignes de diamètre ; niettez-lç en contact par une extrémité avec la montre, et par le bout opposé avec une des nombreuses j)arties de la tête qui propagent le soiips-r le touc/ier(i) ; par exem- ple, avec les parties cartilagineuses de l'oreille, vous entendrez le son Ijeaucoup mieux que si l'oreille n'étant pas bouchée , le corp» sonore étoit placé en l'air à une moindre distance de l'organe. Le son n'ayant pas été entendu à la distance de deux lignes dans la première disposition, et l'ayant été très-fortement à un bien plus grand éloignement dans la deuxième , il est évident que le petit cylindre a propagé le son beaucoup mieux que l'air qui nous cïivironne. En réfléchissant sur cette expérience et sur le résultat qu'elle présente , on verra sans peine que pour connoître la force res- pective de pro]i,tgation des corps solides , il n'y a qu'à se procurer des substances de nature différente , leur donner la même forme et les soumettre à une épreuve semblable ; c'est ce que j'ai exé- cuté de la manière s-uivante : DEUXIÈME EXPÉRIENCE. Je fis construire des petits cylindres de bois secs de sapin , de chêne, de buis , de cerisier , de marronier, et de campêche. Ils avoient tous une ligne de diamètre et un pied de longueur. Les oreilles étant bouchées, je les mis les uns après les autres en con- tact avec la montre et la ]iartie cartilagineuse de l'oreille, comme dans la précédente expérience. Les différens cylindres transmirent très-bien le son : mais son timbre sembla varier toutes les fois qu'un cylindre nouveau fut essayé. L'intensité ne parut jamais exactement la même. Nous n'avons aucun moyen pour déterminer la différence du timbre, (tj Presque toutes les parties de la tète propagent le son par \e toucTier , c'est-à-Jire , lorsqu'elles sont en contact avec le corps sonore. On peut s'ea convaincre en promenant une montre sur la tète, après avoir bien bouché le» oreilles. Voyez ma Diss. Anatomico-Acoiist. de Toulouse , 1783 ; mes Re- cherches sur l'Organe de l^Ouïe et la Prop. des Sons , t. 111 des Mem. de la, fiocitité de Mtdecine., et le Journ. de Vhys. ann. 1783, tome II. I^dd % 584 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE, l'intensité parut être dans l'ordre suivant, en conunençnnt par les cylindres qui semblent propager avec le plus d'activté. - ;/ I". Sapin.' 4°- Clicne. ;-.:''^ 3". Cânipêclie. 5". Cerisier. 3°. Buis. 60. Marronier. TROISIEME EXPÉRIENCE. Voulant étendre mes recherches , je fis construire des cyliiulreg métalliques semblables aux précédents , soumis à la même épreuve ; ils propagèrent en général un peu moins bien que les cylindres de bois. L'es])èce de son , parut aussi diliérer dans les cyliiulres de métal comme dans ceux de bois. Examiné dans les dilïérens métaux , le timbre ne i'ut pas le même et l'intensité parut affecter l'ordre suivant : 1°. Fer. 4°- ^r. 2°. Cuivre. 5". Etain. 3°. Argent. 6°. Plomb. QUATRIÈME EXPÉRIENCE. J'attachai ma montre successivement à des cordons de soie, de laine, de chanvre , de lin , de cheveux , de cordes de boyau qui ■ étoient à-peu-près de même 4iamètre et de la même longueur que les cylindres solides. Une extrémité du cordon fut mise avec la main en contact avec le cartilage de l'oreille inclinée, tandis que la montre pesoit sur le bout opposé du cordon et ne touchoit aucune partie du corps. Les cordons propagèrent avec moins de force que les corps solides, et ils modifièrent le son d'une manière assez marquée; -dans chaque cordon , le timbre parut varier , et l'intensité suivre cet ordre. 1°. Boyau. 5". Chanvre. 2". Cheveux. 6°. Laine. 3°. Lin. 7°. Coton. 40. Soie. Des expériences précédentes il résulte , 1°. que les corps durs et les cordons tendus , transmettent le son beaucoup mieux rpre l'air ; 2.°. que chacun de ces milieux le jiropage d'une manière (pii lui est propre, de telle sorte que l'espèce et l'intensité du son }ie sont pas exactement les mêmes dans les différens corps , autant du moins qu'on peut en juger par des essais qui ne présentent pas toujours des résultats tramchaiits 3 3". qu'en général le bois pro- • ET D'HISTOIRE NATURELLE. 385 |)age très-tjien le son, que les métaux le transirietteiit avec un peu moins d'énergie, et que les cordons tendus occupenile troisième rang dans l'éclielle de la propagation respective. CINQUIÈME EXPÉRIENCE. Ayant résolu de donner plus d'extension à mes rechcrçlies , je fis traverser au son de la montre des morceaux de zinc , d'anti- moine , de verre , de sel gemme , de gypse , d'argille desséchée et de marbre. Comme je ne pus donner à ces différentes subs- tances la même forme, il m'a été impossible de déterminer avec quekjue exactitude leur force respective de propagation; mais j'ai oljservé que tous ces corps ont propagé avec beaucoup ]dus d'activité que l''air(i), et que le son a été modifié d'une ma- nière spéciale par chacun de ces milieux. Le marbre s'est fait remar(|uer par le peu de force avec lecpel il a transmis les mou- yemens sonores. Deux fragmens de cette substance de forme et ■ de volume différent , ont propagé le son d'une manière foible et presque insensible. Tels sont les essais f[ue j'ai entrepris sur les corps solides. Pour acliever de parcourir le cercle que je m'étois tracé, il me rostoit à soumellre des fluides ù. un examen sem- blable. ... J'ai déjà fait connoître mes recherches sur les gaz (2); je ne ' rendrai compte ici que de mes tentatives sur les licpiides. Ce der- nier travail n'ayant pu être exécuté sur le plan adopté jour les solides , voici la route que j'ai suivie. SIXIÈME EXPÉRIENCE. J'attachai ma montre (après en avoir luté les jointures avec de la cire molle ) à un fil de soie ; je la tins suspendue au moyeu d'une tige de fer plantée dans un mur, au milieu d'un bocal de 5 pouces de diamètre sur 7 d'élévation , observant bien que ni le lil ni la montre ne touchassent au vaisseau. J'examinai l'espèce de son que la montre prodviisoit , et la distance à laquelle je ces- . serois de l'entendre , je marquai ce point : bientôt après , je rem- plis le récipient d'eau, et je jilongeai ma montre dans ce litpiide avec les précautions indiquées dans la disposition précédente. (1) Voilà peut-être le moyen d'expliquer pourquoi le bruit du c;inon s'est touvent fait entendre à la distance de 5o à 40 lieues , etc. (2) Voyez Exp. Physico-Chim. , ylcael. des Scii^nces de Turin , ann. 1786 — 87. Mes expériences et celles que Priestley a publiées sur cettt matière, donnent des résultats biendifférens de ceux que CKIadni et Jacquin disent avoir obtenus. Voy. ma lettre à Deluinecherie , Journ, di Vhys. Prair. an^ , p. l^bît. 386 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Le timbre du son fut modifié parl'eau d'une manière frappante ; le son se propagea avec tant de vivacité, que le Local et une petite table de bois qui servoitde support, paroissoient éprouver des ])ercussions directes de la ]Kirt d'un corps dur ; mais ce qui paroîtra bien plus étonnant, c'est qu'au milieu de toutes ces agi- tations , le fluide dans lequel la montre étoit plongée conservoil; une tranqviillité parfaite, aucun mouvement n'agitoit sa surface. Ayant substitué à l'eau différens liquides , j'eus , eu général , des résultats analogues à ceiix que j'avois oljtenus dans l'e.iu } mais chaque milieu modifia différemment le son , dont l'intensité relative a été désignée dans le tableau suivant : *t) Tableau, de l'intensité relative du son , observée dans différens Jluides (i_). 1°. Dans l'air , il cesse de se faire entendre à la distance (de 8 pieds. If. Eau de rivière 20 3°. Huile d'olive i6 4". Huile de térébentliine , . i4 ij". Alcool 12 Je crois devoir noter que ces tentatives ayant été réitérées , j'ai observé ([uclques variétés qui m'ont paru tenir à la dispo- sition de l'organe ou à des bruits accidentels. Il résulte de ces essais que, 1°. comme les solides, les fluides transmettent beaucoup mieux le sou que l'air , qu'il n'y a pas même d'exception ù faire pour les huiles grasses (2.); 2°. Que chaque fluide modifie le son d'une manière particu- lière ; 3°. Les physiciens sont dans l'opinion que le son se propage au moyen <^e certains mouvemens , de certaines ondulations, que la diaphanéité du fluide ambiant nous empêche d'appercevoir. Mes (\) Je n'ai pis tenu coirtpte de l'état de l'atmosphère , parce que ces expé- riences ayant été faites à la même heure, il n'y a qu'à les répéter avec cette Tprécaution , pour que les rapports restent les mêmes. Au surplus , que peut à cet égard un léger changement dans la température , ou dans In pesanteur de l'air ? Si je n'ai pas déterminé la pesanteur spécifique des liquides soumis à l'expérience , et notamment celle de l'alcool , la raison ^n est que je me suis assuré qu'une différence assez marquée d. concentration ne cliangeoit pas sen- siblement les résultats. (a) Mortrof. Stent. pag. iq4i avoit avancé que les huiles grasses ne sont pas propres à la transmission des mouvemens sonores. ET D'HISTOIRE NATURELLE. 38/ .tentatives faites sur des fluides qui n'échappent ])as à la vue , et dans lesquels on n'apperçoit aucun mouvement , malgré que la propagation du son s'y elFectue d'une manière très-efncace , au- torisent ])lnsque des doutes à cet égird ; 4°. Enfin , des expériences faites sur les solides , les fluides, et de celles (ju'on a publiées snr les gaz, on pourroit conclure avec Traisenihlance , que tous les milieux opèrent des modifications particulières relativement au timbre et à la force du son', ou au- trement , que le même son varie toutes les fois qu'il parcourt un milieu différent. DEUXIÈME PARTIE. Il n'est personne qui n'ait observé que si l'on place une montre sur Tin sujiport de bois , le son en est fortifié d'une manière très- inarcjuée. On sait aussi la différence qu'il y a entre le son que donne un instrument de fer ccroui , connu sous le nom de dia- pason , lorsqu'il exerce ses vibrations sans être en contact avec un corps solide, et celid qvi'il produit, lorscjue , mis en niouvement , son manche est appliqué sur un corps ligneux d'une grande surface. Les expériences dont j'ai rendu compte dans la première partie de ce Mémoire , m'ayant fait présumer que l'augmentation de force et d'harmonie étoit due , dans ces conjonctures , à la pro- priété qu'a le bois de mieux ]5ro])ager le son que l'air , et de modifier son timbre , je résolus d'exposer ma conjecture au creuset de l'expérience. La différence <[ue j'avois observée entre le bois et le marbre , relativement à la force propagative , me fournit le moyen de jetter quehpie jour sur cette question importante. En effet, si les modifications qu'éprouvent les sons du diapason et de la montre , lorsqu'on applique ces instrumens sur une table de bois , sont dues à la manière énergique dont le bois transmet les mouve- mens sonores , le son de ces instrumens, appliqués sur une table de marbre, ne devra point être fortifié , ou ne sera augmenté que d'une manière peu marquée. C'est sur ces considérations que j'entrepris l'expérience sui- ■yante : PREMIÈRE EXPÉRIENCE. J'appliquai sur une table de bois un diapason sonnant: lorsqiie ses vibrations furent éteintes, je mis ma montre à sa place ; le son fut fortifié dans l'un et l'autre essai d'une manière propor- 388 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE tionnée à l'activité de chaque instrument. Je fis ensuite ôter le dessus do la table , et j'en substituai un de marbre qui avoit la même étendue et l-i même épaisseur. Le son du diapason fut J'ortiiié , mais jjeaucoup moins ([ue lorsqu'il avoit été appliqué sur le suiiport de bois. Le son delà montre n'éprouva aucune augmen- tation de lorce bien sensible ; je ne l'entendis gnère mieux que lorsqu'elle étoit placée en l'air et à la môme distance de l'organe. Quoique cette expérience fournît un appui solide à mon ap- perçu , je résolus néannu>ins de la soumettre à une nouvelle épreuve , que je dirigeai d'après le raisojniement suivant : Si la différente résonnance des cor])s tient à la variété de la force propa^ative , il s'ensuit que dans l'expérience précédente , la table de îjois doit transmettre très-bien le son, tandis que celle de marbre le pro]iagera foiblement. Voici par quel moyeu je cherchai à découvrir ce qui se passoît dans ces circor(stances, . . DEUXIÈME EXPÉRIEISrCE. Je mis ma montre sur la table de bois , et je boucliai mes oreilles avec du papier mâché. Je plaçai une oreille à quelques lignes de la table , je n'entendis pas les battemens de la montre ; alors je mis mon oreille en contact avec un des petits cylindres de Ijois dont je m'étois servi dans les expériences rapportées dans la première partie de ce Mémoire ; j'applicjuai le bout opposé du cylindre sur la table. Le son de la montre frapjia tout de suite mon oreille avec force : je fis ]iarcourir tous les ]ioints de la table , sans excepter les pieds, à l'extrémité du cylindre la plus éloionée de l'oreille , j'entendis toujours la montre il'une manière très-distincte. Je fis le même essai, en sidjstituant le dessus de la table de marijre à celui de bois. Les battemens de la montre ne se firent entendre f|ue d'une manière ]>eu marquée, et seulement lorsque le cylindre ne portoit pas sur un point éloigné du corps sonore. Dans cette expériejice , je ne fis point usage du diapason, parce que , quelque précaution que l'on prenne pour bien bou- cher les oreilles , on ne cesse jamais d'entendre le son qu'il produit. Pour donner à mon hypothèse toute la consistance dont elle étoit susceptible , il me rcstoit à me jirocurcr des tables sembla- bles , faites avec les diverses substances dures que j 'a vois essayées sous la forme cylindrique , et à examiner si la résonnance sui- vroit les rapports de la force de propagation. Les difficultés que j'éprouvai pour l'exécution de mon plan , ine déterminèrent àmo cojitenter ET D'HISTOIRE NATURELLE. SSg • contenter d'éclaircir si , comme la l'orce propagatlye , la résoa- jiance varieroit dans les dilïerens corps. TROISIÈME EXPÉRIENCE. Je mis d'abord le diapason , ensuite la montre , sur des assiettes de fayence , de porcelaine , sur des lames de verre , des plaques de cuivre et de fer-blanc isolées : le son lut fortifié j^ar tous ces corps , et le tiihbre ne parut jamais le même. Les expériences dont je viens de rendre compte , me portèrent â examiner les effets des instrumens de musique sur les mêmes sons. QUATRIÈME EXPÉRIENCE. Des basses , des violons , des mandolines , des guitarres , des clavecins et des cors-de-cliasse , ayant été soumis à l'essai précé- dent , les deux sons éprouvèrent une augmentation de force ; leur timbre fiit modifié par chaque instrument ; ils parurent acquérir plus d'intensité et d'harmonie qu'au moyen des corps précédemment essayés : l'intensité sembla être en raison du volume de l'instrument. Il résulte de ces exjiériences , 1°. Que tous les corps essayés qui présentent des grandes sur- faces , fortifient les sons foibles des corps sonores , avec lesquels ils sont en contact , et qu'ils en modifient le timl^re ; 2°. Que ces effets sont dûs à ce que les corps solides transmet- tent mieux le son que l'air , et à ce que chaque corps le propage d'une manière s])éciale ; 30. Que c'est en grande partie à ces causes que la résonnance des instrumens de musique doit être attribuée (1). 4°. Les tentatives faites sur les instrumens de musique , nous autorisent à présumer que le volume des corps influe sur leur résonnance. 5". Maupertuis (2) a cru que la résonnance étoit due à ce qu'un (i] Si un instrument produit sur le son un effet plus marqué qu'une planclie jde la luème étendue , on en voit fcicileinent la cause. A raison de ses surfaces intérieures , l'instrument communique par tous les points , et en même temps les mêmes impressions , à une masse dair circonscrite. On trouvera dans la différence des substances employées à la construction des différentes esjiéces d'instrumens et dans la variété de leurs formes , des raisons très-probables de la différence du timbre. (z) Mém. rie l'Actiil. des Sciences , ann. 1724- Tome ri. BRUMAIRE an ^. E e e 390 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE instrument de musique étant vm composé de libres de toutes les lonsueurs possibles , chaque son met en mouvement celles qui sont en consonnance et dans un certain rapport avec lui, tandis que les autres libres restent immobiles (i). L'expérience a*". , par laquelle on A^oit qu'il n'y a aucune partie du corps résonnant tpii ne transmette le son , ne permet pas de s'attacher à l'idée ingénieuse de cet auteur célèbre. 60. Le marbre , suffoquant en quelque sorte le son, est envers les corps solides ce que l'hydrogène ou l'air inllammable est ])armi les lluides (2). Il ne doit pas être employé dans la cons- truction des églises , des salles de spectacle, de concert et de tous les lieux qu'on veut rendre résonnans. Voilà les principaux résultats qu'offrent des expériences dont l'ensemljle m'a occupé pendant un nomlire d'années assez consi- dérable (3). Malgi'é que je n'aie pu leur donner encore le déve- loppement dont elles sont susceptibles , je n'aurai cependant pas le regret d'avoir pris des soins inutiles , si les physiciens jugent que mes travaux ajoutent quelques faits nouveaux à la somme des découvertes dont ils ne cessent d'enrichir les sciences naturelles. (i) Maiipertuis ne s'est occupé , dans ce Mémoire , que des instruraens i coïde. (2) Dans l'hydrogène , le son perd presque toute sa force et son agrément. yoyez les expériences de Priestley et les miennes. (3) Il est presque inutile d'observer cpi'une grande exactitude est impossible dans des expériences de la nature de celles-ci. Pour pouvoir arriver à une pré-- cision mathématique , il faudroit que des bruits accidentels ne pussent jamais troubler l'observateur ; que son organe eût toujours la même activlié , et que dans tous les individus la sensibilité fût la même. Comment réunir descondi.- »ioa5 qui ne se rencontrent pas même isolées ? ET D'HIS TOIRE NATURELLE. Sçl DESCRIPTION D'UN SOUCI INEDIT; Par le citoyen W i l l e im e t , Frqfcsseur d'histoire naturelle de l'école centrale du départe- ment de la Meurthe , directeur du jardin national des plantes , à Nancy. SOUCI ÉTOILE. Calendula stellata. Oouci à fructification étoilée ; senience en forme de nacelle, recourliées , niuiiqiiées. Sa racine est annuelle , brune , fibreuse. Sa tige est haute d'en- viron un mètre, très-branchue , diffuse, cylindrique, grêle, courliée , tombante , légèrement pileuse ; ses feuilles sont alternes., sèssiles , semlamplexicaules , ovales , veinées : les inférieures spatulées ; les supérieures lancéolées, comme ciliées à leur bord. La corolle jaune composée de vingt pétales dans les plus grandes fleurs , et de onze seulement dans les plus petites 5 chaque pétale est un peu poileux à sa base , à son insertion sur le bord du réceptacle , et offre trois dents à sa partie supérieure terminale. Le centre de la fleur contienr une foule d'anthères d'un pourpre foncé. Le calice est composé de vingt segmens aigus sur un seul rang poileux. La transition de sa fleur forme une fructification dontforgaiiisation est tout-à-fait singuhère ; 5 segmens du calice agréablement déchiciuetés , réunis avec les parties bisexuelles , présentent un péricarpe étoile qui renferme plusieurs semences recourbées, muriquéesj celle du centre forme une espèce de rosette. La semence de cette plante m'a été envoyée l'an 6 , du grand jardin botanique de Coper.hague. Je l'ai semée le 8 floréal xle la même année , sur couche chaude ; huit jours après elle s'est montrée ; en messidor ses semences étoient déjà en parfaite ma- turité ; celles que je n'ai pas recueillies ont levé spontanément ; j'en ai fait mettre en pot pour passer Fhiver dans la serre-oran- gerie ; elles ont été bien conservées ; après avoir résisté l'hiver, ce souci a fleuri dès le commencement du mois de lloréal. Je ne connois pas sa patrie ; ce que j'en sais, c'est qu'il est fa- cile à cultiver , qu'il est annuel , (pie nos botanistes les plus mo- dernes ne l'ont point décrit : je trouve seulement que Ernest E e e 3 393 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE Adolphe llaonscliel, botaniste nomenclateur allemand, le dësmne sous le nom de calcndula stellata, parce que son fruit ressemble' à une étoile Cette plante peut être employé en médecine comme les autres soucis ; étant céplialique , antispasmodique , emménagogue , apéritif", résoluùf. J'ai encore reçu depuis quelques années le calendula gibrat- taria et le calendula fonkhalïaria ; si cette description intéresse les botanistes , je me ferai volontiers un devoir de décrire ces deux nouvelles espèces inédites. Calendula , parce que plusieurs espèces de ce genre , fleurissent à toutes les calendes, qui étoit le premier jour de chaque mois cliei!; les Romains. La fieiir du souci étoile, peut figurer avec 'éclat dans l'horloge de Flore , car elle se referme vers le soir. EXPERIENCES RELATIVES A LA CIRCULATION DE LA SEVE DANS LES ARBRES; Par Coulomb. V ERS la fin de germinal de l'an 4> j'ai fait abattre plusieurs grands- peupliers d'Italie ; la sève avoit déjà commencé à monter , et les arbres ctoicnt couverts de feuilles naissantes. En suivant le travail des ouvriers , je m'ajjperçus qu'un de ces arbres , qui étoit coupé jusqu'à quelques lignes de distance de l'axe de l'arbre , rendoit à la coupure un bruit pareil à celui qui produit de l'air , lorsqu'il sort en abondance et par petits globules de la surface d'un iluide. En continuant de faire abattre plusieurs arbres de la même esjièce , j'observai que ce bruit ainsi ([ue l'écoulement d'une eau très-limpide et sans saveur , n'avoit lieu (|ue lorstpie les arbres étoient presqu''à moitié coupés. Je fis ensuite entailler quelques arbres circulairement j en sorte qu'ils ne tenoient que par un cy- lindre de 3o à 4° millimètres de diamètre placé à l'axe des arbres. Ces arbres en tombant restoient souvent unis à cet axe , par des fibres en partie rompues , et pour lors on voyoit sortir en grande abondance des bulles d'air , dont le volume étoit sans nulle proportion beaucoup plus considérable que celui de l'écoulemenk ET D'HISTOIRE NATURELLE. ôgo Métrologie terrestre , ou Table des nouveaux Poids , Me- sures et Monnaies de France ; les rapports qu'ils ont avec lt;s poids, mesures et monnoies les plus conjiues de l'Europe , i ET D'HISTOIRE NATURELLE, SçS et cCiix-ci réciproquement comparés avec eux et avec ceux de Paris; les dimensions, et autres renseignemens sur la fabrication, et le commerce des nouveaux poids et mesures de la Ré]iublique Française, les changes des principales jilaces de l'Europe, et l'arithmétique linéaire , avec un tableau ou échelle graphique, et les moyens f[ui en facilitent la pratique ; par L.-E.-Pouchet, membre du conseil des arts et manufactures. Nouvelle édition considérablement augmentée, sur-tout quant aux principes du calcul décimal comparé au calcul ordinaire, et terminé par l'an- nonce des principales foires de l'Europe. A Rouen , de l'im- primerie de V". Guilbert et Herment, rue Nationale, empla- cement des Cordeliers, I vol. in-8. Chez l'auteur, et chez Giiédra, marchand d'estampes sur le pont, n». 62. A Paris, chez Dupont Imprimeur-Libraire , rue de la Loi, u"*. 1231. A Livourne , chez Masi et compagnie. A Gènes, chez Yves-Gravier et com- pagnie. A Turin, chez les frères Reycends. A Naples , chez Joseph Polycarpe Meyende, 1 vol. iu-8. Le titre seul de cet ouvrage fait voir son utilité pour toutes sortes de personnes , mais principalement pour les négocians. Tableau réunissant les propriétés physiques et chimiques des corps , disposées méthodiquement , destiné à l'exécution de la loi sur les écoles centrales; par J.-B. Bouillon-Lagrange , pro- fesseur de physique et auteur du Manuel d'un cours de chi- mie , 1 vol. in-c3.. A Paris, chez Bernard , libraire pour les mathématiques, sciences et arts, quai des Augustins , n". 07 , une iéuille in-J'ol. 5o centimes pour Paris. E K K A T jt au dernier Cahier. Page 3-59 , ligne 38. Dictionnaire de Morale j lisez Dictionnaire? d'Economie Rurale. 396 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE, etc. T A. B L E DES ARTICXISS CONTENUS DANS CE CAHIER. ^'lÉ MOIRE sur une vis pétrifiée du mont Saléve , etc , par G. -A. Deluc. Page 817 SciPioti-E Breisl^ck , Topographia Physica , etc. , c'est-à- dire, Topographie Physique de la Campanle , par Scinoa Bb-eislack. 326' J\Témoire sur la manière dont se fait la nutrition dans les in- sectes , par CuviER. 33 1 Sur l'action chimique des dijférens mdtaux entr'eux ,etc. , par Fabroni. 348 Neuvième Mémoire sur les conferves , etc. , par Seneeier. 357 Description d'une pierre appelée Sibérite , par Lehmina. àj^ Observations météorologiques , faites à l' Observatoire national , par Bouvard , vendémiaire an VIII. 080, 38i Recherches Physiques contenant des expériences relatives à la propagation du son, etc. , par L. Perroei,e. 382 Description d'un souci inédit , par Willemet. 891 Expériences relatives à la circulation, de la sève dans les ar- or^j ,/?«/■ Coulomb. 892 Nouvelles littéraires. 894 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ET D'HISTOIRE NATURELLE. FRIMAIRE an 8. MEMOIRE SUR LA MATIÈRE DU SON; Par L A M A R c i. Lu à l'Institut national, le \6 brumaire an VIII, et le 26 du même mois. JL E choc des corps , opéré à certaine distance de nous , produit' Bur l'organe de notre ouïe une sensation connue de tout le monde , sous le nom de bruit ou de son ( 1 ). Il n'est pas douteux que cette sensation ne soit le résultat de l'ébranlement ou de la yi- bration d'une matière fluide , interposée entre le corps choqué et notre organe ; matière que son extrême transparence ne noui permet pas d'appercevoir. Quelque familière que nous soit cette sensation du son ou du liruit , il me semijle que la matière qui la cause en affectant notre organe auditif, ne nous est pas encore bien connue. Peut-être paroîtra-t-il d'abord assez indifférent à quelques per- (i) Le son , proprement dit , résulte du choc des corps élastiques : il est dà à une série de vibrations régulières et décroissantes de ces corps ou de leurs parties ; vibrations qui opèrent dans le fluide subtil , qui est la matière proprs de ce son , une série de vibrations analogues. Le bruit , au contraire , résulte du clioc des corps non élastiques : il est la produit d'un ou de plusieurs chocs qui ne se répètent point par vibrations. Ce n'est en quelque sorte qu'un son simple. ï^ow^r/. FRIMAIRE e« 8,, Fff S98 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE sonnes de savoir quelle est réellement cette matière ; car il y a pen d'apparence, diront-elles, que plus de connoissances à cet égard nous soit de grande utili-té. Pour moi, je pense , au contraire , qu'il importe beaucoup pour l'avancement de nos connoissances en physique , de déterminer positivement quelle est la matière in- visible qiii occasionne en nous la sensation du bruit ou du son j parce (|ue des recherelies à cet égard , peuvent n'ons mettre dans le cas de découvrir quelque lluide particulier , qui quoiqu'échap- pant à plusieurs de itos sens par sa ténuité et son extrême trans- parence , peut être néanmoins assez actif et assez puissant, pour influer .considérablement sur la plupart des faits pliysitpies que lions observons , et peut-être encore sur des faits relatifs à l'or- ganisation des êtres vivans, qu'il nous est si important de bien connoître. Le fluide invisii.ilc qui est pour nous la matière propre du son et du bruit, se trouvant nécessairement interposé entre les corps choqués et notre organe auditif, doit être un fluide qui nous en- vironne partout, dans lequel par-conséquent nous nous trouvons sans cesse plongés; en un liiot, il doit constituer le milieu invi- sible dans lequel nous vivons , ou aix moins en faire partie. Quoique l'air commun , que je novame gm atmosphérique (1) , soit un fluide absolument invisible , ce fluide dans lequel nous soinmes continuellement plongés, est sans doute de tout temps parvenu à notre connoissance ; parce que dans ses déplacemens ni se rend sensible à noiis eu affectant l'organe du toucher , en nous poussant niênie avec force, et ensuite parce qii 'étant d'une certaine grossièreté dans ses parties , nous avons la facilité de l'enfermer dans des vaisseaux', de l'y retenir à notre gré, d'en taire 1 examen , etc. , etc. ' • Il étoit donc' naturel de penser qu'un fliiide dans lequel nous ( I j J'ai donné à l'air coiumun , dans lequel nous vivons , le nom de gaz fitinosphériqxiB , parce que , coiiiine je le ferai voir ailleurs , c'est un composé gazeux , résultant de la combinaison de l'air élémentaire avec les principes d'une grande partie des vapeurs qui. émanent et s'exhalent de toutes parts de la surface du globe , et qui s'élèvent et se répandent dans le sein de l'atmos- phère ,011 elles s'y détruisent. Ces v,1penrs , qui ne peuvent ainsi s'élever dans l'atmosphère que jusfju'à une hauteur limitée , y donnent lieu à la formation et à l'entretien continuel d'une conrJbinaison particulière et gazeuse, dans la- quelle l'air éléjnentaire ( Xoxigène des chimistes) , paroit entrer au moins pour un quart , et qui constitue ce ttaide invisible , connu sous le nom iCair coiu- miiri. Il remplit seulement la région' inférieure de l'atmosphère , que je nomme Adgiori des vapeurs. ET D'HISTOIRE NATURELLE. , S?? sommes sans cesse plongés, qui se trouyç. par cpiiséquent inter- posé entre tous les corps et nous, que nous connoissons en quel- (jue sorte de toiit temps, qui nous semble d'ailleurs jouir d'un ressort considéraljle , devoit être la matière inème qui nous affecte dans la sensation du son ou du bruit. Il étoit raisonnable de croire que c'étoit ce même fluide qui, dans le choc des corps , re- cevoit un ébi'anlement ou des vibrations dans un de<^ré de force proportionné , et propageoit cet ébranlement ou ces Yibi-atioi}.6 jus- qu'à notre ouïe. C'est en effet ce qu'on a pensé jusqu'à présent , et c'est sans doute ce qu'il faudroit continuer de croire , si l'observation des faits ne nous ajiprenoit d'une manière convaincante , que le fluide , quel "qu'il soit , qui a la faculté de nous transmettre le bruit ou le son , a aussi celle de le transmettre à travers des milieux et des corps que l'air commun ne sauroit traverser. Nous allons A'oir que la matière fluide qui forme le bruit ou le son , a la faculté de propager à travers différens milieux , et sur-tout à travers des milieux solides , les ébranlemens ou les vi- brations qu'elle peut recevoir du choc des corps, et qu'en con- séquence , il est nécessaire que sa ténuité ou son extrême rarité la mette dans le cas de traverser facilement ces différens milieux. Or , on sait que l'air commun ne sauroit traverser une vessie d& porc lorsqu'on l'y enferme , et qu'on peut le retenir à son gré dans toutes sortes de vaisseaux ; il n'a donc point les propriétés dont jouit évidemment la matière propre du son. Lorsqu'arriva l'affreux accident qii'éprouva la' poudrerie établie dans la plaine de Grenelle, près Paris (le 14 fructidor an 2), je distinguai très-bien la commotion qui éljranloit tout , et qui causa tant de dommages dans les matières fragiles , du bruit ou cra- quement remarquable qui lui succéda , et qui parvint à mon oreille à travers l'air commun. Je m'apperçus clairement que le fluide (|ui causa la commotion que je ressentis dans le lieu ou je me trouvois , arrivoit à moi à travers la masse du sol, me péné- troit et occasionnoit en moi unesentation sourde et particulière , très-distincte de celle que le bruit qui se propageoit à travers l'air vint opérer sur mon ouïe. Je fus convaincu ciue l'air comnran étoit incapable de produire de semblables effets ; car quelles que soient les ondulations ou les vibrations qu'on poiirroit sup- ])oser s'être alors formées dans sa masse, elles ne pourroient s'être ju'opagécs à travers le sol à la distance d'environ 5 kilomètres (plus d'une lieue) , où je me trouvois , avec la célérité et la force que je remarquai dans cette circonstance. J'eus donc occasion de me Fffa '4o* JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE convaincre que la commotion ( i ) que j'éprouvai à cette grande distance étoit due singulièrement à l'agitation violente d'un fluide suljtil et élastique qui avoit la faculté de traverser la masse du sol sans résistance , ou plutôt ([ui s'y trouvant répandu, y pro- pflgeoit les ébranlemens violens qui venoient de lui être commu- niqués. La matière qui occasionna la commotion dont il s'agit , pro- duisit les plus grands eiféts sur les corps denses , et ne fit point osciller le feuiîlnge des arbres; ce que j'observai étant à ma l'o- nêtre , et faisant face au lieu ou s'opéroit cette terrible déton- liation. Une porte de communication de ma chambre à une pièce voisine s'ouvrit , et les jilus légers ébranlemens ne se firent point remarquer dans les rideaux. Le i'.lton d'un crochet de fer qui te- inoit une atifre porte fermée , s'arracha , pendant que dans le même lieii le calme de l'air se faisoit ressentir par le repos des corps légers. J'appris le lendemain que dans une maison fort élevée qu'occupoit alors le citoyen Crapelet , imprimeur ( rue des Carmes ) , la commotion s'etoit si lortement l'ait ressentir dans le bas, avi rez-de-chaussée de cette maison , que les ouvriers y avoient été effrayés de l'ébranlement qu'ils reinarquoient dans les meubles de leur atelier; tandis que le citoyen Crapelet qui se trouvoit alors au 4'- étage de la même maison, n'avoit point res- senti de commotion , mais avoit seulement entendu par la fenêtre le bruit que l'explosion avoit occasionné. Les grandes agitations de l'air par déplacemens , comme les vents tîempêteux , peuvent causer le renversement des édifices , ( ij La commbtion que je ressentis à une aussi grande distance du lieu de Bon origine , n'étoit pas , comme on pourroit le croire, le résultat d'une com- pression successive des parties du sol comprises entre le lieu où j'étois , et celui oii se faisoit l'explosion. Car on sait que l'effet de la compression est non-seu- lement proportionnel au degré de force avec lequel agit le corps comprimant , mais aussi au degré de compressibilité du corps comprimé ; ensorte qu'une masse sera d'autant plus comprimée par la force comprimante , que ses parties seront moins dures et plus susceptibles décéder à la compression. Ce n'est as- surément pas la masse terreuse et pierreuse qui constitue le sol qui a subi la eonimotion dont il s'agit , et que comparativement au fluide subtil qui lapénè- ti'e , on jugera très-susceptible de céder a la compression. Tandis qu'un fluide subtil, éminemment élastique par sa nature, répandu dans toutes les parties du globe et dans toutes les masses qui le constituent , recevant tout-à-coup , par l'explosion en question , une ccnnpression énorme «t subite , a dû communiquer , de proche en proche , à ses parties voisines , la compression qu'il venoit de recevoir , et par suite de son ressort , s'efforcer de se rétablir par-tout dans son premier état j ce qui a produit la commotion et ks accidens oLs«rvag- A'^A) , ne pouvoient pas communiquer leur mouvement à l'air extérieur, puisque le premier se trouvoit séparé de celui-ci, d'abord par le verre du récipient, que l'air c|ui y étoit eniunné ne sauroit traverser, et ensuite par l'eau qui eiitouroit de tous côtés ce récipient , autre milieu qu'il falloit encore traverser pour arriver à l'air extérieur avec ses mouvemens de viljrations. Si, dans le vide, le son paroît alfoibli et presque nul, cela n'arrive pas ainsi , parce que la matière propre du son y manque ou s'y trouve trop raréliée , ce qu'on a cru jusqu'à présent; mais c'est que cette matière du son n'y trouve point de milieu propre à aider la propagation de ses ébranleraens , en servant d'appui à ses répercussions multipliées. L'effet de l'élasticité du fluide subtil qui, par ses ébranlemens, forme le bruit ou le son , va en augmentant à mesure que ce fluide ébranlé traverse des milieux plus denses , parce que ces milieux lui donnent latéralement des points d'appui et de réper- cussion d'autant plus solides. Or , il est évident que ce même eifet doit diminuer proportionnellement lorsque le fluide élasti- que, qui forme le bruit ou le son , ne traverse que des milieux luous et rares, et qu'il doit presqu'entièrement s'anéantir , lors- que ce même fluide , mû par des chocs ou des vibrations de corps sonores, se trouve isolé ou dans le vide. ( Mém. n°. iSj). Si le principe que j'ai établi plus haut est fondé, savoir , que le son ou le bruit se propage avec une intensité et une force qui est en raison directe des chocs ou des vibrations des corps , et à- la-fois de la densité des milieux à travers lesquels la matière qui le forme propage ses ébranlemens , on ne sera plus étonné de remarquer , 1». Que dans le vide , l'tffet des ébranlemens de la matière du bruit ou du son soit presque anéanti ; aP. Que dans l'air , le même effet soit alors perceptible , mais avec une certaine lenteur et foiljlesse ; 4°4 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE 3°. Que dans l'eau , le même efï'et soit beaucoup plus fort et se prolonge ou s'étende plus loin ; 4". Enfin , qu'à travers la terre même et différens corps solides, le même effet s'étende encore plus loin , et ait plus de force el plus d'intensité. Aiaisi , l'on ne doit plus être surpris, si, en se couchant sur la terre , on peut entendre le canon d'un siège , à la distance d'en- viron lo myriamètres (plus de 20 lieues), tandis qu'on cesse aussitôt de l'entendre , si on se lève pour écouter dans l'air. On, entendoit à Monaco , en se couchant sur la terre , le canon des vaisseaux de Toulon , tirant , suivant la coutume, à 10 heures , le jour du samedi de Pâques. La distance de Toulon a Monaco est cependant de 12 ou i3 myriamètres au moins ( plus do 2.5 lieues ). C'est la même cause qui fait qu'on entend , ;\ l'extrémité d'une grosse et longue poutre , les coujjs que l'on frappe avec la tête d'une épingle à l'autre extrémité ; tandis que ce léger bruit n^ sauroit être entendu à travers l'air à la distance d'un mètre. Si l'on passe un bout de corde dans le sommet d'une pincetta de cheminée (de celles qui ne sont pas à charnière), et qu'on porte à ses oi'eilles les bouts de cette corde , en faisant balancer et frapper contre quelqvie corps solide la pincette ainsi suspendue ; ou entend aussitôt un Ijruit et un bourdonnement considérable , qui cessent dès que l'on éloigne des oreilles les bouts de la corde , et qui recommencent dès qu'on les en rapproche. Les enfans s'en font un jeu qui les amuse , parce qu'ils aiment le bruit. Mais le physicien pour qui aucun fait n'est indifférent, remarque ici que la matière du son mue par le choc et les frémissemens de la pincette , propage avec plus de force ses ébranleniens à travers la corde , dans le sens de sa longueur , qu'à travers l'air commun. Il paroît que le son ou le bruit éprouve de la difficulté à se transmettre d'un milieu dans un autre , lorsque la différence des densités est considérable , à moins que l'un des deux milieux n'ait peu d'épaisseur. Cela est cause qu'il est aisément réiléchi par les corps dvirs, lorsque la matière élastique et subtile qui le forme, propage ses ébranlemens à travers un milieu rare et vient à ren- contrer ces corps. En effet , quoique cette matière du son soit elle-même très-pénétrante , on sent c|ue l'extrême promptitude , et même que la nature de ses ébranlemens la mettent plutôt dans le cas d'être repercutée ou réfléchie dans cette circonstance, que de se répandre avec la conservation de ses mouveniens d'un mi- lieu rare dans un autre beaucoup plus dense. L'observation des laits me paroît coiiiirmer complètement cette idée. Véch& ET D'HISTOIRE NATURELLE. 4^5 IJécho n'est pas seulement le résultat d'une réflexion parfaite du son, comme Bnilbn l'a pensé {■vol. "b. p. 042) : mais il est dl\ à une réunion , dans un point central, de réflexions ou reper- cussions diverses de la matière ébranlée qui le forme. Aussi Vécho se trouve-t-11 en un point fiui peut être regardé comme le foyer où se réunissent les réflexions ou les répercussions diverses de la matière du son. En deçà et au-delà de ce point, Yécho n'a plus lieu. Si vous êtes placé en face d'une muraille en ligne droite , à une distance qiielconrjue , le bruit que vous ferez ne se répétera pas en écho à vosr oreilles ; parce que les répercussions de la ma- tière du son , ébranlée par vous , ne se réuniront pas en un foyer. Mais si la muraille étoit disposée en ligne courbe , il se trouveroit un point d'où le bruit formé pourroit se répéter en écho. On sait qu'au milieu d'une caverne, que sous la voûte d'un bâtiment, rpi'entre les rochers d'une montagne, et qu'entre les arbres d'une forêt , le bruit ou le son y forment ordinairement des échos remarf|uai5les ; or la disposition de ses corps durs , c'est- à-dire celle des parois de la caverne et de la voûte, celle des rochers et des arbres que je viens de citer, les met dans le cas de réfléchir diversement la matière ébranlée qui produit le son ou le bruit ; et c'est dans les points où un certain nombre de ces réflexions se réunissent et se croisent , que se rencontre les échffs que l'on y observe. Hors des foyers dont je viens de parler, les lieux où s'opèrent beaucoup de réflexions de la matière du son , ébranlée par le choc ou la vibration de quelques corps, résonnent considérable- ment , et souvent même d'une manière incommode ; mais il n'y a point à'écho. La multitude de réflexions que la matière du son , en propa- geant ses ébranlemens , peut subir et recevoir de la disposition circulaire ou concave des corjis durs , augmente projDOrlionnelle- ment la force du son au lieu de l'aflbiblir , si cette disposition se trouve répétée et multipliée. Cette même disposition , ainsi répétée, multiplie en effet , pour la matière du son mise en mouvement, les réllexionset lenombre de leurs foyers ; et elle fait que les canaux conirpies , tortueux , ou en volute , qui ne sont autre chose que des séries de cavités confondues , croissantes ou décroissantes , présentent la circons- tance la plus favorable à la propagation du son , et même au maintien ou à l'accroissement de son intensité. De-là on peut concevoir pourquoi la nature a donné aux ani- maux qui vivent dans l'air , un ajjpareil tel à l'organe de leur Tome ri. FRIMAIRE an 8. G ge 4^6 JOURNj^L DE PHYSIQUE, DE CHIMIE ouïe ; que la matière du son , avant d'arriver à leur nerf auditif , trouve dans la l'orme de leur conduit auditif externe , lequel souvt nt est atigmeuté d'un pavillon qu'on nomme oreille exté- rieure , et trouve ensuite dans celle de leur conduit auditil'interne , qu'on nomme labyrinthe , l'occasion d'accroître la force de ses ébranlemens par des réflexions ou répercussions nombreuses , qui se multiplicutavec le rétrécissement des canaux qui reçoivent cette matière. Ce que nous venons de remarquer ici en grand , sur le pouvoir des répercussions de la matière du son dans ses ébranlemens , et sur les effets de la multiplication de ces répercussions , nous in- dique assez maintenant pourquoi la matière du son propage avec plus de facilité ses ébranlemens à travers des milieux denses et même solides, qu'à travers ceux qui sont mous et rares. La réunion de ces faits et de toutes les observations que je viens de présenter , prouve que l'air commun , qui est un fluide gazeux, erossier , mou , incapable de pénétrer la substance ou les masses d'un grand nombre de corps, ne peut être lui-même la matière qui forme et propage le bruit ou le son. Cette réunion de faits ]irouve ensiiite', qu'outre l'air commun qui nous environne , il existe dans sa masse et dans celle de tous les cor]is un autre lluiile invisible , singulièrement élastique , très-siiblii , d'une rarité extrême ; présent tlans toutes les parties de notre globe , et parconséquent dans son atmosphère , jttsc[u'à nne hauteurque je crois limitée. Elle prouve , enfin , tpie ce fluide subtil qui, sans doute , est la cause de la force du ressort que nous observons dans l'air commun , est susceptible d'être mû par le choc et les viljrations des corps , et qu'il propage ses ébranle- mens à travers différens milieux, avec une facilité et une inten- sité d'autant plus grandes , fpie ces milieux ont plus de densité. li'air commun n'est donc à la matière du son , qui propage à Travers sa masse les ébranlemens ou les frémisscmens qu'elle reçoit du coryis sonore vibrant , qu'un milieu (|ui facilite le main- tien des fréuiissemens de cette matière subtile. Peut-être que l'air lui-même , qui est par-tout pénétré ou rempli du fluide subtil , dont il est question , et cpii en reçoit la très-grande partie de son ressort, participe aussi du même frémissement ? Cela est très- possible. Mais le composé gazeux qu'on nomme air commun , est trop grossier , trop mou , et sur-tout trop peu pénétrant , jiour propager ses frémissemens à travers des milieux plus denses que lui. C'est je crois ce qu'on ne sauroit contester; tandis que les faits déjà cités suffisent pour nous convaincre ([ue la matière qui propage le son jouit pltinement de cette faculté. ET D'HI STOI RE NATU R EL LE. 4°7 Ainsi, l'air n'a point par lui-même le ressort dont il paroît jouir ; ce fluide composé , grossier, malgré son extrême transpa- rence, est incapable d'avoir, par sa propre nature, un pareil ressort. Tl doit donc celui cpi'on lui observe au fluide subtil dont il se trouve ])énétré ; fluide qui paroit être aussi la source du ressort de tovis les autres fluides élastiques , et qui met l'air lui- même dans le cas d'étendre , avec une vitesse égale à celle de la propagation du son , les vibrations ou frémissemens qu'il en peut recevoir. L'air ressemble en cela aux autres matières composées gazeuses , qui ne doivent leur état de gaz et la totalité de leur ressort, qu'à un fluide subtil et éminemment élastique c|ui les pénètre , c'est- à-dire , qui se trouve répandu dans leur masse sans y être combiné ( le calorique ). L'cfl'et du ressort (jue l'air reçoit du fluide élastique continuel- lement répandu dans sa masse , a pu être ojjservé , calculé , et très-bien déterminé par les géomètres , et ensuite le résultat du calcul de cet effet a pu s'accorder parfaitement avec la vitesse bien connue (i) de la propagation du son ; ce dont je ne doute nullement : mais je dis que cette considération n'intéresse au- cunement la proposition que j'entreprends d'établir dans ce Mémoire. En effet , la proposition dont il s'agit , se réduit à avancer que l'air commun n'est point la matière propre du son , mais que c'est uniquement le Jluide subtil et essentiellement élastique , répandu dans la masse de ce composé gazeux , qui constitue cette matière ', puisque ce même Jluide subtil a la faculté de propager , sans obstacle , à travers des milieux plus denses que lui , les frémissemens que lui causent les vibrations des corps sonores , et de pénétrer , dans cet état d'agitatien , jusqu'à l'expansion pulpeuse de notre nerf auditif ; ce qui produit en. nous la sensation du son. L'établissement de cette proposition ne contredit donc aucune vérité matliéniatique, comme on me l'a objecté lorsque j'ai eu commencé la lecture de mon Mémoire , et ne pouvoit me mériter tout ce que j'ai eu à essuyer dans cette circonstance. La preuve , enfin , que l'air commun n'est point la matière même du son , c'est que les vibrations que cet air peut recevoir des corps sonores, à la faveur du fluide élastique dont il est toujours (i) On sait , d'une manière certaine , que le bruit ou le son qui se propage i^ travers l'air commun , parcourt environ 534 mètres C lyS toises) par seconde. Ggg a 4oS JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE pénétré, ne lui donnent point pour cela la faculté de traverser, dans cette circonstance , les milieux qu'il ne pouvoit traverser dans l'état de repos : on ne pourroit assurément supposer qu'il ait alors cette faculté. Or , si une simple membrane l'arrête , à pltxs forte raison sera-t-il arrêté par l'inertie et l'incompressibilité propre de l'eau , par l'enveloppe osseuse qui constitue le crâne des jjoissons , par le tissu serré et solide du hois , etc. , etc. , tandis que la matière subtile et vigoureusement élastique , qui se trouve répandue par-tout , et conséquenimcnt dans le sein do l'air , et qui en constitue presque tout le ressort , ne s'arrête point à ces obstacles ; elle passe outre , sait traverser différens milieux, et arriver jvisqu'à l'organe essentiel de noire ouïe , avec l'ngitation qu'elle a pu recevoir du choc ou des viln-ations des coips. Cette matière subtile peut seulement , comme je l'ai déjà dit, subir divers degrés d'affoiblissement dans la force de ses mouve- mens , soit lorsqu'elle change de milieu dans la transmission de ses frémissemens, soit lorsque de grands déplacemens de l'air, au travers duquerellè se meut , tiennent à altérer la force et la di- reclion des mouvenieiis (|u'élle propage. Maintenant , considér.mt rpie le fluide subtil dont je viens de parler, existe indvd.)itabletiient , puisque tous les laits relatifs- à racûusti(jue attestent la nécessité de son existence ; considérant ensuite que le Jeu éthéré , qu'une multitude d'autres faits bien, ronïtatés , m'ont fait reeonnoître dans la nature ( Mém. de Fhys. et d'JTcsi. nat. p. i35 , etc ) , existe pareillement et de la mOnie manière. Enfin , considérant que ce Jeu éthéré est , comme la matière même du son , uîi fluide invisible, subtil , excessive- ment élastique , d'une rarité extrêii.e , pénétrant facilement les masses de tmis les corps , et conséquemment répandu par-tout dans notre globe ( Men. de Phys. etc. p. i36 , n°. 146 et 147 ) , je suis forcé de reeonnoître que iejeu éthéré dont il s'agit , et la matière propre du son et du bruit , sont une seule et même matière. Ce n'est assurément point par hypothèse ni par aucune suppo- sition vague et gratuite , que j'ai étal>li l'existence Awft-u éthéré , et aiupiel j'ai assigné , d'après l'examen des faits, les qualités essentielles (pii lui appartiennent. J'ai acipirs et publié à cet égard', des preuves suffisantes pour convaincre ceux qui n'aiment que des connoissances exactes j^et j'ose dire que ces preuves sont telles que je n'ai pas à craindre qu'on entreprenne de les contester pu- blifpiement.' J'ai été conduit à découvrir l'existence du fsu éthéré , en suivant ET D'HISTOIRE NATURELLE. 4o9 avec soin tous les faits reXdXiïszxii feu calorique , et en examinant les suites de son expansion , c'est-à-diie ce qu'il devient lui-même au terme de l'expansion qu'il éprouve {JSlém. de Phys. etc. p. lyi , et suiv.}. Je fus ensuite confirmé dans ma découverte , en obser- vant les faits relatifs à la chaleur communiquée au globe ter- restre , par la lumière du soleil , et à celle qui se forme et s'a- masse sur un point ou un corps résistant , par les chocs multi- pliés de la lumière réunie au foyer d'une lentille. J'en fus sur- tout convaincu , lorsque des expériences qui me sont jiropres , m'eurent appris que la lumière dont je viens de parler , n'avoit en elle-même aucune chaleur quelconque. Newton avolt , il y a long-temps , pressenti l'existence d'un fluide semblable, c'est-à-dire d'un fluide subtil, éiastifjuo, et qui pénètre tous les corps ; mais il ne put trouver les moyens d'en établir la démonstiation. En effet, démontrer l'existence d'un fluide qu'on ne sauroit faire voir , et c[u'on ne peut retenir dans aucun vaisseau , cela n'est pas facile à exécuter. Cet homme illustre , en fait beaucoup mention dans ses questions qui sont à la suite de son Traité d'Optique. ( Vo'vez les questions 17,18,19,20 et 21 ). Il donne à ce fluide le nom àe milieu éthéré , et à son égard il s'exprime ainsi à la fin de sa i8<=. question. ce Ce milieu n'est-il pas excessivement plus rare et ]ilus subtil que l'air , et excessivement plus élastique et plus subtil ? Ne pé- nètre-t-il pas facilement tous les corps? Et par sa force élastique ne se répand-il pas dans tous les cieux ? " Ce dernier membre de la question est complètement hypothé-' tique ; au lieu que ceux qui le précèdent , peuvent recevoir une réponse affuinative , appuyée sur des faits bien constatés. Si Newton eût bien connu \efeu calorique , et s'il eût décou- vert que ce feu n'avoit qu'accidentellement et non essentiellement , les facultés qu'on lui observe , il n'eût pas manqué de découvrir \cfeu éthéré , d'en étalilir la démonstration , et de reconnoître en lui ce même fluide subtil, éminemment élastique, qui pénètre tous les corps, que son génie et son œil observateur lui ont fait pressentir , et auquel il a donné le nom de milieu éthéré. Newton a sans doute pris l'idée des ondes de vibration qui s'étendent au loui dans la masse d'un fluide, à la suite d'une per- . cussion comprimante; 1°. dans les ondes concentriques quinaij- sent à la surface de l'eau par la chute d'un corps qui trouble le repos de sa masse ;2°. dans la manière et la célérité avec lesquelles 1 \ matière du sou propage ses ébranlemens , lorsque le choc d'un corps l'a mise daa.'S ce cas. En effet, voil;îi jusqu'à présent les deux 4io JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE seuls faits qui sont parvenus à notre connoissance , relativement aux ondes de viliration qui peuvent avoir lieu dans un fluide. On a ensuite lieu de croire que Newton , qui ne connut pas la nuiticre du feu , n'a réellement pris l'idée de l'existence d'un fluide subtil, qui peut traverser tous les corps , qu'en con- sidérant celui (|ui constitue la matière du son , puisque ce fluide a effectivement cette faculté. Mais Newton ayant besoin de former une hypothèse , pour ex- pliquer d'une part plusieurs faits relatifs aux effets de la lumièi'e à la surface des corps ou se transmettant dans leur masse, et de l'autre part pour trouver ou assigner la cause de la gravita- tion universelle, attribua par une simple supposition, une force élasti([ue à son milieu élhéré , bien plus grande qu';\ la matière du son, et une célérité dans les vibrations de ce milieu éthéré , supérieure même à la vitesse de la'transmission de la lumière. Or^ comme en bonne physique on doit soigneusement distin- guer les connoissances certaines, acquises par l'observation des lidts , des simples suppositions que l'on forme pour établir des raisonneraens , je dis qu'on ne seroit pas fondé à m'objccter ici l'emploi qu'a fait Newton de son milieu éthéré , en lui attribuant par une pure supposition , une vitesse de vibration qui surpasse même la. célérité de la transmission de la lumière. Newton convient lui-mêuie de la supposition qu'il forme, n'ayant aucun fait pour l'appuyer ; car après avoir indiqué la vitesse des vibrations de la matière de son , et celle de la trans- mission de la lumière du soleil , il s'exprime ainsi à cet égard dans le cours de sa ix^. question: «Et afin que les vibrations de ce milieu éthéré puissent produire les accès alternatifs de facile transmission et de facile réflexion , elles doivent être plus promptes que la lumière, et par conséquent plus de 700,000 fois plus promptes que le son ». On sait que Newton voulant expliquer les effets de la lumière à la surface des corps , et sur-tout ceux de la lumière qui tombe sur un corps transparent, et qui varient à raison de l'épaisseur de ce corps , imagina d'attribuer à la lumière dardée par les corps lumineux, des accès alternatifs de facile transmission et de facile réflexion. Or, il eut besoin pour produire ces divers accès alter- natifs , de supposer une action des vibrations de son milieu éthéré, sur le mouvement de la lumière ; action qui , toujours par sup- position , occasionne des accélérations et des retards dans le mou- vement de la lumière , d'où peuvent naître les accès alternatifs de facile transmission et de facile réflexion qu'il lui suppose. Pour compléter son hypothèse ; Newton dit en outre que la ET D'HISTOIRE NATURELLE. 4il lumière lancée par les corps lumineux , se rompant ou se réflé- chissant dans son milieu éthéré , comme dans bien d'autres, y peut exciter au point d'incidence , îles ondes successives de vi- brations semblables à celles qu'excite dans l'eau la chute d'une pierre. Enfin , il pense que les ondes de vibration de ce milieu éthéré , se continuant depuis le point d'incidence jnsfpi'à des distances considérables, ont à leur tour la faculté d'atteindre les rayons de lumière , et d'exercer sur leur mouvement l'influence C|ue je viens de citer. D'après ce que je viens d'exposer, on voit que Newton pensoît que la lumière agit sur son milieu éthéré , comme sur les autres corps , qu'elle excite dans sa masse et dans celle des autres corps , des ondes de vibrations qui causent en eux la chaleur ; et qu'en outre il croyoit que les vibrations de son milieu élhéré, ainsi que celles de beaucoun d'autres corps , avoient à leur tour la faculté d'agir sur la lumière , de la lancer, de la réfléchir et de la ré- fracter , selon leurs différens états et leurs diverses natures. Mais tout cela n'est qu'une belle hypothèse , digne à la vérité du génie de l'illustre Newton ; hypothèse que ce savant justement célèbre , fiit obligé d'imaginer pour remplacer nne cause qu'il n'eût pas occasion de connoître : cette cause réside dans l'influ- ence que l'état du feu fixé àa.r\s les corps , exerce sur la lumière qui tombe sur eux ; influence que j'ai suffisamment fait connoître dans mes écrits , et à laquelle Newton n'a point pensé. (J'^oy. mes Mém. de Phjs. et'd'Hist. Nat. pag. 56. «", 44 à 52.) CONCLUSION. D'aprè.s les observations et les faits cités dans ce Mémoire, je me crois très-fondé à conclure j 1". Que l'air commun dans lequel nous vivons, n'est point la matière propre du son ; puisque malgré sa parfaite transparence , ce fluide est encore trop grossier pour pénétrer librement les masses des corps qui ont plus de densité que lui ; faculté dont jouit évidemment la matière propre du son. a». Qu'il existe un fluide invisible , très-subtil, singulièrement élastique, d'une rarité extrême, pénétrant facilement tous les corps , répandu dans toutes les parties de notre gloire , et consé- quemment dans son atmosphèi'e; et que c'est aux facultés de ce lluicie , qu'un grand nombre de faits physi([ues jusqu'ici mat expli(|ués doivent être attribués. 3». Que ce môme fluide subtil qui est répandu dans toute la masse de l'air atmospliérii^ue , est ki cause essentielle du ressort 4i2 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE tlont cet air paroît jouir par lui-même; et que c'est atix vibra- tions conuuuniquées au fluide subtil dont il s'agit; vibrations <]ui se transmettent avec célérité à travers différens milieux, même à travers des milieux solides , qu'il f'avit rapporter la cause immé- diate du son et du bruit par rapport à nous; 4°. Que le fluide subtil qui constitue la matière propagatrice du son , est parfaitement le même que \ejhu élhéré dont j'ai démontré l'existence dans mes dlfl'érens écrits ; et rpi'on peut aussi le regarder comme le même que le milieu élhéré dont a JmrJé Newton , si , à toutes les facultés bien reconnues de ce luide , l'on n'y joint pas la supposition par laquelle Newton at- tribue à ses vibrations une vîtesse plus grande que celle du mou- vement de la lumière (i) ; 5°. Que puis(|ue parmi les matières invisililes , il en existe au moins une que son extrême rarité met dans le cas de traverser facilement les corps mêmes les plus denses , en sorte que nous ne pouvons jamais la retenir ou en isoler des portions dans aucun vaisseau ; il est possible que cette matière , dans certaines circons- tances , soit susceptible d'être modifiée et fixée dans les corps, comme un de leurs principes constituants , et que dans d'autres circonstances elle en soit dégagée ; elle peut donc jouer un rôle important dans les combinaisons qui se forment, comme dans celles qui se détruisent. Qui est-ce qui raisonnablement osera nier l'importance de cette considération ? 6°. Enfin que tant qu'on ne sera pas assuré de tenir un compte exact de tou